#312 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (5)

Et voici quelques stickers de plus aperçus aux alentours des places Fernand Cocq et Flagey à Ixelles :

Précédents articles de la série :
#311 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (4)
#310 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (3)
#309 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (2)
#308 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (1)

#311 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (4)

Je me dis qu’il faudra intercaler quelques articles sur d’autres sujets entre deux séries de stickers, mais bon. Là j’ai flemme.

Ah, j’ai rajouté 318 stickers pris au mois de mars sur cette page.


Précédents articles de la série :
#310 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (3)
#309 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (2)
#308 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (1)

#310 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (3)

Vous reprendrez-bien une fournée de stickers ? Oh que oui, vous en reprendrez. Alors voilà. On n’est pas arrivés au bout, ce matin j’en ai photographié encore 150, et j’ai pas encore attaqué la chaussée d’Ixelles (enfin presque pas).

Comme d’hab si vous n’aimez pas l’aspect feuilletonnant de ces articles, vous pouvez vous rendre sur cette page pour voir tous les stickers que j’ai pu prendre jusqu’à aujourd’hui.

Et maintenant place aux artistes-publicitaires-supporters-militants :

Vous l’avez vu passer, le « je te rembourse lundi » est sans doute le plus célèbre des stickers récurrents de Bruxelles et l’un de ceux qui m’a le plus fait rire quand je le vu la première fois. Il a également été aperçu dans d’autres villes un peu partout dans le monde et son origine reste un mystère. Je vous laisse mener l’enquête, moi j’ai la flemme.

C’est tout pour aujourd’hui, la suite bientôt.


Précédents articles de la série :
#309 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (2)
#308 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (1)

#309 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (2)

On continue ! Nouvelle fournée de stickers aperçus dans les rues d’Ixelles. Vous pouvez trouver la précédente ici, et si la patience n’est pas votre truc, la totalité des stickers photographiés jusqu’à aujourd’hui se trouvent ici.

La suite bientôt.

#308 – Ça colle dans les rues d’Ixelles (1)

Faut dire qu’on pose nos sacs poubelles directement devant nos portes, ça ne devrait pas nous étonner. Mais ce n’est pas de ça que je vais vous parler aujourd’hui. D’ailleurs je ne vais pas vous parler beaucoup. Je vais vous montrer de jolies photos.

Oui, je me permets de ne pas revenir sur mes six mois de silence, ni sur ce qui s’y est passé. J’ai décidé de ne pas vous plomber le moral. On en causera quand j’aurai bien digéré.

Aujourd’hui, donc, début d’une série d’articles-galeries de stickers qu’on trouve dans les rues d’Ixelles. Pour les Français qui se demandent, Ixelles est une commune de Bruxelles, un peu comme les grandes villes ont leurs arrondissements, et j’invite les francophones non-Belges de l’Algérie, de l’Andorre, de l’Angola, du Bénin, du Brésil, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, du Canada, des Comores, de la république du Congo, de la république démocratique du Congo, de la Côte d’Ivoire, de Djibouti, de la Dominique, du Gabon, de la Guinée, de la Guinée équatoriale, d’Haïti, du Liban, de la Louisiane et du Maine, du Luxembourg, de Madagascar, du Mali, du Maroc, de Maurice, de la Mauritanie, de Monaco, du Niger, de la Province de Gérone, de la République centrafricaine, du Rwanda, de la Sarre, du Sénégal, des Seychelles, de la Suisse, du Tchad, du Togo, de la Tunisie, de la Vallée d’Aoste, de Vanuatu, et du Vatican à nous raconter à quoi ça correspond par chez vous. Je vais pas faire tout le boulot non plus.

Quelques mots de présentation très rapidement et ensuite je la boucle et place aux images.

À Ixelles, on en trouve, des autocollants, une quantité folle. Sur les poteaux, les panneaux, les transformateurs, les boîtes aux lettres, les portes, les vitrines… Ils peuvent être purement esthétiques, ou bien publicitaires, militants, sportifs, ou encore un peu tout ça à la fois. Je dois d’ailleurs vous dire que je n’effectue aucun tri. Je les prends tous en photo, tous. Dès que j’en trouve un que je n’ai pas, clic ! Et je vous les montre tous. C’est un état des lieux, je n’en ferai aucun commentaire, c’est pas moi qui les colle, et je ne connais pas les personnes qui les ont collés. Je ne les classe même pas, je vous les livre dans l’ordre où je les ai photographiés (sauf quand je retrouve un même sticker mais de meilleure qualité plus tard, il pourra m’arriver de remplacer l’image d’origine, pour une sombre histoire de pas avoir à se retaper la numérotation tout en évitant les doublons, mais ce sera des cas rares et vous vous en foutez en plus).

