#272 – Les sales mesnies de ces messieurs Gauchelin et Seckendorf

Faudrait pas être autorisé·e à faire des jeux de mots comme ça, je sais bien, mais c’est tentant quand on cherche un titre et qu’on est à plat. Du coup, à part les trois folkloristes réchappés·es du XXe siècle, j’imagine que vous l’avez pas pigé, le jeu de mots, alors j’essplique.

Je viens de réaliser un petit jeu textuel à l’occasion de la game jam Nouvim 3000 organisée par mon ami Feldo. Un jeu en 3000 mots, donc, sur le thème « Infamie ».

Ce jeu s’appelle InfÂmes Hellequin (ouais encore un jeu de mots, je l’emporterai pas au paradis) justement à cause de la mesnie Hellequin ! Alors, ça y est, vous pigez ? Non ? Toujours pas ? Okay. Allez donc lire cet article de l’Encyclowiki sur la chasse fantastique et revenez me voir ensuite. Je peux pas non plus passer mon temps à vous apprendre les bases. En ce moment, du temps, j’en ai pas. On menace de me sucrer mon RSA, je suis forcé de chercher du travail en toute vitesse. Quelle misère ! Ah, les infâmes organismes de surveillance auto-proclamés d’accompagnement…

Je me perds. Je jeu est là, l’explication en dessous, et les textes originaux tout en bas :

Pour l’explication, je copie colle la description que j’ai posté par itch.io en l’augmentant à peine parce que devinez quoi ? Voilà. J’ai pas le temps.

En gros :

Jeu type fiction interactive (on en causait ici), en 3000 mots, sur le thème « Infamie » . Sept fins possibles. Y en a de bonnes et des moins bonnes.

Dans le détail :

C’est donc principalement un travail de traduction et d’adaptation à la F.I. de la vision du prêtre Gauchelin, rédigée dans la première moitié du XIIe siècle par Orderic Vital dans son Historia ecclesiastica. Je ne l’ai pas traduite depuis le latin mais depuis la version anglaise de Thomas Forester éditée à Londres en 1854 (Volume II, Livre VIII, Chapitre XVII, pp. 511-520)

[Je viens à ce sujet de trouver aujourd’hui (lendemain de la publication du jeu) une version traduite en français depuis le latin datant de 1824. J’ai donc, encore une fois, passé des heures et des heures à un travail inutile. Non, ne me plaignez pas. Ça me servira de leçon, il faut vraiment que j’arrête d’être con. Mais pour la peine je ne vous la donne pas, vous n’avez qu’à jouer au jeu avec MA traduction dupuis l’anglais, nah.]

J’y ai également mélangé deux autres légendes, celle du compte Seckendorf tirée de la Zimmerische Chronik de Frobern Christoph von Zimmern (XVIIe siècle) et celle de Dame Ingelbjorg de Voergård, tirée du folk-lore Danois et dont j’ignore l’époque à laquelle elle a été recueillie.

Pour ces parties-là, je me suis surtout livré à un travail de transformation et d’adaptation des l’histoires à ma version F.I. de la vision de Gauchelin, histoire que ça colle, ainsi qu’au format court (3000 mots c’est sacrément court), car j’ai trouvé ces histoires déjà en français dans le recueil de textes Elle mangeait son linceul de Claude Lecouteux (I. 4, pp. 28-31 et III. 2, pp. 71-73)

J’ai moi-même inventé quelques passages pour fermer toutes les boucles. (En passant, veuillez noter que je ne cautionne pas la morale véhiculée par ces textes anciens, et donc par le jeu.)

Je pense me mettre, un jour, à réaliser une version sans contrainte des 3000 mots, comprenant l’intégralité de ma traduction de la vision de Gauchelin (toujours adaptée à la F.I. évidemment) comme tronc principal, et dont chacun des embranchements serait l’adaptation d’une autre légende mettant en scène la mesnie Hellequin ou une autre chasse fantastique, ou encore n’importe quelle légende de revenant qui s’y prête.

Ouais, je pense m’y mettre un jour. C’est ce qu’on dit. Vous emballez pas trop. En attendant, InfÂmes Hellequin, c’est 3000 mots, pas plus pas moins, réalisé dans les deux jours que je pouvais y consacrer. Faudra vous en satisfaire.

MAINTENANT

…comme je suis très sympa, voici l’intégralité des textes originaux de :

  • La vision du prêtre Gauchelin ou Gaulchelmus ou Walkelin (selon les versions) par Orderic Vital (1075 – 1141 ou 1143) extrait de son Historia ecclesiastica telle que publiée en latin dans : Orderici Vitalis, Angligenae coenobii Uticensis monachi Historia ecclesiastica, J.-P. Migne (ed.), Petit-Montrouge, Paris, 1855. (Voir sur Gallica)
  • L’histoire du Sire Seckendorf par Frobern Christoph von Zimmern (1519 – 1566) telle que publiée en moyen haut-allemand tardif dans : Zimmerische Chronik, Barack, Karl August (ed.), Akademische Verlagsbuchhandlung von J. C. B. Mohr (Paul Siebeck), Freiburg und Tübingen, 1881-1882. (Voir sur Wikisource)
  • Et non, pas de la légende de Dame Ingelbjorg de Voergård, puisque je n’ai pas eu le temps de remonter à une version plus ancienne que celle trouvable dans : Scandinavian Folktales, Simpson, Jacqueline (ed.), Penguin, London and New York, 1988.

