#247 – Lyonniais #073 – Vocaloid – mode d’emploi

Hier, Feldo me disait qu’il serait intéressant de savoir comment ça marche concrètement le vocaloid. Alors je vais faire une présentation des éléments de base. Si vous avez déjà touché à un logiciel de MAO, vous allez voir que ce n’est pas sorcier. Sinon, ben vous pouvez toujours en profiter pour vous lancer. Accrochez-vous, ça va être long même si je vais tâcher d’être le plus rapide possible.

Brève présentation du machin

Vocaloid est un logiciel distribué par Yamaha. C’est un synthétiseur et un séquenceur MIDI. Un synthétiseur, vous savez ce que c’est, et un séquenceur MIDI, ce n’est qu’un orgue de barbarie numérique. Vous voyez les orgues de barbarie ? Cet instrument dans la fente duquel on fourre des plaquettes de carton trouées puis dont on tourne la manivelle pour qu’il joue les notes perforées dans les plaquettes ? Voilà. C’est ça. Le petit singe sur l’épaule est optionnel.

Attention, comme je le disais dans un précédent article, les vocaloids sont aussi des chanteurs virtuels. Ils s’achètent indépendamment du logiciel vocaloid. On les appelles normalement « banques de voix ». Donc, pas confondre vocaloid et vocaloids. Avec la version 5 du logiciel, quatre banques de voix sont intégrées. Si vous utilisez une version ultérieur il vous aura fallu en acheter au moins une pour pouvoir faire quoi que ce soit avec, mais de toute façon elle n’est plus à la vente. Donc si vous vous y mettez aujourd’hui, vous aurez forcément des banques de voix intégrées. Moi, j’utilise la version 4 du logiciel, mais ne vous inquiétez pas, la v5 n’est qu’une version améliorée de la v4. Tout ce que je vais vous montrer fonctionnera donc très bien sur les deux versions.

Allez. Vous avez le logiciel ? Vous avez au moins une banque de voix ? Alors lançons la machine.

On prépare le terrain

C’est sobre, c’est simple, c’est… Non, c’est pas beau, mais sobre et simple c’est déjà pas mal.

Vous pouvez déjà voir les blocs essentiels ici.

  • tout en haut, la barre de menu
  • juste en dessous de gauche à droite : les outils pour dessiner vos mélodies et ajuster les paramètres midi / un petit bouton sur lequel nous reviendrons plus tard si j’y pense / les boutons liés à la lecture du morceau (pas plus compliqué qu’un magnétoscope, hein ? Oui je me fais vieux.) / les indicateurs de position, de tempo et de signature rythmique / des informations relatives à la position et durée des notes et la façon dont ces dernières vont s’aimanter à vos barres de mesures ou à leurs subdivisions.
  • En dessous encore l’éditeur de piste. Imaginez que votre orgue de barbarie a plusieurs fentes, chacune de ces pistes en est une. Il y a également des pistes dédiées aux fichiers wav. Pour que vous puissiez synchroniser la musique pour laquelle vous composez votre ligne de chant.
  • Toujours plus bas, l’éditeur de musique, ou piano roll : ce sont vos plaquettes de carton, et c’est ici que vous allez les perforer là où il faut pour que l’orgue de barbarie joue les note que vous voulez entendre. (En fait le terme piano roll vient des piano automatiques qui marchent sur le même principe que l’orgue de barbarie, on y glisse des partitions sur rouleaux de papier perforés et le piano joue tout seul.)
  • Dans la même section, un endroit pour gérer les diverses modifications qui s’appliqueront aux notes que vous aurez dessinées juste au dessus.

Si aucune piste n’est crée (mais il y en a toujours au moins une), ben commencez par en créer une. Patate. Une ou plusieurs si vous voulez faire jouer plusieurs voix en même temps, car on ne peut pas superposer plusieurs notes dans la même piste. On dira donc que chaque piste est monophonique. Elle ne produit qu’une note à la fois.

La piste est créée. Bravo, vous venez de créer une fente dans votre orgue de barbarie, maintenant il va falloir créer les plaquettes en carton sur lesquelles vous allez perforer (enfin, ici dessiner) vos notes. C’est ce qui s’appelle une « part » dans ce logiciel. Plus communément, dans les logiciels de MAO (Musique Assistée par Ordinateur), on appelle ça une région MIDI. Cliquez sur une piste, puis allez chercher « Add Part » dans la barre du menu.

Chaque piste peut contenir plusieurs régions MIDI (les unes après les autres), et pour chaque région vous pouvez sélectionner une banque de voix différente de la précédente. L’avantage c’est que vous pouvez donc alterner les vocaloids sur une même piste si vous n’avez pas besoin de les faire chanter simultanément. En bout de course une piste est souvent égale à un fichier wave, donc c’est de la place économisée sur votre disque dur.

Évidemment, si vous créez plusieurs pistes, ça va vite être le bordel niveau volume sonore. En appuyant sur F3 vous pouvez ouvrir le mixeur. Ici vous contrôlerez le volume et le panoramique stéréo de chaque piste.

Bon. Vous avez créé une piste et une région MIDI (part) sur cette piste. En cliquant avec le bouton droit de la souris là-dessus, un menu déroulant s’ouvrira grâce auquel vous pourrez choisir quelle banque de voix vous voulez utiliser. En gros, c’est le choix de l’instrument.

Moi j’utilise v4flower, parce que c’est ma préférée. On a tous des chouchous.

Tout ça s’annonce bien. Seulement, je ne vais pas faire une mélodie comme ça toute seule sortie de mon imagination. Parce que je suis fainéant. Je vais donc importer une musique déjà existante et reproduire la ligne de chant du refrain de ce morceau. Ce morceau, c’est le générique des Mystérieuses Cités d’Or. Pour importer le fichier un simple glisser-déposer depuis le dossier où se trouve le fichier jusqu’à la piste wave stéréo.

Attention : vocaloid v4 n’accepte que les fichiers wave encodés en 16bit

Maintenant je cherche le tempo de la chanson, je trouve que c’est à peu près 104.5 BPM, donc je double clique sur l’indicateur de tempo que vous avez pu voir sur la première image et je rentre cette information. Vous pouvez voir sur l’image juste en dessous qu’il est également possible de modifier le tempo en cours de morceau, pour cela il suffira de spécifier à quelle mesure et sur quel temps le faire varier.

