#53 – Montpelliérien #053 – Le Grand Ménage

Je n’ai jamais bien compris d’où ça venait, ce grand ménage de printemps. Pourquoi là, maintenant ? Pourquoi pas le grand ménage d’automne, après l’été poussiéreux ? La raison en est-elle qu’on sort du coma dépressif hivernal et qu’on retrouve assez d’énergie pour s’y mettre, à ce ménage qu’on repoussait depuis des mois ? Mouais, y a de l’idée. Est-ce parce qu’à partir du printemps on a tendance à inviter plus souvent ses amis·es chez soi et qu’on a honte de l’état de l’appartement ? Ça me ressemble assez. Aurais-je le courage de dénicher sur internet les origines de ce rituel ? La réponse est non, mais vous le saviez déjà. Et surtout : a-t-on une date précise de l’évènement ? Évidemment que non. Sinon tout le monde ferait semblant d’avoir autre chose à faire ce jour-là, et personne ne ferait jamais son grand ménage de printemps. Remarquez, moi, j’ai dû le faire deux fois dans ma vie, et encore, on m’a forcé.

Je dois vous avouer que j’étais parti pour vous écrire que j’allais faire mon grand ménage aujourd’hui, mais ça n’aurait pas été très honnête. En fait c’est juste mon ménage bimestriel classique, et il se trouve que c’est le printemps. Pur hasard. Tout ça parce que je me demandais a) comment j’allais vous expliquer que l’article serait court car je dois faire le sol ? b) quel titre pas trop naze lui trouver ? C’est dangereux, un titre. Pour peu que vous le trouviez avant d’avoir terminé de rédiger votre texte, vous allez vous sentir inévitablement attiré·e par le désir d’en rajouter un peu là, d’en rogner par ici, juste pour renforcer l’aspect thématique du texte, ou pour combler les attentes créées. Ça n’aide pas à donner dans l’authentique. Donc voilà, aujourd’hui je vais faire le ménage, mais en vérité, ce n’est pas parce que c’est le printemps. C’est parce que des amis et de la famille viennent passer le week-end à la colocation, que je n’ai pas participé à la dernière séance de nettoyage, et que ma chambre ressemble à une décharge.

Photo par Gwlad (rue du Guesclin)

Décidément sur ce blog on passe du concert underground au repareillage de mes chaussettes, il n’y a aucun fil conducteur. Mais je sais que vous êtes des lectrices et des lecteurs bienveillantes·s. Vous vous dites sans doute simplement : « en voilà un qui n’a pas peur de se mettre en danger, qui ne craint pas de perdre ses vingt lecteurs en changeant de genre d’une billet à l’autre. » Et c’est vrai que je suis courageux, c’est gentil à vous de le remarquer. Ou alors vous vous dites : « quel écrivain versatile ! » Et on ne pourra pas vous donner tort. En tout cas pas si vous pensez au versatile anglais, synonyme de polyvalent, et non au versatile français qui signifie personne en qui on ne peut avoir confiance tant elle change souvent d’avis. Heureusement, la signification anglaise tend à remplacer la française peu à peu, grâce aux mauvais sous-titrages des films sur internet. À quelque chose amateursime est bon. Ou bien encore vous pensez : « c’est vrai que ce type est un génie, mais pourquoi tient-il toujours à nous montrer l’arrière-boutique ? Ça devient obscène. » Euh… merci ?

Sinon, ce soir, il y a vernissage de l’exposition Balade Poétique, qui réunit les œuvres des trois artistes : Débit de Beau, Big Pin’Up et Miladream. C’est à 18h30 à l’AteLiées, 8 rue André Michel. On avait déjà évoqué Débit de Beau dans l’article Street Art à Montpellier, la conf, mais les deux autres je ne les connais pas. Il n’est malheureusement pas sûr que je puisse m’y rendre, alors vous serez gentilles·s d’y aller et de me dire comment c’était.

Et quoi d’autre à faire ? Oh, pas grand chose, simplement une vingtaine de concerts pour une quarantaine d’artistes, je ne sais pas si vous allez réussir à trouver quelque chose qui vous convienne avec si peu de choix. Allez voir le site du Mama Sound quand même, sait-on jamais.

Un autre grand ménage, c’est celui qui semble s’être produit à la faculté de droit au cours de la nuit. Le doyen de la faculté aurait ouvert la porte à un groupe de personnes cagoulées qui, armées de matraques et tasers, se seraient chargées de foutre à la porte, manu militari, ceux et celles qui se trouvaient dans l’amphi occupé. Le tout sous les yeux de la sécurité. On prend l’info avec précaution, mais c’est quand même assez inquiétant : https://twitter.com/SolidairesEtu34/status/976996510134087680.

À demain.

#52 – Montpelliérien #052 – Excusez-moi, je suis pressé

Salut à toutes, salut à tous ! Je vous l’avais dit, l’article d’aujourd’hui sera court. Pourquoi ? Pour contraster avec celui d’hier, déjà, pour ceux et celles qui ont pris le temps de le lire. Et ensuite parce que je vais devoir partir dans trente minutes et que je ne pourrais pas être de retour avant tard cette nuit. Donc, court. Pressé. Mal écrit. Sans relecture possible.

Si vous êtes vraiment en manque de trucs à lire et que vous avez raté les sept derniers jours, je vous conseille tout de même deux articles en particuliers. Pourquoi ces deux-là ? Parce que c’est ceux dans lesquels je parle des travaux des autres, c’est quand même plus intéressant que quand je vous raconte ma petite vie, et de façon longue, et moi j’aime bien les articles un peu longs. Ces deux articles sont :

Sinon, je peux aussi vous dire que ce soir, à la Friche de Mimi, 42 rue Adam de Craponne, quartier Figuerolles, c’est le retour du playback théâtre par la troupe Magma dont je vous parlais dans l’article (seconde partie) : Oulah ! J’ai failli marcher dans une œuvre d’art. Ce soir, le thème sera « le masculin » et c’est à 20h30. J’ai hâte de voir ce que les gens vont bien pouvoir raconter à ce sujet. Je vous le rappelle, ce n’est pas une pièce construite autour d’un thème, ce sont plein de petites impro par la troupe autour des histoires personnelles des spectateurs.

Et ben, vous voyez, ça fait trois articles au final. Et alors que dire à celles et ceux qui les ont déjà tous lus ? Il me faudrait plus de temps… Ah tiens, voilà, j’y pense, j’ai un petit texte inédit sur ce blog qui pourrait convenir.

Photo par Gwlad (quai du Palladium)

Soixante secondes dans une minute, soixante minutes dans une heure, soixante heures dans une journée. Le monde est bien fait.

Certes, les jours sont un peu longs, l’humain moyen fait trois siestes de sept heures pendant les phases ombragées. Enfin, cela ne change somme toute pas grand chose. Et surtout, soixante, qu’il soit divisé par deux, trois, quatre, cinq ou six donne un nombre entier ! C’est très utile en plus d’être très beau. Ce nombre est parfait.

