#391 – L’automne est las

Aaa…

Aaaa….

AaaaaaTCHAAAAA !!

Excusez-moi. Attendez, vous en avez un peu sur le col. Voilà. Vous inquiétez pas c’est pas de la mouke de covideux. C’est les allergies. Deux mois sans foutre les pieds ici, la poussière a eu le temps de s’accumuler. Passerai un coup de balais plus tard si j’ai la foi.

Quoi de neuf par chez vous ? Ça a été l’été ? Des vacances peut-être ? Vous avez vu la famille, les amis ? Vous êtes partis faire un tour ? Parfait ça, ça fait du bien.

Hein, moi ? Oh bah j’ai testé cette activité tellement à la mode, le burnout. Bah j’irai pas jusqu’à dire que je déconseille absolument, mais allez, c’est pas fait pour tout le monde. Y en a à qui ça plaira pas du tout, c’est sûr. Ça va mieux à certains qu’à d’autres disons. Et puis c’est un peu cher, mieux vaut avoir de l’argent de côté.

Bon et vous avez prévu quoi pour cet automne alors ? Le retour au travail, oui mais à part ça ? C’est pas bon de n’avoir rien en vue pour vous sortir du quotidien comme ça. Surtout avec les journées qui raccourcissent, faut trouver de quoi égayer les longues soirées.

Sticker vu quelque part dans Bruxelles, me souvient plus où.

Moi je me suis mis un petit défi, c’est de ne plus mettre le chauffage jusqu’à ce que l’humidité sur mes murs se transforme en givre. C’est que j’ai reçu ma facture d’énergie de rééquilibrage de l’année qui vient de passer et j’en ai pour 1800€. Donc cet automne, c’est sobriété et cols roulés. On brise la monotonie comme on peut. Et puis, il paraît que les sinusites sont souvent provoquées par des changements de températures soudains, s’il fait donc la même température à l’intérieur qu’à l’extérieur, je vais peut-être même m’économiser quelques visites chez le toubib, qui sait.

Et à part ça ? Perso de mon côté rien, je suis bien occupé à courir après les différents organismes pour toucher mon chômage, les ouvriers pour faire isoler mes fenêtres, les techniciens pour faire vérifier mon chauffe-eau. De quoi bien me tenir le mois.

Voilà voilà.

Eh ben, c’est cool de se croiser de temps en temps comme ça. Ça fait du bien d’avoir des nouvelles. À dans deux mois du coup, portez-vous bien !

AaaTCHAA !

#390 – Pas concluant

Je me demande si je ne vais pas écrire un peu ici à nouveau.

Après tout, depuis le 30 mai, j’ai arrêté d’écrire, j’ai arrêté de faire de la musique, ou d’inventer tout un tas de petits projets ridicules et irréalisables mais qui me font tant plaisir, tout ça pour me concentrer sur ma recherche de travail. Or depuis ce 30 mai, je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de CV que j’ai envoyés.

Pour ce que je veux faire, il est quasi-impératif que je signe un contrat avant la fin du mois d’octobre si je ne veux pas perdre une année. Le supermarché me tue à petit feu. Je démissionne en septembre quoi qu’il en soit. Si je démissionne je n’ai droit à aucune aide. Si je ne trouve pas de travail ni n’ait droit à aucune aide, je ne sais pas payer mon loyer plus de deux mois, et je ne compte pas retourner en France. Encore moins chez mes parents. C’est vraiment la merde.

Ce dernier mois, je suis au plus bas, et ces deux dernières semaines je suis au plus bas du plus bas.