HISTORIA ECCLESIASTICA

LIVRE VIII

XVII. Mirificus casus cujusdam presbyteri episcopatus Lexoviensis.

Quid episcopatu Lexoviensi, in capite Januarii, contigerit cuidam presbytero, praetereundum non aestimo, nec comprimendum silentio. In villa, quae Bonavallis dicitur, Gualchelmus sacerdos erat, qui ecclesiae Sancti Albini Andegavensis, ex monacho episcopi et confessoris, deserviebat. Hic anno Dominicae Incarnationis 1091 in capite Januarii accersitus, ut ratio exigit, quemdam aegrotum in ultimis parochiae suae terminis noctu visitavit. Unde dum solus rediret, et longe ab hominum habitatione remotus iret, ingentem strepitum velut maximi exercitus coepit audire, et familiam Rodberti Belesmensis putavit esse, quae festinaret Curceium obsidere. Luna quippe octava in signo arietis tunc clare micabat, et gradientibus iter demonstrabat. Praefatus presbyter erat juvenis, audax et fortis, corpore magnus et agilis. Audito itaque tumultu properantium, timuit et plurima secum tractare coepit an fugeret, ne a vilibus parasitis invaderetur, et inhoneste spoliaretur; aut validam manum pro defensione sui erigeret, si ab aliquo impeteretur. Tandem quatuor mespileas arbores in agro, procul a calle, prospexit, ad quas latitandi causa, donec equitatus pertransiret, cito divertere voluit. Verum quidam enormis staturae, ferens ingentem maxucam, presbyterum properantem praevenit, et super caput ejus levato vecte dixit: « Sta, nec progrediaris ultra. » Mox presbyter diriguit, et baculo quem bajulabat appodiatus, immobilis stetit. Arduus vero vectifer juxta eum stabat, et nihil ei nocens praetereuntem exercitum exspectabat.

Ecce ingens turba peditum pertransibat, et pecudes ac vestes, multimodamque supellectilem, et diversa utensilia, quae praedones asportare solent, super colla scapulasque suas ferebat. Omnes nimirum lamentabantur, seseque ut festinarent cohortabantur. Multos etiam vicinorum suorum, qui nuper obierant, presbyter ibidem recognovit, et moerentes pro magnis suppliciis, quibus ob facinora sua torquebantur, audivit. Deinde turma vespilionum secuta est, cui praefatus gigas repente associatus est. Feretra fere quinquaginta ferebantur, et unumquodque a duobus bajulis ferebatur. Porro super feretra homines parvi velut nani sedebant, sed magna capita ceu dolia habebant. Ingens etiam truncus a duobus Aethiopibus portabatur, et super truncum quidam misellus, dire ligatus, cruciabatur, et inter angores diros ululatus emittens, vociferabatur. Teterrimus enim daemon, qui super eumdem truncum sedebat, igneis calcaribus in lumbis et tergo sanguinolentum importune stimulabat. Hunc profecto Galchelmus interfectorem Stephani presbyteri recognovit, et intolerabiliter cruciari pro innocentis sanguine vidit, quem ante biennium idem effudit, et tanti non peracta poenitentia piaculi obierat.

Deinde cohors mulierum secuta est, cujus multitudo innumerabilis presbytero visa est. Femineo more equitabant, et in muliebribus sellis sedebant, in quibus clavi ardentes fixi erant. Frequenter eas ventus spatio quasi cubiti unius sublevabat, et mox super sudes relabi sinebat. Illae autem candentibus clavis in natibus vulnerabantur, et punctionibus ac adustione horribiliter tortae, « vae! vae! » vociferabantur, et flagitia, pro quibus sic poenas luebant, palam fatebantur. Sic nimirum pro illecebris et delectationibus obscenis, quibus inter mortales immoderate fruebantur, nunc ignes et fetores, et alia plura quam referri possint supplicia dire patiuntur, et ejulantes miserabili voce poenas suas fatentur. In hoc agmine praefatus sacerdos quasdam nobiles feminas recognovit, et multarum, quae vitales adhuc carpebant auras, mannos et mulas cum sambucis mulieribus prospexit.

Stans presbyter talibus visis contremuit, et multa secum revolvere coepit. Non multo post, numerosum agmen clericorum et monachorum, judices atque rectores eorum, episcopos et abbates cum pastoralibus cambutis advertit. Clerici et episcopi nigris cappis induti erant. Monachi quoque et abbates nigris nihilominus cucullis amicti erant. Gemebant et plangebant, et nonnulli Galchelmum vocitabant, ac pro pristina familiaritate ut pro se oraret, postulabant. Multos nimirum magnae aestimationis ibi presbyter se vidisse retulit, quos humana opinio sanctis in coelo jam conjunctos astruit. Hugonem nempe vidit, Lexoviensem praesulem, et abbates praecipuos, Mainerum Uticensem, atque Gerbertum Fontinellensem, aliosque multos, quos nominatim nequeo recolere, neque scripto nitor indere. Humanus plerumque fallitur intuitus, sed Dei medullitus prospicit oculus. Homo enim videt in facie, Deus autem in corde. In regno aeternae beatitudinis perpetua claritas omnia irradiat, ibique perfecta sanctitas, omne delectamentum adepta, in filiis regni exsultat. Ibi nihil inordinate agitur, nihil inquinatum illuc intromittitur. Nihil sordidum, honestatique contrarium, illic reperitur. Unde quidquid inconveniens faex carnalis commisit, purgatorio igne decoquitur, variisque purgationibus, prout aeternus censor disponit, emundatur. Et sicut vas excocta rubigine mundum, et diligenter undique politum, in thesaurum reconditur, sic anima omnium vitiorum a contagione mundata, paradisum introducitur, ibique omni felicitate pollens, sine metu et cura laetatur.