Ensuite, on s’appuie sur la forme d’onde pour faire correspondre le premier temps des mesures du morceau aux barres de mesure du logiciel et on prie pour avoir trouvé le bon tempo sinon ça va se décaler et… bon ben ça va être la merde parce que musique et voix n’arrêteront pas de se désynchroniser.

Dernier ajustement avant de commencer à dessiner vos notes dans l’éditeur de musique. Sélectionnez les bonnes durées pour la quantification et la durée des notes, sinon vous allez de venir fou·folle. Comme vous le voyez ci-dessous, vous pouvez sélectionner une durée (1/4 : une noire ; 1/8 : une croche ; 1/16 : double croche…) dans ces deux catégories. Le quantificateur (quantize) va déterminer à quelles subdivisions de mesure le début de vos notes vont pouvoir s’accrocher, la durée (length) déterminera la durée minimale des notes que vous pourrez dessiner : noire, croche etc… et quand vous étirerez votre note, de quelle durée vous l’étirerez au minimum.

En gros, si vous sélectionnez 1/4 pour le quantize, vous ne pourrez débuter vos notes que sur chaque temps d’une mesure. Si vous sélectionnez 1/8 pour le length, à chaque fois que vous dessinerez une note le logiciel vous proposera des durées égales à des multiples de croches. Donc plus vous sélectionnez des fractions de petite durée plus vous pourrez ajuster finement le placement et la durée de vos notes.

Avec 1/64, je suis peinard. Ma note peut commencer sur l’une des 64 subdivisions de ma mesure, et je peux dessiner des notes aussi courtes que des quadruple-croches si je le veux.

Maintenant on peut commencer à faire n’importe quoi

Bon, ben voilà. On peut commencer à dessiner nos notes. Sélectionnez la bonne piste et la bonne région. Avec le bouton droit de la souris, cliquez sur le piano roll et sélectionnez l’outil crayon (ou allez le chercher tout en haut à gauche de l’écran comme vous avez pu le voir sur la première image de l’article). Ensuite dessinez vos notes à la hauteur et de la durée que vous désirez.

Voilà la mélodie du refrain du générique des Mystérieuses cités d’or une fois dessinée. Je me suis calé sur la piste wave importée de la musique originale pour retrouver les hauteurs de notes et leur durée.

De base, quand on dessine les notes, elles sont remplies par la voyelle [a]. Voici donc le résultat de mon dessin sans avoir encore modifié les phonèmes de chaque note :

Vous savez que si j’aime autant v4 flower, c’est parce que dans les graves on dirait un·e gamin·e qui fait la gueule, et dans les aigües, ben on dirait la voix du refrain des Mystérieuses cités d’or. Oui, je suis un brin nostalgique comme garçon.

Bon, faites gaffe. De base quand vous dessinez de longue notes, le logiciel vous colle d’office un vibrato, si vous voulez le virer, placez votre curseur à la base des vaguelettes sur la ligne affichée en dessous des notes, maintenez le clic et tirez vers la droite. Si au contraire vous voulez en ajouter, placez le curseur au bout de la partie droite de la ligne horizontale et maintenez le clic en tirant vers la gauche.

Les choses sérieuses maintenant. On va commencer à rentrer les paroles. Attention, très compliqué : double-cliquez sur la note dont vous voulez éditer le phonème.

Maintenant entrez vos paroles. Tadaa. C’est fait. Sauf que. Sauf que v4flower est une chanteuse virtuelle japonaise. Donc ici j’utilise le japonais. Pour passer votre clavier en japonais, y a des tutos partout sur le net, merci de vous y référer.

Donc, pour commencer : une note = une syllabe. C’est pas obligatoirement le cas, mais là c’est un tuto grand débutant, alors on fait simple. Ici, on veut lui faire dire « Esteban, Zia ». Je commence donc par entrer les syllabes japonaises qui sont le plus proche possible du son que je veux obtenir sur chaque note.

エ – テ – バ – シ – ア / E – TE – BA – SHI – A

Les japonais n’ont pas de syllabe « zi », mais ont un « dji » à la place. Pour palier à ça, je veux lui faire prononcer « si » pour le « zi » de « zia ». Mais ils n’ont pas de son « si » non plus. Ils ont « sa », « so », « se », « su », mais avec le i, ça devient un « shi ». Cela dit pas de problème. Le phonème [i] existe, le phonème [s] aussi. Alors allons modifier ça dans les propriétés de la note.

Clic gauche sur la note, puis clic droit : tadaaa, menu déroulant

Voilà ce que me donne le logiciel pour le シ / « shi » : [S i]. Pour le logiciel, ce S majuscule dans la case « phonetic », correspond au son « ch » en français, comme dans chat. Je vais donc modifier ça manuellement.

Attention, confondez pas シ avec ツ et ソ avec ン sinon on va pas s’en sortir.

Je remplace donc le [S] par un [s], qui lui désigne le son ssss. Oui, comme le serpent. Bravo. Vous avez 5 ans ou quoi ?

Une question ? Pourquoi je n’ai pas choisi [z i] ou [dz i] ? Parce que ça passait mal avec v4 flower. Comme je vais vous le dire deux paragraphes plus bas, à chaque banque de voix sa prononciation particulière.

Notez avant ça qu’on n’a pas besoin de changer la syllabe des paroles associées quand on modifie l’aspect phonétique. Paroles et phonétique sont dissociées, même si quand vous entrez des paroles directement dans les notes, le logiciel remplit directement la note avec des phonèmes adaptés. Cliquez sur « protect » pour faire en sorte que même si vous modifiez cette syllabe dans les paroles, les phonèmes que vous avez choisis restent inchangés.

En ce qui concerne les symboles phonétiques acceptés par le logiciel pour les vocaloids japonais, je vous laisse apprendre ça par cœur sur ce site (il existe également un page similaire pour les vocaloids anglais). Sachez toute fois que chaque banque de voix gère différemment les phonèmes, donc pour chacune il faut adapter ses techniques. D’où le fait que la plupart des compositrices et compositeurs restent fidèles à une poignée de vocaloids qu’elles et ils maîtrisent bien.