Toutefois, malgré cette pureté mathématique, des mouvements sociaux ont été entamés. La classe ouvrière se plaint de ne plus arriver à boucler les mois de soixante jours. Les veaux !

En revanche, la longévité moyenne semble s’être allongée par un mystérieux effet collatéral. Cela peut paraître fou, mais le nombre de centenaires a explosé suite à la réforme des siècles de soixante ans.

Voilà, voilà. Je sens que vous êtes soufflé·e. Un si grand talent littéraire qui tient dans un si petit blog, que vous vous dites. Vous exagérez un peu, il n’est pas si petit.

#51 – Montpelliérien #051 – Jamception

Hier, c’était soirée jam session, et scène ouverte, et re-jam session. Pas forcément dans cet ordre. Vous avez du temps devant vous ? Allez, tirez-vous une bûche, je vous explique.

Scène ouverte d’abord, à la Petite Scène. Je venais de me faire Manuel (Il Figglio) au Diagonal —très bon film. Un chouia déprimant. Je dis un chouia pour pas vous décourager d’y aller. Rythme lent, belle image, réaliste. Allez-y, allez-y pas, j’ai rien à vendre. Moi j’ai aimé. Toujours est-il qu’en sortant de là j’avais pas les yeux qui criaient l’amour de la vie (je sais bien que ça ne veut rien dire)—, j’avais besoin d’un petit remontant. Direction, donc, le bar dont je vous ai causé trois lignes plus haut. Relisez lentement en vous aidant du doigt si vous avez du mal à suivre. Arrivé là, je commande le sempiternel jus de tomate et je m’installe avec mon bloc note à la seule table de libre près de la scène. Ça commence.

Le premier des trois musiciens inscrits ce soir-là, c’est Ravi Johanis. Il vient d’Allemagne et m’expliquera plus tard qu’il a déjà fait un séjour à Montpellier dont il garde un bon souvenir, notamment grâce aux jam sessions sauvages alors spontanément organisées sur le parvis de l’église Saint Roch. C’était le bon temps.

Il saute en scène seul avec sa gratte électrique. Surprise. Le petit malin avait préparé une backing track pour l’accompagner. Très minimaliste mais pile ce qu’il fallait : basse et batterie légère : grosse caisse, caisse claire cross-stick, quelques cymbales. Premier morceau. Le son de gratte est superbe. Beau clean, avec du gain juste ce qu’il faut. Il a du feeling, de jolis licks. Y a de la rondeur et de la tension. Le morceau parle de you’re beautiful si je me souviens bien. Le second de need to see my love again, le troisième j’ai pas fait gaffe aux paroles, j’ai été beaucoup plus entraîné par la musique. Le style reste le même au cours des trois morceaux, mais c’est de plus en plus rythmé, ça gagne en complexité.

Quel style ? Hmm. Vous savez, quand je parle de musiciens, j’aime pas les comparer à d’autres, et j’aime pas les étiqueter genristiquement parlant. Je préfère décrire. Oui, mais voilà, je suis pas expert dans toutes les techniques et j’ai une culture musicale limitée, alors je vais dire ce que ça m’évoquait comme genre, car je n’ai pas peur de me contredire : blues moderne teinté de soul avec un arrière goût rootsy. Ou bien soul minimaliste saupoudrée d’un zeste de roots mais très bluesy. Ou encore quelques rythmiques un peu roots, un feeling général blues, mais pas oldscool , le tout un peu souly. Et démerdez-vous avec ça.

Quel ressenti général ? De très beaux morceaux, de jolies ambiances qui évoquent douceur et tranquillité, tout en faisant bien hocher la tête. Parfait pour un premier jour de printemps, et pour l’été qui suivra. On se demande pourquoi les morceaux durent pas plus longtemps, ils sont vraiment très courts, parce qu’une fois dedans on y est bien, on a envie d’y rester. J’ai pas parlé de la voix. Car Johanis chante également. C’est peut-être la partie qui mérite encore un peu de travail, les idées sont là, l’intention aussi, mais ça manquerait un tout petit peu de maîtrise. Après vous savez comment c’est, premier sur scène, à froid, un soir où personne ne vous attend vous particulièrement, il y a de quoi avoir les cordes vocales frileuses, d’autant qu’il faisait vraiment pas chaud, ça n’aide pas.

Vous n’avez pas le début du bout de la pointe de l’extrémité d’une idée de ce que tout ça peut bien donner en lisant mes baragouineries, pas vrai ? Alors, d’une, vous aviez qu’à y être, et de deux, vous pouvez allez l’écouter sur son soundcloud.

Johanis m’a dit qu’il comptait bien tourner plus souvent dans le coin, je n’ai pas eu la jugeote de lui demander s’il restait longtemps en ville, lui en tout cas a eu la gentillesse de m’offrir l’une de ses démo. Merci beaucoup, c’est super sympa. Sympa, d’ailleurs, le mec l’est très. Si, c’est français comme phrase. Il a pris le temps de saluer tout le monde, d’annoncer tous les musiciens qui allaient suivre, et de remercier encore une fois tout le monde. Donc, Ravi, Johanis, de t’avoir rencontré. Si je l’avais pas faite vous auriez été déçus·es, mentez pas, je le sais.

En parlant des musiciens suivants. En seconde partie, c’était Anthony. Ánthos. Flos Waldhari. Non ils sont pas trois, c’est juste pas facile de se décider sur un pseudo, et on le comprend. Z’avez qu’à relire mes premiers articles, vous comprendrez. Quels que soient ses noms, propres ou de collectif, son set m’a vraiment surpris.

Le mec se hisse sur la scène, guitare électro-acoustique cordes nylons en main. Devant lui une pédale à boucles et une pédale de reverb. Un micro aussi. Il commence, l’air de rien, par nous sortir une rangée de croches sur une seule note. Bon. La boucle part. Il entame une nouvelle série de notes identiques sur le même rythme qui ne paie pas de mine. Mais ça commence à harmoniser. Les boucles ne se remplacent pas les unes les autres, elles s’empilent. Une troisième. Une quatrième. Toujours l’harmonie s’enrichit. Toujours sur le même rythme quelques montées d’une gamme mineure harmonique maintenant. Bon, si ça s’arrêtait là, mais ça continue. Jusqu’à combien ? J’ai perdu le comte. Mieux encore, au milieu de tout ça il bidouille sa pédale, rajoute un delay qui décale toutes ces croches faites à un doigt sur une corde et jusque là synchronisées, ce qui, magie, crée un rythme flamenco hyper riche harmoniquement. La tension monte, l’ambiance gonfle et gonfle à mesure qu’il rajoute des couches jusqu’à ce que…

Patatras. Jusqu’à ce que tout foute le camp. Manque de bol, setup de scène ouverte plus accumulation de pistes avec delay oblige, son aigrelet de l’electro-nylonée aggrave, un larsen chopé à chaque passage, présent dans chaque boucle, commence à couvrir le morceau. C’était tolérable jusque ici, mais là, obligé de couper le son.