Terribilibus visis presbyter admodum trepidabat, baculoque innixus, terribiliora exspectabat. Ecce ingens exercitus militum sequebatur, et nullus color, [sed] nigredo et scintillans ignis in eis videbatur. Maximis omnes equis insidebant, et omnibus armis armati, velut ad bellum festinabant, et nigerrima vexilla gestabant. Ibi Richardus et Balduinus, filii Gisleberti comitis, qui nuper obierant, visi fuere; et alii multi, quos non possum enumerare. Inter reliquos Landricus de Orbecco, qui eodem anno peremptus fuerat, presbyterum alloqui coepit, eique legationes suas horribiliter vociferando intimavit, ac ut mandata sua uxori suae referret, summopere rogavit. Subsequentes autem turmae, et quae praecedebant, verba ejus interrumpendo impediebant, presbyteroque dicebant: « Noli credere Landrico, quia mendax est. » Hic Orbecci vicecomes et causidicus fuerat, et ultra natales suos ingenio et probitate admodum excreverat. In negotiis et placitis ad libitum judicabat, et pro acceptione munerum judicia pervertebat, magisque cupiditati et falsitati quam rectitudini serviebat. Unde merito in suppliciis turpiter devotatus est, et a complicibus suis mendax manifeste appellatus est. In hoc examine nullus ei adulabatur, nec ingeniosa loquacitate sua ei aliquis precabatur. Verum, quia dum poterat aures suas ad clamores pauperis obturare solitus est, nunc autem in tormentis, ut exsecrabilis, auditu indignus omnino judicatus est.

Gualchelmus autem, postquam multorum militum ingens cohors pertransiit, intra semetipsum sic cogitare coepit: « Haec sine dubio familia Herlechimi est. A multis eam olim visam audivi; sed incredulus relationes derisi, quia certa indicia nunquam de talibus vidi. Nunc vero manes mortuorum veraciter video; sed nemo mihi credet, cum visa retulero, nisi certum specimen terrigenis exhibuero. De vacuis ergo equis, qui sequuntur agmen, unum apprehendam, confestim ascendam, domum ducam, et, ad fidem obtinendam, vicinis ostendam. » Mox nigerrimi cornipedis habenas apprehendit; sed ille fortiter se de manu rapientis excussit, aligeroque cursu per agmen Aethiopum abiit. Presbyter autem voti compotem se non esse doluit. Erat enim aetate juvenis, animo audax et levis, corpore vero velox et fortis. In media igitur strata paratus constitit, et venienti paratissimo cornipedi obvians manum extendit. Ille autem substitit ad suscipiendum presbyterum, et exhalans de naribus suis projecit nebulam ingentem veluti longissimam quercum. Tunc sacerdos sinistrum pedem in teripedem misit, manumque arreptis loris clitellae imposuit, subitoque nimium calorem velut ignem ardentem sub pede sensit, et incredibile frigus per manum, quae lora tenebat, ejus praecordia penetravit.

Dum talia fiunt, quatuor horrendi equites adveniunt, et terribiliter vociferantes, dicunt: « Cur equos nostros invadis? Nobiscum venies. Nemo nostrum laesit te, cum tu nostra coepisti rapere. » At ille, nimium territus, caballum dimisit, tribusque militibus eum prendere volentibus, quartus dixit: « Sinite illum, et permittite loqui mecum, quia conjugi meae filiisque meis mea mittam mandata per illum. » Deinde nimium paventi presbytero dixit: « Audi me, quaeso, et uxori meae refer quae mando. » Presbyter respondit: « Quis sis nescio, et uxorem tuam non cognosco. » Miles dixit: « Ego sum Guillelmus de Glotis, filius Baronis, qui famosus fui quondam dapifer Guillelmi Bretoliensis, et patris ejus Guillelmi, Herfordensis comitis. Praejudiciis et rapinis inter mortales anhelavi, multisque facinoribus plus quam referri potest, peccavi. Caeterum super omnia me cruciat usura. Nam indigenti cuidam pecuniam meam erogavi, et quoddam molendinum ejus pro pignore recepi, ipsoque censum reddere non valente, tota vita mea pignus retinui, et legitimo haerede exhaeredato, haeredibus meis reliqui. Ecce candens ferrum molendini gesto in ore, quod sine dubio mihi videtur ad ferendum gravius Rothomagensi arce. Dic ergo Beatrici uxori meae, et Rogerio filio meo, ut mihi subveniant, et vadimonium unde multo plus receperunt quam dedi, velociter haeredi restituant. » Presbyter respondit: « Guillelmus de Glotis jamdudum mortuus est, et hujusmodi legatio nulli fidelium acceptabilis est. Nescio quis es, nec qui tui sunt haeredes. Si Rogerio de Glotis, vel fratribus ejus, aut matri eorum praesumpsero talia enarrare, ut amentem deridebunt me. » Porro Guillelmus obnixe insistens rogabat, et plurima notissimaque signa diligenter inculcabat. Presbyter autem intelligens ea quae audiebat, omnia tamen se scire dissimulabat. Tandem multa prece victus, acquievit, et iterum ut rogatus fuerat se facturum promisit. Tunc Guillelmus cuncta recapitulavit, et longa confabulatione multa eidem replicavit. Interea sacerdos coepit secum tractare quod non auderet exsecrabilia biothanati mandata cuilibet annuntiare. « Non decet, inquit, talia promulgare. Nullatenus quae injungis cuilibet referam. » Mox ille furibundus manum extendit, et presbyterum per fauces apprehendit, secumque, per terram trahens, minare coepit. Captivus autem manum, qua tenebatur, ardentem velut ignem persensit, et in tali angustia repente exclamavit: « Sancta Maria, gloriosa mater Christi, adjuva me! » Protinus, ad invocationem piissimae genitricis, filii Domini auxilium praesto adfuit, quale Omnipotentis ordinatio disposuit. Nam quidam miles, ensem dextra ferens, supervenit, gladiumque suum, quasi ferire vellet, vibrans, dixit: « Cur fratrem meum interficitis, maledicti? Sinite illum, et abite. » Mox illi avolarunt, Aethiopicamque phalangem prosecuti sunt.