Si vous êtes assez maligne ou malin, vous aurez pigé que vous pouvez directement entrer les phonèmes dans la case phonetic de chaque note sans passer par le clavier japonais. Ce qui peut être utile, bien que sans savoir quels sons existent en japonais, ça risque d’être assez fastidieux.

Allez, la suite. Je rajoute un « su » (ス) après le « E » de Esteban, et je neutralise le son « u » (noté [M] dans le logiciel) en lui adjoignant un petit [_0] pour qu’il ne reste que le son « s ». C’est ce qu’on appelle un dévoisement, en phonétique. Eh oh, vous vous doutiez bien qu’en voulant faire causer un synthétiseur vous alliez un minimum devoir bosser votre phonétique non ? Sans déconner, veulent plus bosser les jeunes aujourd’hui…

Je rajoute également un [N] après le « ba » de Esteban. Et je fais ainsi pour toutes les autres notes auxquelles il manquait des sons complexes à produire pour des japonais après que je leur avais attribué une syllabe simple.

Voici donc ce que donne donc cette même mélodie avec tout les phonèmes qu’il faut là où il les faut :

Heureusement il n’y avait pas de « r » à prononcer car ce son n’existe pas en japonais. Enfin, à part à « or » de cités d’or, mais c’est en fin de mot donc ça passe.

C’EST PAS TERMINÉ !!!

Enfin, pour moi si, parce que je suis un gros fainéant. Mais voici tous les potards que vous pourriez tourner pour changer le son global de chaque note :

D’abord de succinctes descriptions, ensuite quelques démos.

  • VEL: La manière dont la première consonne est prononcée (sur certains phonèmes c’est l’intensité avec laquelle ils sont prononcés, sur d’autres ça joue sur le timing). N’affecte que les consonnes.
  • DYN: Un bouton de volume en gros. En haut ça gueule, en bas ça chuchote.
  • BRE : Pour rajouter du souffle dans la voix, pour simuler la respiration, ou simplement ajouter un petit grain à la voix.
  • BRI et CLE: Deux filtres type égaliseur qui jouent sur les haut médiums et aigües, jouant donc sur la clarté et la brillance du son.
  • OPE: Un autre filtre qui simule la proportion dans laquelle la voix virtuelle ouvre sa bouche qui n’existe pas. Ce qui étouffe ou rend plus claire l’énonciation.
  • GEN: Pour jouer sur la qualité masculine ou féminine de la voix.
  • POR: pour régler à quel point la note précédente bave sur la suivante.
  • XSY: J’ai pas pigé. Cherchez vous-même.
  • GWL: Pour ajouter du grognement. De la saturation dans la voix.
  • PIT et PBS: Pour modifier manuellement et très finement la hauteur des notes.

On sélectionne ces effets dans le sélecteur d’effets (sans dec…) dont vous pouvez voir le menu déroulant dans l’image du dessus, et on les module avec l’outil crayon en dessinant des courbes et lignes (la partie verte et les barres dans l’image) sous les notes.

Illustrations de quelques uns de ces effets. Évidemment, pour que vous entendiez bien les différences, j’ai poussé les boutons à fond, ce n’est pas très esthétique.

NORMAL
BREATHINESS : souffle
GROWL : grognement

En jouant finement de ces deux paramètres, on peut arriver à reproduire des voix plus réalistes. Mais moi je suis un bourrin donc j’y touche pas trop. Du coup j’ai essayé quand même, pour donner un exemple, mais c’est peu concluant et ça m’a vite saoulé :

BREATHINESS et GROWL presque finement réglés.

Autre exemple, le paramètre GEN pour gender :

Voix plus masculine.
Voix plus féminine (limite enfant là, j’ai trop tourné le bouton)

Voilà. Quand vous avez fini de faire mumuse avec tout ça (moi je ne le fais pas trop, mais si vous voulez un résultat soigné vous devriez). Vous pouvez ajuster vos volumes dans le mixeur si vous avez créé plusieurs voix, ainsi que le panoramique stéréo (ce que j’ai oublié de faire).

Et finalement il ne vous reste plus qu’à exporter le résultat en wave. Plusieurs options s’offrent à vous, elles sont listées dans l’image ci-dessous.

Toujours 16bit max sur la v4.

OUF !

C’est fini. J’en peux plus. Définitivement je ne suis pas fait pour rédiger des tutoriels. J’y ai passé bien trop de temps et j’ai les yeux éclatés. J’espère que vous avez appris deux trois trucs au moins.

Et que vous avez la musique des Mystérieuses cités d’or dans la tronche pour quelques jours.

Avec plusieurs voix pour donner l’effet chœur mais c’est pas fameux, je commençais à en avoir ma claque de ce tuto.

À demain. Et désolé pour les fautes, mais clairement cet article est trop long, je vais pas me relire.

#246 – Lyonniais #072 – Une vraie note de blog

Je dis à mon amie qu’il faut que j’écrive ma note de blog. Elle me dit : « tu en fais une vraie aujourd’hui, hein ? » Alors me voilà parti pour une vraie note de blog, car je suis facilement influençable, et que de toute façon nos deux mètres carrés de coin cuisine sont occupés par la confection d’un pain maison, alors je ne peux pas faire réchauffer les haricots rouges qui vont nous servir de repas.

Une vraie note de blog, une vraie note de blog… Pfff. J’avais promis que je ne parlerai plus de vocaloids, mais en fait je ne fais que ça de mes journées. Difficile de parler d’autre chose. N’ayant pas encore le niveau pour écrire des chansons en japonais, je les fais chanter en espagnol en reprenant toutes sortes de chansons cubaines. Oui, j’aime la musique cubaine. Qui n’aime pas ça ? Les cons. Bravo. Très bonne réponse.

Ce doit être parce que nous avons un grand ciel bleu depuis deux semaines que je me remets à la musique cubaine. C’est un peu la programmation de tout mes printemps et mes étés. Les éternels Buenavista et autres Panchos… Y a du soleil là dedans. Y a des joies et des larmes. De la bonne musique comme on l’aime.