Pas grave on recommence. L’ambiance flamenco-western, donnant un tout assez baroque au final, reprend. Sans larsen cette fois. Là c’est le coup de grâce. Anthony-Ánthos-Flos-Waldhari-De-La-Vega-Morricone ajoute les voix. Encore des loops, une voix, deux, trois, quatre, je sais plus combien, du grave au super aigu. La vache, un vrai chœur à lui tout seul. Ça claque. Je vous ai dit que j’aimais le baroque ? Ben voilà, on est en plein dedans. Y a du Cant de la Sibil·la là-dedans, un air de tempête avant la fin du monde. Le morceau s’appelle La Tormenta, d’ailleurs. Tout à fait adéquat.

Bon ça finit un peu brouillon pour la même raison que précédemment, voix sur voix se superposant, un peu du boucan ambiant est repiqué par le micro et s’amplifie à chaque boucle. Ça oblige à baisser le son encore une fois, dommage parce qu’on sent bien que c’est supposé enfler et enfler encore sans jamais s’arrêter jusqu’à devenir une énorme masse d’harmonies et de rythmes apocalyptiques. Bref J’ai hâte de revoir ça avec une meilleure sonorisation.

Le second morceau, une valse, dix minutes. On sent que c’est de la chanson à texte, mais en anglais, j’entends pas bien les paroles. Dommage. L’ambiance est toujours super cool. On découvre encore mieux la voix d’Ánthos, et c’est bon ! Je dirais que ce qui fait l’originalité de sa musique ce soir-là, c’est sa façon de se servir des boucles et du delay pour créer des rythmes complexes —des trilles au delay !—, créer des textures riches, parfois à la limite des nappes de synthèse granulaire, et sa voix. Ses voix. Quand il s’y met. Heureusement il s’y met plus souvent qu’il ne s’y met pas. Et puis rappelez-vous, scène ouverte, à froid, enfin z’avez pigé. Le mec à la sono lui dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Anthony, encore un gars sympa, accepte.

Vous ne voyez toujours pas ce que je veux peindre comme tableau avec mes tournures alambiquées qui font pas honneur à ? Voilà son soundcloud. Je sais pas s’il y a ce que j’ai entendu hier, j’ai pas encore eu le temps d’écouter. En tout cas si vous entendez dire qu’il passe dans le coin, allez-y voir, je suis sûr que ce sera intéressant.

Normalement, c’est à peu près à ce nombre de mots que vous arrêtez de lire les articles. Ne niez pas, j’ai mes sources. Mais aujourd’hui, vous allez me faire le plaisir de faire un effort. On doit en être à un peu plus de la moitié, et il me reste encore de beaux moments musicaux et humains à raconter. Allez, entracte photo du jour, comme d’habitude, c’est Gwlad qui régale.

Photo par Gwlad (avenue des États du Languedoc)

Vous êtes délassées·s ? On reprend.

Le troisième musicien à monter sur scène, c’est deux musiciens. L’un dont j’ignore totalement le nom, et le deuxième, je vous dis pas tout de suite, je fais durer le suspense. Le premier a une guitare electro-acoustique dans les mains, il en joue, chantonne, rapotte. Je ne sais pas s’il reprend des paroles de chansons existantes sur des accords à lui, ou si c’est écrit de son stylo bic. Toujours est-il que je préfère quand il chantonne, quand il rapotte ça fait laïus égotique virilo-macho_montre-muscle et fier de ses défauts. Encore une fois, c’est peut-être des reprises, mais si tu viens me chanter des discours de Sarkozy dans les oreilles, t’attends pas à ce que je vienne te dire que t’as une jolie voix. Bref, je préfère quand il chantonne en anglais. Je fais un effort quand même, purement musicalement, on voit que le mec est à l’aise avec sa gratte, y a de la nuance dans son jeu malgré les accords joués en boucle, et la scansion est bonne.

Le deuxième du duo, dont je garde le nom secret pour l’instant, essaie de trouver sa place au départ, il tente des hum hum discrets, et puis d’un coup d’un seul, dès que l’espace est enfin disponible, putain, ce qu’il envoie ! Voix profonde, sculptée, qui fait des pirouettes avec une aisance assez dingue, voix expérimentée qui joue sur les timbres et les textures. Ça dure pas longtemps, mais j’y entends du Nina Simone, du jazz lyrique. J’avais dit pas de comparaison à des genres ou des artistes hein ? Me renier, c’est ma passion. Enfin, tout ça ne dure que quelques secondes. Mais voilà les secondes…

Deuxième morceau, cette fois ce qu’il envoie c’est une impro proche du scat aux accents reggae, toujours avec cette voix, profonde et chaude, non je parle pas du vagin de maman, je sais que vous avez la nostalgie de mais restez concentrés·es s’il vous plaît. Bref, en quelques secondes à chaque fois, on a le temps de sentir que le mec cache une musicalité énorme.

Le mec à la sono leur dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Qui ça d’autres ? Ils étaient trois musiciens inscrits pour la scène ouverte, enfin quatre, puisqu’il y avait un duo. Le mec leur dit que les musiciens pour la jam session sont impatients de monter sur scène. Ah, c’est eux. Et oui, jam session dans une soirée scène ouverte. Daitman —voilà, c’est lâché, c’est son nom au super chanteur, Daitman Paweto. Connaissez pas ? Ben vous feriez mieux de le retenir et d’aller voir ce qu’il fait dès que vous en avez l’occasion, ce mec va devenir célèbre, et ce sera mérité—, demande s’il peut quand même faire une chanson avec une guitare avant de descendre, il a quasiment pas eu le temps de chanter en fait. Le mec-anguille lui répond pas franchement, d’un air de descends maintenant mais je te le dis pas les yeux dans les yeux, d’un air de les amateurs ont assez joué place aux pros, d’un air de la scène ouverte c’est terminé les minus, z’avez assez joué, maintenant c’est les jazzmen de cinquante balais qui jouent, les musicos respectables, faites place, comprenez, la clientèle tout ça, vont pas s’alcooliser longtemps si on leur met pas du jazz à papa dans les pattes. Franchement à ce moment-là j’étais sur le cul. Daitman résiste, même quand le pianiste sosie d’Alain Chamfort, orgueilleux au possible, monte sur scène en lui lançant « je suis pas payé pour accompagner les mecs qui viennent chanter leurs chansons ». Rien à foutre, Daitman le regarde du genre je t’ai rien demandé. Il est malmené, mais pas grave. Il leur dit que cette scène est faite pour être partagée, ouverte, jam session, non ? On aurait compris de travers ? Il demande un capodastre, les mecs l’envoient bouler du genre démerde-toi on veut pas de toi ici avec ta chanson, ta putain de seule petite chanson que tu veux chanter que ça prendra trois minutes mais c’est trois de trop pour nous. Heureusement, Ánthos est là, près de la scène, il en a un de capodastre, il le lui prête. Johanis remonte aussi sur l’estrade et prend la basse. Merci !! Le groupe improvisé joue, et il envoie, le Daitman. C’était bon. Au bout de deux chansons à accompagner les autres, il redescend de scène.