Abeuntibus cunctis, miles in via cum Gualchelmo demoratur, et ab eo sciscitatur: « Cognoscis-ne me? » Presbyter respondit: « Non. » Miles dixit: « Ego sum Rodbertus, filius Rodulfi, cognomento Blondi, et sum frater tuus. » Cumque presbyter pro tam insperata re vehementer admiraretur, nimiumque pro his quae viderat, ut dictum est, vel senserat, angeretur, miles ei de pueritia utriusque multa coepit recensere, et notissima signa recitare. Sacerdos autem audita optime recolebat, sed ore confiteri non ausus, omnia denegabat. Tandem praefatus eques ait: « Miror duritiam et hebetudinem tuam. Ego te post mortem utriusque parentis nutrivi, et super omnes mortales dilexi. Ego te ad scholas in Galliam direxi, et vestes nummosque tibi copiose porrexi, aliisque multis modis tibi prodesse satis elaboravi. Nunc horum immemor efficeris, meque tantummodo recognoscere dedignaris! »

Tunc presbyter, veridicis faminibus ubertim prolatis, convictus est allegationibus certis, palamque cum lacrymis fassus est affamina fratris. Tunc miles dixit ei: « Merito debuisses mori, nostrarumque particeps poenarum nunc nobiscum trahi, quia res nostras nefaria temeritate invasisti. Hoc nullus alius inchoare ausus fuit. Sed missa, quam hodie cantasti, ne perires te salvavit. Mihi quoque nunc permissum est tibi apparere, meumque miserum esse tibi manifestare. Postquam in Normannia tecum locutus fui, a te salutatus in Angliam perrexi, ibique finem vitae jussu Creatoris accepi, et pro peccatis, quibus nimis oneratus eram, immania supplicia pertuli. Arma quae ferimus, ignea sunt, et nos fetore teterrimo inficiunt, ingentique ponderositate nimis opprimunt, et ardore inexstinguibili comburunt. Hactenus itaque hujuscemodi poenis inenarrabiliter cruciatus sum. Sed quando in Anglia ordinatus fuisti, et primam missam pro fidelibus defunctis cantasti, Radulfus pater tuus suppliciis ereptus est, et scutum meum, quo vehementer angebar, elapsum est. Ensem hunc, ut vides, fero. Sed in anno relaxationem ab hoc onere fiducialiter exspecto. »

Dum miles haec et alia hujusmodi diceret, et diligenter ad eum presbyter intenderet, quasi strumam sanguinis instar humani capitis ad ejus talos circa calcaria vidit, stupensque sic interrogavit; « Unde tanta coagulatio cruoris imminet calcaneis tuis? » At ille respondit: « Non est sanguis, sed ignis; et majoris mihi videtur esse ponderis, quam si ferrem super me Montem Sancti Michaelis. Et quia pretiosis et acutis utebar calcaribus, ut festinarem ad effundendum sanguinem, jure sarcinam in talis bajulo enormem; qua intolerabiliter gravatus, nulli hominum exprimere valeo poenae quantitatem. Haec indesinenter meditari mortales deberent, et timere, imo cavere, ne pro reatibus suis tam dira luerent. Plura mihi non licet tecum, frater, fari, quia miserabile agmen festinanter cogor prosequi. Obsecro, memento mei, precibusque piis et eleemosynis succurre mihi. Nam a Pascha Florum usque ad unum annum spero salvari, et clementia Creatoris ab omnibus tormentis liberari. Tu vero sollicitus esto de te, vitamque tuam prudenter corrige, quae pluribus vitiis sordescit, scitoque quod diuturna non erit. Ad praesens sile. Res, quas nunc ex insperato vidisti et audisti, silentio comprime, et usque ad tres dies nemini praesumas enarrare. »

His dictis, miles festinus abscessit. Presbyter autem tota septimana graviter aegrotavit. Deinde postquam invalescere coepit, Lexovium adiit, Gisleberto episcopo cuncta ex ordine recitavit et ab eo medicamenta sibimet necessaria impetravit. Postmodum fere XV annis vegetus vixit, et haec quae scripto tradidi, aliaque plurima, quae oblivione abolita sunt, ab ore ipsius audivi, et faciem ejus horrendi militis tactu laesam prospexi.

Haec ad aedificationem legentium scripsi, ut in bonis consolidentur justi, et a malis resipiscant perversi. Amodo incoeptam repeto materiam.


ZIMMERISCHE CHRONIK

BAND IV
(pp. 124-127)