Hier, en sortant du travail où pour une fois j’étais du matin, je suis allé visiter le cimetière d’Ixelles. Ça me fait toujours du bien de visiter les cimetières. En plus du calme, des chants d’oiseaux, des arbres et des chats, marcher entre les morts m’aide à relativiser un peu toutes mes misères. Puisqu’à la fin il n’y a que ça, la tombe, j’en ressors en général apaisé. Prêt à profiter à fond de cette période indéterminée qu’il me reste à gigoter, rire ou même pleurer pourquoi pas, tout ça n’est pas très grave. Il faisait grand soleil, hier. Le cimetière était beau. Il y avait même quelqu’un qui jouait de la guitare entre les stèles. Le temps que j’y suis resté, j’y étais bien. Comme chez moi. Mais ce cimetière ferme tôt, à 16h30, alors je n’ai pu y passer qu’une petite heure. J’ai tout de même réussi à trouver la tombe des seuls résidents que j’y connaissais, Elisée et Elie Reclus. Minuscule entre les autres tombes, la leur se contente de n’être qu’une simple plaque d’à peine un mètre carré.

En sortant, j’ai contacté le seul ami que je savais parfois traîner dans le quartier mais il n’était pas disponible. Et il faisait beau. Et il faisait chaud. Et je me sentais tellement seul. Je me suis dit que tant pis, j’allais prendre une petite bière avec moi-même un peu plus bas, pas loin des étangs. Mauvaise idée, comme toujours quand il s’agit de boire seul. Je n’ai pas su m’arrêter à une. Au bar, j’ai fumé un paquet de cigarettes en deux heures en lisant des textes d’Elisée sur mon téléphone à la batterie mourante. J’ai papoté un peu avec des voisins de table. C’est eux qui m’ont sollicité, je n’ai pas été cet ivrogne qui embarrasse des inconnus. Ce n’était pas désagréable, mais n’ayant pas dormi plus de cinq heures au cours des deux nuits précédentes et n’ayant rien mangé le jour-même alors que j’avais travaillé de 7h à 14h et que le soleil cuisait les crânes, les bières m’ont assommé. Pourtant, j’avais bien fait attention. C’était de la bière blanche ne dépassant pas les 5%. J’ai envoyé des messages à des amis sur mon téléphone. Et puis…

Et puis j’ai failli encore une fois couper tous les ponts après que l’alcool m’a aidé à me convaincre que je ne pouvais pas continuer à imposer une personne comme moi aux gens que j’aimais. Le malaise, le souci que je devais leur provoquer quand ils me savent sur la brèche tout en étant incapable de m’aider en quoi que ce soit n’était pas digne d’un véritable ami. Je n’en ai rien fait. Tant mieux. Je commence peut-être à me connaître, et même saoul je finis par me rendre compte que sans alcool je ne penserais pas ça. Ou pas avec autant d’intensité. À une heure du matin, je suis donc allé me coucher et j’ai dormi jusqu’au lendemain, me suis levé trente minutes avant de devoir filer au travail, pour ne me laisser strictement le temps que de prendre une douche et me laver les dents, et surtout pas de réfléchir beaucoup plus à ma situation.

Je me demande donc si je ne devrais écrire un peu ici à nouveau, car au final je ne cherche pas plus de travail en n’écrivant pas, et clairement ça ne me rend pas plus heureux de n’alterner qu’entre travail-torture et sommeil forcé, avec occasionnellement ici et là une glissade sur pente éthylique qui n’arrange rien.

#389 – Les montagnes belges

La période difficile se profile. Le pire genre de périodes. J’exagère quand je dis le pire, mais disons pas le plus sympa. Car voilà, je n’ai plus trop le temps de fuir, ni trop l’argent pour.

Voyez, il y a quoi, trois semaines ? j’arrête de fumer. S’ensuit la période où je fais tout pour m’occuper la tête et les mains. Il fait beau, parfait. Je reprends le blog, je vous raconte tout ce qui me passe par la tête et sous les yeux, je bois un petit café tous les matins en terrasse. Le soir, je sors voir les rues ou un concert dès que j’en ai l’énergie. La priorité est au changement d’habitudes, à retrouver du plaisir sans l’aide de substances abrutissantes, et tout me le permet. Je sors d’un tunnel, je m’émerveille de la jolie clairière sur laquelle il débouche.

