Les Pierres de Serpent – BOYM & THÉVENOT – Flora Sinensis (1664)

RELATIONS
de divers
VOYAGES
CVRIEVX,
qvi n’ont point esté pvbliees ;
ov
qvi ont esté tradvites d’haclvyt
;
de Purchas, & d’autres Voyageurs Anglois, Hollandois, Portugais,
Allemands, Eſpagnols ;
et
de qvelqves Persans, Arabes, et avtres
Auteurs Orientaux.
Enrichies de Figures, de Plantes non décrites, d’Animaux inconnus à l’Europe,
& de Cartes Geographiques de Pays dont on n’a point encore donné
de Cartes.
seconde partie.

(…)

FLORA SINENSIS.
ov traité
DES FLEVRS, DES FRVITS,
des plantes, et des animavx
particuliers à la Chine.

Par le R. P. MICHEL BOYM Ieſuiſte.

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LE SERPENT GEN-TO

C’eſt le plus grand ſerpent qui ſe trouue dans l’Iſle Hay-nan, & dans la prouince de Quam-tum, Quam-ſi & autres, il deuore des cerfs entiers, il n’eſt pas fort venimeux, eſt couleur de cendre, & quelquefois long de vingt-quatre pieds : Quand la faim le preſſe, il ſort des bois, & s’aidant de ſa queuë, il ſaute & attaque les hommes & les beſtes ; quelquefois de deſſus vn arbre il ſe jette ſur les hommes, & les tuë en les ſerrant de ſes plits : ſon fiel eſt vne choſe precieuſe aux Chinois, ils s’en ſeruent pour le mal des yeux. Aux Indes & dans le Royaume de Quam-ſy on trouue vne pierre dans la teſte de certains ſerpens qu’ils appellent ſerpens cheuelus, laquelle guerit les morſures, de ce meſme ſerpent, qui autrement tueroit dans vingt-quatre heures : cette pierre eſt ronde, blanche au milieu, & autour eſt bleuë ou verdaſtre : lors qu’on l’applique ſur la morſure, elle s’y attache d’elle-meſme, & elle ne tombe point qu’elle n’ait ſuccé le venin. On la laue apres dans du laict, & on l’y laiſſe quelque temps pour luy faire reprendre ſon eſtat naturel ; cette pierre eſt rare, ſi on la preſente vne ſeconde fois à la morſure, & qu’elle s’y attache, elle n’a pas ſuccé tout le venin dés la premiere ; ſi elle ne s’y attache point, c’eſt vne marque que tout le venin eſt hors, & on s’en reſiouït auec le malade : Ils ſe ſeruent contre le meſme venin d’vne racine que les Portugais appellent Rais de Cobra, qu’ils font macher à ceux qui ſont mordus, iuſques à ce qu’elle leur ait fait venir deux ou trois rapports à la bouche.

Les Chinois ont vn autre ſerpent qui eſt fort venimeux ; car ceux qui en ſont mordus meurent en peu de temps, mais ils ne laiſſent pas de l’eſtimer beaucoup à cauſe du grand remede qu’ils en tirent. Ils le mettent viuant dans vn vaiſſeau plain de bon vin, en ſorte que la teſte ſeule ſoit dehors pour faire euaporer tout le venin, & que le reſte du corps demeure enfermé dedans : On fait boüillir ce vin, ils en ſeparent apres la teſte, & la chair leur tient lieu d’vne tres-excellente theriaque.

(…)


BOYM, Michał Piotr. « Flora Sinensis. Ou Traité des Fleurs, des Fruits, des Plantes, et des Animaux particuliers à la Chine. Par le R. P. Michel Boym Iesuiste. » Relations de divers Voyages curieux, qui n’ont point esté publiées ; ou qui ont esté traduites d’Hacluyt ; de Purchas, & d’autres Voyageurs Anglois, Hollandois, Portugais, Allemands, Eſpagnols ; et de quelques Persans, Arabes, et autres Auteurs Orientaux. Enrichies de Figures, de Plantes non décrites, d’Animaux inconnus à l’Europe, & de Cartes Geographiques de Pays dont on n’a point encore donné de Cartes. Traduit en français et édité par Melchisédech Thévenot, seconde partie, Paris, 1664.


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