#231 – Lyonniais #057 – Peut-On Gagner (sans tricher) ?

Un certain commentateur persévérant remet tous les deux jours le sujet sur le tapis, et mon amie m’a également fait part de son envie de me voir traiter la question. Alors voilà : parlons POG, parlons bien.

Selon votre âge, le terme réactualisera chez vous de nostalgiques images de cour d’école ou ne vous dira absolument rien. De mon côté, le simple fait de lire ces trois lettres fait surgir de ma mémoire sacs bananes et croûtes aux genoux. J’appartiens donc à la première catégorie, celle qui était à l’école primaire quelque part entre 1990 et l’an 2000.

Pour les autres, de quoi parle-t-on ? On cause de petits disques de carton d’environ 5 cm de diamètre. Côté face, un dessin, côté pile, une marque. On peut les collectionner, les échanger, mais on peut également jouer aux POG. Dans ce cas, chacun·e ramène ses POG —de préférence dans un sac banane, comme je vous le disais, dont on aura vidé quelques unes des billes qui s’y trouvaient pour faire un peu de place à ce nouveau passe-temps—, puis on discutaille afin de décider lesquels chacun·e met en jeu : « moi je mets mon POG tête de mort qui brille, donc il vaut beaucoup, donc il faut que toi tu mets au moins deux POG qui brillent pas pour que ça le vale ». Ensuite, on monte une petite colonne en empilant les POG choisis par chaque participant·e, côté face vers le sol. C’est là qu’on sort les kinis. Un kini est un disque de plastique, cette fois, de même diamètre qu’un POG mais plus épais. Chacun·e va se servir de son kini en le balançant à tour de rôle sur la pile de POG. Après chaque lancé, la joueuse ou le joueur récupère les POG qu’il a réussi à faire se retourner côté face en l’air : elle ou il les a gagnés. On refait la pile, et on recommence jusqu’à ce que tous les POG aient trouvé un·e propriétaire.

Pour gagner plus facilement des POG, une technique consistait à ne pas jouer soi-même, mais à faire discrètement le tour des bananes restées ouvertes et sans surveillance par les joueurs et joueuses trop concentrés·es sur leur partie. Seulement il ne fallait pas oublier de se sentir un peu coupable ensuite, et surtout se souvenir de ne pas rejouer ces POG-là, sans quoi on se faisait pincer. Au propre comme au figuré.

Il y a quelques années, plein de nostalgie que j’étais, j’avais acheté sur eBaie une machine à fabriquer des POG ainsi qu’une dizaine de planches officielles de POG vierges. C’était encore l’époque où les blogs BD foisonnaient, et je comptais demander à plusieurs dessinateurs et -trices de réaliser des séries d’une dizaine de POG chacun·e. Les POG auraient ensuite était vendus, et la somme récoltée aurait servie à me rembourser de ces achats ainsi qu’à rémunérer les artistes. POGU, que ça devait s’appeler. U pour Underground. Ç’aurait été un peu noir, un peu adulte, monstres et cul. Évidemment, ce projet, comme tout projet digne de ce nom, a fini au fond d’un tiroir. Je ne saurai même plus me souvenir d’où se trouve ce matériel ou si je ne l’ai pas tout simplement jeté.

Tout à l’heure j’ai parlé des années 90, mais par souci d’exactitude il faudrait préciser que ce jeu existe depuis les années 20 ou 30. Dans les pays anglophones, il est mieux connu sous le nom de Milk caps. Pourquoi ? Parce qu’à la base ces petits disques de carton se trouvaient dans des bouchons de bouteilles. Bouteilles de jus de fruit ou de lait. Tout cela aurait débuté à Hawaii quelques décennies après le début du siècle donc, bien qu’un jeu très similaire existait déjà au japon au XVIIe (men’uchi 面打 ou menko 面子). Le nom qu’on connait par chez nous vient d’ailleurs de la marque de jus très descriptive Passion fruit-Orange-Guava créée en 1955 par une entreprise de Maui. Et s’il y a effectivement eu un regain d’intérêt pour le jeu dans les années 90, c’est sous l’impulsion de deux entreprises marchandes ayant flairé le juteux filon: la World POG Federation et la Canada Games Company (qui fit faillite en 1997 quand la mode s’essouffla).

Il y avait, selon les dires des experts, un avantage au POG original, celui sortant d’une bouteille, qui venait de l’irrégularité des disques de carton, ce qui permettait d’intégrer un peu plus d’aléatoire au jeu. Moi avec le recul j’aurais plutôt dit que c’était de ne pas se faire, une fois de plus, taxer son argent de poche par des commerçants peu scrupuleux qui vous vendaient des bouts de carton à prix d’or par l’intermédiaire du tabac-presse du coin. Mais après on va encore raconter que je vois le mal partout.

D’ailleurs, maintenant que j’y repense, je me demande si Passion fruit-Orange-Guava Underground, ça n’aurait pas été un poil ridicule.

#227 – Lyonniais #053 – La mairie et l’église sans passer par le mariage

Aujourd’hui, je suis allé faire faire ma nouvelle carte d’identité. Nouvelle photo d’identité, toujours la même gueule d’assassin. J’en avais une bien mais elle était trop vieille. C’est toujours pareil, sur ces photos, à force d’essayer de ne pas sourire, on finit par faire carrément la gueule. C’est pas comme si les IA d’aujourd’hui allaient pas te reconnaître parce que tu souris. C’est peut-être simplement pour que quand les flic t’arrêtent ce soit raccord avec la gueule que tu tires sur le moment. J’en sais rien, y a des pays où t’as le droit d’avoir l’air sympathique sur tes papiers, mais pas en France. Parlez-moi toujours d’entretenir un rapport sympathique avec l’administration quand ça commence par là.