Comme en trois heures de balade j’en ai accumulé plus de quatre-cent, je vais être sympa et n’en publier que vingt à quarante par article, à un rythme plus ou moins régulier. Mais, j’uploade dès à présent tout ce que j’ai sur cette page que je mettrai à jour au fil de mes balades. Attention, plus de 400 photos sur une page, ça peut mettre du temps à s’afficher. Au milieu, certaines affichettes également, qui ne sont pas à proprement parler des stickers, mais hein bon, soyez tolérants.

Dernier détail, les photos sont prises avec mon téléphone portable dont l’objectif est couvert des miettes et poussières qui vivent au fond de ma poche, et dont la coque de protection tordue recouvre également un partie de l’objectif. Comme vous le savez, j’aime faire les choses bien. On est perfectionniste ou on ne l’est pas.

Alors allons-y.

Le sticker art à Ixelles – Partie 1 :

Et voilà. La suite dans quelques jours (ou tout tout de suite ici).

Et mention spéciale à mes potes Feldo et Gwlad, qui m’ont redonné l’envie d’arpenter les rues pour archiver l’art temporaire qui s’y expose avec leur site sur le street art à Montpellier !

#295 – Allez voir ailleurs si j’y suis. SPOILER : j’y suis pas.

Mais Feldo y est. Oui, encore Feldo, toujours Feldo. Heureusement que j’ai des amis qui font des trucs, ça me permet de vous occuper pendant que mon blog est en jachère.

Et où est-il donc, Feldo ? En République Tchèque. Enfin non, il est en France. C’est moi qui suis en République Tchèque, mais c’est lui qui en parle. Et où en parle-t-il donc ? Eh bien sur le site fiction-interactive.fr, dans l’article : Films interactifs – Kinoautomat.

Ici pas de conseils touristiques, mais un très intéressant article sur un film produit il y a une cinquantaine d’année, précurseur d’un certain procédé cinématographique.

Sur ce, je retourne me faire exploiter par les stakhano-capitalistes que sont mes patrons, et j’espère que d’ici quelques semaines j’aurais à nouveau le temps d’enrichir le site plus fréquemment, vu que je viens de donner ma démission.

#291 – Le Fantastique Japonais de Félix Régamey (6)

LE FANTASTIQUE JAPONAIS (1)

II
le feu (Suite)

Soghen, mauvais prêtre, a scandalisé les fidèles par sa conduite dévergondée et déconsidéré l’église. Il a été bien sévèrement puni, car voici sa tête convulsée, soufflant, sifflant, grinçant des dents, qui passe emportée dans un tourbillon de flammes ; elle va, se heurtant à tous les obstacles que rencontre en chemin son vol capricieux, ainsi que celui des chauves-souris crépusculaires zigzagant dans l’espace. C’est à Kiotto, aux alentours du temple de Onganzi, qui fut le théâtre de ses exploits passés, que s’accomplit la pénitence de ce Juif-Errant des airs (Fig. 22).

Wa Nioudo, est le nom qu’on donne à cette machine phénoménale qui doit son origine à l’avarice extrême d’un bonze médiocre, dont le châtiment rappelle celui du précédent.

Depuis sa mort, sa tête monstrueuse, séparée du tronc, s’en va, roulant éperdue dans la nuit ; elle est devenue le moyeu d’une lourde roue enflammée qui court les rues de Kiotto, jetant l’effroi sur son passage, et c’est une fâcheuse rencontre que de se trouver nez à nez avec ce véhicule effréné ; plus fâcheuse encore s’il vient heurter à votre seuil ; le moyen d’éviter qui pousse plus avant existe cependant ; il ne s’arrêtera pas chez vous, si vous avez eu soin d’écrire ce simple mot : « Komotokoroshoponosato » ! (Fig. 23)

Les Japonais disent : « Frappez du doigt à petits coups sur le crâne d’un bonze, le son sera le même que si vous frappiez sur une calebasse vide. » Ce proverbe ne témoigne pas d’un respect bien profond pour le sacerdoce ; c’est qu’aussi à côté d’individualités douées de rares vertus et d’un haut mérite, les faibles d’esprit, ratatinés par l’abus des patenôtres accompagnées de roulement de gros tambour qui durent des journées entières et du couchant à l’aurore, ne sont pas rares, et nous venons de voir que ces religieux n’ont pas plus qu’ailleurs le monopole exclusif de la vertu.

Ce ne sont cependant pas ces brebis galeuses qui pourront ébranler sérieusement cette foi aimable, naïve et aussi gouailleuse, qui fait, au Japon, si bon ménage avec l’esprit d’obéissance et de discipline, et chacun n’en remplit pas moins très exactement — sans trop d’emportement toutefois — les prescriptions du culte.

Il est d’usage de célébrer au temple un service pour les morts de qualité : c’est la nuit pendant la veillée funèbre qu’apparaît l’oiseau noir aux yeux luisants qui vomit du feu par le bec, avec un grand bruit d’ailes (Fig. 24).