Solch gescheft mit dem wuteshere ist einest vor jaren bei der frommen welt vil umbher gefaren und mehrmals zu Mösskirch gewesen, aber lenge halben der zeit und user unfleis unserer vorfaren, alles in ain vergess kommen. Es hat auch solches wueteshere nit allain in der nacht sich hören lasen, sonder auch mermals am morgen früe, auch abendts und gegen der nacht sich erzaigt und sehen lasen, dess wir dann ain glaupliche histori haben, die sich bei mentschen gedechtnus im landt zu Franken und dann im closter zu Maulbronnen begeben hat. Es sein zwen vom adel im landt zu Franken wonhaftig gewesen, under denen der ein einer von Seckendorf, der ander aber des geschlechts von Erlikom gewesen. Dieselbigen sein ein andern so feindt gewesen, auch baiderseits ainandern allen unwillen und [1078] widerdrieß zugefüegt, das ieder uf den andern gehalten und den todt getrewet, und ist gleichwol das auch darbei gewesen, das der ain des andern eheweib zu vil haimlich und freundtlich soll gewesen sein. Uf ein zeit aber, als sie baide uf ainandern geritten und gehalten, do ist der von Seckendorf eins abendts, als sich tag und nacht schier von einandern geschaiden, durch ein waldt selbander gerüst, mit ufzognen bögen, geritten, und als er ein gueten weg ins holz, do ist er neben der straß zu ainer capellen kommen, darin bliben sie übernacht. Gegen tag waren sie baide in aller früe uf und ritten wider uf iren halt. Es vergaß aber der junker in dem eilen seiner beden1 hendtschuch, die ließ er in der capellen uf einer todtenbar ligen. Wie er nun uf den halt kompt und seiner plechhendtschuch vermist, do schickt er den knecht, die zu holen. Wie aber derselb dahin kompt, war dess noch dunkel und nit recht tag, so findt er ain feurigs gespenst uf der todtenbar sitzen, das het die hendtschuch2 angelegt und schlueg die in ainandern. Do lief dem knecht die catz den rugken ufhin und wolt lenger nit bleiben, kert umb und sagts seim junkern. Der war übel zufriden, schalt ine seiner kleinmüetigkait; damit kert er selbs umb, die hendtschuch zu holen. Indess facht es an zu tagen; so erhört er, als er ain kleinen weg ins holz geritten, ein wunderbarlichs geschrai, gedöß, clingeln und jämern mit eim grosen brastlen, als ob alle beum im waldt entzwai brechen und umbfielen. Dem von Seckendorf war hiebei nit haimlich, dann er nit wissen mogt, was das für ein wesen, aber wol hörte, das es sich neherte. Derhalben er abwegs gewichen und sich zwischen die peum versteckt. Alda ist er halten bliben. Unlangs darnach do hat er ein wunderbarliche reuterei gesehen, ein tail haben kaine köpf gehapt, nur ain arm, die ross etwann nur zwen füeß, auch ohne ein haupt; vil fueßgenger sein mitgeloffen, under denen etwann der ain auch nur ain schenkel, etwann einer mit einer handt, vil ohne häupter, ein tail halber verbrent, vil, die blose schwerter durch den leib gehapt. In soma, es ist ein sollichs seltzams, abenteurigs gesündle bei ainandern gewesen, dergleichen er sein lebenlang nit gesehen gehapt, ich geschweig das gedöß und prausen, das im luft umbher und dem haufen nachgefaren. Aber under diesem haufen allen ist nichs gewest, darab er sich mehr verwundert, als ab ainem raisigen man, der hat ein weisen, dürren, magern und hinkenden gaul an der handt gefüert, hat ain schlecht claidt angehapt und ist also verwundet gewesen, das im die derm userm leib gangen und über das claidt und das ross hinab gar nahe dem boden eben gehangen sein. Als nun das gefert, wie erzellt, alles ohne sein schaden fürüber (wie man dann sagt, das niemands vom wueteshere was nachtails begegne, so man user dem weg thue weichen), do ist er dem weg oder straßen wider zugeritten. Also ist im noch ainer uf eim raisigen pferdt begegnet, der zu der andern compania3 auch gehört hat, und dieweil derselbig allain gewesen, do ist er erkecket und hat in gefragt, was das für ein haufen leut seien, die unlangs alda fürzogen. Derselb hat im geantwurt, es seie das wueteshere. Do hat er in abermals gefragt, wer aber der seie, so das mager pferdt an der handt füere und dem das gederm über das ross hinab hange. Do hat er widerumb gesagt: »Es gehört dem von Seckendorf zu«, damit hat er in, von Seckendorf, mit dem taufnammen genempt, »der soll von dem von Erlikom, seinem feindt, uf eim solchen weisen, mageren ross von heut über ain jar gewisslichen erschossen werden, und im wurt sein gederm also userm leib über die claider und das pferdt herabhangen.« Der von Seckendorf, als er sich hört nennen und das er der sein, der also von seinem todtfeindt jemerlichen solte umbgebracht werden, erschrack er nit wenig, und wiewol er wenig gern noch mer gefragt, so wolt doch der ander lenger nit bleiben und zohe den andern nach. Der von Seckendorf het den hasen im busem und rit widerumb haim, gieng in sich4 selbs und nam diese abenteurer so hoch zu herzen, das er im endtlichen fürsatzte, ein sinn zu erdenken, damit er eim sollichen jämerlichen todt und insonderhait seinem todtfindt [1079] entpfliehen megte; übergab er den nechsten freunden seine güeter, nam ein klains badtgelt mit sich. Damit kam er geen Maulbronnen ins closter5 und wardt ein convers oder laienbrueder, wie mans nempt. Seitmals aber er sich nit zu erkennen gab, do wust auch niemands, wer er ware. Er blib im closter etliche zeit, und so etwar frembder kam, ließ er sich nit sehen. Letstlich aber verhoffte er, Erlikom were todt oder het sein vergessen, und da er gleich noch lebte, so würd er in doch, sonderlichen in dem habit und beclaidung, nit wol erkennen. Darumb wardt er ie lenger, ie freier, ließ sich zum oftermal für das closter hinauß. Aber Erlikom het wol vernommen, das in Seckendorf gewichen und in ferre in ain closter begeben het. Derhalben raist er von eim closter in das ander. Uf ain zeit und auf den tag, als das jar herumb, das er, von Seckendorf, zu Maulbronnen gewesen, unerkannt und gar sicher seiner sachen, do füegt sich user der verhengnus Gottes, das der Erlikom geen Maulbronnen kam. Wie er dem closter nahet, so ersicht er ohne geferdt den von Seckendorf; der stande beklaidt wie ein laienbrueder und las spen bei den zimerleuten. Wie er in nun erkennt, schreit er ine an, do sei er im worden, iezo sei die stund verhanden, das er daran müese. Seckendorf gab die flucht dem closter zu. Under wegen ersicht er ein ledig, weiß paurenross, ganz mager; darauf sprang er eilendts und understandt sich zu entreiten. Wie er aber sicht, das solichs nit sein mocht, do kert er das pferdt umb, erwüscht ein stangen, der mainung, dem Erlikomer zu begegnen und sich umb sein leben, so böst er künde, zu weren. Hiezwischen aber het der Erlikom sein bogen ufzogen, scheust uf in ab und trifft den Seckendorf mit eim stral, inmaßen im das ingewaidt und die derm über den rock und über das ross abher hiengen, wie im zuvor geweissagt worden. Er het kain craft mehr, fiel ab dem ross und starb und ist zu Maulbronen begraben worden. Der Erlikommer ist entritten. Wo er aber hinkommen oder wie es im weiter ergangen, das ist nit bewist, aber wol zu erachten, er hab hinfüro auch nit vil glücks mehr gehapt und sei kains rechten tods gestorben.