Bon, mais ce qui m’a le plus scotché (on dit encore « ça m’a scotché » ?), c’est qu’on n’accepte pas les attestations de la CAF comme justificatifs de domicile. Sans déconner. On préfère vous demander une facture d’abonnement de téléphone mobile, version à télécharger en ligne, que vous pouvez changer en deux clics sans qu’on vous demande aucune preuve, qu’une attestation de l’organisme le plus casse-bonbons (je dis bonbons pour pas dire couilles) qui soit en matière de vérification. Il y a à peine un mois, janvier 2019 donc, je recevais par exemple de leur part un message disant qu’ils n’arrivaient pas à joindre mon propriétaire pour obtenir une quittance de loyer de juillet 2018. Après avoir passé trois mois à leur envoyer touts les baux et les attestations imaginables. Mais ça, non, on n’en veut pas de leur attestation à eux. Par contre, une facture qui ne prouve rien, ça oui. Donc quand on habite depuis peu dans un studio (pas encore d’avis d’imposition à cette adresse) loué meublé et toutes charges comprises, sans internet, on est un peu embêté. Si votre proprio est comme le mien et ne vous fait pas de quittances de loyer, on est encore un peu plus dans l’embarras. Si votre assurance habitation est contractée par votre amie et que votre nom de figure pas dessus, là ça commence à devenir vraiment dur. Votre seul espoir, c’est que la personne avec laquelle vous vivez vous fasse une attestation sur l’honneur comme quoi elle vous héberge depuis plus de trois mois, en gros qu’elle vous héberge chez vous. Vous parlez d’un justificatif de domicile. Petit article-mémo si vous ne vous rappelez plus des documents valables comme justificatifs de domicile.

Sinon, j’ai profité de ce bref passage à la mairie du 2e arrondissement de Lyon (on n’est pas obligé d’aller à la mairie de l’arrondissement dans lequel on réside pour faire faire ses papiers), pour fureter autour de la basilique Saint-Martin D’Ainay. Une basilique, c’est une église ou une cathédrale qui plaît au pape. Le pape se pointe, mate votre édifice et dit : « elle passe bien celle-là ». Et paf, voilà que votre église devient basilique. Attention cela dit, faut quand même pas vous la péter de trop, elle n’est devenue qu’une basilique mineure. Si vous vouliez une basilique majeure, c’est à Rome qu’il fallait la bâtir, et puis de toute façon c’est trop tard, elles sont au nombre de quatre et le petit Jésus a décidé que ça suffisait comme ça. À Lyon, il y en a deux, ce qui veut dire que le pape vient souvent, mais pas autant qu’à Marseille, où il y en a quatre. Les Lyonniais·es sont jaloux·ses. Ils et elles aiment bien le pape par ici, ils et elles voudraient que le pape les aime un peu plus en retour. Moi le pape je m’en fous, je l’ai jamais rencontré.

Alors, qu’est-ce qu’elle a de spécial cette basilique Saint-Martin d’Ainay ? Elle a été construite au XIIe siècle, ce qui est vieux, et dans un style roman, c’est qui est sobre. Et je n’en sais pas plus. Vous avez cru que vous étiez sur un blog tourisme et patrimoine ? Je vous ai dit que j’avais juste tourné autour, z’avez vous y rendre si ça vous intéresse.

J’ai quand même pris deux reliefs en photo. Un où l’on peut voir que le peuple, en danger de mort, trime salement et que le clergé s’en fout :

L’autre ou l’on comprend franchement pas ce qui se passe, à part que deux types soulèvent une teub tellement lourde que chacun doit la tenir par une couille pendant que d’autres font la fête à l’étage.

C’est tout pour aujourd’hui. À demain.

#223 – Lyonniais #049 – Des lanternes dans le vent

Allez, débarrassons-nous de cette note de blog comme on se met à la vaisselle ; plus tôt se sera fait, moins on y pensera en se disant qu’il faut le faire. Ce matin je suis sorti acheter du tabac et une baguette. J’ai dit ce matin ? Je voulais dire à 13h. Ce matin j’ai dormi. Pas longtemps, en fait. Je me suis couché à 4h30 après avoir bossé sur un truc dont je peux pas vous parler (c’est dommage ça, hein, la seule chose qui aurait pu être intéressante). Hier, je vous l’ai dit, je m’étais levé à 5h30 du matin après une nuit de trois heures, ça fait donc très léger tout ça. On peut pas dire que je sois retapé. Le japonais ? J’ai lâché à 20h. J’ai pas fait les dix phrases, pour ceux et celles qui suivent, ça commençait à me rendre fou.