En tentant de reproduire une musique jouée par un groupe cubain sur mon logiciel de musique j’ai fait une étrange découverte aujourd’hui. Les gars sont dans le temps une mesure sur dix. Il y a bien un tempo reconnaissable, mais entre deux parties où ils se calent les uns sur les autres, ça part dans tous les sens. Pourtant, ça sonne d’enfer. Comment est-ce possible ? Ils doivent tellement avoir l’habitude de jouer ensemble qu’ils se connaissent par cœur, et peuvent donc accélérer, ralentir, sans que la musicalité n’en souffre, sans jamais manquer de retomber sur leurs pattes. Au début, j’ai cru que le contrebassiste était à la ramasse, mais en fait ils le sont tous, ou aucun ne l’est. C’est vraiment bluffant. Je suis jaloux.

Ah ! La pâte à pain est dans la machine à pain, je peux donc aller faire la cuisine. Je vous parlerai en détail de la musique cubaine une autre fois. En attendant… euh… ben non. J’ai rien à ajouter

À demain.

#242 – Lyonniais #068 – Fleur contre fusil

Dernier point sur les vocaloids, après je n’en parle plus, promis. Quand on ne cause pas japonais, ou pas assez bien, il est vraiment difficile de trouver quoi leur faire chanter. Le problème c’est qu’on ne peut pas non plus composer un air d’abord et y coller des paroles plus tard quand on n’a encore développé aucun instinct de la langue en question. Les meilleures mélodies pour voix sont celles qui collent avec le texte, qui jouent avec la rythmique et les intonations naturelles du langage. Pour remédier à ça, je m’entraine donc en ce moment en utilisant des textes courts que je trouve ici ou là.

Voici par exemple v4 flower qui vous chante le 9ème article de la constitution japonaise.

ブイフラワ – 日本国憲法第9条

日本国民は、正義と秩序を基調とする国際平和を誠実に希求し、国権の発動たる戦争と、武力による威嚇又は武力の行使は、国際紛争を解決する手段としては、永久にこれを放棄する。

前項の目的を達するため、陸海空軍その他の戦力は、これを保持しない。国の交戦権は、これを認めない。

Pourquoi l’article 9, me demandez-vous, et pas le 7 ou le 10 ? Parce qu’il a quand même de la gueule cet article 9. En voilà la traduction :

Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu.

Cela dit, le gouvernement en place au Japon, droite conservatrice, cherche actuellement, et depuis un moment, à modifier cet article. Ou, si vraiment trop de voix continuaient à s’élever pour les en empêcher, à en proposer au moins une réinterprétation. Ce qui a déjà été fait plusieurs fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Qu’est-ce que je voulais vous dire aujourd’hui déjà ? Je ne sais plus vraiment, je suis fatigué. Bon ben c’est déjà pas mal, vous avez eu droit à un mini-morceau de musique expérimentale et à un point histoire, vous n’allez quand même pas vous plaindre ?

Allez, à demain.

#241 – Lyonniais #067 – Chante robotssignol, chante, toi qui as le core gai…

Aujourd’hui je m’y prends tôt. En fait on pourrait dire que j’expédie, car j’ai toujours le nez plongé dans les vocaloids et je compte bien l’y laisser. À la différence que maintenant fini les pipi-caca. Je commence à entamer les grands travaux. C’est fou ce qu’on peut faire avec ce machin. De la pop à deux ronds comme d’harmonieuses polyphonies qui feraient se lisser les bacchantes au plus fortuné des aristocrates. C’est pour l’image. Les polyphonies, ce n’est pas de la musique d’aristocrate, ça se retrouve dans beaucoup les cultures, et c’est une façon très populaire de chanter ensemble. Je précise parce que j’ai en tête une discussion en ligne ou ça causait de musique et cinéma, et ou quelqu’un dont j’ai oublié le pseudo pointait très justement du doigt le fait que c’était toujours les méchants fortunés qui écoutaient de la musique classique. Essayons donc de nous départir de ces mauvais réflexes. La polyphonie, c’est tout simplement deux personnes ou plus qui chantent ensemble mais pas les mêmes notes. Ça donne très rapidement quelque chose d’émouvant.

Je ne vous l’ai pas expliqué, mais vocaloid, c’est tout d’abord un logiciel. Un séquenceur midi. Seulement il y a aussi les vocaloids, ou loids, qui sont des chanteuses et chanteurs virtuel·les. Il y en a beaucoup. Pour tous les goûts, j’ai envie de dire. Même si je pense que le simple fait que les voix soient factices et pour la plupart chantent en japonais en rebutera plus d’un très vite. Tant pis pour celles-ci et ceux-là, z’ont pas les oreilles assez élastiques. Il y a donc des voix masculines, des voix féminines, des voix haut-perchées et d’autres tout dans les graves. Il y a des voix cassées, des voix cristallines, des faites pour le rock, d’autres pour les berceuses. Vous vous rendez compte de la manière dont je qualifie de fausses voix générées par des ordinateurs ? Allé, je vais vous en donner un petit exemple. Sans aucun mot, juste des [ä].

C’est fait en 20 minutes, ne jugez pas. Je vous vois juger. Pouvez pas vous en empêcher ma parole…

Alors ? Là je n’ai même pas bidouillé les paramètres. C’est ce qui sort directement avec cet·te artiste virtuel·le androgyne quand on place les notes qu’on veut où on le veut. Et on peut vraiment bidouiller. Ça fait réfléchir sur l’avenir de la synthétisation des voix hein ? Car ce n’est que le début. Ça doit aussi effrayer quelques chanteurs et chanteuses de certains milieux de la pop. Moi ça va, je ne suis pas chanteur, alors je m’en fiche.

Bref, tout ça pour vous dire que j’y retourne, et pour vous expliquer pourquoi hier j’ai oublié d’écrire et n’ai posté la note qu’in extremis, un quart d’heure avant minuit. C’est que je suis tout entier accaparé par ce nouveau jouet.

À demain.

