#388 – Quand je ne dors pas, je rêve souvent du Japon

Hier, j’ai rêvé que mon père, sous l’apparence d’un être maléfique capable de se métamorphoser, faisait appel à une brigade de mercenaires intergalactiques pour me faire éliminer en plein repas de famille, juste après avoir lui-même pris la forme d’un fœtus pour me mordre le pouce de toutes ses forces.

Mais il se trouve que lorsque je rêve éveillé, c’est moins mon père et plus souvent les paysages japonais qui occupent mes pensées. Et voilà, j’apprends qu’à partir du 10 juin de cette année, le Japon rouvrira progressivement ses portes aux voyageurs étrangers. D’abord en n’autorisant que les visites guidées et un certain nombre de lieux d’accueils, et puis… nous verrons bien.

Je ne sais pas si j’en avais déjà parlé ici, mais au cours de mes dernières années à Montpellier, alors que je ne donnais plus cher de ma propre peau, que j’étais persuadé que ma vie s’achèverait un ou deux ans plus tard dans un caniveau dégueulasse, je me lamentais de n’avoir jamais vu la Belgique. Je pensais à cet ami qui venait d’y passer un weekend avec sa femme, et je me disais : tu te rends compte, tu t’es tellement bousillé que tu ne seras même plus jamais capable, financièrement, socialement et par manque d’énergie, d’aller voir à quoi ressemble Bruxelles, même le temps d’un weekend. J’en étais désespéré.

Un peu moins de six ans plus tard, je suis là, à quelques minutes à pieds du fritkot de Flagey, à quelques mois à peine de fêter ma deuxième année à Bruxelles.

Alors je me prends à rêver. Et si… Et si je pouvais espérer voyager un ou deux mois au Japon, dans quelques années. Une ou deux semaines à Tōkyō bien sûr, quelques jours à Kyōto pourquoi pas, et les campagnes et les plages le reste du temps, surtout.

La lumière du Japon, la façon dont les artistes, peintres, dessinateurs, photographes, réalisateurs et écrivains, me l’ont faite aimer, j’aimerais la voir de mes yeux. Les ruelles, les escaliers, les ruescaliers, et la végétation qui s’insinue par les craquelures du béton (japon, seul pays d’ailleurs où, à ce jour et bien étrangement, le béton ne me révulse pas), mais aussi les ports, la rouille, les bois et les petits chemins presque entretenus, les temples, l’été cuisant sur les champs, encore les ruelles, les devantures des petites boutiques à l’abandon… J’aimerais savoir ce que ça fait de se déplacer dans ce qui n’est pour moi, depuis l’Europe, qu’un décor, un sujet d’art.

Je crois qu’en réalité, il y a quelque chose de mes villages d’enfance que je reconnais dans le Japon tel qu’il m’est montré par les artistes de l’archipel. Le village de mes parents, au bord de la méditerranée, anciennement village de pêcheurs. Ses ports, son béton, ses tôles, sa rouille. Ça a peut-être un peu changé depuis. Et le village de mes grands-parents, toujours dans le sud, dont le nom ne diffère que d’une lettre de celui de mes parents, mais situé dans les terres, avec ses champs, ses pins, ses cigales qui vous vrillent les tympans tout l’été. C’est aussi pour ça que j’aimerais voir le Japon, savoir si mes sens s’y trouvent chez eux comme on doit se trouver chez soi dans un univers parallèle.

Et puis, ça fait maintenant un moment que j’apprends la langue, tout seul et avec de longues périodes où j’abandonne tout de même mais bon, je commence à comprendre… disons 40% de ce que j’entends, si ce sont des conversations de la vie de tous les jours. Voilà qui me donne espoir de visiter le pays sans être un touriste absolu. Pouvoir parler de la pluie et du beau temps, de choses très simples, une minute ou deux, avec un hôte, si je navigue d’auberge en auberge. Rien que ça serait formidable.

Eh bon, ben. Peut-être un jour.