Omoraki, oiseau funeste, que t’a fait ce cadavre dont tu viens troubler le repos ? Cette question, que nous n’avons pas eu d’ailleurs, l’occasion de lui poser directement, est restée sans réponse. Nous n’avons donc d’autre ressource que de nous perdre en conjectures.

L’histoire naturelle a été, dans tous les temps et dans tous les pays, une source inépuisable de récits fabuleux, de cocasseries fantasques ; les bons auteurs japonais ne sont pas restés en arrière sur ce chapitre, comme bien on pense. Non contents d’inventer de toutes pièces toutes sortes de bêtes apocalyptiques telles que le kilin, le dragon, etc., ils ont prêté à certains animaux existant réellement des traits et des mœurs que Buffon n’a jamais entrevus.

C’est ainsi que, d’après eux, le tapir peut procurer des rêves heureux, à la condition de broder son image sur les oreillers ! Qu’un corbeau noir habite le soleil et qu’un lapin blanc est visible dans la lune où il pile sans relâche du riz dans un mortier.

Voici maintenant pour le tigre : Cet animal qui a la taille d’un bœuf, dort le jour dans les cavernes, ne sort que la nuit en quête d’une proie, et alors un jet de lumière s’échappe d’un de ses yeux, éclairant la campagne qu’il fouille avec l’autre !

Ce qu’on raconte du chat n’est pas moins surprenant. Ce n’est pas à cause du fameux ver dont il est parfois question dans nos loges de concierge, que les Japonais coupent inexorablement le bout de la queue de leurs chats — c’est pour qu’ils ne deviennent pas trop vieux.

Le chat doit l’immortalité à sa queue intacte, disent-ils. Ne chicanons pas là dessus, mais en quoi l’immortalité des chats peut-elle bien les gêner ? et est-il bien sûr ensuite que le moyen employé pour les y soustraire soit bien efficace ?

Le chat, après qu’il a vécu des siècles, devient terrible, son poil se hérisse et il n’apparaît plus qu’environné de flammes ; il change alors son nom ordinaire de Nekko en celui de Kansha, et se livre à des déprédations redoutables ; bien des bouleversements lui sont dus, et il montre un goût particulier pour les femmes dont il déterre les cadavres, qu’il dévore (Fig. 25).

C’en est assez, n’est-ce pas, pour motiver toutes les précautions, et puisque le Kansha ne se montre plus depuis qu’on coupe la queue du chat à sa naissance, c’est bien la preuve que la précaution est bonne à prendre.

Voici maintenant les furets flamboyants, titans en miniature, qui semblent vouloir escalader le ciel, à les voir se dresser, grimpant les uns sur les autres au sommet des arbres. (Fig. 26).

Cela n’est pas vu d’un très bon œil par les bonnes gens voisins de l’endroit où ont lieu ces acrobaties — Signe d’incendie, disent-ils, au diable les furets flamboyants ! »

Enfin, voici une sorte de vampire fulgurant, aux yeux ronds, aux crocs aigus et à forte griffe (Fig. 27).

Toujours bondissant, il opère de préférence dans les jardins ; les dégâts qu’il cause sont considérables, son haleine brûlante dessèche les plantes frêles, flétrit les fleurs et fait tomber les feuilles des arbres, et partout où il passe, c’est comme si le feu y avait passé.

(A suivre)

Félix Régamey.

(1) Voir le t. III, p. 141, 189, 257, 576, 639.