#240 – Lyonniais #066 – On rigole, on rigole…

…quand on raconte parfois qu’on a presque oublié d’écrire sur le blog, mais aujourd’hui c’est vrai. Il est 23h35 et mon amie me dit : « Tu as écrit ta note de blog ? » Euh… Non. C’est qu’après les logiciels de montage, que je continue d’utiliser bien que l’inspiration s’amenuise, j’ai encore trouvé un nouveau joujou. Je vous en avais peut-être déjà causé ici ou là, il s’agit des vocaloids. Ce sont des synthétiseurs qui permettent de faire chanter votre ordinateur d’une manière plus ou moins naturelle. Pour l’instant surtout en japonais et en anglais. Je connaissais de nom, mais là… Je n’en avais jamais eu sous la main jusqu’à aujourd’hui. Vous imaginez donc qu’avec un truc pareil à expérimenter je n’ai pas pensé au blog. J’étais trop occupé à faire chanter à v4flower : カカアアアアアアア, ピピイイイイイイイ. Cherchez pas. C’est phonétiquement « caca » et « pipi » dans l’un des syllabaires japonais. Ben oui, je m’y connais pas encore assez en japonais pour fignoler des paroles comme il faut en même temps que je compose et que je teste toutes les possibilités du machin, alors je fais avec ce qui me vient. Ouais… Ce qui me vient tout de suite, c’est caca et pipi… Ben je sais pas quoi vous dire. Je fais chanter des polyphonie à mon ordinateur sur des paroles scato et, honnêtement, je trouve ça fabuleux.

À demain.

#180 – Lyonniais #007 – Ennemond Gaultier, compositeur presque Lyonniais

Hier, je me suis mis en tête de vous causer, de temps à autres, de compositeurs et compositrices Lyonniais·es. Pas de contemporains, quoi que ça pourrait venir (c’est qu’il faut bien le remplir ce blog et qu’à la longue je risque d’être à sec niveau sujets), mais des vieux et des vieilles ! Et c’est comme ça que je suis tombé sur Gaultier le Vieux. Enfin, Gaultier de Lyon. Enfin, Ennemond Gaultier. Ouais… On y reviendra.

Donc, au hasard de mes recherches, je trouve deux partitions pour clavecin issues du Manuscrit Bauyn. Un vieux recueil de pièces pour… Pour…? Clavecin. Très bien. Alors, les titres… Sarabande de Mr Gaultier et Canaries de Mr Gaultier. Okay. Apparemment, c’est pas ses morceaux les plus connus, d’autres de ses compositions portent le même nom, mais a priori ce ne sont pas les mêmes. Voyons voir ce que ça donne. Je lance mes logiciels de musique et je commence à y recopier note par note les partitions. Entre temps, je suis allé faire un petit tour sur Wikipédia où j’apprends que ce brave Ennemond n’était pas du tout claveciniste, mais luthiste. Bon, mais après tout, on peut très bien jouer d’un instrument principal tout en composant pour n’importe quel autre instrument.

Une fois la sarabande notée dans mon logiciel, j’y colle donc un beau son de clavecin et je lance le playback. Hum. C’est pas beau. Ça ne sonne pas clavecin du tout. Mettons-y un son de luth, et quelques percussions vite faites. Et maintenant ?

Ennemond Gaultier – Sarabande du Manuscrit de Bauyn

Ça passe un peu mieux. Alors, oui, vous allez me dire que normalement, une sarabande, c’est plus lent que ça. Hein que vous allez me le dire ? Allez-y, dites le moi. Ah ! Et bien vous vous plantez. Vous n’aviez qu’à mieux vous documenter, ou, comme moi, simplement lire en vitesse quelques infos sur Wikipédia. La sarabande, donc, est à la base une danse rapide qui nous vient d’Espagne ou d’Amérique du Sud, on sait pas bien. On ralentira son tempo au cours du temps, mais on estime qu’à son introduction en France, entre les années 1620 et 1630, elle est encore rapide et ne deviendra la sarabande lente, on pourrait dire baroque, qu’à partir des années 1700 environ. Or, Gaultier vit de 1575 à 1651. Et toc. Bon oui, d’accord, la sarabande serait originalement supposée être accompagnée de castagnettes et moi j’ai mis des sortes de tambourins. Ben d’une j’avais pas de castagnettes sur mon logiciel, et de deux c’est pas parce que dans l’Espagne du XVIe siècle elles étaient accompagnées de castagnettes qu’elles l’étaient également en France au XVIIe siècle. Et re-toc.

Une fois la sarabande terminée, je m’attaque aux canaries. Ce n’est qu’un morceau hein, très court d’ailleurs, ça s’appelle canaries avec un s, mais c’est une seule pièce. Le moyen français c’est relou. Là, pareil, je refais bien toute la partition dans mon logiciel, j’y fous du clavecin… et c’est de la merde. Je repasse en son de luth et voilà ce que ça donne :

Ennemond Gaultier – Canaries du Manuscrit de Bauyn

Certains clavecins disposent d’un jeu luthé, c’est-à-dire qu’une petite barrette couverte de feutre ou de cuir qui vient s’appuyer sur les cordes pour en étouffer le son et donner l’impression qu’on joue du luth, il est donc possible que ces deux pièces aient été composées pour qu’on les joue de cette façon (sauf que j’ai pas cette option sur mon logiciel), mais il est également possible que ce soit des adaptations pour clavier de tablatures pour luth. Et oui au passage, les tablatures, ça remonte à loin, ce ne sont pas les « partitions pour les nuls » que beaucoup se figurent.

Les canaries donc, ou la canarie plutôt, est encore une fois une danse avant tout. Que nous dit Wikipédia en français ? Vraiment pas grands chose. Et en anglais ? À peine plus. Et en allemand ? Ah, là y a de l’info, là c’est pointu ! Seulement je cause pas allemand, enfin plus que très mal. Ce que j’ai réussi à comprendre de tout ça, c’est que c’est une danse qui nous vient des îles Canaries, qui a été très populaire en Europe au XVIe et au XVIIe siècles, et que généralement son tempo est plus rapide que celui d’une gigue. Et démerdez-vous avec ça. Je pense du coup que ma version n’est pas assez rapide, mais écoutez hein, ils n’avaient qu’à être plus précis dans les instructions sur la partition. Déjà qu’on n’est pas sûrs que ce soit une pièce pour clavecin à la base, et qu’on n’est même pas sûrs que ce soit Ennemond Gaultier et pas son cousin Denis, qui était aussi luthiste, le compositeur de ces deux morceaux ! Faudrait voir à faire un effort.

