#213 – Lyonniais #039 – Naître coupable de rien

L’état du monde est tellement désolant que j’en suis paralysé. Parler de choses légères par volonté d’amuser plutôt que de déprimer quand des atrocités organisées sont commises partout, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler des atrocités commises partout sans être sûr·e d’en comprendre les tenants et les aboutissants car tributaires d’informations partisanes défendant des intérêts qui nous échappent, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler d’œuvres culturelles quand nous passons tant de temps à nous divertir au lieu d’agir pour un monde plus juste, n’est-ce pas se rendre complice ? Parler d’actions à mener quand on se rend compte que si plus de gens restaient chez eux à mater des séries en bon consommateurs et -trices feignant d’ignorer la misère de leurs voisins ils passeraient moins de temps à se demander comment et pour quelles bonnes raisons opprimer leurs voisins, n’est-ce pas se rendre complice ? Taper cette note de blog sur cet ordinateur depuis la France en sachant combien ont été exploités et -tées tout au long de la chaîne à l’autre bout du monde et en sachant quel est l’impact des fermes de serveurs qui l’héberge sur la bonne santé de la planète, n’est-ce pas se rendre complice ? Lire cette note de blog depuis votre ordinateur et les mêmes serveurs, n’est-ce pas se rendre complice ? Se placer à gauche de la ligne, se placer à droite de la ligne, rester sur la ligne, demander de quelle ligne vous parlez moi je n’en vois pas, n’est-ce pas se rendre complice ? Se mêler de quoi que ce soit comme ne s’occuper de rien, n’est-ce pas se rendre complice ? Naître et prendre de la place et des ressources dont d’autres manqueront, n’est-ce pas se rendre complice ? Mourir et abandonner les autres à leur misère au lieu de leur venir en aide, n’est-ce pas se rendre complice ? J’ai mal à la tête.

5 réflexions sur « #213 – Lyonniais #039 – Naître coupable de rien »

  1. Ah ben quand on me demande quoi faire pour ne pas participer aux guerres, je réponds qu’il faut aller vivre tout nu dans la forêt 😀

    On est très vite complice de sales trucs, j’ai pas de contre-arguments rassurants à ce sujet… mais ma conscience s’en accommode avec, d’une part une certaine dose d’efforts tout de même (le tout blanc ou tout noir, bof), et une vision macro-psycho-biologique de notre espèce et de notre environnement. Je suis qu’une putain de synapse dans un cerveau qui fonctionne d’une manière qui me dépasse… J’essaie de me déplacer, de me décaler un peu, mais y’a de la résistance !

    Après, au niveau spirituel aussi, mon côté athée me dit que c’est cool de partager le confort et que je préfère être gentil que méchant mais qu’au final, bon, voilà quoi, on en pensera quoi dans 100.000.000.000.000 ans ?… et mon côté panthéiste est pas très bavard en détails mais semble vouloir me dire que de toute façon, c’était soi ou une grande stase éternelle, alors il me reste plus qu’à fermer ma gueule.

    Bon, je le cite de moins en moins parce que j’ai mis tout ça dessus, mais mon côté stoïque a clairement posé les fondements (et lui même a pris naissance sur le rejet d’un système action/récompense flou avec un paradis et des efforts à fournir pour y aller, mais en même temps un message diminuant la faveur personnelle et affirmant d’après la bible que la faveur est « imméritée » et que donc au final c’est dieu qui décide on sait pas trop comment). J’aurais pu devenir athée ultra-militant ou panthéiste qui pense que « si on est tous et toutes UN être on doit s’aimer » (même si ça me paraît être un contre-sens).

    1. En fait, même si j’évite de prendre l’avion, de faire des gosses, de manger trop de viande toussa… reste le problème du taf. J’essaie d’entrevoir une sortie du tout informatique et là c’est pas évident. Quelques pistes mais c’est tendu et plutôt compatible avec un monde « riche car excessif ».

      Dire que j’avais fait un bilan de compétences quand j’étais en Lozère et que j’avais bcp poussé vers la permaculture et tout ça avant de finalement me rabattre sur l’enseignement en primaire 😀 (qui reste ma foi une possibilité à long terme suivant les crises qu’on pourrait traverser à l’avenir)

      1. Merci pour ce témoignage bien fourni. 🙂

        C’est clair que quand on n’est pas d’une religion ou d’une autre, il est difficile d’établir des objectifs et des modalités claires à nos activités de tous les jours. Réfléchir par soi même à ce qu’on désire comme vie et à ce qui nous pousse à désirer ceci ou cela, c’est fatiguant, angoissant, mais dans l’optique de comprendre un peu comment les choses fonctionnent (ne serait-ce que par simple curiosité, mais surtout pour améliorer sa condition), s’éloigner de tout dogme et de tout croyance invérifiable paraît être une démarche saine à adopter.