Donc, à 13h, je suis sorti m’acheter une baguette et du tabac, et je me suis pris un de ces coups de vent ! Nom de nom ! Sur le site de la météo il est écrit « rafales à 45 km/h », mais c’était au moins le double là. J’ai dû me pencher pour avancer pendant quelques secondes. Ou alors c’est bien 45 km/h et je suis tellement crevé que je n’arrive plus à avancer quand il y a un peu de vent. Mais je suis quand même né dans une région où le vent souffle fréquemment dans les 75 km/h et que les rafales qu’on craint un peu (mais sans plus) sont celles qui soufflent à 120 km/h, alors j’arrive à peu près à me faire une idée de ce que je reçois dans la gueule. J’ai une sorte d’anémomètre intégré, si vous voulez. Donc, deux solutions : soit je me suis acclimaté plus que je ne l’aurais aimé au pays lyonniais, soit météofrance dit des conneries. Je vous laisse choisir la réponse qui vous paraît la plus crédible.

« Bon, que vous vous dites, il nous parle de ses heures de lever, de coucher, de la météo, et puis quoi encore ? De ce qu’il a mangé ? » Des tartines de purée de cacahuètes avec de la confiture de framboise, merci d’avoir posé la question. Allez, plus sérieusement, puisque je ne peux pas vous parler de ce que j’ai fait d’intéressant hier et que j’ai dormi jusqu’à maintenant à part pour aller faire les courses et manger, je manque un peu d’inspiration… Ah ! Dans la rue où se trouvent les supermarchés et épiceries de produits asiatiques, ainsi que quelques autre commerces dans lesquels ont peut entendre des accents venant de diverses régions d’Asie, j’ai vu qu’on a installé des lampions de papier rouge entre les façades, à la manière de décorations de Noël. Je n’ai aucune idée du pourquoi. Je vais chercher ça et je reviens vous voir.

C’est fait. Comme on pouvait s’y attendre, le 5 février 2019 (du calendrier grégorien), ce sera le Nouvel An chinois (nónglì xīnnián) selon le calendrier chinois, de type luni-solaire, et donc également le Nouvel An vietnamien (Têt Nguyên Dán), qui se base sur le même calendrier. Une énigme de résolue. Pour celles et ceux qui voudraient participer à la petite fête, il y aura des animations dans le quartier de la Guillotière le dimanche 10 février, comme c’est expliqué sur ce site. Pourquoi le 10 février ? Parce que le Nouvel An chinois, qui se fête donc le premier jour du premier mois lunaire, ne fait que marquer le début de la fête du printemps qui s’achève le quinzième jour du premier mois lunaire (19 février du calendrier grégorien pour 2019) avec la bien connue fête des lanternes. On a donc tout le temps qu’il faut pour faire la nouba. Youpi.

Ouf, c’est bon, j’ai tapé un paragraphe de pas trop con. Je peux vous laisser en toute sérénité. À demain.

En voilà un qui n’a pas fêté le Nouvel An…

#221 – Lyonniais #047 – Être appelé·e par son prénom

Je vais pas vous la faire façon mauvais stand-up. Quoi que… Allez, si. Version mauvais stand-up : « On a tous vécu ça, le moment où on t’appelle par ton nom de famille et ton prénom… » *rires* « [imite un vieux professeur] M’Rabet Jérémie !! » *rires* « On sait que ça va chauffer pour notre cul quand ça commence comme ça. » *rires* *rires* (oui, deux fois, le comédien a dit « cul »). C’est presque aussi nul que ce genre de stand-up, de se moquer de ce genre de stand-up. C’est comme si je vous disais : on a tous vu, un jour, un comédien commencer ses phrases par « on a tous vu, un jour, … » Alors j’arrête là. Cela dit le comédien n’aurait pas tord. Quand une personne que vous avez l’habitude de côtoyer se met à vous appeler par votre nom de famille suivi de votre prénom, ça va généralement chauffer pour votre cul, ou c’est du second degré.

Pourtant, il y a pire. Être appelé·e uniquement par son prénom, mais par un·e parfait·e inconnu·e. C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui. Je vous l’ai dit, je suis bénévole dans une association quelques heures par semaine. Quand je ne suis pas occupé à récupérer des livres ou à les mettre en rayon, je les vends au profit de l’association. À ces moments, je suis donc derrière une caisse enregistreuse. Et je porte un petit badge de bénévole. Un petit badge avec mon prénom écrit dessus.

Sauront ceux qui savent.

Eh bien ça n’a pas manqué. On m’a appelé par mon prénom. Aujourd’hui-même, encore une fois. Mon cerveau a mis un petit moment à connecter les deux neurones qu’il fallait l’un à l’autre. Quand j’ai entendu « Merci Enrico » (oui, oui, je vous ai avoué m’appeler Enrico dans cette note autobiographique certifiée 100% véridique), j’ai d’abord regardé à droite et à gauche pour voir qu’elle ancienne connaissance m’avait retrouvé ici, avant de comprendre que je portais le badge et que c’était la femme juste devant moi, de l’autre côté du comptoir, à qui je venais de donner son livre qui m’avait ainsi remercié. Un peu gêné, je lui ai répondu quelque chose du genre : « ah oui, j’oublie toujours. » On a un peu ri, puis elle s’est en allé. On ne peut pas dire que ça m’a franchement agacé. Elle était à peine plus âgée que moi, et son copain était juste à côté. Ils souriaient tous les deux de l’effet de sa petite blague et de ma réaction, mais c’était clairement pas méchant. Vraiment gentillet même. Et puis y a le cadre aussi, c’est une association. Ambiance décontractée, en tout cas au rayon des livres.