Je n’ai pas eu le temps de vous trouver d’images à vous mettre sous la dent pour cet article et c’est bien dommage. Il aurait fallu que je contacte des blogueurs photographes ou peintres au Japon pour savoir s’ils accepteraient que je partage leur travail ici. Je le ferai peut-être plus tard. J’aurais pu partager mon compte twitter qui me servait exclusivement à suivre des artistes Japonais dont le sujet était les paysages urbains ou ruraux du pays, mais je l’ai supprimé il y a un moment déjà, comme d’habitude.

#383 – Déverni

Hier, j’avais décidé de ne rien faire. Et c’est exactement ce que j’ai fait, rien. J’ai regardé deux films dont je vous parlerai très en détail dans les jours qui viennent. Si vous voulez les mater avant que je ne vous les divulgâche, il s’agissait d’Everything Everywhere All at Once (2022) et de Swiss Army Man (2016). Deux films des Daniels que j’ai ratés à leur sortie en salles. Il y avait les films Netflix, avec les Daniels il y a désormais les films Reddit. Dit comme ça, ça ne fait pas très envie. Mais ce sont les deux seuls films États-Uniens de ces cinq dernières années qui m’ont redonné espoir dans les capacités de ce pays à ne pas détruire tout à fait l’imaginaire des jeunes générations du monde entier, à grand renfort d’adaptations vidant l’œuvre originale de son originalité, de franchises cherchant simplement à cultiver des consommateurs captifs de l’enfance à la mort, d’images de synthèse dégueulasses ou réussies, mais servant à tous les coups un propos inexistant. Car tenir un propos, c’est clivant, et les vendeurs aux masses préfèrent se tenir loin de tout ça.

Bon, et alors hier, je n’ai rien fait, et le ciel était orageux, et je me sentais pas top. Ce matin, en me réveillant à 7h, le ciel était gris et je me suis rendu compte que j’avais chopé la déprime. Maintenant le temps alterne, d’ensoleillé à couvert, et mon humeur avec. Aucune personnalité. Il est 9h30, va donc boire une café, que je me suis dit. Place Jourdan, tiens, ça fait longtemps.

De chez moi à la Place Jourdan, c’est cinq-dix minutes en ligne droite. À équidistance des deux, c’est le lieu où, il y a un mois presque pile, j’ai installé ma petite image. Comme ça, pour rendre hommage au décor.

L’image est toujours là. Personne ne l’a arrachée, gribouillée, collagée… Ni le soleil ni la pluie ne l’ont délavée, mais, comme je vous l’avais dit, l’installation était précaire, et le vent a fait sauter deux des quatre points d’accroche. Alors plutôt que d’avoir sur la conscience un plastique de plus qui se balade dans la nature, je la décroche en passant.

C’était ma première exposition. Une image seule. C’était à Bruxelles, du 23 avril au 21 mai 2022. Vous ne l’avez pas vue ? Ah la la, et vous prétendez aimer l’art ! C’est du propre.

Je ne sais pas s’il y en aura d’autres. Ça dépendra sans doute du temps qu’il fait.

#369 – Une cause juste

Ça y est. J’ai enfin une cause à défendre. Une vraie juste bonne cause. Une qui vaut incontestablement le coup de se battre. Une contre laquelle rien ne peut s’élever, même pas ma conscience pourtant peu clémente envers mes propres actions. Je n’avais encore jamais publiquement défendu une Cause, avec un C. Mais il y a des environnements qui poussent à la prise de position, à l’action radicale.

Cet environnement, qui me force aujourd’hui à me déclarer combattant du bien, c’est le supermarché. Quelle est ma cause ? Le respect du droit de chaque individu à ce qu’on ne l’oblige pas à supporter chaque jour une playlist composée à 95% des mêmes chansons d’un jour à l’autre.