1 beden] hs. bleden; vielleicht auch statt blechen; s. unten z. 40.
2 hendtschuch] über diese sage vom Seckendorfer, sonst auch vom junker Rechberger s. Liebrecht, Germania XIV, 401 ff.; s. auch Wendunmuth I, 67, und darnach Stockhausen, Mira praesagia mortis (1698) s. 53; Eichholtz, Quellenstudien zu Uhlands Balladen (1879) s. 63 ff.; Eichholtz kannte diese chronikstelle nicht.
3 compania] hs. copania.
4 sich] hs. sichs.
5 ins closter] vgl. die folgende erzählung s. 127, 22 ff.


Alors ? Heureux·ses ?

#54 – Montpelliérien #054 – Si j’étais vous, je ne perdrais pas de temps à lire cet article

Oh, vous êtes là ! Mince alors, je n’avais pas vu l’heure. Je ne suis pas prêt. Vous pourriez vous retourner une seconde le temps que j’enfile un caleçon ? Merci.

Voilà. On peut y aller. Hum hum. Alors, j’étais au milieu de ma réflexion concernant l’article du jour des deux jours à venir. Voyez-vous, j’ai, tout ce week-end, des amis et la famille de l’une de mes colocataires à l’appartement. Ça je vous l’avais déjà dit hier. Dans ces conditions, vous imaginez bien que ça ne va pas être très facile de dégager deux heures chaque jour pour vous rédiger mes petits mots. En plus, aujourd’hui, il pleut, on va certainement rester à l’intérieur, ça ne va pas m’aider à trouver des idées ça.

Que vous dire d’autre d’inintéressant ? Je vais bientôt commencer à rédiger un blog sur Montpellier. Hein ? Que vous vous dites. Oui ! Que je vous réponds. Un blog sur Montpellier en japonais. Un ブログ sur モンペリエ en 日本語. Mais je ne serai pas seul sur le coup. Ces derniers temps, une après-midi par semaine, je rencontre Rie qui veut apprendre le français comme moi le japonais. Nous échangeons donc des conseils, nous nous posons des questions, et tentons de répondre à celles de l’autre quand on en est capable. Et comme petit exercice entre nous, voilà ce qu’on a trouvé : ouvrir un blog sur le thème principal de Montpellier, chaque semaine trouver un sujet à traiter, elle en français, moi en japonais, puis corriger les articles de l’autre ce qui donnera lieu à de petites leçons, et poster tout ça sur l’internet. Cette semaine, les graffiti.

Photo par Gwlad (rue Cité Benoit)

Heureusement, mon ami Feldo a rempli notre agenda commun pour aujourd’hui, je peux donc vous parler de deux évènements à Montpellier :

  • Le festival de jeux de rôle Au-delà du Dragon, aujourd’hui toute la journée jusqu’à 22h et demain de 9h à 20h. Ça se passe à la salle Pagezy (à côté du polygone), et l’entrée est gratuite. Plus d’info à cette adresse : http://www.audeladudragon.com/

Non finalement, ce ne sera qu’un seul évènement. Y a des gens autour de moi, ça m’ennuie de taper sur mon clavier au lieu de leur parler. Ah, ben oui, aujourd’hui vous avez perdu votre temps ici, mais ce n’était pas long au moins. Voyez le positif un peu ! Et puis je vous avais prévenus·es dans le titre.

Sur ce, en espérant que vous ne m’en vouliez pas trop, bon week-end, et à demain !

#49 – Montpelliérien #049 – Les jeux sont faits, enfin presque

Il est 8h30. Il est Masami’s Bar. Il est plein soleil et café.

Enfin, Masami’s Bar ou je sais pas comment ça s’appelle aujourd’hui. J’ai pas pris le temps de regarder le nouveau nom sur le store en arrivant. Toujours est-il qu’à cette période de l’année, si vous voulez vous réveiller en vous faisant rôtir devant un bon café dès le lever du jour et jusqu’à midi environ, c’est l’endroit parfait. C’est en bas de la rue du Pila Saint Gély. Je devrais pas donner mes bonnes adresses comme ça, mais que voulez-vous, je suis généreux. Je suis généreux et j’aime bien faire semblant de connaître tous les lieux sympa de Montpellier pour vous épater. Bon, parlons d’hier, comme d’habitude. On parlera d’aujourd’hui plus tard. Demain sans doute.