Est-ce qu’au moins ce Gaultier de Lyon est véritablement de Lyon, hein ? Ben non pardi ! C’est qu’il me ruine ma note de blog ce mec-là. Pour la peine on va l’appeler par son autre surnom, Gaultier le Vieux, ça lui fera les jambes. Gaultier le Vieux, donc, est né à Villette-Serpaize (à une petite trentaine de kilomètres de Lyon) en 1575 et serait mort à Les Nèves, qui serait aujourd’hui Salaise-sur-Sanne (à une bonne soixantaine de kilomètres de Lyon) en 1651. Niveau carrière : on dit qu’il aurait été page chez Antoinette de La Marck, Dame de Monsmorency, à l’age de sept ans ; on dit aussi qu’il aurait fait son apprentissage entre Toulouse et Pézenas, mais on dit également qu’il aurait d’abord travaillé à Lyon avant d’entrer au service de Marie de Médicis en 1620. Bref, on en dit des choses, et des choses pas sourcées. Vous voyez, c’est vraiment le merdier, et moi je ne suis qu’un simple blogueur, ni journaliste ni chercheur, qui s’est donné pour objectif de torcher un article par jour, alors ne comptez pas en apprendre plus ici parce que j’ai plus le temps. C’est déjà bien beau qu’on l’ait pas totalement oublié, Gaultier le Vieux pas vraiment de Lyon.

#51 – Montpelliérien #051 – Jamception

Hier, c’était soirée jam session, et scène ouverte, et re-jam session. Pas forcément dans cet ordre. Vous avez du temps devant vous ? Allez, tirez-vous une bûche, je vous explique.

Scène ouverte d’abord, à la Petite Scène. Je venais de me faire Manuel (Il Figglio) au Diagonal —très bon film. Un chouia déprimant. Je dis un chouia pour pas vous décourager d’y aller. Rythme lent, belle image, réaliste. Allez-y, allez-y pas, j’ai rien à vendre. Moi j’ai aimé. Toujours est-il qu’en sortant de là j’avais pas les yeux qui criaient l’amour de la vie (je sais bien que ça ne veut rien dire)—, j’avais besoin d’un petit remontant. Direction, donc, le bar dont je vous ai causé trois lignes plus haut. Relisez lentement en vous aidant du doigt si vous avez du mal à suivre. Arrivé là, je commande le sempiternel jus de tomate et je m’installe avec mon bloc note à la seule table de libre près de la scène. Ça commence.

Le premier des trois musiciens inscrits ce soir-là, c’est Ravi Johanis. Il vient d’Allemagne et m’expliquera plus tard qu’il a déjà fait un séjour à Montpellier dont il garde un bon souvenir, notamment grâce aux jam sessions sauvages alors spontanément organisées sur le parvis de l’église Saint Roch. C’était le bon temps.

Il saute en scène seul avec sa gratte électrique. Surprise. Le petit malin avait préparé une backing track pour l’accompagner. Très minimaliste mais pile ce qu’il fallait : basse et batterie légère : grosse caisse, caisse claire cross-stick, quelques cymbales. Premier morceau. Le son de gratte est superbe. Beau clean, avec du gain juste ce qu’il faut. Il a du feeling, de jolis licks. Y a de la rondeur et de la tension. Le morceau parle de you’re beautiful si je me souviens bien. Le second de need to see my love again, le troisième j’ai pas fait gaffe aux paroles, j’ai été beaucoup plus entraîné par la musique. Le style reste le même au cours des trois morceaux, mais c’est de plus en plus rythmé, ça gagne en complexité.

Quel style ? Hmm. Vous savez, quand je parle de musiciens, j’aime pas les comparer à d’autres, et j’aime pas les étiqueter genristiquement parlant. Je préfère décrire. Oui, mais voilà, je suis pas expert dans toutes les techniques et j’ai une culture musicale limitée, alors je vais dire ce que ça m’évoquait comme genre, car je n’ai pas peur de me contredire : blues moderne teinté de soul avec un arrière goût rootsy. Ou bien soul minimaliste saupoudrée d’un zeste de roots mais très bluesy. Ou encore quelques rythmiques un peu roots, un feeling général blues, mais pas oldscool , le tout un peu souly. Et démerdez-vous avec ça.

Quel ressenti général ? De très beaux morceaux, de jolies ambiances qui évoquent douceur et tranquillité, tout en faisant bien hocher la tête. Parfait pour un premier jour de printemps, et pour l’été qui suivra. On se demande pourquoi les morceaux durent pas plus longtemps, ils sont vraiment très courts, parce qu’une fois dedans on y est bien, on a envie d’y rester. J’ai pas parlé de la voix. Car Johanis chante également. C’est peut-être la partie qui mérite encore un peu de travail, les idées sont là, l’intention aussi, mais ça manquerait un tout petit peu de maîtrise. Après vous savez comment c’est, premier sur scène, à froid, un soir où personne ne vous attend vous particulièrement, il y a de quoi avoir les cordes vocales frileuses, d’autant qu’il faisait vraiment pas chaud, ça n’aide pas.

Vous n’avez pas le début du bout de la pointe de l’extrémité d’une idée de ce que tout ça peut bien donner en lisant mes baragouineries, pas vrai ? Alors, d’une, vous aviez qu’à y être, et de deux, vous pouvez allez l’écouter sur son soundcloud.

Johanis m’a dit qu’il comptait bien tourner plus souvent dans le coin, je n’ai pas eu la jugeote de lui demander s’il restait longtemps en ville, lui en tout cas a eu la gentillesse de m’offrir l’une de ses démo. Merci beaucoup, c’est super sympa. Sympa, d’ailleurs, le mec l’est très. Si, c’est français comme phrase. Il a pris le temps de saluer tout le monde, d’annoncer tous les musiciens qui allaient suivre, et de remercier encore une fois tout le monde. Donc, Ravi, Johanis, de t’avoir rencontré. Si je l’avais pas faite vous auriez été déçus·es, mentez pas, je le sais.

En parlant des musiciens suivants. En seconde partie, c’était Anthony. Ánthos. Flos Waldhari. Non ils sont pas trois, c’est juste pas facile de se décider sur un pseudo, et on le comprend. Z’avez qu’à relire mes premiers articles, vous comprendrez. Quels que soient ses noms, propres ou de collectif, son set m’a vraiment surpris.