Je n’en peux plus. Je connais tous les tubes à la mode d’il y a cinq ans, que je n’avais jamais entendus jusque là, puisque je n’avais jamais travaillé dans un supermarché. En un an et demi, j’ai bossé dans deux genres de magasins différents, de différentes enseignes. La playlist de celui dans lequel je travaille à ce jour est, aujourd’hui, à 50% identique à celle de l’autre supermarché il y a un an et demi. Et dans l’actuel, aujourd’hui, elle est à 80% identique à ce qu’elle était il y a un an. Estimations, mais je ne dois pas être loin du compte.

Les Maître Gims et Vianney (j’ignore encore à ce jour ce à quoi il ressemble, mais à chaque fois que je dis je déteste cette chanson, on me répond : c’est Vianney) en ont plusieurs dans la playlist. Les reprises plates de chansons vraiment sympa à la base (je pense à Mr. Blue Sky d’ELO surtout, mais aussi à Je t’emmène au vent de Louise Attaque, et King of bongo de Manou Negrachao) font crever de frustration. En période de Noël j’ai une fois eu droit aux Pogues, Fairy Tale of New York. Je ne sais pas ce qui a pu se passer. Le fin disc jokey qui contrôlait que la playlist en boucle tourne bien en boucle s’est sans doute assoupi et a appuyé sur un mauvais bouton dans sa somnolence. Et puis hop, on a dû repasser à Mariah Carey ou je ne sais pas quand il s’est réveillé.

Il y en a deux que je tolère depuis tout ce temps, et c’est étrangement le Havana de Camila Cabello qui passe une fois par jour, sûr, et une autre qui à l’instant m’est sortie de la tête et je pense que c’est une sorte de protection inconsciente. Ah non, ça y est, l’air m’est revenu, mais je ne connais pas le titre.

Et donc.

J’estime que nous, animaux, n’avons pas à supporter les mêmes suites de fréquences sonores bombardées chaque jour en boucle durant des semaines, des mois et des années. Il s’en faut de peu que j’utilise le mot torture.

Il y a assez de musiciens dans le monde pour qu’on n’ait pas à écouter le même morceau de musique deux fois dans sa vie, de la naissance à la mort.

Faisons un compromis.

Je propose que la même chanson ne soit pas jouée plus d’une fois par semaine, pas plus de deux mois d’affilée.

Vous avez vos chansons pour attirer le client, le faire rester plus longtemps dans le magasin, je ne sais pas, j’imagine. Vous devez avoir une bonne raison pour infliger ça à chacun de vos employés. (Si vous avez connaissance de cette raison, écrivez-là dans les commentaires, vous avez gagné.)

Et nous, nous n’avons pas à tolérer cette atteinte à notre santé physique et psychologique.

Le brouhaha incessant causé par les clients, les fours, les climatiseurs, les caisses, saupoudré des bruits de cartons qu’on déchire, de verres qui s’entrechoquent ou se brisent, de four micro-ondes, de machines à café, et d’insultes et autres vitupérations diverses, use bien assez nos tympans à longueur de journées. Vous y ajoutez de la musique. Soit. Mais pas ça. Pas cette répétition insensée.

Je vais donc me battre, dès demain, ou enfin dans pas longtemps, et sur tous les fronts, pour que les responsables des playlists de supermarchés s’engagent à respecter des quotas de chansons nouvelles sur des durées déterminées.

Alors ? Dites qu’elle est pas bonne, ma cause, pour voir un peu. Hein. En plus, maintenant que j’habite à quinze minutes à pieds du parlement européen, je pourrais aller manifester chaque jour de congé pépouze jusqu’à ce que je tombe sur le ou la bonne député. Je pourrais.

#344 – C’est pas un été

Je me réveille. Il fait fatiguant. J’ai pas regardé la météo, mais je sais ce qu’aurait dit le présentateur : attention, aujourd’hui, de fortes fatigues sont prévues sur toute la province de Liège, le Brabant wallon et le sud de Bruxelles.