Toutefois, je l’ai dit, sur le coup je me suis senti gêné. Gêné de n’avoir pas compris qui m’appelait alors que la personne était juste devant moi, d’accord, mais aussi gêné tout court parce que je ne me suis jamais présenté à cette personne. Je porte le badge pour m’identifier en tant que bénévole, pas pour qu’on m’appelle par mon petit nom. On pourrait pas vraiment me qualifier de sauvage, mais je vouvoie beaucoup, par exemple. Le tutoiement ne m’est pas toujours naturel. J’aime garder une certaine distance avec les gens que je rencontre pour la première fois, et il me semble que ça se respecte. Vous même je vous vouvoie souvent, d’ailleurs.

Donc, comme je le disais, dans le cadre de l’association, fait sans mauvaise intention, c’est passé. Mais, quelques minutes plus tard, j’ai repensé à cet article lu je ne me souviens plus où sur le port de l’uniforme et du badge en entreprise, et tout particulièrement pour les caissières·caissiers. On pouvait y lire que le fait qu’un client vous appelle par votre prénom pouvait vite tourner au harcèlement. Déjà, par le port du badge, la relation devient asymétrique, l’autre connaît votre prénom, vous ne connaissez pas le sien. La plupart des clients·es qui s’en serviront le sentent bien. Que répondre à « Alors, Enrico, elles viennent ces frites ! » ? Rien, vous vous la bouclez. Allez pas risquer de l’appeler par un prénom au hasard, ça ferait mauvaise moquerie. Au mieux vous répondez « Tout de suite monsieur. » Si vous tenez à votre emploi, vous vous écrasez. Comment justifier de s’emporter, même si le manque de respect est flagrant, quand votre prénom figure sur votre badge. Ce serait même fait un peu pour ça, le badge. Bon et je ne parlerai même pas des tentatives de drague par des lourdingues, voire des cinglés·es, qui maintenant savent comment vous vous appelez. Une histoire à vous faire détester entendre votre prénom.

Bref, je ne porterai plus mon badge. J’aime pas bien ça. Au fond, se faire appeler par son prénom par des gens qu’on ne connaît pas est un peu l’équivalent de se faire appeler par son nom de famille et son prénom par des proches. Dans les deux cas, on peut s’imaginer que les minutes qui vont suivre seront à rajouter à la longue liste des vexations qui jalonnent l’histoire de nos interactions ratées avec d’autres membres de notre espèce.

Mais allez, ne nous quittons pas sur cette note un peu triste, rions plutôt un bon coup avec la condition des femmes. Deux vieilles publicités vues à l’association dans une revue de 1949. La première est un classique, la deuxième un régal de bon goût.

À demain.

#220 – Lyonniais #046 – Partir enfumé·e

Il faut que je vous dise un truc. Non, vraiment. Il faut que je vous dise un truc mais je n’ai aucune idée de sujet pour aujourd’hui, ça m’exaspère. Mmm… Alors… Ah ! voilà : si on veut savoir d’où vient le vent, il suffit de fumer une cigarette et d’observer dans quel sens part la fumée quand on la recrache. Le vent vient alors du sens opposé à celui dans lequel s’en va la fumée. Malin, hein ? Me voilà rassuré, quoi que j’écrive ensuite, vous pourrez pas dire que vous êtes venu·e pour rien. Rassuré mais pas trop, car j’ai grillé une cartouche. Non, je ne viens pas de fumer dix paquets de cigarettes, je veux dire par là que c’était un truc que je gardais dans le coin de ma tête pour les jours où je n’aurais rien à raconter. Maintenant il va falloir que je recommence à réfléchir pour la prochaine fois. C’est que de bonnes idées comme ça on n’en a pas tous les quatre matins.

Hein ? Vous ne fumez pas ? Allons donc. Vous êtes de ces deux personnes sur trois ? À moins que vous ayez entre 18 et 34 ans, dans quel cas vous feriez partie de ces une personne sur deux qui ne fument pas ? Eh bien tant mieux pour vous. Cela dit, le jour où vous aurez un cancer des voies respiratoires vous passerez un sacré mauvais moment à vous demander d’où ça vient. Ne le prenez pas mal, c’est juste que ceux qui fument s’imposeront une question sans réponse de moins que vous, c’est tout. C’est comme ça, chacun fait ses choix dans la vie. Si vous développez un cancer du poumon, ce que je ne vous souhaite pas, vous ferez partie de ces un·e malade sur deux qui ne fumaient pas. Bon, là j’en inquiète vicieusement certains·es pour rien. Vous pourriez seulement faire partie de ces une personne sur dix qui n’ont jamais fumé. Vous êtes rassuré·e ? Pas vraiment hein. Ben non, je comprends bien. Je vous comprends d’autant mieux que je n’arrive pas à arrêter de fumer moi-même.

Bon, ben qu’est-ce que je voulez que je vous dise, hein ? Si vous préférez ne pas avoir de cancer au risque de n’être jamais capable de dire d’où vient le vent, ça vous regarde. Si au contraire, vous vous dites que, cancer ou non, la vie ne vaut d’être vécue sans pouvoir discerner le marin de la tramontane, c’est pareil, ça vous regarde. Moi, je propose des solutions comme ça, pratiques, accessible à tous et à toutes. Vous en faites ce que vous voulez. Prenez vos responsabilités un peu.

