#219 – Lyonniais #045 – L’ordre dans le chaos

Je me suis remis à jouer à un petit jeu en ligne gratos depuis quelques semaines. Fractal, que ça s’appelle. Le principe de base est simple : le monde a pété, il n’en reste rien, juste quelques survivants·es et des épaves. Pas de règles, libre à vous de tenter de survivre ou pas dans ce monde ravagé. Il n’y a que des joueurs·ses. C’est-à-dire aucun personnage programmé, aucun scénario pré-établi non plus. C’est à vous et aux autres joueurs et joueuses de fabriquer l’histoire.

Comment ça se joue ? C’est du tour par tour, à raison de deux tours par semaine. À chaque tour vous pouvez vous déplacer d’un certain nombre de cases sur la carte constituée de… ben de cases, hexagonales. Vous avez également un jeton d’action principale à dépenser par tour, ainsi qu’un jeton d’action sociale. Comme dans beaucoup de jeux de rôle, votre personnage dispose de points de caractéristiques. Points de production d’eau, de nourriture, de matière, points d’artisanat, points d’exploitation. C’est à ça que peut vous servir votre jeton d’action principale par exemple, produire pour survivre. Mais il peut également vous servir à attaquer pour tuer, grâce aux points de combat, et voler des vivres sur un cadavre encore chaud, voire vous servir en chair directement, miam miam. Vous commencez le jeu avec quelques maigres réserves qui ne vous permettront pas de tenir bien longtemps, alors vous faites comme vous pouvez.

Le jeu ne dicte aucune voie à suivre, aucune morale. Vous pouvez tuer, voler, violer, réduire en esclavage les plus faibles que vous, consommer différentes drogues, baiser avec qui vous voulez de manières diverses et variées. Mais vous n’y êtes pas obligé·e. Vous pouvez tout aussi bien former un petit groupe de survivants·es si vous avez assez de points de commandement, ou en rejoindre un déjà créé sinon, et faire marcher la solidarité, l’entraide, la coopération, ou même fonder une communauté en dur à plusieurs si vous vous sentez les reins assez solides et disposez des ressources et des compétences nécessaires pour vous assurer de n’avoir pas simplement creusé une grande tombe collective. Si vous n’êtes pas prêts·es à tout pour survivre ou n’avez pas les moyens de le faire pacifiquement et que tuer, même en dernier recours, vous, jamais, vous pouvez très bien décider de vous laisser mourir plutôt que de vous livrer à des atrocités. Encore une fois, c’est vous qui choisissez.

Les actions possibles sont plus variées que celles que je viens de vous lister. Vous pourriez choisir de vous installer quelque part au bord de l’eau dans un nid presque douillet malgré les puces et la dysenterie, et vous mettre à fabriquer des barques pour gagner votre vie, car il est possible de développer, entre autres, une compétence de fabrication de barques. Bon, par contre pour les vendre à bon prix, voire ne pas vous les faire braquer, là, il n’y a pas de points de compétence qui tiennent, va falloir interagir avec les autres et vous montrer convaincant·e. Sinon, vous pourriez alternativement, et ce n’est encore qu’un exemple parmi une infinité de façons de jouer, choisir de mener la vie de cartographe et vous farcir toute la carte à arpenter pour découvrir les limites du monde connu, libre à vous. Ce n’est pas codé dans le jeu, cartographe, mais rien ne vous empêche de le faire. Vous pourriez le faire à pieds, à cheval, ou dans une vieille épave de caisse que vous auriez retapée si vous arrivez à trouver de l’essence (ça c’est codé), à poil ou armé·e jusqu’aux oreilles. Enfin, en vrai, je ne vous le conseille pas. Beaucoup l’on tenté, peu en sont revenus·es.

Mais la chose à savoir avant de se lancer, c’est que si vous ne faites pas vivre votre personnage par écrit, alors vous risquez fort de vous ennuyer. La moelle de ce jeu, c’est les interactions entre personnages sur les différents forums disponibles. Intrigues politiques, histoires d’amour et de haine (surtout), de confiances accordées puis trompées, simples conversations pour rompre la solitude par l’intermédiaire de vieilles radios encore opérantes (on fait, comme si, tout passe par le texte)… Tout est bon pour développer votre histoire, et donc l’histoire commune. Vous avez vu la capture d’écran que je vous ai mise plus haut ? Dites vous bien que l’immersion ne viendra pas des graphismes, ni des musiques puisqu’il n’y en a pas. Tout est dans votre personnage, ce que vous lui ferez faire et la façon dont vous raconterez ce que vous lui faites faire. Il y a les forums du jeu, les forums propres à chaque communauté, et maintenant les serveurs discords qui viennent s’ajouter à ça… autant de lieux d’écriture collaborative.

Donc jeu assez original, en français, gratuit, plein d’une ambiance entre grosses maraves et grosses marrades, le tout peuplé de joueuses et de joueurs qui se régalent d’écrire, de lire les histoires des autres et d’interagir entre elles·eux. Moi, tout ça me botte grave.

4 réflexions sur « #219 – Lyonniais #045 – L’ordre dans le chaos »

    1. Waah, trop bien, je vais me lire tout ça. J’avais pas lui tes articles de 2016 ou alors je m’en souviens pas.

      C’est ouf que t’aies même gardé le site de la première com en ligne !! J’étais pas encore arrivé sur le jeu à cette époque.

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