Ce qui tombe bien, c’est que je ne bosse que quatre heures aujourd’hui. Ce qui tombe moins bien, c’est qu’elle devrait commencer à passer récupérer ses affaires aujourd’hui.

Je ne sais pas à quelle heure elle viendra. Je me concentre sur des détails pour ne pas trop penser à l’ensemble. À toutes ses affaires qui disparaîtront les unes après les autres. Au jour où elle aura tout déménagé et qu’elle ne remettra définitivement plus les pieds chez nous. Enfin, chez moi.

Un grand soleil plein de vigueur n’aurait pas été de trop pour aider à faire passer ça. Mais non. Je regarde le ciel et, y a pas à dire, il fait fatiguant.

#339 – Vive la mort !

Chaval écrivait : « j’ai la conviction que les morts sont les gagnants. Certaines morts sont douloureuses et longues mais cela vaut la peine.
Je crois au néant, à l’inexistence comme d’autres croient en un dieu.
Essayez de vous suicider, si vous avez la malchance de ne pas vous réussir sur le coup, ces cons de vivants mettront tout en œuvre pour vous refoutre en vie et vous forcer à partager leur merde.
Je sais que dans la vie certains moments paraissent heureux, c’est une question d’humeur comme le désespoir et ni l’un ni l’autre ne reposent sur rien de solide. Tout cela est d’un provisoire dégueulasse. L’instinct de conservation est une saloperie.
On a du mal à imaginer que ceux qui ne sont pas encore au monde ont une existence terrestre. Alors pourquoi ceux qui quittent la vie en auraient-ils une ? Certains vous diront que les nouveaux-nés gueulent parce que l’oxygène brûle leurs poumons. Il me semble plus raisonnable de penser que ces petits cons ont conscience qu’on va les faire chier.
Les signes de l’au-delà, etc., sont certainement des conneries imaginées par les vivants qui ni peuvent pas concevoir que la mort est la seule solution, tout le reste ce sont des jeux de cons, j’en suis sûr.
Aimer la vie me semble aussi stupide que d’être patriote.
Vive la putréfaction, premier degré vers la sagesse, vive la mort.
»

Chaval n’était pas un con. Il devait être un tout petit peu de mauvaise humeur quand il a écrit ça, mais je partage globalement sa vision des choses. Aujourd’hui, moi, je suis de bonne humeur. J’ai bossé moins que prévu, le ciel est bleu, le soleil brille, la ville est vide, je suis en repos toute l’après-midi et demain toute la journée, je suis en pleine santé… De bonne humeur, quoi. Heureux diraient celles et ceux qui aiment les grands mots. Je peux donc me parler de la mort, je peux me faire remarquer l’absurdité de la vie. Tout cela n’atteindra guère mon moral. Tout au plus cela m’aidera à savourer ce jour davantage.

Sticker vu à Ixelles

L’une de mes collègues l’est moins, de bonne humeur. Son tonton, dont elle était proche, est décédé des suites d’une longue maladie. Il agonisait depuis des mois. Alors, je ne lui parlerai pas de la mort, et de comment la vie n’a aucune sorte d’importance. Je dis la vie, je parle de sa vie propre. Pas à elle, à on. Allez pas raconter que je pousse au meurtre. Si vous pensez ça, vous m’avez mal lu. La vie dans son ensemble est difficile, absurde, n’y rajoutons pas plus de peine et de chaos. Je ne lui dirai pas, donc, que c’est tant mieux ou tant pis. Je la consolerai comme je peux. J’acquiescerai avec franchise quand elle me dira qu’au moins il ne souffre plus, je lui confirmerai qu’elle a raison quand elle me dira que la vie continue et qu’elle vaut le coup d’être vécu, avec sans doute un brin de perplexité au fond des yeux.