Photo d’un fumeur sur la table d’autopsie par Bloubliblou

#219 – Lyonniais #045 – L’ordre dans le chaos

Je me suis remis à jouer à un petit jeu en ligne gratos depuis quelques semaines. Fractal, que ça s’appelle. Le principe de base est simple : le monde a pété, il n’en reste rien, juste quelques survivants·es et des épaves. Pas de règles, libre à vous de tenter de survivre ou pas dans ce monde ravagé. Il n’y a que des joueurs·ses. C’est-à-dire aucun personnage programmé, aucun scénario pré-établi non plus. C’est à vous et aux autres joueurs et joueuses de fabriquer l’histoire.

Comment ça se joue ? C’est du tour par tour, à raison de deux tours par semaine. À chaque tour vous pouvez vous déplacer d’un certain nombre de cases sur la carte constituée de… ben de cases, hexagonales. Vous avez également un jeton d’action principale à dépenser par tour, ainsi qu’un jeton d’action sociale. Comme dans beaucoup de jeux de rôle, votre personnage dispose de points de caractéristiques. Points de production d’eau, de nourriture, de matière, points d’artisanat, points d’exploitation. C’est à ça que peut vous servir votre jeton d’action principale par exemple, produire pour survivre. Mais il peut également vous servir à attaquer pour tuer, grâce aux points de combat, et voler des vivres sur un cadavre encore chaud, voire vous servir en chair directement, miam miam. Vous commencez le jeu avec quelques maigres réserves qui ne vous permettront pas de tenir bien longtemps, alors vous faites comme vous pouvez.

Le jeu ne dicte aucune voie à suivre, aucune morale. Vous pouvez tuer, voler, violer, réduire en esclavage les plus faibles que vous, consommer différentes drogues, baiser avec qui vous voulez de manières diverses et variées. Mais vous n’y êtes pas obligé·e. Vous pouvez tout aussi bien former un petit groupe de survivants·es si vous avez assez de points de commandement, ou en rejoindre un déjà créé sinon, et faire marcher la solidarité, l’entraide, la coopération, ou même fonder une communauté en dur à plusieurs si vous vous sentez les reins assez solides et disposez des ressources et des compétences nécessaires pour vous assurer de n’avoir pas simplement creusé une grande tombe collective. Si vous n’êtes pas prêts·es à tout pour survivre ou n’avez pas les moyens de le faire pacifiquement et que tuer, même en dernier recours, vous, jamais, vous pouvez très bien décider de vous laisser mourir plutôt que de vous livrer à des atrocités. Encore une fois, c’est vous qui choisissez.

Les actions possibles sont plus variées que celles que je viens de vous lister. Vous pourriez choisir de vous installer quelque part au bord de l’eau dans un nid presque douillet malgré les puces et la dysenterie, et vous mettre à fabriquer des barques pour gagner votre vie, car il est possible de développer, entre autres, une compétence de fabrication de barques. Bon, par contre pour les vendre à bon prix, voire ne pas vous les faire braquer, là, il n’y a pas de points de compétence qui tiennent, va falloir interagir avec les autres et vous montrer convaincant·e. Sinon, vous pourriez alternativement, et ce n’est encore qu’un exemple parmi une infinité de façons de jouer, choisir de mener la vie de cartographe et vous farcir toute la carte à arpenter pour découvrir les limites du monde connu, libre à vous. Ce n’est pas codé dans le jeu, cartographe, mais rien ne vous empêche de le faire. Vous pourriez le faire à pieds, à cheval, ou dans une vieille épave de caisse que vous auriez retapée si vous arrivez à trouver de l’essence (ça c’est codé), à poil ou armé·e jusqu’aux oreilles. Enfin, en vrai, je ne vous le conseille pas. Beaucoup l’on tenté, peu en sont revenus·es.

Mais la chose à savoir avant de se lancer, c’est que si vous ne faites pas vivre votre personnage par écrit, alors vous risquez fort de vous ennuyer. La moelle de ce jeu, c’est les interactions entre personnages sur les différents forums disponibles. Intrigues politiques, histoires d’amour et de haine (surtout), de confiances accordées puis trompées, simples conversations pour rompre la solitude par l’intermédiaire de vieilles radios encore opérantes (on fait, comme si, tout passe par le texte)… Tout est bon pour développer votre histoire, et donc l’histoire commune. Vous avez vu la capture d’écran que je vous ai mise plus haut ? Dites vous bien que l’immersion ne viendra pas des graphismes, ni des musiques puisqu’il n’y en a pas. Tout est dans votre personnage, ce que vous lui ferez faire et la façon dont vous raconterez ce que vous lui faites faire. Il y a les forums du jeu, les forums propres à chaque communauté, et maintenant les serveurs discords qui viennent s’ajouter à ça… autant de lieux d’écriture collaborative.

Donc jeu assez original, en français, gratuit, plein d’une ambiance entre grosses maraves et grosses marrades, le tout peuplé de joueuses et de joueurs qui se régalent d’écrire, de lire les histoires des autres et d’interagir entre elles·eux. Moi, tout ça me botte grave.