Mais voilà. J’ai traversé cette clairière, elle n’était pas ma destination finale, et je me trouve face à un nouveau tunnel, d’un style différent mais quoi, ça reste un tunnel. Au bout de celui-ci, une autre clairière, plus vaste et où, je l’espère, je pourrais établir mon petit campement pour quelques années au moins. Oui bon, je vous ai déjà dit mille fois que j’étais nul en métaphores filées, faites pas la moue. Je me suis moi-même surnommé « écrivouilleur », si vous veniez pour de la grande littérature…

Je suis à la recherche d’un travail. Je me donne trois mois pour le trouver, sans ça c’est reparti pour une année de supermarché. Et ça, c’est non. Non, non. Non, vraiment, n’insistez pas. Dès lors, je ne peux pas me permettre de papillonner beaucoup plus. CV, lettres de motivation, recherches de quelle institution, quel potentiel employeur, comment l’aborder… dans une ville et un pays dont je ne connais encore presque rien, et dans lequel personne ne peut m’aider, me soutenir. Je culpabilise dès que je fais autre chose. Comme il se doit d’ailleurs, sinon rien n’avance. C’est le désavantage de garder l’esprit clair.

De plus, depuis une semaine, le temps a décidé d’être moche. Gris le matin, noir l’après-midi, froid le soir. Et puis il me faut commencer à mettre de l’argent de côté, au cas où la recherche de travail prenne plus de temps que prévu, puisque j’ai décidé que quoi qu’il en soit, le supermarché, c’est fini en septembre. Alors difficile pour moi de me lever avec la pêche, de justifier des petits cafés à 2,50€ aux terrasses sous crachin, ou de me motiver à sortir en rentrant du taf, sachant que le lendemain je serai trop fatigué pour me lever tôt et reprendre mes recherches. Je me couche en pensant que demain la journée sera chiante, je me lève en me disant que je préférerais rester au lit une ou huit heures de plus.

Peinture au pochoir sur l’un des murs du Mont des Arts

Il reste le blog. C’est sain, un blog. Oui mais, en ne sortant pas, je ne sais pas comment l’alimenter. Je commence à raconter mes états d’âme et je ne vous dis plus rien du monde, de ce qui fait le lien entre ma vie intérieure et la votre. Je ne vous intéresse pas et je me désespère de mon rien-à-dire. Les tribulations d’un chercheur d’emploi en terre inconnue, voilà qui serait sans doute intéressant à raconter, mais j’ai trop peur qu’un futur employeur tombe sur mon blog en trois recherches habiles. Et puis la rédaction d’un article me prend bien plus de temps que je ne veux bien l’assumer. Alors même ça… C’est dommage, le temps de deux semaines, il commençait à reprendre un peu de la gueule, le blog. Tant pis.

Me voilà donc bien pris. Je m’interdis de renouer avec mes habitudes qui ne conviennent pas dans cette période où je dois garder l’esprit alerte, et par la force des choses je suis tenu à l’écart des mécanismes qui me permettent de prendre du plaisir ailleurs. Tout ce qu’il me reste, c’est mon travail qui me devient de plus en plus insupportable, et la recherche d’un nouveau job qui, tout en me correspondant mieux je l’espère, ne me fait pas vraiment rêver pour autant.

La période difficile se profile, donc. On va tâcher de garder le cap. De toute façon un tunnel, c’est un tunnel. À moins de faire demi-tour, on peut pas trop se planter. Suffit de serrer les dents et d’avancer. Non vraiment, même pour moi cette métaphore est vraiment trop pourrie, et même pas filée avec ça.

Il y a quelques soirs, les voisins m’ont invités à manger chez eux. Comme d’habitude, ils ont bien arrosé le repas, et moi avec. Quand je suis rentré, je me suis connecté au blog, voir s’il y avait eu un commentaire ou deux sur mon précédent article, et puis j’ai commencé à relire des articles passés au hasard. Pris par le genre d’illumination qui vient quand on est à pas loin d’avoir le nez qui clignote, je me suis dit : mais oui, c’est ça le seul fil rouge de ce que j’écris ! Assumer l’inconstance.

L’inconstance, certain que je nage en plein dedans. Pas sûr de tout à fait assumer par contre.