  • Soghen : Sōgenbi (叢原火 ou 宗源火)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Sōgenbi (叢原火) », Gazu Hyakki Yagyō (画図百鬼夜行), 1776.
  • Kiotto : Kyōto (ou Kyōto-shi 京都市)
  • Temple de onganzi : Fait probablement allusion à l’un des bâtiments liés à la secte Hongan-ji (本願寺)
  • Juif-Errant : personnage mythique privé de la mort et condamné à errer sur terre éternellement.
  • Wa nioudo : Wanyūdō (輪入道)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Wanyūdō (輪入道) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • « Komotokoroshoponosato ! » : 此所勝母の里 (このところしょうぼのさと) kono tokoro shobo no sato « Ici c’est le village de Shōbo ». D’après l’article d’Andrew Kincaid citant lui-même l’ouvrage Yokai Attack! The Japanese Monster Survival Guide de Hiroko Yoda et Matt Alt (Tuttle, 2012), ce serait une référence à une histoire confucéenne dans laquelle l’un des disciples de Confucius aurait évité la ville de Shōbo dont les caractères, 勝母, peuvent être lu comme « triompher de sa mère ».
  • « Frappez du doigt à petits coups… » : J’ai pas trouvé l’origine de celle-là, mais ça m’intéresse…
  • Omoraki : Onmoraki (陰摩羅鬼 ou 陰魔羅鬼)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Onmoraki (陰摩羅鬼) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • Kilin : kirin (麒麟, きりん), créature de la mythologie chinoise, mélange de cerf et de cheval portant souvent pelage et écailles.
  • Buffon : Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, (1707-1788). Naturaliste, biologiste et philosophe, auteur de L’histoire Naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roi, publiée en 36 volumes entre 1749 et 1789.
  • Tapir brodé sur l’oreiller : baku (獏 ou 貘), il dévore les cauchemars.
  • Corbeau dans le soleil : Yatagarasu (八咫烏), corbeau à trois pattes qui représente le soleil et l’habite.
  • Lapin sur la lune : Tsuki no Usagi (月の兎), sur son astre il pile du riz dans son mortier au Japon, s’attelle à la préparation d’un élixir de vie en Chine.
  • Tigre : Je n’ai trouvé aucune référence au tigre à l’œil-torche ailleurs.
  • Kasha (火車) :
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Kasha (火車) », Gazu Hyakki Yagyō (画図百鬼夜行), 1776.
SAWAKI, Suushi (佐脇嵩之). « Kuhashiya (くはしや) », Hyakkai Zukkan (百怪図巻), 1737.
Anonyme. « Kasha (火車) », Bakemono no e (化物之繪), c. 1700. CC BY-SA 4.0, Brigham Young University.
  • Furets flamboyants : Ten Itachi (鼬)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Ten (鼬) », Gazu Hyakki Yagyō (画図百鬼夜行), 1776.
  • Sorte de vampire fulgurant (fig. 27) : Furaribi (ふらり火)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Furaribi (ふらり火) », Gazu Hyakki Yagyō (画図百鬼夜行), 1776.
SAWAKI, Suushi (佐脇嵩之). « Furaribi (ふらり火) », Hyakkai Zukkan (百怪図巻), 1737.
Anonyme. « Furaribi (ふらり火) », Bakemono no e (化物之繪), c. 1700. CC BY-SA 4.0, Brigham Young University.

Pour voir l’intégralité du contenu lié au Fantastique Japonais de Félix Régamey dans la Revue des Traditions Populaires, consultez le dossier (Régamey file / 一件書類).

#290 – Le Fantastique Japonais de Félix Régamey (5)

LE FANTASTIQUE JAPONAIS

II
le feu (Suite).

Ecoutez la touchante histoire de la pauvre petite servante aux mains de beurre — ainsi dit-on de celles qui laissent tout tomber — histoire bien souvent racontée au Japon, où elle est populaire sous le titre de Bentio Sara Yaski.

Un jour qu’elle lavait la vaisselle, la petite servante eut le malheur de casser une des dix assiettes dont se composait un service très précieux et de grand prix.

La colère du maître fut terrible et, de désespoir, la fille alla se jeter, la tête la première, dans un puits qui, dès lors, ne peut manquer d’être hanté.

Une lueur livide, de sourds gémissements répandent chaque nuit l’épouvante dans le voisinage. Ces rumeurs annoncent la présence du fantôme, qui se dresse, apparition sinistre, au-dessus de la margelle (fig. 19). De sa bouche s’échappe une longue flamme qui tient en suspension des assiettes semblables à celles du service dépareillé ; elles surgissent une à une, et, à mesure, le spectre en fait le compte… trois, quatre, cinq, six… jusqu’à neuf, chiffre qui n’est jamais dépassé, et où la voix s’arrête et se brise dans un sanglot.

Ainsi la malheureuse compte et gémit jusqu’au jour.

Toute cette fantasmagorie est venue s’ajouter à un fait divers authentique que l’imagination des bonnes gens s’est plu à embellir et à surnaturaliser.

Autre histoire fantastique où la curiosité est sévèrement punie.

C’est la nuit… la maison est bien close… une mère veille auprès de son enfant endormi. Un bruit insolite, venant du dehors, et semblable au roulement d’une lourde charrette, lui fait dresser l’oreille, et l’attire. Par la fenêtre entrebâillée elle voit passer dans un tourbillon de feu un véhicule des plus extraordinaires : (fig. 20) une roue, un timon sur lequel est à demi couchée une femme à l’opulente chevelure, dont les chairs nues sont léchées par les flammes.

Eblouïe et terrifiée par ce spectacle qui n’a duré que quelques secondes, la mère a refermé son volet. Elle s’aperçoit alors que son enfant n’est plus là… il a disparu !…

Une nuit horrible, une journée plus horrible encore, s’écoulant lentement ; le soir venu l’infortunée frémit en se retrouvant seule avec sa douleur.