Je lui touche deux mots de ce qui vient de se passer, il trouve ça bête, mais il en fait pas une affaire, il a pu jouer, c’est tout ce qui a l’air de compter. Il me dit qu’il se tire à la Pleine Lune, en fait il est censé y être depuis une heure et demie, il était juste parti en ville pour acheter des clopes et s’est retrouvé embringué là. Je décide de le suivre. À la Pleine Lune, c’est aussi jam session, mais on verra que c’est un autre genre. Allez, c’est l’article le plus long que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui, mais je suis sûr que vous avez encore le courage d’en lire un peu plus, on y va.

Sur le chemin, Daitman m’explique qu’il a trente ans, qu’il a commencé à monter sur scène à treize, qu’il a fait du rap, du reggae, du jazz, que maintenant il a trouvé son truc, son mélange, son effet à produire sur le public. Il m’explique sa vision de la musique, du groupe. Le mec a dix-sept ans d’artisanat zikal dans les jambes, il commence à savoir ce qu’il veut. Il avait ouvert un bar musical, mais des histoires familiales ont fait que. Aujourd’hui, il repart sur un nouveau projet. Il a remonté un groupe autour de lui. D’ailleurs, avant la Petite Scène, ils ont fait leur première répet en vue d’une série de concerts pour jouer l’album enregistré au Studio Vox et en cours de mixage. Ce que j’avais pressenti se confirme, il fait pas semblant Paweto Daitman.

On arrive à la Pleine Lune, c’est soirée Jam Session World Music, j’aime pas ce terme, World Music, ça sent la FNAC et le rayon CD du Super U. Sur scène, c’est aussi bondé que sur la piste de danse quand on déboule. Je saurais plus dire avec précision combien de musiciennes·s étaient présentes·s, mais comme ça je revois à notre arrivée : une clarinette, un sax, une trompette, un batteur, un violon, une basse, deux guitares, un clavier, une voix qui chante dans une langue arabe que je serais bien incapable de reconnaître. Y a une pêche d’enfer, les gens sont excités, ça danse, ça picole, ça se marre, ça dragouille, ça saute sur place. Et tous ceux qui veulent monter sur scène le peuvent. Même les gros relous bourrés. Ça, ça plaît pas trop à Ella.

Car oui, j’oubliais, sur place Daitman me présente des amies·s musiciennes·s à lui, Édouard que je n’ai pas vu jouer et dont j’ignore l’instrument de prédilection, Timothée le guitariste, et Ella la chanteuse. Tout ce petit monde est fort sympathique. Sont venus·es là pour la musique, pas se la coller. Chacun·e montera sur scène à un moment ou un autre. La musique, d’ailleurs, est un mélange hallucinant de toutes les sonorités possibles et pas imaginables, dans des combinaisons riches, surprenantes, et éphémères. La zik est improvisée à jusque douze musiciens·nes et chanteurs·ses, des morceaux qu’il fallait entendre sur le moment, car c’était la première et la dernière fois qu’on les jouerait dans l’histoire de l’univers.

Au niveau des voix : on a eu Ella qui à envoyé ses good vibes, d’une voix posée, calme, légèrement voilée, qui peut s’emballer d’un coup et partir dans les astres avec une apparente facilité. Apparente seulement, elle me le confirmera plus tard. On a eu Daitman, évidemment, toujours aussi bon. On a eu deux filles, toutes les deux dans une style soul-jazz, et dont j’ignore les noms. On a eu un rappeur, apparemment très souvent à l’ODB, grand, cheveux mi-longs attachés, le genre qui met l’ambiance, avec des textes qui appellent à l’empathie, comme son t-shirt, et une gueule qui appelle à être son pote. On a eu aussi un mec qui envoyait le salsifis, rap-reggae, textes humanistes, engagés.

Vous savez quoi ? Je vais arrêter là. Je suis sûr que vous n’en avez même pas lu la moitié, et je suis claqué. En tout cas, mon programme des mardis quand j’aurais rien prévu de particulier me semble maintenant tout trouvé. Petite Scène jusqu’à la fin de la partie scène ouverte pour voir les artistes de près et pouvoir échanger un peu ensuite, puis Pleine Lune pour finir dans une ambiance ouf.

Allez, la bise. Promis demain ce sera plus court.

#50 – Montpelliérien #050 – Le premier jour de la fin du cauchemar

Aujourd’hui on va pas faire dans l’original. Parce que d’habitude c’est ce qu’on fait ? Taisez-vous mauvaises langues, vous n’arriverez pas à me gâcher cette journée. Aujourd’hui, on va pas faire dans l’original parce que c’est mon jour préféré de l’année, comme tout le monde. Oui, c’est vrai, c’est déjà une originalité de parler d’aujourd’hui aujourd’hui sur ce blog. Bon, décidément, vous ne voulez pas me laisser tranquille. Ce que je voulais dire c’est qu’aujourd’hui, où que vous alliez, on va certainement vous le rappeler une bonne centaine de fois, que c’est le printemps.

Qu’est-ce qu’il peut bien avoir ce printemps pour que tout le monde souhaite le revoir une dernière fois avant de mourir ? Et bien, voilà comment je vois les choses :

Le début du printemps, c’est un peu la convalescence. On sort d’une bonne grosse maladie qui nous a tenu·e au lit pendant trois mois et qui s’appelle le putain d’hiver à la con. On n’est pas encore certain·e que c’est complètement fini, qu’il n’y aura pas de rechute, mais bon, on peut se lever de temps en temps et aller faire un petit tour dans son jardin, sur le trottoir devant la porte, c’est déjà ça. Ah, oui, je ne vous ai pas prévenu que j’allais donner dans la métaphore, c’est assez rare, si à un moment ou un autre vous ressentez comme des nausées, c’est tout à fait normal, sautez directement au chapitre suivant. Puis les jours passent et on prend confiance, on commence à reprendre des activités saines et le physique semble suivre, on peut sortir se balader tout à fait librement, on commence à recevoir des nouvelles des connaissances qu’on avait perdues de vue, à en donner également, il se peut même qu’on fasse de nouvelles rencontres à l’occasion de promenades. Enfin, on a totalement oublié qu’on avait été malade, on se met à prévoir de grosses fiestas pour les jours à venir, on sait qu’on va sans doute se cramer, mais on s’en fout, c’est l’euphorie, l’avenir est dans notre esprit une fête sans fin, c’est reparti pour l’aventure. Les randonnées, les voyages, les rencontres, les soirées de beuverie, de musique, de danse et de baise intense les yeux dans les yeux. Tout ça va arriver très bientôt, le printemps nous l’a promis, l’été va nous l’apporter. Et puis justement, l’été arrive, il fait trop chaud, on reste chez soi et on ferme les volets.

Photo par Gwlad (rue Rondelet)

Le printemps, c’est la promesse de quelque chose à venir, c’est un départ à neuf, c’est le moment où l’on projette le mieux ses fantasmes sur la toile encore blanche de l’avenir (faut que j’arrête les images, je me rends malade tout seul). Contrairement à l’hiver, durant lequel on lutte pour atteindre ses objectifs comme une personne à la mer en pleine tempête lutte pour garder la tête hors de l’eau (non, vraiment, stop), pendant le printemps, on se laisse porter. Tout semble aller tout seul.