        Personnellement, pour avancer là dedans, je prends comme base la plus profonde mes propres sentiments, en essayant d’être le plus honnête possible quant à ce qui motive tout ce que je fais, même quand c’est pas beau moralement. Je sais à peu près ce qui me procure du plaisir, à peu près ce qui me fait souffrir, et voilà ce qui me guide. Quand je ne comprends pas, j’essaie je comparer mes sentiments et l’explication que je me fais de leur origine aux témoignages d’autres personnes. J’imagine que j’aurais plus de facilité à m’éloigner autant que possible des souffrances si j’arrive à comprendre par quoi elles sont provoquées.

        Constatant également, avec l’expérience de mon environnement acquise au cours des années, qu’il n’y a en fait pas grand chose d’autre qui me procure de véritable plaisir que les interactions avec des personnes (et autres animaux) qui eux-mêmes éprouvent du plaisir à ces interactions, j’essaie de faire en sorte que mes actions soient génératrice d’un maximum de plaisir pour tout le monde, et de diminuer au mieux les activités dont j’ai conscience qu’elles provoquent malêtre ou souffrance. Ça découle sans doute de ma difficulté à ne pas rire avec quelqu’un qui rit, et à ne pas souffrir avec quelqu’un qui souffre ou que j’imagine en souffrance.

        Je ne vois personnellement pas beaucoup plus loin que le bout de ma vie, même si quelque part en moi, je trouve un certain réconfort à imaginer un monde qui continuerait à vivre sereinement et dans la joie quand je mourrai. Mais j’ai vraiment du mal à penser long terme et à me détacher de l’ici et maintenant. Ce qui ne m’empêche pas d’imaginer que ce qui m’affecte ici et maintenant peut se passer géographiquement très loin, et qu’il faut travailler les conséquences d’actions passées auxquelles je n’ai pas pris part, autant qu’a mes actions présentes, si je veux chaque jour, et pour longtemps (c’est à dire les ici et maintenant qu’il me reste encore à traverser), rire avec les autres plus que pleurer.

        Évidemment il y a tout un tas de situations dans lesquelles cette façon de fonctionner ne m’aide en rien et qui mettent ma machine à faire de choix H.S. :
        – les conflits (d’intérêts, armés) de masse quand je suis bien forcé d’admettre qu’on ne trouvera pas d’issue heureuse pour tous
        – ne pas savoir que faire d’un groupe ou d’une personne dont le bonheur nécessite ma propre souffrance (parfois à travers celle d’autres personnes, proches ou auxquelles je m’identifie, ou simplement dont je sais qu’elles existent et souffriraient de cette situation)
        – me rendre compte que mon plaisir à moi, cette fois, est conditionné à l’exploitation douloureuse d’autres personnes, et que si je veux ne pas souffrir de cette situation par empathie, il me faudra soit renoncer à une activité dont je pensais jusque là qu’elle m’apportait du plaisir soit m’assumer en tant que connard. Dans ces cas-là, je suis paralysé.

        1. Il est important en effet de bien s’analyser, mais pour en revenir à la religion et essayer d’imaginer ce qui peut passer dans la tête de certains, il faut se dire que dès qu’on est croyant.e (et c’est quand même le cas de pas mal de monde sur terre), même si ça peut donner un cadre de conduite quotidien rassurant, il y a aussi souvent un « au-delà », un « après », qui entre dans l’équation.

          Cet « après » peut être sacrément démobilisateur. Pourquoi faire des efforts pour la planète si Dieu va la retransformer en paradis ou si à ma mort je vais devenir un angelot ?

          Louis CK parlait du paradoxe « chrétiens de droite pollueurs » dans un sketche, et c’est vrai que ça va à l’encontre de la mission confiée par dieu aux hommes de s’occuper de la terre, mais d’un autre côté, d’une part le christianisme a rajouté cette notion d’espoir céleste, mais en plus, concernant la mission des humains sur terre… le choix des mots est important, et à ce titre il est intéressant de relire Genèse 1:28 :p

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