« Ma curiosité était-elle donc si coupable ? s’écrie-t-elle ; mais mon fils, lui, est innocent ! Pourquoi le punir, justes dieux !… pourquoi le priver de sa mère ?…

Ainsi s’exhale sa douleur en des vers, assez bien tournés sans doute, puisque sa plainte est entendue et qu’une voix lui répond :

« Ton enfant te sera rendu ; mais que cela te serve de leçon ; sois moins curieuse à l’avenir… »

Et subitement l’enfant se retrouve dans ses bras.

Ceci nous prouve qu’au Japon les dieux ne sont pas inexorables, non plus que dédaigneux de poésie.

(A suivre)

Félix Régamey.

(1) Voir le t. III, p. 141, 189, 257, 576.


NOTES ET COMMENTAIRES

  • Bentio Sara Yaski : Banchō Sarayashiki (番町皿屋敷)
  • fig. 19 : Sarakazoe (皿数え)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Sarakazoe (皿数え) »,Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • fig. 20 : Katawaguruma (片輪車)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Katawaguruma (片輪車) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.

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#289 – Le Fantastique Japonais de Félix Régamey (4)

LE FANTASTIQUE JAPONAIS (1).

II
le feu

La coutume ne se rencontre guère que chez nous de saluer les morts au passage ; les étrangers voient là le comble de la politesse française et les Japonais ne ont pas les derniers à s’en montrer surpris.

Un peuple peut être aimable et poli, doué de sentiments délicats et tendres et ne rien comprendre aux honneurs et aux soins exagérés que parfois l’on prodigue au corps — cette guenille — que la vie a quitté.

Tel le Japon, où le culte des ancêtres est cependant en grand honneur, et c’est ici que se manifeste clairement la différence qui existe entre le sentiment religieux épuré et l’idolâtrie bestiale dont peut se réclamer le fétichisme du cadavre.

Il est hors de doute que nous faisons dans la vie — matériellement — la place trop grande à la mort ; elle nous envahit et nous encombre. Il y aurait certainement de quoi donner à réfléchir si l’on pouvait dire la dépense énorme et inutile occasionnée par nos « convois, services et enterrements. »

Il paraît cependant que, même au Japon, où les vivants font si bon marché de ce qu’on est convenu d’appeler les pompes funèbres, il est des morts qui s’accommodent mal de l’abandon de leurs restes.

Témoin cette vieille femme, la plus obstinée qui ait jamais vécu sur la terre. Depuis des siècles elle ne se lasse pas de venir se plaindre du traitement qu’on lui fit subir jadis ; le Japon était encore plongé dans la barbarie et il était d’usage alors de se débarrasser violemment des dames devenues trop vieilles, qui par conséquent avaient cessé de plaire.

Celle-ci ayant éprouvé le sort commun, jamais n’avait pu prendre son parti d’avoir été jetée du haut au bas d’un roc à pic et d’être restée privée de sépulture.

C’est pourquoi, encore aujourd’hui, quand la nuit est bien noire, on voit planer et l’on entend grésiller le feu de la vieille femme. (fig. 16).

On doit se féliciter de ce que les esprits des morts apportent généralement plus de discrétion dans leurs récriminations.

Toyo-Foussa, avec qui nous avons déjà fait connaissance, nous montre (fig. 17) rasant la terre, une de ces flammes légères, sans chaleur et semblables à nos esprits follets, qui naissent, brillent et s’évanouissent dans les airs qu’elles n’agitent même pas, sans laisser aucune trace de leur passage : elles sont comme ces doux reproches à peine sensibles faisant naître sur nos lèvres le triste sourire qui s’efface à peine ébauché…

C’est sur l’emplacement d’un cimetière abandonné que l’artiste a vu voltiger cette flamme qui éclaire ici la vaine et fugitive apparence du monument élevé jadis à la mémoire d’un noble inconnu et dont il ne reste pas une pierre. Emanation suprême, dernière supplication de la mort à la vie…. mais bientôt la petite flamme elle-même s’éteindra pour toujours et tout sera fini.

Mais de même qu’il est des mémoires qui ne s’effacent pas de la pensée des hommes, il est des monuments qui résistent aux injures du Temps. Celui de Yeyas — le fameux Shiogun, un des héros de l’histoire Japonaise — qu’on voit à Nikko, est du nombre, et rien ne saurait mieux donner l’idée de la magnificence et de la grandeur du site, de la beauté des temples qui l’environnent, que ces vers d’un de mes bons camarades du Japon, qui eut cette bonne chance d’y vivre plus longtemps que moi.

Un amas de montagnes vertes

Dressant au ciel leurs grands sapins,

Les torrents des cîmes désertes

S’engouffrent au fond des ravins,

Les mystérieuses allées

Sans une voix, sans un écho,

Conduisant jusqu’aux mausolées…

C’est presque un rêve et c’est Nikko !

…………………………………………

Le héros du Japon sommeille

Dans cet ensemble harmonieux ;

Auprès de sa grand ombre veille

Un peuple d’esprits et de dieux.