Enfin, bon, vous avez compris quoi. Moi j’aime bien le printemps. Même si à la fin très peu des choses que j’avais espérées se réalisent, au moins pendant trois mois environ j’ai pu rêver, et c’est déjà ça.

Bon, mais concrètement que faire aujourd’hui à Montpellier ? Ben, c’est mardi. Niveau concerts gratuits en bar, vous avez les scènes ouvertes et jam sessions au Little Red (jazz), à la Pleine Lune (musique du monde (ça veut rien dire)) à la Petite Scène (ce que vous voulez). Sinon vous avez le Moonrise Jazz Quartet qui joue au Gazette Café, si vous aimez les concerts au Gazette Café. Et sinon démerdez-vous.

#49 – Montpelliérien #049 – Les jeux sont faits, enfin presque

Il est 8h30. Il est Masami’s Bar. Il est plein soleil et café.

Enfin, Masami’s Bar ou je sais pas comment ça s’appelle aujourd’hui. J’ai pas pris le temps de regarder le nouveau nom sur le store en arrivant. Toujours est-il qu’à cette période de l’année, si vous voulez vous réveiller en vous faisant rôtir devant un bon café dès le lever du jour et jusqu’à midi environ, c’est l’endroit parfait. C’est en bas de la rue du Pila Saint Gély. Je devrais pas donner mes bonnes adresses comme ça, mais que voulez-vous, je suis généreux. Je suis généreux et j’aime bien faire semblant de connaître tous les lieux sympa de Montpellier pour vous épater. Bon, parlons d’hier, comme d’habitude. On parlera d’aujourd’hui plus tard. Demain sans doute.

Hier, c’était journée des prototypes de jeux au Gazette Café. Journée des Auteurs de Jeux, officiellement. Il y avait de la jeteuse de dés sous la commode, du massacreur de joypads alors que c’est même pas le sien, et de l’adepte de l’escamotage de cartes mais-non-je-te-dis-j’ai-rien-dans-les-manches de tout âge et toute couche sociale. Enfin, ça c’est pas vrai, c’était très 18-50 et classe moyenne. Ça faisait du monde, tout de même. Pas assez pour ne plus pouvoir avancer entre les exposants·es, mais assez pour que les journalistes et autres personnes faisant la promo de l’évènement puissent parler de « franc succès ». Ils ont vraiment pas d’imagination.

C’était organisé par le MUUG. Là, vous vous demandez comment ça se prononce : mug ou meug ? Ne vous en faites pas, dans les deux cas vous passerez pour des imbéciles face à quiconque le prononce de l’autre manière. Pour information, le MUUG c’est le Montpellier Unity User Group. Ils se réunissent assez régulièrement pour tenir des conférences ayant un rapport avec le jeu vidéo, pas forcément Unity en fait. Vous ne savez pas ce qu’est Unity ? Ah les ploucs, eh ! Mais non bananes kiwis (désinvisibilisons les autres fruits, les bananes prennent trop de place dans la langue française), je rigole, moi non plus je ne sais pas ce que c’est, et voyez, on ne me lance pas des cailloux dans la rue pour autant. J’ai la flemme de vérifier, car je ne suis pas journaliste et je vous embrasse, cela dit il me semble en vérité que c’est un moteur de jeu vidéo commercial mais gratuit tant qu’un jeu créé avec n’a pas engendré une rentrée d’argent supérieure à un certain seuil.

Bon, enfin. J’espère que vous ne comptiez pas sur moi pour tester la totalité des jeux parce que ç’aurait été impossible. Par exemple, pas moyen de tester le prototype de jeu de rôle que mon pote Feldo présentait. Je suis arrivé à 14h, mais la première partie n’était pas achevée quand je suis parti à 17h et des mandarines, car comme je vous le disais plus tôt il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour les bananes, elles ont déjà le luxe de servir de mesure de la radioactivité, alors si en plus on leur donne le monopole de la mesure du temps faudra pas s’étonner si un beau matin on se réveille toutes·s à Banana Reich. Où j’en étais ? Oui, quand je suis parti trois heures plus tard, la première partie lancée à sa table n’était toujours pas terminée. Si on voulait tester un jeu correctement et prendre le temps de parler avec les créatrices·eurs, il était bien normal de ne pas avoir le temps de tout tester. En gros, en trois heures, j’ai pu essayer deux jeux et aller zieuter vite-fait les autres. Je vais donc vous parler des deux jeux auxquels j’ai joué : Philo Motiv et Shrug Island.

Photo par Gwlad (quai de Sauvages)

Le premier jeu, Philo Motiv, présenté et créé par Vincent Bouscarle dans le contexte des Ateliers Ludosophiques, se joue sur une table. Pas forcément debout sur la table, on peut s’asseoir autour aussi, c’est même conseillé. Mais les cartes dont on dispose — nul valet de pique ou atout ici, ce sont des cartes à textes créées pour le jeu — sont, elles, posées dessus. À plat de préférence, car sur la tranche on passe trop de temps à les faire tenir en équilibre et on n’a jamais le temps de jouer, essayez si vous ne me croyez pas. De quel matériel dispose-t-on ? De rien d’autre que de ces cartes. Allez, à la rigueur, un bout de papier et un crayon si vous êtes du genre à noter les points, un jeton premier joueur si vous êtes alzheimer.

Ce jeu est un jeu fait pour réfléchir, pour se parler, et pour se parler de comment on réfléchit. Les joueuses et joueurs se voient présenter des situations. Du genre : vous avez très envie de faire l’amour et la personne dans votre lit également, c’est déjà ça, seulement vous avez le sida mais pas de préservatif. Celle-là je l’ai inventée, mais vous voyez le machin. Sur d’autres cartes sont inscrits des mots et de définitions correspondant à diverses valeurs, divers principes moraux et éthiques, exemple : force, facilité, bonheur, fierté, progrès, etc. Selon celles qui nous arrivent en main — parfois on peut choisir et parfois pas — on explique la façon dont on agirait dans cette situation, on la justifie aussi longuement qu’on le désire. Évidemment, il y a quelques mécaniques en plus dans le jeu mais je vais pas vous écrire 3000 mots sur ça sinon vous ne lirez jamais tout jusqu’au bout, vous êtes vraiment pas possibles.

Ce jeu permet donc d’apprendre à se connaître soi-même, de découvrir l’autre et sa manière de voir les choses, de se projeter dans des situations inédites ou de s’en remémorer certaines auxquelles on a été confrontées par le passé et d’échanger sur tout ça aussi longtemps ou brièvement qu’on le veut, voire de débattre. En tout cas de s’exprimer. Il permet également de manipuler des concepts philosophiques sans avoir besoin de connaître ses Grecs sur le bout des phalanges. Le jeu est aussi bien adapté aux enfants qu’aux adultes, aux soirées qu’aux milieux éducatifs. J’en ai très mal parlé, j’en suis bien conscient, je m’excuse. J’aurais aimé faire mieux, c’est typiquement le genre de jeux que j’adore.