#388 – Quand je ne dors pas, je rêve souvent du Japon

Hier, j’ai rêvé que mon père, sous l’apparence d’un être maléfique capable de se métamorphoser, faisait appel à une brigade de mercenaires intergalactiques pour me faire éliminer en plein repas de famille, juste après avoir lui-même pris la forme d’un fœtus pour me mordre le pouce de toutes ses forces.

Mais il se trouve que lorsque je rêve éveillé, c’est moins mon père et plus souvent les paysages japonais qui occupent mes pensées. Et voilà, j’apprends qu’à partir du 10 juin de cette année, le Japon rouvrira progressivement ses portes aux voyageurs étrangers. D’abord en n’autorisant que les visites guidées et un certain nombre de lieux d’accueils, et puis… nous verrons bien.

Je ne sais pas si j’en avais déjà parlé ici, mais au cours de mes dernières années à Montpellier, alors que je ne donnais plus cher de ma propre peau, que j’étais persuadé que ma vie s’achèverait un ou deux ans plus tard dans un caniveau dégueulasse, je me lamentais de n’avoir jamais vu la Belgique. Je pensais à cet ami qui venait d’y passer un weekend avec sa femme, et je me disais : tu te rends compte, tu t’es tellement bousillé que tu ne seras même plus jamais capable, financièrement, socialement et par manque d’énergie, d’aller voir à quoi ressemble Bruxelles, même le temps d’un weekend. J’en étais désespéré.

Un peu moins de six ans plus tard, je suis là, à quelques minutes à pieds du fritkot de Flagey, à quelques mois à peine de fêter ma deuxième année à Bruxelles.

Alors je me prends à rêver. Et si… Et si je pouvais espérer voyager un ou deux mois au Japon, dans quelques années. Une ou deux semaines à Tōkyō bien sûr, quelques jours à Kyōto pourquoi pas, et les campagnes et les plages le reste du temps, surtout.

La lumière du Japon, la façon dont les artistes, peintres, dessinateurs, photographes, réalisateurs et écrivains, me l’ont faite aimer, j’aimerais la voir de mes yeux. Les ruelles, les escaliers, les ruescaliers, et la végétation qui s’insinue par les craquelures du béton (japon, seul pays d’ailleurs où, à ce jour et bien étrangement, le béton ne me révulse pas), mais aussi les ports, la rouille, les bois et les petits chemins presque entretenus, les temples, l’été cuisant sur les champs, encore les ruelles, les devantures des petites boutiques à l’abandon… J’aimerais savoir ce que ça fait de se déplacer dans ce qui n’est pour moi, depuis l’Europe, qu’un décor, un sujet d’art.

Je crois qu’en réalité, il y a quelque chose de mes villages d’enfance que je reconnais dans le Japon tel qu’il m’est montré par les artistes de l’archipel. Le village de mes parents, au bord de la méditerranée, anciennement village de pêcheurs. Ses ports, son béton, ses tôles, sa rouille. Ça a peut-être un peu changé depuis. Et le village de mes grands-parents, toujours dans le sud, dont le nom ne diffère que d’une lettre de celui de mes parents, mais situé dans les terres, avec ses champs, ses pins, ses cigales qui vous vrillent les tympans tout l’été. C’est aussi pour ça que j’aimerais voir le Japon, savoir si mes sens s’y trouvent chez eux comme on doit se trouver chez soi dans un univers parallèle.

Et puis, ça fait maintenant un moment que j’apprends la langue, tout seul et avec de longues périodes où j’abandonne tout de même mais bon, je commence à comprendre… disons 40% de ce que j’entends, si ce sont des conversations de la vie de tous les jours. Voilà qui me donne espoir de visiter le pays sans être un touriste absolu. Pouvoir parler de la pluie et du beau temps, de choses très simples, une minute ou deux, avec un hôte, si je navigue d’auberge en auberge. Rien que ça serait formidable.

Eh bon, ben. Peut-être un jour.

Je n’ai pas eu le temps de vous trouver d’images à vous mettre sous la dent pour cet article et c’est bien dommage. Il aurait fallu que je contacte des blogueurs photographes ou peintres au Japon pour savoir s’ils accepteraient que je partage leur travail ici. Je le ferai peut-être plus tard. J’aurais pu partager mon compte twitter qui me servait exclusivement à suivre des artistes Japonais dont le sujet était les paysages urbains ou ruraux du pays, mais je l’ai supprimé il y a un moment déjà, comme d’habitude.