Les symboles et les figures

Du paradis Oriental

Semblent vivre dans ces sculptures

Qu’anime un souffre d’idéal.

La pourpre, l’or, l’azur ruissellent

Mariant leurs vives couleurs,

La grâce et la terreur se mêlent :

Oiseaux, dragons, monstres et fleurs

C’est tout un monde fantastique

De bronze, de pierre et de bois ;

C’est l’encadrement poétique

Aux mânes des grands et des rois !

………………………………………

Mais hélas, le sort de Yeyas n’est pas réservé à tous les héros ! Combien sont morts ignorés en combattant, dont aucun monument ne célèbre les vertus guerrières.

Après la bataille, vainqueurs et vaincus ont été enfouis à fleur de terre, à l’endroit même où ils sont tombés ; ainsi leur dépouille a pu être soustraite à la dent des animaux voraces et aux ongles acérés des oiseaux de proie ; mais le sol, fouillé par la pluie d’orage, a bientôt rendu les ossements blanchis des cadavres qu’on lui a confié, et ceux-là aussi donnent lieu à de petites flammes errantes dans la nuit.

L’aspect de ces flammes ne présente rien de bien particulier, elles ne méritent pas l’honneur de la reproduction.

Il n’en est pas de même de celle que, sans quitter le théâtre de la guerre, je tire d’un petit manuscrit du siècle dernier, signé Okamoto Auské, savant samouraï, professeur de tactique et d’art militaire.

Ce manuscrit se compose d’une trentaine de croquis, avec texte, représentant des villes assiégées, semblables à peu de chose près à celle qui est reproduite ici (fig. 18). Au milieu de la page, des rochers et des maisons avec une clôture de bambous ; en bas, la légende expliquant les choses étranges qu’on voit apparaître en haut dans le ciel. Ces choses sont les signes d’après lesquels les assiégeants doivent diriger leur conduite ; il y en a pour toutes les heures du jour et de la nuit, ayant chacun un sens particulier, qu’explique l’auteur de ce curieux traité.

C’est tantôt un cheval noir pétaradant dans les nuages, tantôt un bœuf tenu en laisse, un étendard gigantesque, un oiseau rouge aux ailes déployées, des embrasements, des feux volants ; la flamme énorme qui se voit dans notre croquis planant au-dessus de la ville, signifie que les assiégés préparent une sortie, et avertit les gens du dehors d’avoir à se tenir soigneusement sur leurs gardes.

Nous revenons aux sépultures avec ce dernier dessin (fig. 19).

Pour marquer la place où sont déposées les cendres du commun des mortels, il suffit d’une longue et mince planchette de bois sur laquelle un bonze a tracé quelques caractères. Et ici, cendre ne doit pas être pris au figuré, car on incinère au Japon, tant bien que mal, plutôt mal que bien, s’il faut en croire Toyo-Foussa, qui représente un mal brûlé reparaissant la nuit parmi les flammes, son chapelet à la main.

Félix Régamey.

(1) Cf. Voir le t. III, p. 141, 189189, 257. (Les Génies de la Maison).


NOTES ET COMMENTAIRES

  • Jeter les vieilles femmes : Ubasute (姥捨て) ou uyasute (親捨て), littéralement « abandonner une vieille femme ». Pratique consistant à abandonner une personne âgée dans un lieu isolée pour l’y laisser mourir, généralement en haut d’une montagne enneigée, plutôt que de la plonger dans un ravin. D’après les recherches actuelles on considère que cette pratique n’a jamais réellement été répandue, mais a surtout été utilisée en littérature pour sa puissance symbolique.
  • Le feu de la vieille femme : Ubagabi (姥ヶ火). Aucune autre source écrite ne semble lier ce yōkai à l’ubasute. Il s’agit le plus souvent d’une vieille femme transformée en boule de feu pour avoir volé de l’huile dans un temple au cours de sa vie, un peu à la manière d’Abura-akago.
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Ubagabi (姥が火) », Gazu hyakki yagyō (画図百鬼夜行), 1776.
  • Fig. 17 : Haka no hi (墓の火)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Haka no hi (墓の火) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • Yeyas : Tokugawa Ieyasu (徳川家康), 1543-1616, daimyō (seigneur de terres) puis shōgun (général des armées). Sous son impulsion, à partir de 1603 et jusqu’en 1868, le Japon sera dirigé par le shōgun et non plus par l’empereur. C’est sous son règne également que Tōkyō (alors appelée Edo) devient la capitale du Japon.
  • Tombe d’Ieyasu au sanctuaire tōshō-gū de Nikkō :
Photo : MAYOL, Bart. « Tumba de Tokugawa Ieyasu », dans l’article Nikko sur le site MUNDO JAPON.
  • Flames des morts après la bataille : Kosenjōbi (古戦場火)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Kosenjōbi (古戦場火) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • Okamoto Auské et Fig 18. : en cours d’élucidation… Pour l’instant je ne ne retrouve aucune trace de ce document ni de ce nom.
  • fig. 19 : Kazenbō (火前坊)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Kazenbō (火前坊) », Konjaku hyakki shūi (今昔百鬼拾遺), 1781.
  • « Longue et mince planchette de bois » mortuaire : Itatōba (板塔婆) (également appelée sotōba (卒塔婆)), littéralement « Stūpa/pagode en bois ».
Photo : MATSUOKA Akiyoshi (松岡明芳). « Wood stûpa Graves in Ogo, Kobe, Hyogo prefecture (木製卒塔婆が多くみられる神戸市北区淡河町の墓地。) » CC BY-SA 4.0 (source)
Photo : Utilisateur Wikimedia Commons Urashimataro. « Itatōba (板塔婆) » CC BY-SA 3.0 (source) Traduction du commentaire de la photo par son auteur : « Sotōba, bande de bois de la forme d’un gorintō (pagode bouddhiste japonaise) déposée comme offrande sur les tombes au japon. On peut voir qu’elle est divisée en cinq sections représentant les cinq éléments de la cosmologie bouddhiste, plus des inscriptions en sanskrit et en japonais. Suit le nom posthume de la personne décédée (caché ici pour préserver l’anonymat). »