Quelques informations sur l’auteur, Vincent Bouscarle : il agit au sein des Ateliers Ludosophiques et de Terra Ludis, association de jeux de tous types et genres à Montpellier. Il est très présent dans le milieu, si vous l’êtes également il est impossible que vous ne l’ayez jamais croisé ou que vous ne le croisiez pas dans les années à venir (non sans déconner, il est vraiment partout). C’est une personne extrêmement sympathique, qui en a sous la calotte crânienne et qui a l’air de s’en servir principalement pour agir positivement sur le vivre ensemble par le biais jeu. On applaudit. Quelques liens : Vincent sur Twitter et Terra Ludis.

Shrug Island, maintenant.

C’est un jeu vidéo. Qu’est-ce qui m’a fait m’arrêter devant ce stand et pas un autre ? Les dessins, l’animation, les pierres sur lesquelles on avait dessiné façon peintures rupestres d’un autre monde et qui avaient été déposées sur la table autour des écrans. J’ai bien fait de m’y arrêter. J’ai découvert un jeu très beau, très calme, un de ceux qui font voyager du côté des rêves, et j’ai rencontré Alina Constantin, la personne à l’origine du projet qui donne tout pour le voir réalisé, et d’une manière assez admirable je dois dire. Je sais pas trop par où commencer. Il y a beaucoup de choses à dire.

Comment le définir, ce jeu ? Jeu d’exploration d’un univers et des sens, ça me paraît pas mal. C’est un jeu d’aventure à énigmes contemplatif. Ça se joue avec une souris, des yeux, des oreilles et un cerveau pour coordonner le tout. C’est beau, c’est très beau. Je l’ai déjà dit, mais je le redis. C’est Alina qui dessine, elle a vraiment son style, entre l’enfantin et l’art primitif, le tout très doux, très naturel. Les textes poétiques sont également de sa plume. Elle m’a confié qu’elle était un peu frustrée de n’être pas assez bonne musicienne à son goût, j’ai envie de dire qu’il faut en laisser un peu pour les autres. D’ailleurs, le compositeur c’est Michael G. Rose qui produit des mélodies et ambiances magnifiques depuis le Danemark, on y sent des faunes et des flores imaginaires. Et sur la photo du site il joue du Bağlama !! Comme moi ! Non, franchement, tout pour me plaire. D’ailleurs la musique n’est pas qu’un décors, c’est l’une des mécaniques du jeu. Malheureusement, au salon, même avec le casque, le son était parasité par le brouhaha de la masse de visiteurs·euses, j’ai donc hâte de pouvoir y jouer chez moi. Et c’est pour bientôt, le jeu sort fin avril sur Steam et itch.io. Mais je m’avance. Les programmeurs, c’est Jan Borg et Milos Jovanovic qui depuis la Serbie semble-t-il ont peaufiné leur joli code que je serais bien incapable de comprendre si je l’avais devant les yeux, mais qui donne en tout cas un jeu très fluide. Pas de bug ni de souci notable lorsque je l’ai testé.

Franchement, elle est pas belle parfois notre époque ? Dans laquelle une dessinatrice, animatrice et poète résidant à l’extrême ouest de l’Europe, un compositeur en Scandinavie et des programmeurs dans les Balkans peuvent travailler ensemble à un projet aussi complexe qu’un jeu vidéo. Et un projet qui s’étale sur des années ! Ce jeu, fait suite à un court-métrage d’animation de 2009 par Alina Constantin, est en gestation depuis 2013, a reçu un gros soutient kickstarter en 2014, et finira par sortir en 2018. Vous imaginez bien tout le travail et la détermination que ça suppose. Et si je vous disais que Alina, à la tête du projet, avait fait une croix sur l’idée d’être rémunérée pour ces cinq ans d’un travail monstrueux ? Et bien je vous le dis. Les programmeurs, eux, ont été payés grâce au Kickstarter. C’est bien la moindre des choses, puisque c’était un travail de commande pour eux. Oui, c’est bien la moindre des choses, mais ce n’est pas tout le monde qui le fait. Bien des porteurs de projet proposent seulement un partage des bénéfices sur les ventes. Là, si le jeu se vend bien, Alina pourra rembourser l’argent qu’elle a emprunté pour faire ce jeu, et peut-être passer commande à Jan et Milos pour un portage sur tablettes et portables. Je me demande même si ce n’est pas Michael qui a avancé le pognon. Quand je vous dis que c’est un beau projet ! Un projet où l’argent n’est pas un but, mais seulement un moyen de parvenir à créer quelque chose de beau, d’honnête, de personnel et collectif à la fois. Moi ça me fait comme des papillons dans le ventre.

Allez, cet article commence à être très long. Encore une fois, j’aurais aimé en parler mieux, j’ai fait ce que j’ai pu. Je vous laisse le lien vers leur site ici : Shrug Island. Le jeu sera disponible au cours du printemps, sur PC, Mac et Linux. En attendant gardez l’œil, l’oreille et le cœur ouverts.

À demain !

Bonus

Edit de 15h45 :

  • J’avais complètement oublié que ce soir c’était votre dernière chance d’aller voir le film indépendant Du Satin Blanc, tourné à Montpellier et dont je parle ici. C’est à 20h au pub O’Sullivans, place de l’Europe c’est 5€ l’entrée et vous n’êtes pas obligé·e de consommer. J’avais prévu de vous faire tout un article là-dessus en y ajoutant les info sur le cinéma indépendant glanées à la table ronde de l’ACID pendant le festival Paul Va au cinéma. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.
  • Les gens du MUUG ont laissé un commentaire dans la partie dédiée à ça pour apporter quelques détails sur le pourquoi, le comment, le où et le quand des choses qu’ils font, ont faites et feront. Je ne recopie pas ça ici, vous êtes grandes·s, allez-y voir vous-mêmes.

#48 – Montpelliérien #048 – Les tôt-métrages

Troisième fois de la semaine où je dois me lever tôt pour partir à l’aventure. Il est 5h45. À 6h30 j’aurai passé la porte. Un dimanche. Un dimanche !! Et pourquoi ? Pour tourner un court-métrage. Non, non. Pas pour un rôle. Ni gloire, ni richesse en perspective. Sans doute plutôt pour tenir la perche ou déplacer des câbles. On m’a demandé si je voulais venir assister au tournage, puisque j’en fais la musique. J’ai dit oui, c’était sympa. Et vous vous souvenez de la fois où je vous disais qu’une fois engagé j’honorais ma parole ? Bon, ben voilà, quand j’ai su qu’il me faudrait être à 7h sous le Polygone pour servir de ce à quoi servent les mecs qu’on fait déplacer des trucs, je ne pouvais plus reculer. Parce qu’on m’a bien fait comprendre que si on me faisait venir c’était pas pour m’inspirer de l’ambiance steampunk du lieu, thème de la fournée des courts-métrages réalisés pour le Kino cette session-ci, non, c’était pour tenir des trucs lourds. Bon. On y est. Dimanche. 6h. Il fait nuit. Il fait froid.