#387 – Norge, on te sonne

Norge est un poète Belge. Je dis est… Était.

Depuis que j’ai acheté une anthologie de ses textes, Poésies (1923-1988) chez Gallimard, il ne se passe pas deux semaines sans que j’aille en lire quelques pages, sans que je sois ébloui par son humour autant que par son style. Avez-vous déjà ressenti ça ? Lisant quelques pages d’un auteur, vous vous rendez immédiatement compte qu’il s’agit d’un lointain cousin que personne dans la famille ne vous avait présenté ? Les veaux. Parce que c’est ce que je ressens dès que je lis Norge. C’est le cousin inconnu, et celui qui a réussi, avec ça. Pas la réussite qui écrase tous ceux qui viennent après lui, non, la réussite qui inspire. Celle qui montre aux petits jeunes qu’ils peuvent faire quelque chose de beau et de pas prétentieux, avec un peu d’encre et du papier.

Norge est mort, mais trop récemment. Je ne peux pas, légalement, vous partager ses œuvres ici. Pas encore tombées dans le domaine public. Ce n’est qu’à l’âge de nonante-deux ans, en 1990, qu’il a claboté. Il aurait pu se presser un peu, car si aujourd’hui ses ayants droits ne font pas un tapage à la Hergé, et que ses textes ne circulent pas librement, j’ai bien peur que d’ici cinquante ans il soit oublié de tous. Dans mon entourage direct, il ne se trouve pas une seule personne de moins de trente ans qui connaisse son nom ni le moindre de ses poèmes. Ça me rend triste.

Alors voilà. Je vais faire une petite entorse à la légalité. Une seule. Il y a quelques mois, j’ai enregistré l’un de ses textes sur une petite piste instrumentale de mon cru dont je ne savais que faire. C’était en décembre je crois. Entre un moment où je me trouvais très mal et une période où je n’allais pas me sentir bien du tout. Durant cette éclaircie de quelques jours, m’étant remis à la musique, je cherchais ce que je pourrais bien raconter dans mon micro nouvellement acquis. J’ai ouvert mon recueil de poèmes de Norge, et le premier texte sur lequel j’ai posé les yeux était : On sonne. Je me souviens avoir fait ça en quelques minutes, avoir trouvé que l’ambiance convenait bien à ce texte, qui est l’un de mes préférés d’ailleurs, et m’être dit que je le retravaillerai plus tard avant de l’oublier au fond d’un tiroir.

Je ne le retravaillerai pas. Je n’ai rien mixé, il n’y a aucun travail du son effectué sur la voix, j’ai enregistré et c’est resté tel quel, brut, depuis six mois. C’est trop tard maintenant. Je ne me sens pas la force de revisiter tout ça. Je viens de le réécouter une fois. De la voix à la guitare, tout me fait grincer des dents. Je me contenterai donc de déposer cette chose ici et de ne plus jamais la réécouter. Ce qui compte, c’est que ce sont les mots de Norge. Ça vous donnera peut-être envie de lire davantage de ce qu’a écrit ce monsieur. Si ce n’est pas le cas, dites-vous que c’est ce montage audio qui n’y fait pas honneur, et lisez-le quand même.

Ah oui, dernière chose. Qu’on m’excuse d’avoir ajouté un s à chiens-et-chat, je ne m’en suis rendu compte qu’après avoir enregistré, je recommence pas tout pour un s. Fainéant un jour… Qu’on m’excuse également, à moi comme à tous les gens originaires du sud de la France, de ne faire absolument aucune distinction entre les différents sons « o ». Nous ne les entendons tout simplement pas. Jusqu’à ce que nous rencontrions un Parisien, en général c’est un Parisien, qui nous le fasse remarquer en se moquant bien, nous n’avons pas conscience que cette diversité de « o » existe. Ensuite on est au courant, mais on n’entend toujours pas la différence. Je sais que ça choque l’oreille de beaucoup de francophones. Soyez donc gentils, et concentrez-vous sur mes autres défauts de diction.