Hier, c’était journée des prototypes de jeux au Gazette Café. Journée des Auteurs de Jeux, officiellement. Il y avait de la jeteuse de dés sous la commode, du massacreur de joypads alors que c’est même pas le sien, et de l’adepte de l’escamotage de cartes mais-non-je-te-dis-j’ai-rien-dans-les-manches de tout âge et toute couche sociale. Enfin, ça c’est pas vrai, c’était très 18-50 et classe moyenne. Ça faisait du monde, tout de même. Pas assez pour ne plus pouvoir avancer entre les exposants·es, mais assez pour que les journalistes et autres personnes faisant la promo de l’évènement puissent parler de « franc succès ». Ils ont vraiment pas d’imagination.

C’était organisé par le MUUG. Là, vous vous demandez comment ça se prononce : mug ou meug ? Ne vous en faites pas, dans les deux cas vous passerez pour des imbéciles face à quiconque le prononce de l’autre manière. Pour information, le MUUG c’est le Montpellier Unity User Group. Ils se réunissent assez régulièrement pour tenir des conférences ayant un rapport avec le jeu vidéo, pas forcément Unity en fait. Vous ne savez pas ce qu’est Unity ? Ah les ploucs, eh ! Mais non bananes kiwis (désinvisibilisons les autres fruits, les bananes prennent trop de place dans la langue française), je rigole, moi non plus je ne sais pas ce que c’est, et voyez, on ne me lance pas des cailloux dans la rue pour autant. J’ai la flemme de vérifier, car je ne suis pas journaliste et je vous embrasse, cela dit il me semble en vérité que c’est un moteur de jeu vidéo commercial mais gratuit tant qu’un jeu créé avec n’a pas engendré une rentrée d’argent supérieure à un certain seuil.

Bon, enfin. J’espère que vous ne comptiez pas sur moi pour tester la totalité des jeux parce que ç’aurait été impossible. Par exemple, pas moyen de tester le prototype de jeu de rôle que mon pote Feldo présentait. Je suis arrivé à 14h, mais la première partie n’était pas achevée quand je suis parti à 17h et des mandarines, car comme je vous le disais plus tôt il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour les bananes, elles ont déjà le luxe de servir de mesure de la radioactivité, alors si en plus on leur donne le monopole de la mesure du temps faudra pas s’étonner si un beau matin on se réveille toutes·s à Banana Reich. Où j’en étais ? Oui, quand je suis parti trois heures plus tard, la première partie lancée à sa table n’était toujours pas terminée. Si on voulait tester un jeu correctement et prendre le temps de parler avec les créatrices·eurs, il était bien normal de ne pas avoir le temps de tout tester. En gros, en trois heures, j’ai pu essayer deux jeux et aller zieuter vite-fait les autres. Je vais donc vous parler des deux jeux auxquels j’ai joué : Philo Motiv et Shrug Island.

Photo par Gwlad (quai de Sauvages)

Le premier jeu, Philo Motiv, présenté et créé par Vincent Bouscarle dans le contexte des Ateliers Ludosophiques, se joue sur une table. Pas forcément debout sur la table, on peut s’asseoir autour aussi, c’est même conseillé. Mais les cartes dont on dispose — nul valet de pique ou atout ici, ce sont des cartes à textes créées pour le jeu — sont, elles, posées dessus. À plat de préférence, car sur la tranche on passe trop de temps à les faire tenir en équilibre et on n’a jamais le temps de jouer, essayez si vous ne me croyez pas. De quel matériel dispose-t-on ? De rien d’autre que de ces cartes. Allez, à la rigueur, un bout de papier et un crayon si vous êtes du genre à noter les points, un jeton premier joueur si vous êtes alzheimer.

Ce jeu est un jeu fait pour réfléchir, pour se parler, et pour se parler de comment on réfléchit. Les joueuses et joueurs se voient présenter des situations. Du genre : vous avez très envie de faire l’amour et la personne dans votre lit également, c’est déjà ça, seulement vous avez le sida mais pas de préservatif. Celle-là je l’ai inventée, mais vous voyez le machin. Sur d’autres cartes sont inscrits des mots et de définitions correspondant à diverses valeurs, divers principes moraux et éthiques, exemple : force, facilité, bonheur, fierté, progrès, etc. Selon celles qui nous arrivent en main — parfois on peut choisir et parfois pas — on explique la façon dont on agirait dans cette situation, on la justifie aussi longuement qu’on le désire. Évidemment, il y a quelques mécaniques en plus dans le jeu mais je vais pas vous écrire 3000 mots sur ça sinon vous ne lirez jamais tout jusqu’au bout, vous êtes vraiment pas possibles.

Ce jeu permet donc d’apprendre à se connaître soi-même, de découvrir l’autre et sa manière de voir les choses, de se projeter dans des situations inédites ou de s’en remémorer certaines auxquelles on a été confrontées par le passé et d’échanger sur tout ça aussi longtemps ou brièvement qu’on le veut, voire de débattre. En tout cas de s’exprimer. Il permet également de manipuler des concepts philosophiques sans avoir besoin de connaître ses Grecs sur le bout des phalanges. Le jeu est aussi bien adapté aux enfants qu’aux adultes, aux soirées qu’aux milieux éducatifs. J’en ai très mal parlé, j’en suis bien conscient, je m’excuse. J’aurais aimé faire mieux, c’est typiquement le genre de jeux que j’adore.