Ça va sans doute bien durer jusqu’à midi, et ensuite ? Ensuite, à 14h au Gazette Café, c’est la journée prototypes. Des créateurs de jeux viennent faire tester leur… Devinez. Leur … ? Indices : leur … vidéo, leur … de plateau ou leur … de rôle. Si vous n’avez pas trouvé la réponse, inutile de vous déplacer jusqu’au lieu de l’évènement, c’est sans doute pas fait pour vous. Si vous avez trouvé, faites ce que vous voulez, ça me regarde pas.

Et puis après ? Après, je me farcis la correction d’un mémoire d’une amie et après je dors. Alors vous imaginez bien que le blog, aujourd’hui encore, hein…

Photo par Gwlad (rue Cité Benoit)

Allez, on va essayer de pas marcher sur les cadavres de la Saint Patrick.

#47 – Montpelliérien #047 – Un soir à pas foutre le nez dehors

Misère. J’avais complètement oublié que ce soir c’était la Saint Patrick. Moi qui comptait sortir en ville ce samedi… Je suis dégoûté. Je déteste les fêtes prétextes à beuverie de grande envergure, plus qu’un prétexte d’ailleurs, une injonction à. Attention, faut pas croire, je dis pas ça parce que je ne bois plus. Même quand je buvais mes cinq litres de bière par soir, les férias, les fêtes de la musique et autres Saint Patrick, ça me faisait chier. Les rues bondées de suants·es puant beuglant louchant rotant pissant dans tous les coins et gerbant dans leur pisse, franchement c’est lourd. Ça se croit drôle mais c’est juste affligeant, ça se croit fort et pour le prouver ça se tape sur la gueule pour un rien. Ces soirs-là les gens boivent parce que c’est ce qu’ils sont supposés faire, nul, tout le monde s’engueule parce que personne ne veut aller au même endroit et que chacun·e pense être celui ou celle qui attend les autres alors qu’en fait c’est le contraire, zéro. Bon, vous avez pigé, j’ai en horreur ces fêtes qui ne sont pas improvisées parce qu’on a envie de se bouger sur le moment, les dates prévues chaque année au même jour sur le calendrier, je trouve ça laid, je trouve ça triste, ça vient pas du cœur, c’est pas spontané. Bref, ce soir, je sortirai peut-être quand même, si je me fais trop chier, mais je serai pas jouasse, et je bouderai.

Je vous avais encore jamais vraiment fait le ronchon sur ce blog, hein ? C’est une facette de ma personnalité que les gens adorent d’habitude, quand je chie sur tout ce qu’ils aiment devant eux, alors je la garde toujours pour la fin. Façon de parler. C’est pas du tout la fin du blog. Ce n’est que le début. Hier, j’ai décidé que je le tiendrai quotidiennement pendant un an au minimum. Ensuite on verra. Ce qui me plairait beaucoup, c’est, d’ici un an, avoir assez développé mon écriture pour être capable de pondre un article convenable par jour à coup sûr, d’avoir mis en place une organisation, une méthode qui me permette d’imprimer cet article tout de suite et de l’afficher en ville en plusieurs lieux avant midi. Ou alors, écrire dans un quotidien. Mais pas 20 minutes ou une merde du genre. Honnêtement, je ne vois pas comment un groupe d’indépendants pourrait se donner les moyens de publier un quotidien, alors ce sera sans doute en solo.

Photo par Gwlad (rue Cité Benoît)

Allez, au programme aujourd’hui : à 14h à Le Faubourg, ou au Faubourg, je sais jamais, 15 rue du Faubourg de Nîmes, c’est Repair Café. Vous pouvez y aller faire réparer les objets du quotidien tombés en panne, et apprendre, surtout, à les réparer vous-même. Tous ensemble pour combattre l’obsolescence programmée et la consommation de société.

Ce soir, démerdez-vous. C’est la Saint Patrick, okay, mais soyez pas cons·nes, sortez si vous en avez vraiment envie, vous forcez pas à boire, et vous habillez pas en citrouille sur gazon seulement parce que tous·tes vos amis·es le font.

À demain, bises.

#46 – Montpelliérien #046 – La maison presque abandonnée

Mazette ! Il est 7h45, et je dois rédiger une note de blog, déjeuner, me laver avant de partir à 8h30 dernier délai. Hein ? Si j’ai trouvé du travail ? Ça va pas non. Tout de suite vous pensez au pire !

Non, je vais faire le testeur de murder party. La vraie murder party se déroulera le 24 mars, ce sera à Ambrussum, site archéologique de Villetelle, juste à côté de Lunel. Mais vous emballez pas, c’est complet. Quatre-vingt participants·es le matin, cent l’après-midi. Pourquoi le matin c’est complet à quatre-vingt, et l’après-midi cent ? Posez pas des questions idiotes je vous ai dit que j’avais pas le temps.

D’ailleurs, à Lunel même, exposition des travaux de trois des dessinateurs du journal satirique Siné Mensuel : Desclozeaux, Fernand et Jiho. C’est du 15 mars au 10 avril à la Galerie Musidora du Lycée Louis Feuillade, 49 rue Romain Rolland. Attention, j’ai bien dit à Lunel, c’est à vos risques et périls.

Heureusement, Gwlad nous à préparé un mini photo-reportage sur une maison presque abandonnée de Montpellier qui va vous occuper cinq minutes de plus.

La maison presque abandonnée

Photo par Gwlad (maison presque abandonnée côté boulevard Vieussens)

Ouh la la, c’est de l’urbex, ça fait un peu peur, c’est l’aventure.

Photo par Gwlad (maison presque abandonnée par le côté rue Colin)

Brrr, ça me rappelle La maison des damnés

Maintenant quelques explications plus terre-à-terre. Exceptionnellement, si vous cliquez sur les images elles s’afficheront en grand pour mieux lire le texte au lieu de vous rediriger vers le site de Gwlad.

Et voilà, pour aujourd’hui. Maintenant je dois vraiment filer. Ça fait deux fois cette semaine que j’ai des choses prévues dès le matin, mais je vous promets que ça ne se reproduira plus !

Allez, bisettes et à demain !

#45 – Montpelliérien #045 – Un bon titre pour une soirée de merde, ç’aurait été gâcher

Hier soir, très petite forme. Tellement petite que j’avais pas envie d’être vu dans cet état par des gens que je connaissais. Seulement j’avais pas non plus l’envie de rester enfermé seul comme un con dans ma piaule. Ce genre de moments, quoi. J’aurais dû aller rejoindre Koinkoin et une pote que je vois très rarement à la conférence sur la mémoire de l’Agora des Savoirs, mais j’ai pas réussi à me dire que j’allais être là sans être là, incapable de sourire, sans l’envie de sortir un mot. Alors j’ai préféré aller à la Pleine Lune. Vu le genre de musique et le jour de la semaine, il y avait très peu de chances que je tombe sur une connaissance. Et puis qui sait, peut-être que la musique changerait les choses. Spoiler : ça n’a rien changé.