Voici donc :

ON SONNE

Cher univers, tu m’étonnes.
Tu dis blanc, mais tu dis noir.
Excuse-moi, car on sonne.
Oui, j’y cours, oui, j’y vais voir.

Me revoici, que disais-je ?
Ah oui : je comprends bien mal
Ton feu froid, ta chaude neige
Et tes trois règnes en al.

Pardon, mais l’on sonne encore.
Une seconde ! J’arrive.
(Elle insiste, la pécore.)
Attends-moi, tiens prends ce livre.

Ouf ! tu répondais, je crois
Que l’habitant de la lune…
Je parlais de croix, de croix ;
Ah oui, tu parlais de prune.

Je ripostais cependant…
Tonnerre, encor la sonnette !
Je disais : le mal aux dents…
Non, je disais : l’alouette…

Ces escaliers me tueront.
Tu réponds : ta voie lactée,
Tes soleils et tes nuitées,
Que tout ça tourne assez rond.

Bien, bon, c’est joli à voir,
Mais pour nous, c’est du spectacle
Si tu crois nous émouvoir,
Nous renâclons, je renâcle !

Je te parle chien et chat,
Je te parle messieurs-dames,
Vie et mort, amour, crachat,
Je te parle corps et âme.

Tudieu, la sonnette encore.
Qui sonne ? La mer, l’azur,
Les siècles, Nise, un centaure ?
Mais on sonne, c’est bien sûr.

On sonne, on sonne, on re-sonne.
Univers, excuse-moi.
Tu disais : chaud, je dis : froid !
J’ouvre et je ne vois personne.

#386 – Se laisser pousser le béret

Depuis quelques temps, Nathalie Sacré, qui tient le blog Partir en cacahuète sur lequel elle s’adonne à l’autobiographie et partage ses illustrations et divers travaux, s’est mise à faire de petites vidéos. Elle y lit des extraits de textes, mais commence également à nous partager quelques images d’ateliers peinture auxquels elle participe. Ah, la peinture… Ça a l’air tellement apaisant, tellement satisfaisant…

Hier, je regardais le film Blue réalisé par Andō Hiroshi (安藤尋), adapté du manga du même nom de Nananan Kiriko (魚喃キリコ). La protagoniste, désespérée du départ de sa petite amie au début de l’été, sans savoir si elle reviendra jamais, se met à peindre des natures mortes. Ce n’est pas le sujet du film, ça en fait simplement partie. Et me voilà en train de me dire : mais que ça a l’air apaisant, que ça a l’air satisfaisant, la peinture…

Ce matin, alors que je me baladais, je vois des tubes de peinture acrylique à pas cher. À vraiment pas cher. Vraiment vraiment pas cher. Parfait. Je ne me suis même pas demandé si tout cela était bien raisonnable. J’ai acheté les tubes direct. Alors certes j’avais essayé l’aquarelle, ce qui m’avait tenu deux semaines, j’avais essayé les pastels, ce qui m’avait tenu deux jours, mais là ! Là, j’en étais sûr, peindre à l’acrylique ça allait être mon truc. Je l’ai vu sur le blog, je l’ai vu dans le film. Grâce à la peinture, je serai enfin apaisé, satisfait !

Il ne m’a pas fallu cinq minutes après mon retour à l’appartement pour comprendre comment je m’étais bien fait avoir. Sur quel support pourrais-je bien peindre qui ne me coute pas un bras ? Dans quel coin des trente mètres carrés de mon logement déjà rempli devrais-je installer un chevalet, et comment le construire d’ailleurs ? Et où vais-je trouver un drap pour ne pas tacher le sol ? Pour les vieux habits à salir, ça je ne me fais pas de bile, j’en ai à foison. Mais bon, et puis je ne suis même pas capable de m’astreindre à faire la vaisselle tous les jours, vais-je réussir à ne pas bousiller les trois pinceaux que je possède en laissant la peinture leur coller les poils dès la première semaine ? Et enfin ce n’est peut-être pas le moment de me trouver un nouveau hobby, c’est un nouveau job qu’il me faut, et vite.

