#204 – Lyonniais #030 – Métaboles et paraphores

Il y a les choses qu’on dit clairement et celles qu’on ose seulement murmurer. Au dessus et en dessous, amplitudiquement parlant, il y a les choses qu’on hurle et les choses qu’on tait. Cet après-midi, je disais à mon amie que j’avais écrit les quatre dernières notes du blog sans problème et que donc, ça y était, j’abordais le cycle de la semaine et demie à ne plus savoir quoi dire. Enfin, pas tout à fait ça. Que j’avais à dire certaines choses, mais que je n’osais pas, pour diverses raisons, et que donc je n’avais rien à dire. Elle m’a donc proposé de les dire, ces choses, mais sous forme de paraboles, de métaphores. Eh, pourquoi pas ? Tentons l’expérience.

Une larve qui ne pouvait se résoudre à faire caca dans son propre cocon, de peur de se noyer sans doute, mais ne sachant trop comment sortir sans se faire picorer des oiseaux, préférait ne pas faire caca du tout quitte à mourir d’occlusion intestinale. Une puce qui passait par là, sautant allégrement, légère de pouvoir déféquer quand elle le voulait, vit la larve toute enflée de s’être tant retenue en train de se tortiller. « Toi, lui dit-elle, tu m’as tout l’air d’avoir envie de faire caca. -C’est bien vrai, lui répondit la larve, car je me retiens depuis fort longtemps. J’ai trop peur de me noyer dedans -Fais comme moi, lui proposa la puce, je ne fais caca que de toutes petites crottes sèches et noires, bien calibrées. Ploc ploc ploc. Nulle coulure. Ainsi je suis à mon aise pour gambader par chiens et par chats en sautillant gaiement. » Et c’était vrai, les puces font de toutes petites crottes sèches et noires et passent ainsi leur temps à sauter, c’est pour cette raison qu’on les nomme les lapins du monde des insectes. « Si tu procèdes ainsi, reprit la puce, tu ne pourras pas te noyer. Enfin, ne mange pas trop de fibres quand même… et évite les laitages. » Sur ce, la puce sauta sur un hérisson qui passait juste en dessous, mais rata son atterrissage et alla s’empaler sur une épine. Voyant ceci, la larve qui s’était presque laissée séduire par ce discours, dut serrer les fesses plus fort encore qu’au départ, car dans la perspective du soulagement à venir, elle s’était relâchée un peu, et il est fort dur de se reprendre après ça. Tellement dur en vérité qu’elle ne put s’y tenir. Elle attendit que la nuit fut bien opaque et totalement silencieuse pour se risquer à glisser ses fesses par une minuscule ouverture hors de sa capsule de soie. Mais à peine eut-elle sorti son cucul du cocon pour faire caca qu’un coucou la croqua. « Beuark ! s’écria le coucou. Elle avait vraiment un goût de merde celle-là. »

Voilà, voilà. Oh je sais, je ne suis pas un roi de l’allégorie, et vous aurez bien sûr toutes et tous deviné le fond de ma pensée sans que j’aie besoin d’en rajouter. Mais, ça m’a fait du bien de pouvoir me livrer sans pour autant me sentir trop impudique, sans me rendre trop vulnérable. Je ne sais pas bien de quoi je pense me protéger ainsi, car quand on a des convictions politiques aussi fortes que celle-ci, qu’importe l’enrobage au fond, elles se repèrent au premier coup d’œil. Enfin… Méditez bien là-dessus, et à demain.

2 réflexions sur « #204 – Lyonniais #030 – Métaboles et paraphores »

    1. « Koléokukujuskokiki. »

      *De l’autre côté de la porte, on entendit le verrou tourner dans un grand clang. Celle-ci s’ouvrit accompagnée d’un long grincement en même temps qu’une voix murmurait : « c’est bon, vous pouvez entrer ».*

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