Le genre de musique, c’était ce qu’on appelle ska, le groupe : les Sagittarians. Eh non, vous ne rêvez pas. Ils ont été épargnés par le syndrome du salon de coiffure, ils ont esquivé de justesse le Skagittarians. Boudons pas notre plaisir devant cette originalité, accordons-leur un bon point. Ça aurait pu me mettre de bonne humeur avant même le lever de rideau, mais non. Les alcooliques relous, les bousculeurs·ses de tables, les fous·folles hurleurs·ses, d’habitude je trouve qu’ils et qu’elles apportent leur dose de vraie vie aux spectacles, mais là j’aurais juste voulu qu’ils et qu’elles ferment leur gueule et se tiennent tranquille. The Girl from Ipanema diffusée à bloc juste avant le concert achève de me donner envie de disparaître de la surface de la terre. Vous savez à quoi ça ressemble un pauvre trou du cul déprimé qui fait la gueule devant son jus de tomate seul dans un bar pendant que tout le monde autour danse et s’amuse ? Non ? Vous êtes bien gentil·le, vous ne le dites pas pour ne pas me faire de peine mais au fond de vous je sais que vous avez la réponse.

À ce moment-là de la soirée, la moindre contrariété est prétexte à fusiller chaque personne présente dans ma tête. Par exemple, le concert est supposé commencer à 21h30, mais quand je regarde ma montre pour bien m’assurer qu’on se fout de ma gueule parce que rien n’a encore commencé, je vois qu’il est 21h44. C’est un scandale ! Quel putain de manque de respect pour le public. Ils croient quoi les saltimbanques ? Que j’ai le pognon pour reprendre des verres à volonté jusqu’au bout de la nuit ? Non ! J’ai un jus de tomate déjà à moitié vide pour toute la soirée ! Alors qu’ils commencent fissa et qu’on en finisse vite que je puisse rentrer me coucher. Dois-je préciser que le concert était gratuit et qu’au moment même où je regardai ma montre, les musiciens montèrent sur scène ? Non, heureusement que tout ce pestage se passait uniquement dans ma tronche, sinon j’aurais vraiment eu l’air d’un connard, en plus d’avoir l’air d’un paumé. Je compte donc sur vous pour ne pas trop ébruiter cet épisode. Si vous m’aimez un peu, ne partagez pas cet article sur les réseaux sociaux, laissez-le couler dans les profondeurs sombres de l’internet et effaçons-le de nos mémoires à tout jamais.

Photo par Koinkoin (rue Saint Guilhem)

Je vais pas vous parler du groupe ni du concert en fait, vous voyez bien que j’étais pas en état d’apprécier. Ça aurait pu être Georges Brassens & The Wailers que ça m’aurait laissé froid. Je vais plutôt vous dire que ce soir à l’atelier-galerie d’art La Jetée, 80 rue du faubourg Figuerolles, c’est le vernissage de l’expo « Les dessins figuratifs » de l’artiste Pierre-Guilhem, et c’est à 19h.

À 20h, tremplin musical organisé par le CROUS au Trioletto, 75 avenue Augustin Fliche. Apparemment c’est gratuit. L’évènement s’appelle « Musique de R.U. », et c’est la finale régionale. J’espère que leur sélection musicale sera meilleure que la bouffe qu’ils y servent, au R.U., le CROUS, parce que dans mes souvenirs c’était vraiment la déprime papillaire. Les quatre artistes/groupes qui y passeront, c’est Odysé, Last Fucking Minute, Persian Rugs, Seagulls. Vous n’en connaissez aucun ? Eh ben c’est l’occasion. On est pas à l’abri de découvrir de nouvelles·eaux musiciennes·s Montpelliériennes·s qui valent le coup, et puis déjà que de participer à un tremplin musical organisé par le CROUS c’est la loose, alors si en plus la salle est vide ! Montrez-vous un peu solidaires quoi.

Sur ce je vous laisse, passez une meilleure journée que moi hier, et à demain, qui est un autre jour. Un autre jour parmi les fameux jours qui passent et se ressemblent, et qui du coup s’assemblent puisque qui se…se…, si bien qu’à la fin on ne sait plus très bien où on en est et qu’on se dit que les dictons, au fond…

#44 – Montpelliérien #044 – Je ne fais que passer

Salut ! Non, bougez pas, je passe en coup de vent. Il est déjà 11h30, c’est bien trop tard. Je n’ai pas pu commencer à rédiger ce post plus tôt alors aujourd’hui faudra vous contenter de peu. Les infos essentielles.

D’abord, les hélicoptères. Ça tourne et ça tourne dans le ciel montpelliérain, ça fait un barouf de machine à laver en fin de vie. Ça vous inquiète, hein ? Recherche-t-on un·e terroriste potentiel·le ? S’est-il passé un terrible accident ? Une course poursuite s’est-elle engagée entre la municipale et un vendeur de livres à prix libre rue de la Loge ? Et bien non. Des sources dont je préserverai l’anonymat m’ont informé du fait qu’il s’agissait des équipes de tournage de la Carte aux trésors, cette émission increvable. Ou plutôt qui aurait la mauvaise manie de ressusciter tous les quinze ans. C’est bon pour le tourisme. Paraît. Enfin bref, ils m’emmerdent avec leur boucan, juste les jours où je suis supposé faire de la musique. Voyez ? Quand je vous disais infos essentielles, je ne me foutais pas de votre gueule.

J’aimerai bien vous dire plus de mal de la télé mais j’ai vraiment pas le temps.

Photo par Koinkoin (rue Saint-Ravy)

Sinon. Aujourd’hui y a plein de bonnes choses à faire, à voir, à écouter. Ça va pas être simple de choisir.

  • À la fac de lettres, salle crampoux, dans le cadre de leur semaine des droits des femmes : À 14h, conférence, Violences sexistes et sexuelles au travail. À 18h, conférence aussi, Les discriminations salariales. Gratos.
  • Au Barricade à 19h30, club/bar associatif (2€ l’abonnement à l’année), 14 rue Aristide Ollivier, première projection du cycle sur le cinéma soviétique : Le Cuirassé Potemkine. Plus débat entre spectateurs·rices à la fin. Toujours gratos ou prix libre (une fois abonné·e).
  • À l’Agora des Savoirs à 20h00, Centre Rabelais, sur l’esplanade Charles de Gaulle, à l’occasion de la semaine du cerveau, conférence encore, encore gratos : Ma mémoire et les autres.

J’aimerai bien vous décrire mieux en quoi tous ces évènements consistent, mais j’ai toujours pas le temps.

Oui c’est bien moi qui disais que je ne voulais pas que ce blog devienne un vulgaire agenda d’évènements, et oui c’est bien vous qui pensiez que les articles des jours précédents étaient trop longs. On n’en finit plus de s’étonner.

Allez, zou ! C’est pas que je veuille pas vous faire la conversation ou que je m’intéresse pas à vous, mais il faut vraiment que je file. À demain !