#211 – Lyonniais #037 – Jouer ou lire, il ne faut pas forcément choisir. Enfin, si, il est question de faire des choix mais… Ne compliquez pas tout, s’il vous plaît.

Qu’est-ce qui est moins attractif qu’un jeu vidéo et plus qu’une nouvelle amateur ? C’est le jeu textuel. Quoi, vous ne connaissez pas ? On ne vous en voudra pas. Si je ne comptais pas parmi mes amis un garçon assez actif du petit milieu de la fiction interactive (autre nom du jeu textuel) francophone, il est fort probable que je n’en saurais rien moi-même. Qui est ce garçon ? C’est Feldo. Z’avez vu ? J’ai pas peur, je balance les noms. Qu’aimerait-il au plus profond de lui ? (Il me l’a pas dit car il est pudique mais je le sais.) Que ces jeux, gratuits dans leur grande majorité, qui demandent souvent un temps fou à fabriquer par des gens passionnés d’écriture, de lecture et de programmation, soient un peu plus joués, tout simplement.

Comment vous décrire ce type de jeux ? Je n’emploie pas le terme « genre », car, comme en littérature, on peut y trouver de la science-fiction, de l’horreur, du policier, du journal intime… Hé bien, le plus simple serait de partir des fameux Livres dont vous êtes le héros, dans lesquels vous incarnez un personnage pris dans une aventure. Vous connaissez sans doute. Dans ces livres, chaque page décrit une situation dans laquelle se trouve votre personnage et vous propose des choix. Selon les caractéristiques du personnage, les objets qu’il possède ou simplement selon ce que vous préférez lui faire faire, on vous demande alors de vous rendre à telle où telle page afin de poursuivre l’histoire, et rebelote : lecture, jets de dés, choix… Jusqu’à en arriver au dénouement, heureux ou non, selon les choix que vous aurez effectués et la réussite, ou non, de vos actions. Ainsi, vous aurez pu lire une nouvelle à multiples embranchements dont l’issue aura été, en partie, déterminée par vos actions. Si vous recommencez le jeu en effectuant des choix différents de ceux pour lesquels vous aviez opté au cours de votre première partie, l’histoire que vous lirez s’en trouvera modifiée, ou bien dans sa conclusion, ou bien dans la manière d’y parvenir.

Aujourd’hui, quand on parle de jeu textuel, on ne fait souvent plus référence au support papier, mais à des jeux numériques qui se jouent sur ordinateur, et c’est de ceux-là dont je vais vous causer ici.

Les Livres dont vous êtes le héros et jeux apparentés (qui existent également sur ordinateur), de par leurs fiches de personnages et leurs jets de dés, sont à rapprocher des jeux de rôle de type Donjons et Dragons, pour un·e seul·e joueur·euse et dont le livre se substitue au meneur de jeu, mais ce n’est pas forcément le cas de tous les jeux textuels. Certains sont totalement dénués d’aléatoire et de points de vie ou de compétences, et proposent simplement des choix libres reposant sur la simple curiosité de la joueuse ou du joueur de voir ce qui se passera dans tel ou tel cas. Dans ces derniers, on clique le plus souvent sur des liens hypertextes qui vous emmènent au passage suivant. Dans d’autres, plus proches de l’esprit des jeux vidéos d’aventure à la LucasArts (Monkey Island, Loom…), ou des désormais très à la mode et très grandeur nature Escape Room, il vous faudra fouiller dans un environnement décrit par l’auteur·e, à la recherche d’objets clés, d’issues diverses, et faire des choix efficaces au cours de dialogues avec d’autres personnages. Bref, il vous faudra mener l’enquête. On pourra à cette fin cliquer sur des liens dans certains cas, et dans d’autres taper soi-même du texte pour découvrir son environnement et interagir avec lui. Le plus souvent un verbe suivi d’un nom d’objet ou de lieu (du genre regarder ouest, ouvrir porte, prendre potion, enfin, z’avez pigé.). Je vous donne ici les trois modes de jeu les plus courants, mais il en existe bien plus. Tout ça est très varié.

Certains de ces jeux se parent de quelques éléments graphiques, la plupart du temps rudimentaires (voire de musiques d’ambiance) mais pour nombre d’entre eux il n’y a que du texte à se mettre sous la dent de l’œil. Dit comme ça, ça peut sembler tristounet, seulement puisque vous en êtes à lire cette grossière et bien aride description de la fiction interactive jusqu’ici, je suppose que vous n’ignorez pas le pouvoir propre à l’écriture d’invoquer tous les sens ainsi que les émotions les plus diverses chez une lectrice ou un lecteur. Cela dit, rien ne vaut d’y jouer soi-même pour se faire une idée du machin, et, oh! coïncidence, il se trouve que le site http://www.fiction-interactive.fr a organisé cette année encore un concours pour lequel cinq jeux ont été créés tout spécialement. Jeux auxquels vous pouvez jouer dès aujourd’hui, et même (et là j’en appelle à vos pulsions sadiques) mettre une note.

Outre ce concours, vous trouverez sur ce site une centaine de jeux textuels en français créés entre 2001 et aujourd’hui. Y en aura pour tous les goûts, de tous les genres et modes de jeu. Vous y trouverez également des tutoriels pour créer vous-mêmes vos fictions interactives, car là réside également l’intérêt de ce type de jeux : en fabriquer est de plus en plus accessible au grand public. Sont disponibles aujourd’hui tout un tas d’outils gratuits et bien documentés qui vous permettent de sauter la case programmation pour vous concentrer sur l’écriture des textes à proprement parler, si l’informatique vous rebute mais que la forme vous plaît. Si, au contraire, vous voulez plonger les mains dans les rouages cambouineux (ça n’existe pas) du code sans avoir peur d’y laisser des doigts et de nombreuses heures de votre vie, ben, je vous l’ai déjà dit, une pile de doc vous attend sur le site nommé plus haut ainsi qu’une communauté au nombre d’individus réduit mais fort active et bien intentionnée.

Eh oui, je sais ce que vous allez me dire, je déteste la publicité et pourtant aujourd’hui j’en fais un peu pour ce site. C’est vrai, mais, d’une, on ne m’a rien demandé, de deux, je ne fais absolument pas partie de l’équipe qui gère ce site, et, de trois, je n’y gagne rien sinon la satisfaction de porter un très modeste éclairage sur le travail de personnes qui ne font ce qu’elles font que par amour de ce qu’elles font. Alors, grognons, grognonnes, je vous embrasse bien affectueusement, et je vous dis à demain.

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