#213 – Lyonniais #039 – Naître coupable de rien

L’état du monde est tellement désolant que j’en suis paralysé. Parler de choses légères par volonté d’amuser plutôt que de déprimer quand des atrocités organisées sont commises partout, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler des atrocités commises partout sans être sûr·e d’en comprendre les tenants et les aboutissants car tributaires d’informations partisanes défendant des intérêts qui nous échappent, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler d’œuvres culturelles quand nous passons tant de temps à nous divertir au lieu d’agir pour un monde plus juste, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler d’actions à mener quand on se rend compte que si plus de gens restaient chez eux à mater des séries en bon consommateurs et -trices feignant d’ignorer la misère de leurs voisins ils passeraient moins de temps à se demander comment et pour quelles bonnes raisons opprimer leurs voisins, n’est-ce pas se rendre complice ? Taper cette note de blog sur cet ordinateur depuis la France en sachant combien ont été exploités et -tées tout au long de la chaîne à l’autre bout du monde et en sachant quel est l’impact des fermes de serveurs qui l’héberge sur la bonne santé de la planète, n’est-ce pas se rendre complice ? Lire cette note de blog depuis votre ordinateur et les mêmes serveurs, n’est-ce pas se rendre complice ? Se placer à gauche de la ligne, se placer à droite de la ligne, rester sur la ligne, demander de quelle ligne vous parlez moi je n’en vois pas, n’est-ce pas se rendre complice ? Se mêler de quoi que ce soit comme ne s’occuper de rien, n’est-ce pas se rendre complice ? Naître et prendre de la place et des ressources dont d’autres manqueront, n’est-ce pas se rendre complice ? Mourir et abandonner les autres à leur misère au lieu de leur venir en aide, n’est-ce pas se rendre complice ? J’ai mal à la tête.

#211 – Lyonniais #037 – Jouer ou lire, il ne faut pas forcément choisir. Enfin, si, il est question de faire des choix mais… Ne compliquez pas tout, s’il vous plaît.

Qu’est-ce qui est moins attractif qu’un jeu vidéo et plus qu’une nouvelle amateur ? C’est le jeu textuel. Quoi, vous ne connaissez pas ? On ne vous en voudra pas. Si je ne comptais pas parmi mes amis un garçon assez actif du petit milieu de la fiction interactive (autre nom du jeu textuel) francophone, il est fort probable que je n’en saurais rien moi-même. Qui est ce garçon ? C’est Feldo. Z’avez vu ? J’ai pas peur, je balance les noms. Qu’aimerait-il au plus profond de lui ? (Il me l’a pas dit car il est pudique mais je le sais.) Que ces jeux, gratuits dans leur grande majorité, qui demandent souvent un temps fou à fabriquer par des gens passionnés d’écriture, de lecture et de programmation, soient un peu plus joués, tout simplement.

Comment vous décrire ce type de jeux ? Je n’emploie pas le terme « genre », car, comme en littérature, on peut y trouver de la science-fiction, de l’horreur, du policier, du journal intime… Hé bien, le plus simple serait de partir des fameux Livres dont vous êtes le héros, dans lesquels vous incarnez un personnage pris dans une aventure. Vous connaissez sans doute. Dans ces livres, chaque page décrit une situation dans laquelle se trouve votre personnage et vous propose des choix. Selon les caractéristiques du personnage, les objets qu’il possède ou simplement selon ce que vous préférez lui faire faire, on vous demande alors de vous rendre à telle où telle page afin de poursuivre l’histoire, et rebelote : lecture, jets de dés, choix… Jusqu’à en arriver au dénouement, heureux ou non, selon les choix que vous aurez effectués et la réussite, ou non, de vos actions. Ainsi, vous aurez pu lire une nouvelle à multiples embranchements dont l’issue aura été, en partie, déterminée par vos actions. Si vous recommencez le jeu en effectuant des choix différents de ceux pour lesquels vous aviez opté au cours de votre première partie, l’histoire que vous lirez s’en trouvera modifiée, ou bien dans sa conclusion, ou bien dans la manière d’y parvenir.

Aujourd’hui, quand on parle de jeu textuel, on ne fait souvent plus référence au support papier, mais à des jeux numériques qui se jouent sur ordinateur, et c’est de ceux-là dont je vais vous causer ici.

Les Livres dont vous êtes le héros et jeux apparentés (qui existent également sur ordinateur), de par leurs fiches de personnages et leurs jets de dés, sont à rapprocher des jeux de rôle de type Donjons et Dragons, pour un·e seul·e joueur·euse et dont le livre se substitue au meneur de jeu, mais ce n’est pas forcément le cas de tous les jeux textuels. Certains sont totalement dénués d’aléatoire et de points de vie ou de compétences, et proposent simplement des choix libres reposant sur la simple curiosité de la joueuse ou du joueur de voir ce qui se passera dans tel ou tel cas. Dans ces derniers, on clique le plus souvent sur des liens hypertextes qui vous emmènent au passage suivant. Dans d’autres, plus proches de l’esprit des jeux vidéos d’aventure à la LucasArts (Monkey Island, Loom…), ou des désormais très à la mode et très grandeur nature Escape Room, il vous faudra fouiller dans un environnement décrit par l’auteur·e, à la recherche d’objets clés, d’issues diverses, et faire des choix efficaces au cours de dialogues avec d’autres personnages. Bref, il vous faudra mener l’enquête. On pourra à cette fin cliquer sur des liens dans certains cas, et dans d’autres taper soi-même du texte pour découvrir son environnement et interagir avec lui. Le plus souvent un verbe suivi d’un nom d’objet ou de lieu (du genre regarder ouest, ouvrir porte, prendre potion, enfin, z’avez pigé.). Je vous donne ici les trois modes de jeu les plus courants, mais il en existe bien plus. Tout ça est très varié.