Il y a des jours pour briser les lieux communs, et des jours pour s’en abstenir. Si je peux souvent me plaire à jouer les iconoclastes, c’est dans l’espoir que les gens qui m’écoutent en soient rendus moins englués dans les réflexes de pensée bidons dont on nous bourre le cerveau depuis la naissance. Qu’ils ressentent cet appel frais des chemins encore inexplorés. Que s’évapore ce sentiment d’enfermement mental qui peut s’abattre sur tout un chacun quand le quotidien se fait trop monotone, répétitif, que les idées se répètent et se fixent. Mais il n’est pas dit que cela rende tout le monde, et dans tous les contextes, moins malheureux. Garder ça en tête, et ouvrir ou n’ouvrir pas sa gueule en conséquence, c’est ce qui fait la différence, par exemple, entre un bon humoriste qui tape là où ça fait mal, avec une bienveillance toute dissimulée mais bien là, et ce qu’on appelle aujourd’hui communément un edgelord.

Hein ? D’où je m’autorise à donner des leçons de sagesse ? Mais de quelle leçon parlez-vous ? C’était un mémo pour moi-même. Allez, à demain.

#62 – Montpelliérien #062 – Ça me brise les œufs

Aujourd’hui on est dimanche de Pâques, demain, on sera lundi de Pâques, et moi je n’ai jamais bien pigé ce que c’était, Pâques. Pâques est un de ces mots avec un accent circonflexe PLUS un « s » silencieux à la fin. Je sais qu’on est pas là pour juger mais quand même. Pâques, ça m’étonnerait pas qu’il y ait encore le petit Jésus planqué là-dessous. C’est sans doute le jour où il s’est pincé les doigts dans l’une des portes du tramway de Bethléem, ou alors c’est le jour où sa maman lui a fait un bisou sur le bobo et lui a acheté des sucreries pour le consoler. Vous m’excuserez mais quand j’étais petit y avait que les œufs qui m’intéressaient, ceux en chocolats. Les autres je les bouffais qu’à la coque avec des mouillettes.

En fait j’ai vérifié, on fête la résurrection de Jésus. Enfin, on… Vous peut-être, mais moi je fête rien du tout.

Maintenant même les œufs ne m’intéressent plus. Les récits d’enfants esclaves qui bossent quinze heures par jour sans pause pour aller chercher le bon petit cacao qu’on se baffrera comme si de rien n’était, ça me coupe l’envie. Ça me donnerait même plutôt envie de chier sur l’humanité. Pas le journal. La partie de l’humanité, pour être précis, des gens qui sont fiers de manger du nutemerde par exemple, et qui ne se rendent pas compte d’à quel point ils sont bêtes, d’à quel point ils sont laids. Ah je sais bien, ils ont fait tellement de pub pour séduire les gamins et leurs parents depuis des décennies qu’il y a de fortes chances que vous, vous qui me lisez, soyez accro au merdella. Ben écoutez, que vous dire, je veux pas vous vexer, mais quand même… En parlant de journal, Libération, avait très bien titré, enfin très bien, disons bien, il y a fort longtemps : « Pas d’enfants esclaves, pas de chocolat ». Vous trouvez qu’on exagère, Libé et moi ? Il y a sans doute des marques qui, vous vous dites. Mouais, y en a pas beaucoup. Les petites mains propriétés d’entreprises, c’est surtout à la base qu’elles sont là, dans les plantations, à ramasser les fèves. Ensuite, où ça part et qui en fait quoi… Entre 300.000 et un million d’enfants, ils et elles sont, à « bosser » dans le cacao, rien qu’en Côte d’Ivoire. Bosser ça veut dire ne pas avoir le temps d’aller pisser parce que pas de pause, être logées·s comme des merdes à vingt dans une cabane, et acheté·e vendu·e ou échangé·e par les exploitants, être donc possédé par un privé, n’être nourri que ce qu’il faut pour avoir la force de bosser. Vous reprendrez un nœunœuf de Pâpâques ? Gouzi gouzi. Tenez, votre œuf de Pâques, et étouffez-vous avec. On verra lundi si vous avez ressuscité.