Quelques informations sur l’auteur, Vincent Bouscarle : il agit au sein des Ateliers Ludosophiques et de Terra Ludis, association de jeux de tous types et genres à Montpellier. Il est très présent dans le milieu, si vous l’êtes également il est impossible que vous ne l’ayez jamais croisé ou que vous ne le croisiez pas dans les années à venir (non sans déconner, il est vraiment partout). C’est une personne extrêmement sympathique, qui en a sous la calotte crânienne et qui a l’air de s’en servir principalement pour agir positivement sur le vivre ensemble par le biais jeu. On applaudit. Quelques liens : Vincent sur Twitter et Terra Ludis.

Shrug Island, maintenant.

C’est un jeu vidéo. Qu’est-ce qui m’a fait m’arrêter devant ce stand et pas un autre ? Les dessins, l’animation, les pierres sur lesquelles on avait dessiné façon peintures rupestres d’un autre monde et qui avaient été déposées sur la table autour des écrans. J’ai bien fait de m’y arrêter. J’ai découvert un jeu très beau, très calme, un de ceux qui font voyager du côté des rêves, et j’ai rencontré Alina Constantin, la personne à l’origine du projet qui donne tout pour le voir réalisé, et d’une manière assez admirable je dois dire. Je sais pas trop par où commencer. Il y a beaucoup de choses à dire.

Comment le définir, ce jeu ? Jeu d’exploration d’un univers et des sens, ça me paraît pas mal. C’est un jeu d’aventure à énigmes contemplatif. Ça se joue avec une souris, des yeux, des oreilles et un cerveau pour coordonner le tout. C’est beau, c’est très beau. Je l’ai déjà dit, mais je le redis. C’est Alina qui dessine, elle a vraiment son style, entre l’enfantin et l’art primitif, le tout très doux, très naturel. Les textes poétiques sont également de sa plume. Elle m’a confié qu’elle était un peu frustrée de n’être pas assez bonne musicienne à son goût, j’ai envie de dire qu’il faut en laisser un peu pour les autres. D’ailleurs, le compositeur c’est Michael G. Rose qui produit des mélodies et ambiances magnifiques depuis le Danemark, on y sent des faunes et des flores imaginaires. Et sur la photo du site il joue du Bağlama !! Comme moi ! Non, franchement, tout pour me plaire. D’ailleurs la musique n’est pas qu’un décors, c’est l’une des mécaniques du jeu. Malheureusement, au salon, même avec le casque, le son était parasité par le brouhaha de la masse de visiteurs·euses, j’ai donc hâte de pouvoir y jouer chez moi. Et c’est pour bientôt, le jeu sort fin avril sur Steam et itch.io. Mais je m’avance. Les programmeurs, c’est Jan Borg et Milos Jovanovic qui depuis la Serbie semble-t-il ont peaufiné leur joli code que je serais bien incapable de comprendre si je l’avais devant les yeux, mais qui donne en tout cas un jeu très fluide. Pas de bug ni de souci notable lorsque je l’ai testé.

Franchement, elle est pas belle parfois notre époque ? Dans laquelle une dessinatrice, animatrice et poète résidant à l’extrême ouest de l’Europe, un compositeur en Scandinavie et des programmeurs dans les Balkans peuvent travailler ensemble à un projet aussi complexe qu’un jeu vidéo. Et un projet qui s’étale sur des années ! Ce jeu, fait suite à un court-métrage d’animation de 2009 par Alina Constantin, est en gestation depuis 2013, a reçu un gros soutient kickstarter en 2014, et finira par sortir en 2018. Vous imaginez bien tout le travail et la détermination que ça suppose. Et si je vous disais que Alina, à la tête du projet, avait fait une croix sur l’idée d’être rémunérée pour ces cinq ans d’un travail monstrueux ? Et bien je vous le dis. Les programmeurs, eux, ont été payés grâce au Kickstarter. C’est bien la moindre des choses, puisque c’était un travail de commande pour eux. Oui, c’est bien la moindre des choses, mais ce n’est pas tout le monde qui le fait. Bien des porteurs de projet proposent seulement un partage des bénéfices sur les ventes. Là, si le jeu se vend bien, Alina pourra rembourser l’argent qu’elle a emprunté pour faire ce jeu, et peut-être passer commande à Jan et Milos pour un portage sur tablettes et portables. Je me demande même si ce n’est pas Michael qui a avancé le pognon. Quand je vous dis que c’est un beau projet ! Un projet où l’argent n’est pas un but, mais seulement un moyen de parvenir à créer quelque chose de beau, d’honnête, de personnel et collectif à la fois. Moi ça me fait comme des papillons dans le ventre.

Allez, cet article commence à être très long. Encore une fois, j’aurais aimé en parler mieux, j’ai fait ce que j’ai pu. Je vous laisse le lien vers leur site ici : Shrug Island. Le jeu sera disponible au cours du printemps, sur PC, Mac et Linux. En attendant gardez l’œil, l’oreille et le cœur ouverts.

À demain !

Bonus

Edit de 15h45 :

  • J’avais complètement oublié que ce soir c’était votre dernière chance d’aller voir le film indépendant Du Satin Blanc, tourné à Montpellier et dont je parle ici. C’est à 20h au pub O’Sullivans, place de l’Europe c’est 5€ l’entrée et vous n’êtes pas obligé·e de consommer. J’avais prévu de vous faire tout un article là-dessus en y ajoutant les info sur le cinéma indépendant glanées à la table ronde de l’ACID pendant le festival Paul Va au cinéma. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.
  • Les gens du MUUG ont laissé un commentaire dans la partie dédiée à ça pour apporter quelques détails sur le pourquoi, le comment, le où et le quand des choses qu’ils font, ont faites et feront. Je ne recopie pas ça ici, vous êtes grandes·s, allez-y voir vous-mêmes.