Bref, il me faut bien l’admettre, ce n’est pas demain que je deviendrai Séraphine de Senlis et j’ai encore dépensé 5€ pour rien. Pas merci Nathalie, pas merci Hiroshi. Ça ne se fait pas, de faire rêver les gens comme moi. Je vous prierai de vous montrer un peu plus responsables à l’avenir.

#385 – Journal à poils

Arrivé au dernier rouleau de PQ, j’ai dû me rendre à l’évidence : il allait me falloir faire des courses. Vous le savez aussi bien que moi, tant qu’on a du PQ nul besoin de mouchoirs ni d’essuie-tout. Le PQ remplace tout. Mais attention ! On sépare bien les rouleaux. Il y a celui dans les toilettes, et il y a celui dans la cuisine. Et voilà, donc, qu’il ne m’en restait plus qu’un. J’allais devoir choisir entre aller aux toilettes ou me moucher. C’en était trop. Même pour un homme qui se satisfait de peu comme moi. Je me suis donc rendu au Lidl. Tout s’y est bien passé, si ce n’est que l’heure d’ouverture du magasin correspondait exactement au moment où la pluie a commencé à tomber. Mais enfin, je veux bien croire qu’il s’agissait là d’une coïncidence.

Non, là où les choses ont pris un tour inattendu, c’est quand, sortant du Lidl, je me suis dit : tiens, et si on allait au Lidl du non-alimentaire, Action. J’avais envie d’acheter une statuette de bodhisattva dont je scierai la tête pour la remplacer par celle d’une autre statuette tout à fait ridicule que je trouverai dans un autre rayon du même magasin. J’ai parfois des envies d’art plastique que je ne m’explique pas.

Et voilà comment une heure plus tard, je rentrais chez moi, plus léger de 10€, mais heureux propriétaire de deux éventails en plastique rouge, deux marqueurs permanents noirs pour dessiner sur mes deux éventails en plastique rouge, un paquet de post-it multicolores, une pochette de stylos à billes non moins multicolores, une machine à faire des étiquettes en relief manuelle que j’ai déjà cassée après avoir fait une seule étiquette « non » que j’ai collée sur ma porte d’entrée, et surtout, SURTOUT

Des cahiers moumoute.

Oui. Regardez-les bien. Vous ne rêvez pas. Leur moumouterie n’a d’égale que leur laideur. Même leur couleur est hideuse. Vous ne pouvez pas savoir quel dégoût mêlé de joie intense j’ai pu ressentir en les apercevant. J’étais sous le choc. Comme un coup de lame, taillée dans une dent de caniche, en plein dans le cœur. J’en ai eu des palpitations. Sans même encore les avoir touchés, on a une furieuse envie de les balancer violemment au sol de la salle de bain pour s’essuyer les pieds dessus en sortant de la douche. Évidemment, j’en ai acheté trois, un de chaque couleur. La sainte trinité de la dégueulasserie papetière absolue. Vous aurez remarqué que j’ai également acheté le stylo qui allait avec.

Enfin bon, que faire d’eux maintenant ? Je ne vois qu’une seule utilisation possible. Écrire la première chose qui me passera par la tête sur les 5 à 10 premières pages, et les égarer volontairement en quelque lieu de Bruxelles, en espérant que d’autres êtres élus fassent de même, et ainsi de suite, jusqu’à ce que de génération en génération de propriétaires, la moumoute soit si usée, si pleine de crasse et de peaux mortes, et de tâches de ketchup, et de poussière, qu’il ne reste plus qu’à les exposer dans un musée de la littérature populaire et collective anonyme ou les brûler.

Je dois partir au travail, mais de là que j’en sorte dans quelques heures, je sais que je n’aurais de cesse de penser à mes cahiers moumoute qui n’attendent plus que moi, plus que vous. Je dormirai peut-être avec ce soir.