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#288 – Le Fantastique Japonais de Félix Régamey (3)

LE FANTASTIQUE JAPONAIS(1)

I. — (Suite)

Il était une fois un épicier peu scrupuleux nommé Aboula Akango, qui avait trouvé le moyen de s’introduire la nuit dans les temples afin d’y soutirer l’huile des lampes sacrées.

Ce procédé indélicat aida nécessairement à la prospérité de son commerce en lui permettant de vendre sa marchandise pour presque rien, à la vive satisfaction de ses clients et au grand étonnement de ses confrères.

C’est ainsi qu’admiré et envié des uns et des autres, il put jouir, sa vie durant, de la considération générale.

Les dieux ont de ces indulgences singulières ; qu’ils pardonnent ou qu’ils châtient, leurs desseins sont impénétrables. Ils ne demandèrent compte de sa conduite à l’épicier qu’après sa mort. Le caractère sacrilège de son méfait semblait exiger un plus rapide châtiment.

Aussi bien il ne perdit rien pour avoir attendu et il fut puni par où il avait péché.

Son âme (fig. XI), sous la forme d’un enfant de médiocre apparence, fut condamnée à errer, en proie à une soif inextinguible, n’ayant pour l’apaiser d’autre breuvage que l’huile des veilleuses des bourgeois endormis, et sa pénitence durera tant qu’il y aura des bourgeois qui s’éclaireront à l’huile.

Le pétrole, dont la consommation augmente tous les jours au Japon, mettra peut-être un terme au tourment d’Aboula Akango ; espérons-le pour lui.

Les trépassés, qui, dans le cours de leur existence se sont abandonnés à la paresse, en font aussi une grande consommation et se plaisent à la troubler, de façon à l’empêcher de brûler convenablement.

Cependant la lampe du dormeur n’a rien à redouter des entreprises de l’ombre du paresseux ; (fig. XII) il ne vise que celle du travailleur ; puni pour n’avoir rien fait de son vivant, il n’entend pas que les autres soient plus vertueux que lui.

Le rusé marchand d’huile, cité plus haut, pourrait bien ne pas être étranger à la naissance de cette légende — à la bonne marchandise provenant de ses vols, il devait infailliblement en mêler de mauvaises, et alors quelle réponse facile à opposer aux réclamations de ses crédules pratiques :

L’ombre du paresseux avait passé par là.

On a pu voir par les croquis précédents que les Japonais donnaient à leurs appareils d’éclairage les formes les plus variées. Parmi la multitude de leurs lanternes, rondes, oblongues, en papier, en pierre ou en bronze, l’andou est celle dont ils se servent dans l’intérieur des maisons ; c’est un meuble de première nécessité.

La lampe de celui qui est représenté à la fig. XIII, est allumée par cent petites mèches et donne lieu à un jeu de société.

Au Japon on a mille façons d’égayer les soirées — musique, ballet, chansons et festins ; il y a aussi ce qu’on appelle les soirées de dessins, où chaque invité avec plus ou moins de talent, mais toujours avec une dextérité rare, fait sur des morceaux de soie blanche de petites aquarelles, laissées en souvenir au maître de la maison.

De terrifiantes histoires de revenants, à faire dresser les cheveux sur la tête, font aussi quelquefois les frais de certaines réunions, et c’est alors qu’intervient l’andou aux cent petites mèches.

Aussitôt qu’une histoire est finie — et chacun dit la sienne — quelqu’un dans l’auditoire doit sortir et aller éteindre une des mèches de la lampe qu’on a eu soin de placer dans un endroit sombre et écarté.