Certains de ces jeux se parent de quelques éléments graphiques, la plupart du temps rudimentaires (voire de musiques d’ambiance) mais pour nombre d’entre eux il n’y a que du texte à se mettre sous la dent de l’œil. Dit comme ça, ça peut sembler tristounet, seulement puisque vous en êtes à lire cette grossière et bien aride description de la fiction interactive jusqu’ici, je suppose que vous n’ignorez pas le pouvoir propre à l’écriture d’invoquer tous les sens ainsi que les émotions les plus diverses chez une lectrice ou un lecteur. Cela dit, rien ne vaut d’y jouer soi-même pour se faire une idée du machin, et, oh! coïncidence, il se trouve que le site http://www.fiction-interactive.fr a organisé cette année encore un concours pour lequel cinq jeux ont été créés tout spécialement. Jeux auxquels vous pouvez jouer dès aujourd’hui, et même (et là j’en appelle à vos pulsions sadiques) mettre une note.

Outre ce concours, vous trouverez sur ce site une centaine de jeux textuels en français créés entre 2001 et aujourd’hui. Y en aura pour tous les goûts, de tous les genres et modes de jeu. Vous y trouverez également des tutoriels pour créer vous-mêmes vos fictions interactives, car là réside également l’intérêt de ce type de jeux : en fabriquer est de plus en plus accessible au grand public. Sont disponibles aujourd’hui tout un tas d’outils gratuits et bien documentés qui vous permettent de sauter la case programmation pour vous concentrer sur l’écriture des textes à proprement parler, si l’informatique vous rebute mais que la forme vous plaît. Si, au contraire, vous voulez plonger les mains dans les rouages cambouineux (ça n’existe pas) du code sans avoir peur d’y laisser des doigts et de nombreuses heures de votre vie, ben, je vous l’ai déjà dit, une pile de doc vous attend sur le site nommé plus haut ainsi qu’une communauté au nombre d’individus réduit mais fort active et bien intentionnée.

Eh oui, je sais ce que vous allez me dire, je déteste la publicité et pourtant aujourd’hui j’en fais un peu pour ce site. C’est vrai, mais, d’une, on ne m’a rien demandé, de deux, je ne fais absolument pas partie de l’équipe qui gère ce site, et, de trois, je n’y gagne rien sinon la satisfaction de porter un très modeste éclairage sur le travail de personnes qui ne font ce qu’elles font que par amour de ce qu’elles font. Alors, grognons, grognonnes, je vous embrasse bien affectueusement, et je vous dis à demain.

#210 – Lyonniais #036 – Plutôt me les couper que de ne pas avoir le choix de ne pas le faire

Ce matin, alors que j’étais en train de lire l’article de Gérard-François Dumont, Japon : le dépeuplement et ses conséquences, publié en 2017, je reçois l’e-mail d’une amie qui m’y cause (non, elle ne mycose pas, lisez mieux) d’amie enceinte et me demande si j’ai déjà envisagé de me faire faire une vasectomie (car l’idée que je me reproduise fait frissonner pas mal de monde, savez-vous). Vous ne voyez pas le rapport ? Ou alors peut-être vous demandez-vous si je pense qu’en me vasectomiant (ça n’existe pas plus que le verbe mycoser, cherchez pas) je craindrais quelque part de contribuer au dépeuplement de la France et à ses conséquences ? Non, vraiment, vous me prenez pour un Eric Z. ? Sans déconner…

Eh bien non, c’est que mon inculture est si profonde qu’à chaque nouvel article que je lis, j’apprends quelque chose. La plupart du temps, même, quelque chose que tout le monde sait certainement déjà. Dans l’article cité plus haut, j’apprends donc que « le Japon vote une « loi sur l’eugénisme national » mise en œuvre en 1948. L’objectif affiché est d’empêcher la naissance d’enfants considérés comme présentant des handicaps et de protéger la vie et la santé des mères. Aussi la loi rend-elle obligatoire la stérilisation des porteurs d’un certain nombre de caractéristiques jugées négatives et l’avortement pour raison de santé ou motifs sociaux ; le nombre des stérilisations s’élève de 5 600 en 1949 à 38 000 en 1955. Quant au nombre des avortements officiellement recensés, il dépasse le million de 1953 à 1961, avec un taux rapporté aux naissances qui atteint même 71,6 % en 1957. »

Ça vous la coupe hein ? C’est le cas de le dire. La coïncidence était trop belle pour moi qui ne savait, une fois encore, pas quoi vous raconter, du pain béni, comme on dit. Eh bien oui. Depuis mes dix-huit ans, j’y pense vaguement, à la vasectomie. D’où me vient donc cette idée ? De mon incapacité à pouvoir garantir à l’enfant que je mettrais hypothétiquement au monde une vie sans souffrance, ainsi qu’au refus de penser cyniquement « de toute façon, tout le monde souffre. » Vivre m’a bien des fois été insupportable, au point qu’il n’y ait pas un seul jour qui passe sans que je ne songe à la mort (sinon à me la donner, du moins comme elle doit être apaisante quand elle vient finalement et cesse d’être une source d’anxiété permanente). Pourtant, si je devais comparer mon existence à celle de la majorité des êtres ayant vécu sur cette terre, mon parcours en ce monde apparaît comme une véritable balade à la fête foraine par un beau soir de printemps. Je me demande ce que ça doit être pour ceux et celles dont la misère est des plus totale. Parfois, donc, quand je pense à tout ça, je me dis que je préfèrerais me les couper moi-même au couteau à beurre plutôt que d’assister impuissant à la douleur de celui ou de celle à qui je n’ai pas demandé l’avis avant d’égoïstement le ou la plonger dans un enfer qu’à sa naissance je n’ai pas voulu regarder en face.

