#194 – Lyonniais #020 – Enfin seul

Ça y est, mon amie est partie pour vingt jours dans son pays natal. Je suis enfin seul, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps et de tout cet espace ? Je sais ! Je vais pouvoir languir. Languir son retour. Peut-être pas tout de suite, mais à partir de demain certainement. Pourtant je me suis sacrément bien entraîné à rester seul, puisque j’ai été célibataire quatre années complètes avant de la rencontrer. Et je parle de célibat ferme, puisqu’en quatre années il n’y a eu qu’une seule aventurette d’une soirée. Négligeable diraient les mathématiciens, j’arrondis donc à quatre ans. Alors franchement, vingt jours, qu’est-ce que c’est ? C’est que j’ai dû vite prendre les mauvaises habitudes. En sept mois maintenant écoulés de relation, il s’est peut-être passé une trentaine de jours au total sans que nous nous voyions. Pas plus. Oh, riez, riez. Vous verrez quand ça vous tombera sur le nez, d’être aussi bien avec quelqu’un. Et appelez-moi ce jour-là, que je rie à mon tour. Car c’est toujours un véritable et risible spectacle chez les autres, bien qu’on ne voit pas le souci quand c’est à nous-même que ça arrive.

Enfin, corrigeons-nous un peu, j’aurais dû poser la question suivante : enfin seul, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de plus ? Languir. Je ne m’interdis de rien faire en sa présence. Je ne vois rien d’autre car je ne suis pas rentré dans cette relation en renonçant à quoi que ce soit. Je ne gagne donc rien à l’absence de mon amie. J’y perds seulement quelques heures de rire, de discussions et de tendresse par jour. Ou alors si, à la rigueur, je vais pouvoir fumer à la fenêtre si je n’ai pas envie de descendre à la cour griller ma clope à minuit. Ah oui, je ne vous avais pas dit, j’ai recommencé à fumer pour la je ne sais combien-t-ième fois. Enfin bref. On n’est pas du genre à s’interdire des choses l’un·e-l’autre. Plutôt à s’encourager mutuellement et se réconforter. Mais je vais arrêter de vanter mon petit couple parfait, vous vous métriez à déprimer en pensant à l’imbécile avec qui vous partagez votre quotidien et au fait que vous avez vous-même choisi cette personne. À moins que la chose ne fut arrangée… Dans ce cas-là je suis bien sincèrement désolé pour vous. Il paraît que ça se fait toujours. Quant aux célibataires, comme je vous le disais j’en ai bouffé ma part. Solidarité.

Le seul véritable reproche que j’aurais à faire à mon amie, c’est de me laisser aller tout seul passer quatre jours dans ma famille pour noël. Ça, franchement, je ne l’oublierai pas. Enfin, si j’y survis.

Voilà pour vous lecteurs et lectrices. Maintenant, comme je sais que mon amie va lire le blog, je vais lui adresser quelques messages personnels qui ne vous regardent absolument pas et donc : je vous interdit formellement de lire la suite.

Allez tirez-vous, je vous dis.

Ma petite chérie, ce matin quand je suis rentré de t’avoir accompagné au covoiturage, je me suis rendormi et j’ai fait un rêve : je te parlais de musique, des vieux trucs, Brassens, Nougaro, et tu me répondais que de toute façon personne ne connaissait plus Nougaro aujourd’hui, même à Toulouse. Ensuite on se disputait fort en débattant de si les gens connaissaient encore Nougaro ou pas, moi je disais que oui, toi que non. Excédée, tu finissais par sortir prendre l’air toute seule. Ma famille, assise à table, qui assistait à la scène, me disait que c’était un peu normal, que je devais te saouler à force de te parler de culture française. J’ai voulu te courir après, mais j’étais en chaussettes. Donc j’ai pas pu.

Mon canard en sucre (afin de préserver un tout petit peu d’intimité, car je ne suis pas bien sûr que vous ayez arrêté de lire, les surnoms niais que l’on se donne ont été modifiés), après m’être levé, j’ai fait tomber un peu de chicorée sur le sol. Je ne pense pas la ramasser ce soir, mais plutôt demain. Quoique demain comme je vais faire du bénévolat toute la journée, je serai peut-être trop fatigué pour le faire. Je la ramasserai sans doute avant de partir lundi. Ou dans tous les cas, je l’aurai ramassée avant que tu rentres le 9 février.

Mon roudoudou des prairies, j’ai bien fini de faire les cadeaux pour ma famille. Mon compte bancaire est à -20€, tu as bien fait de faire les courses avant de partir. Comme je sais que tu veux que je mange bien même pendant ton absence, ce soir je vais finir le bocal d’olives et si j’ai encore faim je me ferai des nouilles chinoises, pour un repas équilibré.

Ma cerise des déserts d’Arabie en fourrure, quand je suis sorti acheter les cadeaux tout à l’heure, j’ai oublié d’éteindre le chauffage. Heureusement, l’appartement n’avait pas brûlé à mon retour. Heureusement aussi, je n’avais pas oublié de prendre mes clés. Mais tu t’en doutes, sinon je ne pourrais pas t’écrire ces messages, surtout que j’avais oublié de prendre mon portable.

Ma colonne de temple grec en saumure, je vais m’arrêter là parce que je suis sûr que ces fumiers de lecteurs et de lectrices n’ont pas du tout arrêté de lire, alors le reste je te le dirai au téléphone tout à l’heure. De toute façon comme tu peux le voir, ici tout va bien.

Bisous, je t’aime.

P.S. : Je viens à l’instant de faire tomber le bol dans lequel j’avais mis tous les noyaux d’olives par terre. Promis, je l’aurai nettoyé avant ton retour.

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