Le mec se hisse sur la scène, guitare électro-acoustique cordes nylons en main. Devant lui une pédale à boucles et une pédale de reverb. Un micro aussi. Il commence, l’air de rien, par nous sortir une rangée de croches sur une seule note. Bon. La boucle part. Il entame une nouvelle série de notes identiques sur le même rythme qui ne paie pas de mine. Mais ça commence à harmoniser. Les boucles ne se remplacent pas les unes les autres, elles s’empilent. Une troisième. Une quatrième. Toujours l’harmonie s’enrichit. Toujours sur le même rythme quelques montées d’une gamme mineure harmonique maintenant. Bon, si ça s’arrêtait là, mais ça continue. Jusqu’à combien ? J’ai perdu le comte. Mieux encore, au milieu de tout ça il bidouille sa pédale, rajoute un delay qui décale toutes ces croches faites à un doigt sur une corde et jusque là synchronisées, ce qui, magie, crée un rythme flamenco hyper riche harmoniquement. La tension monte, l’ambiance gonfle et gonfle à mesure qu’il rajoute des couches jusqu’à ce que…

Patatras. Jusqu’à ce que tout foute le camp. Manque de bol, setup de scène ouverte plus accumulation de pistes avec delay oblige, son aigrelet de l’electro-nylonée aggrave, un larsen chopé à chaque passage, présent dans chaque boucle, commence à couvrir le morceau. C’était tolérable jusque ici, mais là, obligé de couper le son.

Pas grave on recommence. L’ambiance flamenco-western, donnant un tout assez baroque au final, reprend. Sans larsen cette fois. Là c’est le coup de grâce. Anthony-Ánthos-Flos-Waldhari-De-La-Vega-Morricone ajoute les voix. Encore des loops, une voix, deux, trois, quatre, je sais plus combien, du grave au super aigu. La vache, un vrai chœur à lui tout seul. Ça claque. Je vous ai dit que j’aimais le baroque ? Ben voilà, on est en plein dedans. Y a du Cant de la Sibil·la là-dedans, un air de tempête avant la fin du monde. Le morceau s’appelle La Tormenta, d’ailleurs. Tout à fait adéquat.

Bon ça finit un peu brouillon pour la même raison que précédemment, voix sur voix se superposant, un peu du boucan ambiant est repiqué par le micro et s’amplifie à chaque boucle. Ça oblige à baisser le son encore une fois, dommage parce qu’on sent bien que c’est supposé enfler et enfler encore sans jamais s’arrêter jusqu’à devenir une énorme masse d’harmonies et de rythmes apocalyptiques. Bref J’ai hâte de revoir ça avec une meilleure sonorisation.

Le second morceau, une valse, dix minutes. On sent que c’est de la chanson à texte, mais en anglais, j’entends pas bien les paroles. Dommage. L’ambiance est toujours super cool. On découvre encore mieux la voix d’Ánthos, et c’est bon ! Je dirais que ce qui fait l’originalité de sa musique ce soir-là, c’est sa façon de se servir des boucles et du delay pour créer des rythmes complexes —des trilles au delay !—, créer des textures riches, parfois à la limite des nappes de synthèse granulaire, et sa voix. Ses voix. Quand il s’y met. Heureusement il s’y met plus souvent qu’il ne s’y met pas. Et puis rappelez-vous, scène ouverte, à froid, enfin z’avez pigé. Le mec à la sono lui dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Anthony, encore un gars sympa, accepte.

Vous ne voyez toujours pas ce que je veux peindre comme tableau avec mes tournures alambiquées qui font pas honneur à ? Voilà son soundcloud. Je sais pas s’il y a ce que j’ai entendu hier, j’ai pas encore eu le temps d’écouter. En tout cas si vous entendez dire qu’il passe dans le coin, allez-y voir, je suis sûr que ce sera intéressant.

Normalement, c’est à peu près à ce nombre de mots que vous arrêtez de lire les articles. Ne niez pas, j’ai mes sources. Mais aujourd’hui, vous allez me faire le plaisir de faire un effort. On doit en être à un peu plus de la moitié, et il me reste encore de beaux moments musicaux et humains à raconter. Allez, entracte photo du jour, comme d’habitude, c’est Gwlad qui régale.

Photo par Gwlad (avenue des États du Languedoc)

Vous êtes délassées·s ? On reprend.

Le troisième musicien à monter sur scène, c’est deux musiciens. L’un dont j’ignore totalement le nom, et le deuxième, je vous dis pas tout de suite, je fais durer le suspense. Le premier a une guitare electro-acoustique dans les mains, il en joue, chantonne, rapotte. Je ne sais pas s’il reprend des paroles de chansons existantes sur des accords à lui, ou si c’est écrit de son stylo bic. Toujours est-il que je préfère quand il chantonne, quand il rapotte ça fait laïus égotique virilo-macho_montre-muscle et fier de ses défauts. Encore une fois, c’est peut-être des reprises, mais si tu viens me chanter des discours de Sarkozy dans les oreilles, t’attends pas à ce que je vienne te dire que t’as une jolie voix. Bref, je préfère quand il chantonne en anglais. Je fais un effort quand même, purement musicalement, on voit que le mec est à l’aise avec sa gratte, y a de la nuance dans son jeu malgré les accords joués en boucle, et la scansion est bonne.

Le deuxième du duo, dont je garde le nom secret pour l’instant, essaie de trouver sa place au départ, il tente des hum hum discrets, et puis d’un coup d’un seul, dès que l’espace est enfin disponible, putain, ce qu’il envoie ! Voix profonde, sculptée, qui fait des pirouettes avec une aisance assez dingue, voix expérimentée qui joue sur les timbres et les textures. Ça dure pas longtemps, mais j’y entends du Nina Simone, du jazz lyrique. J’avais dit pas de comparaison à des genres ou des artistes hein ? Me renier, c’est ma passion. Enfin, tout ça ne dure que quelques secondes. Mais voilà les secondes…

Deuxième morceau, cette fois ce qu’il envoie c’est une impro proche du scat aux accents reggae, toujours avec cette voix, profonde et chaude, non je parle pas du vagin de maman, je sais que vous avez la nostalgie de mais restez concentrés·es s’il vous plaît. Bref, en quelques secondes à chaque fois, on a le temps de sentir que le mec cache une musicalité énorme.