Photo par Gwlad (avenue du Pont Juvénal)

Voilà, je suis énervé pour rien maintenant. Enfin pas pour rien, mais à part ne pas en manger soi-même de chocolat, ne pas en acheter, je ne vois pas quoi faire d’autre. Oui, je gueule mais moi aussi ça m’arrive d’en croquer un carré, et je vais pas aller vérifier par quelle filière il est passé. Et s’il n’y avait que le chocolat, ce serait tellement facile. Il n’y a quasiment rien que l’on puisse acheter aujourd’hui qui n’ait pas, de sa fabrication à sa distribution, nécessité que certains·es se fassent exploiter copieusement pour que d’autres puissent en tirer bénéfice. Mais, d’une, c’est pas parce que c’est partout que ça doit être une excuse pour ne faire d’effort nulle part et, de deux, à part ne pas filer de blé à ces filières en évitant d’en consommer du cacao, la seule chose à ma portée, c’est d’en parler. Comment voulez-vous qu’avec du chocolat partout dans les rayons et sur les affiches depuis une semaine, je puisse ne pas penser à la manière dont ces choses sont faites ?

Alors, c’est bien gentil Pâques, mais si j’étais croyant, je me dirais que tout ça doit faire pleurer le petit Jésus.

#56 – Montpelliérien #056 – J’espère que vous étiez pas venu·es pour vous marrer

Le genre humain excelle dans deux domaines : souffrir et mourir. Parfois, il n’est pas mauvais pour rire non plus. S’il est dur de rire lorsqu’on souffre, et qu’on n’a que rarement vu des gens mourir de rire ou rire en mourant, on peut en tout cas très bien mourir en souffrant et souffrir en mourant, ce qui est rigoureusement la même chose. C’est pourquoi ces deux-là vont de pair et pas les autres. On peut également se donner la mort à cause d’un excès de souffrance, ou bien souffrir en excès de la mort d’un congénère ou de la disparition d’un être ou d’une chose. En revanche, on se suicide rarement de ne plus en pouvoir de rire à longueur de journée, bien qu’on puisse en ressentir de lancinantes douleurs aux joues.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Parce qu’alors que j’étais parti marcher au soleil de bon matin pour voir un peu si mes idées noires allaient se faire pulvériser par la pluie de photons, un homme, juste à côté de l’Opéra Comédie, arrivé pile à mon niveau, hurle : « VIVE LA FRANCE !!! » et, s’accompagnant du geste des conducteurs de locomotives relâchant la vapeur et pliant les genoux, pète deux fois : prout, prout ! Je n’ai pas tout de suite compris ce à quoi je venais d’assister. C’est monté au cerveau quelques mètres plus loin. J’étais trop triste pour rire franchement, mais au fond de moi quelque chose a remué, et pendant quelques secondes j’ai dû sourire un peu. C’est toujours ça de pris.

Oui, je sais, je devrais pas écrire ce genre de choses. Je veux dire ma tristesse, pas le gars qui fait vive la France prout prout. Des trucs comme ça, justement, faudrait que j’en écrive plus. Mais là j’ai beau fouiller dans ma mémoire, le seul truc y ressemblant c’est un mec qui, en passant à vélo à côté de moi, a gueulé : « que la mort emporte toute l’humanité, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi ? », alors vous voyez… Je peux même vous donner la date, j’avais noté ça sur mon téléphone, c’était le 14 août 2016. C’était juste à côté de l’arrêt Pompignane de la ligne 4 du tramway. Il faisait super chaud, je me souviens. Dire que déjà ce jour-là j’étais sorti marcher en espérant que ça irait mieux au soleil. C’est désespérant.

Photo par Gwlad (place Auguste Gibert)

Aujourd’hui, j’ai pas noté de choses à faire. Ni concerts, ni expo, ni pièces de théâtre, ni pique-nique, ni rien. Aujourd’hui, j’attends qu’on soit demain. On verra bien, les choses y paraîtront peut-être un peu moins moches. Passez donc une bonne journée pour moi si vous le pouvez, sinon dites-vous qu’on est au moins deux à se triturer l’humeur si ça peut vous soulager. Allez, salut.