D’un autre côté, il y a des gens très heureux. Des qui ont vécu des horreurs, mais qui sont malgré tout à peu près satisfaits d’être là. Et moi-même, si aucun jour ne passe sans que l’angoisse ne vienne faire un peu d’ombre à mon bonheur, je me sens ces derniers temps plutôt bien que mal et j’ai, par le passé également, eu quelques beaux moments de fou-rires et de joie. Attention, aucun de ces beaux moments ne vient se rappeler à ma mémoire quand ça ne va pas, mais ils ont été là et continuent de se produire. Certaines relations parent-enfant sont également sources de joies intenses et de bien-être qui peuvent vous faire relativiser les tracas de l’existence, et il ne fait pas de doute que les enfants sont souvent les meilleurs remèdes à la morosité ambiante du monde des adultes.

Alors quoi faire ? Je n’ai pas fini de me poser la question. Et justement, j’ai envie d’avoir longtemps l’occasion de me la poser, donc point de vasectomie à l’ordre du jour. Étant d’un caractère à détester toute injonction ou tentative de coercition, d’où qu’elle provienne, des lois comme celle promulguée dans le Japon d’après-guerre me donneraient envie de me les arracher pour les coller au fond de la gorge de ceux qui l’ont votée. Histoire d’être bien sûr de n’imposer ce monde où règnent les raclures à aucune éventuelle descendance, et à la fois de bien leur faire comprendre ce que j’en pense, de leur autorité autoproclamée sur mon corps, ma personne, à ces décideurs-à-ma-place. Plutôt me les couper que de n’avoir pas le choix de ne pas me les couper, en somme. Mais dans ma région du monde et à mon époque… je ne peux pas me résoudre à un acte aussi définitif.

Moi qui n’aime pas l’idée des tatouages de par leur caractère permanent, vous imaginez si l’aspect définitif de la vasectomie me séduit peu. C’est qu’en dix ans, j’ai beaucoup changé. Pas tant physiquement que dans mes idées et ma façon d’être, ou par les désirs et les aspirations que je nourris. Aujourd’hui, si je ne veux pas d’enfant (et je n’en veux pas) je peux très facilement me retenir d’en avoir sans vasectomie. Même si, oui, l’amour est meilleur sans capote et sans se retirer juste avant de jouir. Mais qui sait où j’en serai dans dix, quinze ans ? Je me laisse donc le choix de pouvoir choisir jusqu’au bout, car en ce qui concerne l’avenir, je ne suis sûr de rien. En ce qui concerne le bonheur de ma voisine ou mon voisin comme des mes rejetons virtuels, je ne suis sûr de rien. En ce qui concerne le bienfondé d’avoir ou ne pas avoir d’enfant à tel ou tel âge, je ne suis sûr de rien. En ce qui concerne l’intérêt qu’il y a à vivre, je ne suis sûr de rien. Il y a bien une chose dont je suis certain cependant, c’est que je serai toujours prêt à défendre une société qui permet à chaque individu d’effectuer ses propres choix vis-à-vis de sa volonté ou non de se reproduire (comme de se donner la mort) quitte à ce qu’il se trompe et le regrette, car disposer de soi-même, c’est bien la moindre des réparations à accorder à des êtres qui n’ont jamais choisi d’être là.


#209 – Lyonniais #035 – Des hauts débats

J’ai entendu causer, mais vraiment comme ça en passant, d’un grand débat national. J’avoue ne pas bien savoir de quoi il s’agit, mais je me demande tout de même s’ils vont trouver une salle avec assez de place pour faire entrer tout le monde, et si l’on va faire fabriquer des sièges pour l’occasion ou si chacun·e devra amener son propre tabouret. Et l’ordre du jour, comment va-t-on en décider tous ensemble ? Ça risque de prendre du temps mais on ne pourrait décemment pas éviter d’en passer par là. Une fois installés et -lées dans la grande salle qu’il faudrait donc penser à faire construire assez vite, devra-t-on inscrire sur un petit morceau de papier les sujets dont on veut débattre et le faire passer en bout de table, la personne en bout de table récupérant les feuilles de sa rangée et les faisant à son tour passer à la personne devant elle et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous les petits papiers arrivent au bureau du président qui les lira à voix haute et procédera à un vote à main levée pour décider des sujets que l’on garde ou pas ? Évidemment, il ne faudra pas se tromper entre le papier qu’on fait passer au président et celui qu’on comptait faire passer à Nicole ou Nicolas et sur lequel était inscrit : « est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? oui / non, entoure la réponse », sinon on n’y arrivera jamais. Ce projet me paraît bien ambitieux, mais je suis sûr que ceux et celles qui l’ont organisé ont tout prévu et qu’ils y mettront les moyens pour que chaque Française et chaque Français ait son mot à dire, voit ses questions étudiées, et que des temps de paroles égaux pour les soixante-sept millions d’habitants et -tantes que nous sommes soient scrupuleusement respectés, sans ça, ça ne sert à rien. Personnellement, moi, je voudrais que soit discuté le rapport qu’entretient la société au bien-être de l’individu, ce qui, je l’espère, ne devrait pas manquer de déclencher une réflexion sur la mort, l’absurdité de la vie, et la place du travail et de l’argent dans tout ça. Je sens que ça va être passionnant.