Tant qu’il s’agit des premières mèches les choses se passent sans trop d’encombre, mais malheur à ceux qui ont à éteindre les dernières ; ils se trouveront en présence du spectre qui apparaît quand la lampe va s’éteindre (fig. XIII) ils verront ses cornes et ses yeux sanglants dans une face verte au rictus excessif, encadrée de l’épaisse chevelure qui tombe droite et lui fait comme un grand linceul noir.

Ne voilà-t-il pas une singulière distraction, et pourquoi ajouter à des récits déjà suffisamment effrayants cette évocation plus effrayante encore ?

La vérité est que les bons Japonais ne s’émeuvent pas de ces sortes de choses plus qu’il ne convient. Au fond il ne sont pas si crédules qu’ils en ont l’air et pour eux, tout est matière à sport et à amusements ; ce sont de grands enfants naïfs et madrés tout à la fois, et comme les enfants, ils ne dédaignent pas de se faire un jeu de l’effroi provoqué d’une manière factice.

Ce ne sont pas non plus des esprits forts ; à trop jouer avec le feu on arrive à se brûler, à trop s’occuper du diable on finit par y croire un peu ; et c’est comme lorsqu’on parle du loup…

Il résulte de cela que les paysans de là-bas n’ont rien à envier aux nôtres sous les rapport des croyances qui engendrent la terreur.

Cependant si vous interrogiez l’un d’eux sur Osakabé (fig. XIV), le démon des ruines et des vieux châteaux inhabités, il vous répondra par un hochement de tête énigmatique et plein de promesses… qui ne se réalisent jamais. Sur ce chapitre il pourra rendre des points au plus prudent des Normands, tellement ses dires manqueront de précision ; Toyo Foussa lui-même, pour se procurer les renseignements nécessaires à l’exécution du portrait de ce démon, a dû avoir bien du mal.

Il nous le présente sous les traits d’une grande vieille en costume de cour, sa puissante mâchoire est armée de crocs aigus, ses cheveux sont gris. Elle se tient cachée, accroupie derrière un store qu’elle soulève et des chauves-souris voltigent autour de son visage inquiétant.

L’aspect de ces ruines n’a généralement rien d’imposant ni rien qui approche de l’effet grandiose produit par les hautes tours démantelées et les écroulements cyclopéens de notre moyen-âge.

Les boiseries sont vite pourries et les cloisons en papier, abandonnées aux caprices de la pluie et du vent, ne tardent pas à se crevasser et à tomber en lambeaux. Alors, quand vient l’heure crépusculaire, le passant égaré prête un regard à ces débris et n’a rien de plus pressé que de s’y soustraire en prenant la fuite. On a beau avoir la conscience en repos, un mur qui regarde, cela n’a rien de bien rassurant.

Mais que pensera en pareille occurrence, celui dont le crime est resté impuni ? Pour lui, les yeux se multiplieront ; où il y en a un, il en verra cent, et rentré chez lui grelottant, rongé par le remords, il reconnaîtra le fantôme de sa victime dans l’ombre que feront sur sa cloison transparente, les branches se balançant au clair de lune.

C’est le sujet du dessin qui termine cette série des génies de la maison (fig. XV).

(A suivre)

Félix Régamey.

(1) Voir les numéros de mars. et avril..


NOTES ET COMMENTAIRES

  • Aboula Akango : Abura-akago (油赤子)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Abura-akago (油赤子) », Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • fig. XII : Himamushi nyūdō (火間虫入道 ou 火間蟲入道)
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕).  » Himamushi nyūdō (火間蟲入道) », Konjaku hyakki shūi (今昔百鬼拾遺), 1781.
  • Andou : andon (行灯), lampion japonais
  • Réunions où l’on se raconte de terrifiantes histoires de revenants : Hyakumonogatari Kaidankai (百物語怪談会) qui traduit littéralement donne : « rassemblement de cent contes fantastiques »
  • le spectre qui apparaît quand la lampe va s’éteindre : Aoandon (青行燈) ou « lampion bleu ».
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕).  » Aoandon (青行灯) », Konjaku hyakki shūi (今昔百鬼拾遺), 1781.
  • Osakabé : Osakabe-hime (長壁姫). Régamey l’a décrite comme le démon des ruines et des vieux châteaux en général, ce qui est assez curieux car d’ordinaire son histoire est très spécifiquement liée au château de Himeji (姫路城).
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Osakabe (長壁) » Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼), 1779.
  • fig. XV : Kage-onna (影女), apparition sous forme de l’ombre projetée d’une femme sur les murs des maisons japonaise.
TORIYAMA, Sekien (鳥山石燕). « Kage-onna (影女) », Konjaku hyakki shūi (今昔百鬼拾遺), 1781.

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