#50 – Montpelliérien #050 – Le premier jour de la fin du cauchemar

Aujourd’hui on va pas faire dans l’original. Parce que d’habitude c’est ce qu’on fait ? Taisez-vous mauvaises langues, vous n’arriverez pas à me gâcher cette journée. Aujourd’hui, on va pas faire dans l’original parce que c’est mon jour préféré de l’année, comme tout le monde. Oui, c’est vrai, c’est déjà une originalité de parler d’aujourd’hui aujourd’hui sur ce blog. Bon, décidément, vous ne voulez pas me laisser tranquille. Ce que je voulais dire c’est qu’aujourd’hui, où que vous alliez, on va certainement vous le rappeler une bonne centaine de fois, que c’est le printemps.

Qu’est-ce qu’il peut bien avoir ce printemps pour que tout le monde souhaite le revoir une dernière fois avant de mourir ? Et bien, voilà comment je vois les choses :

Le début du printemps, c’est un peu la convalescence. On sort d’une bonne grosse maladie qui nous a tenu·e au lit pendant trois mois et qui s’appelle le putain d’hiver à la con. On n’est pas encore certain·e que c’est complètement fini, qu’il n’y aura pas de rechute, mais bon, on peut se lever de temps en temps et aller faire un petit tour dans son jardin, sur le trottoir devant la porte, c’est déjà ça. Ah, oui, je ne vous ai pas prévenu que j’allais donner dans la métaphore, c’est assez rare, si à un moment ou un autre vous ressentez comme des nausées, c’est tout à fait normal, sautez directement au chapitre suivant. Puis les jours passent et on prend confiance, on commence à reprendre des activités saines et le physique semble suivre, on peut sortir se balader tout à fait librement, on commence à recevoir des nouvelles des connaissances qu’on avait perdues de vue, à en donner également, il se peut même qu’on fasse de nouvelles rencontres à l’occasion de promenades. Enfin, on a totalement oublié qu’on avait été malade, on se met à prévoir de grosses fiestas pour les jours à venir, on sait qu’on va sans doute se cramer, mais on s’en fout, c’est l’euphorie, l’avenir est dans notre esprit une fête sans fin, c’est reparti pour l’aventure. Les randonnées, les voyages, les rencontres, les soirées de beuverie, de musique, de danse et de baise intense les yeux dans les yeux. Tout ça va arriver très bientôt, le printemps nous l’a promis, l’été va nous l’apporter. Et puis justement, l’été arrive, il fait trop chaud, on reste chez soi et on ferme les volets.

Photo par Gwlad (rue Rondelet)

Le printemps, c’est la promesse de quelque chose à venir, c’est un départ à neuf, c’est le moment où l’on projette le mieux ses fantasmes sur la toile encore blanche de l’avenir (faut que j’arrête les images, je me rends malade tout seul). Contrairement à l’hiver, durant lequel on lutte pour atteindre ses objectifs comme une personne à la mer en pleine tempête lutte pour garder la tête hors de l’eau (non, vraiment, stop), pendant le printemps, on se laisse porter. Tout semble aller tout seul.

Enfin, bon, vous avez compris quoi. Moi j’aime bien le printemps. Même si à la fin très peu des choses que j’avais espérées se réalisent, au moins pendant trois mois environ j’ai pu rêver, et c’est déjà ça.

Bon, mais concrètement que faire aujourd’hui à Montpellier ? Ben, c’est mardi. Niveau concerts gratuits en bar, vous avez les scènes ouvertes et jam sessions au Little Red (jazz), à la Pleine Lune (musique du monde (ça veut rien dire)) à la Petite Scène (ce que vous voulez). Sinon vous avez le Moonrise Jazz Quartet qui joue au Gazette Café, si vous aimez les concerts au Gazette Café. Et sinon démerdez-vous.