Le mec à la sono leur dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Qui ça d’autres ? Ils étaient trois musiciens inscrits pour la scène ouverte, enfin quatre, puisqu’il y avait un duo. Le mec leur dit que les musiciens pour la jam session sont impatients de monter sur scène. Ah, c’est eux. Et oui, jam session dans une soirée scène ouverte. Daitman —voilà, c’est lâché, c’est son nom au super chanteur, Daitman Paweto. Connaissez pas ? Ben vous feriez mieux de le retenir et d’aller voir ce qu’il fait dès que vous en avez l’occasion, ce mec va devenir célèbre, et ce sera mérité—, demande s’il peut quand même faire une chanson avec une guitare avant de descendre, il a quasiment pas eu le temps de chanter en fait. Le mec-anguille lui répond pas franchement, d’un air de descends maintenant mais je te le dis pas les yeux dans les yeux, d’un air de les amateurs ont assez joué place aux pros, d’un air de la scène ouverte c’est terminé les minus, z’avez assez joué, maintenant c’est les jazzmen de cinquante balais qui jouent, les musicos respectables, faites place, comprenez, la clientèle tout ça, vont pas s’alcooliser longtemps si on leur met pas du jazz à papa dans les pattes. Franchement à ce moment-là j’étais sur le cul. Daitman résiste, même quand le pianiste sosie d’Alain Chamfort, orgueilleux au possible, monte sur scène en lui lançant « je suis pas payé pour accompagner les mecs qui viennent chanter leurs chansons ». Rien à foutre, Daitman le regarde du genre je t’ai rien demandé. Il est malmené, mais pas grave. Il leur dit que cette scène est faite pour être partagée, ouverte, jam session, non ? On aurait compris de travers ? Il demande un capodastre, les mecs l’envoient bouler du genre démerde-toi on veut pas de toi ici avec ta chanson, ta putain de seule petite chanson que tu veux chanter que ça prendra trois minutes mais c’est trois de trop pour nous. Heureusement, Ánthos est là, près de la scène, il en a un de capodastre, il le lui prête. Johanis remonte aussi sur l’estrade et prend la basse. Merci !! Le groupe improvisé joue, et il envoie, le Daitman. C’était bon. Au bout de deux chansons à accompagner les autres, il redescend de scène.

Je lui touche deux mots de ce qui vient de se passer, il trouve ça bête, mais il en fait pas une affaire, il a pu jouer, c’est tout ce qui a l’air de compter. Il me dit qu’il se tire à la Pleine Lune, en fait il est censé y être depuis une heure et demie, il était juste parti en ville pour acheter des clopes et s’est retrouvé embringué là. Je décide de le suivre. À la Pleine Lune, c’est aussi jam session, mais on verra que c’est un autre genre. Allez, c’est l’article le plus long que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui, mais je suis sûr que vous avez encore le courage d’en lire un peu plus, on y va.

Sur le chemin, Daitman m’explique qu’il a trente ans, qu’il a commencé à monter sur scène à treize, qu’il a fait du rap, du reggae, du jazz, que maintenant il a trouvé son truc, son mélange, son effet à produire sur le public. Il m’explique sa vision de la musique, du groupe. Le mec a dix-sept ans d’artisanat zikal dans les jambes, il commence à savoir ce qu’il veut. Il avait ouvert un bar musical, mais des histoires familiales ont fait que. Aujourd’hui, il repart sur un nouveau projet. Il a remonté un groupe autour de lui. D’ailleurs, avant la Petite Scène, ils ont fait leur première répet en vue d’une série de concerts pour jouer l’album enregistré au Studio Vox et en cours de mixage. Ce que j’avais pressenti se confirme, il fait pas semblant Paweto Daitman.

On arrive à la Pleine Lune, c’est soirée Jam Session World Music, j’aime pas ce terme, World Music, ça sent la FNAC et le rayon CD du Super U. Sur scène, c’est aussi bondé que sur la piste de danse quand on déboule. Je saurais plus dire avec précision combien de musiciennes·s étaient présentes·s, mais comme ça je revois à notre arrivée : une clarinette, un sax, une trompette, un batteur, un violon, une basse, deux guitares, un clavier, une voix qui chante dans une langue arabe que je serais bien incapable de reconnaître. Y a une pêche d’enfer, les gens sont excités, ça danse, ça picole, ça se marre, ça dragouille, ça saute sur place. Et tous ceux qui veulent monter sur scène le peuvent. Même les gros relous bourrés. Ça, ça plaît pas trop à Ella.

Car oui, j’oubliais, sur place Daitman me présente des amies·s musiciennes·s à lui, Édouard que je n’ai pas vu jouer et dont j’ignore l’instrument de prédilection, Timothée le guitariste, et Ella la chanteuse. Tout ce petit monde est fort sympathique. Sont venus·es là pour la musique, pas se la coller. Chacun·e montera sur scène à un moment ou un autre. La musique, d’ailleurs, est un mélange hallucinant de toutes les sonorités possibles et pas imaginables, dans des combinaisons riches, surprenantes, et éphémères. La zik est improvisée à jusque douze musiciens·nes et chanteurs·ses, des morceaux qu’il fallait entendre sur le moment, car c’était la première et la dernière fois qu’on les jouerait dans l’histoire de l’univers.

Au niveau des voix : on a eu Ella qui à envoyé ses good vibes, d’une voix posée, calme, légèrement voilée, qui peut s’emballer d’un coup et partir dans les astres avec une apparente facilité. Apparente seulement, elle me le confirmera plus tard. On a eu Daitman, évidemment, toujours aussi bon. On a eu deux filles, toutes les deux dans une style soul-jazz, et dont j’ignore les noms. On a eu un rappeur, apparemment très souvent à l’ODB, grand, cheveux mi-longs attachés, le genre qui met l’ambiance, avec des textes qui appellent à l’empathie, comme son t-shirt, et une gueule qui appelle à être son pote. On a eu aussi un mec qui envoyait le salsifis, rap-reggae, textes humanistes, engagés.

Vous savez quoi ? Je vais arrêter là. Je suis sûr que vous n’en avez même pas lu la moitié, et je suis claqué. En tout cas, mon programme des mardis quand j’aurais rien prévu de particulier me semble maintenant tout trouvé. Petite Scène jusqu’à la fin de la partie scène ouverte pour voir les artistes de près et pouvoir échanger un peu ensuite, puis Pleine Lune pour finir dans une ambiance ouf.

Allez, la bise. Promis demain ce sera plus court.