#383 – Déverni

Hier, j’avais décidé de ne rien faire. Et c’est exactement ce que j’ai fait, rien. J’ai regardé deux films dont je vous parlerai très en détail dans les jours qui viennent. Si vous voulez les mater avant que je ne vous les divulgâche, il s’agissait d’Everything Everywhere All at Once (2022) et de Swiss Army Man (2016). Deux films des Daniels que j’ai ratés à leur sortie en salles. Il y avait les films Netflix, avec les Daniels il y a désormais les films Reddit. Dit comme ça, ça ne fait pas très envie. Mais ce sont les deux seuls films États-Uniens de ces cinq dernières années qui m’ont redonné espoir dans les capacités de ce pays à ne pas détruire tout à fait l’imaginaire des jeunes générations du monde entier, à grand renfort d’adaptations vidant l’œuvre originale de son originalité, de franchises cherchant simplement à cultiver des consommateurs captifs de l’enfance à la mort, d’images de synthèse dégueulasses ou réussies, mais servant à tous les coups un propos inexistant. Car tenir un propos, c’est clivant, et les vendeurs aux masses préfèrent se tenir loin de tout ça.

Bon, et alors hier, je n’ai rien fait, et le ciel était orageux, et je me sentais pas top. Ce matin, en me réveillant à 7h, le ciel était gris et je me suis rendu compte que j’avais chopé la déprime. Maintenant le temps alterne, d’ensoleillé à couvert, et mon humeur avec. Aucune personnalité. Il est 9h30, va donc boire une café, que je me suis dit. Place Jourdan, tiens, ça fait longtemps.

De chez moi à la Place Jourdan, c’est cinq-dix minutes en ligne droite. À équidistance des deux, c’est le lieu où, il y a un mois presque pile, j’ai installé ma petite image. Comme ça, pour rendre hommage au décor.

L’image est toujours là. Personne ne l’a arrachée, gribouillée, collagée… Ni le soleil ni la pluie ne l’ont délavée, mais, comme je vous l’avais dit, l’installation était précaire, et le vent a fait sauter deux des quatre points d’accroche. Alors plutôt que d’avoir sur la conscience un plastique de plus qui se balade dans la nature, je la décroche en passant.

C’était ma première exposition. Une image seule. C’était à Bruxelles, du 23 avril au 21 mai 2022. Vous ne l’avez pas vue ? Ah la la, et vous prétendez aimer l’art ! C’est du propre.

Je ne sais pas s’il y en aura d’autres. Ça dépendra sans doute du temps qu’il fait.

#382 – On se foutrait pas un peu de ma gueule, Strof…

Je suis au Strof. Encore ? La dernière fois que j’y étais c’était la semaine dernière. Calmez-vous. J’ai simplement posté aujourd’hui l’article sur le concert d’il y a cinq jours.

Et voilà, on m’a dit que j’exagérais dans mon premier article, et qu’il n’y avait pas des concerts absolument chaque soir dans ce bar. Alors, en rentrant du travail il y a deux heures, je mate viteuf la programmation sur le net, et c’est vrai qu’il n’y a rien de prévu. Mais je me dis : ils vont pas m’avoir comme ça, je vais aller m’assurer de mes propres oreilles qu’il n’y a rien de rien.

22h30, j’arrive au Strof, il y a un concert. Un pianiste de jazz accompagné alternativement d’une chanteuse et d’un chanteur…

Je me sens tellement trompé.

En fait, il y a en ce moment un festival de jazz à Bruxelles. Deux affiches en plus de celle de la progra habituelle du bar sont placardées à la porte avec des dates supplémentaires pour le festoche. Je mate attentivement, histoire de savoir à qui j’ai affaire ce soir sans avoir à demander au patron cette fois-ci. Il n’y a pas la date de ce soir, sur aucune des trois affiches.

Moi, j’abandonne. Je passerai chaque soir où je le peux, en sachant très bien que d’une manière ou d’une autre, il y aura un concert. Désormais personne ne saura me convaincre du contraire.

Et oui, j’écris cette note directement depuis le bar, parce que je sais pas quoi faire d’autre maintenant que le concert est fini et que j’ai un verre devant moi. Non, je n’ai pas d’ami, oui, vous pouvez arrêter de vous moquer.