#30 – Montpelliérien #030 – Le jour où il a neigé mais on n’en parlera pas parce que je m’en suis rendu compte seulement en finissant de rédiger l’article

Vous avez bien failli ne pas avoir de billet de blog aujourd’hui, le réveil a été difficile. Me suis-je couché plus tard que d’habitude ? Non. Ai-je consommé des substances qui allongent la durée de sommeil nécessaire ? Non. Quoique je me demande pour le tabasco, dans le jus de tomate… Mais normalement non. Ai-je cauchemardé ? Non. Bon. Mais le soleil n’est pas là. C’est ça. Quand le soleil est là je me lève avant que le réveil ne sonne, quand il n’y en a pas, j’appuie sur snooze trois fois. Ça vous intéresse pas ce que je raconte ? Je m’en doute bien, moi non plus ça m’intéresse pas. J’ai recommencé à rédiger cet article trois fois, imaginez à quel point les autres départs étaient mauvais pour que je décide de garder celui-ci. C’est dommage hier j’étais inspiré. Il y avait du soleil. C’est à ça qu’on reconnait les grands·es écrivains·es de blog, leur inspiration tient du fait qu’il y a du soleil ou pas. Bon. Va quand même falloir que je vous dise un truc ou deux, mais je vais faire très rapide. Si vous voulez un bon article, relisez celui d’hier qui était vachement bien ou un autre. Désolé.

Hier c’était pas la joie dans les bars. Avec Koinkoin et sa copine… j’aime pas trop nommer les gens en fonction d’avec qui ils sont, je l’appellerai donc Quackquack, puisqu’elle nous vient des États-Unis. Donc avec Koinkoin et Quackquack, on était à 20h à l’Analog. À 21h30 il n’y avait plus personne. On a décidé d’aller dans un lieu à concert. On mate un Mama Sound qui traine. C’est mardi. Mardi c’est des open mic ou open stage dans les cinq lieux qui proposent quelque chose. Jam Session Jazz au Little Red. On sait pas où c’est. C’était le bar pile en face de celui où on était. Y avait plus une place ni assise, ni au comptoir. J’aime bien le jazz, mais là je sais pas si c’était le froid ou quoi, en deux minutes d’indécision on-va-où-alors j’ai commencé à piquer de nez. C’était du jazz qui murmure. Du jazz tapisserie. Fallait sans doute pas jouer trop fort pour que les quinze clientes·s entassées·s là continuent à s’entendre causer. C’était un jazz prétexte. Faut qu’il soit là, ça fait venir, faut pas qu’on l’entende trop, ça ferait partir. On est partis. L’accueil était pas très chaleureux non plus d’ailleurs.

Photo par Koinkoin (rue Vien)

En rapport avec cette image de Koinkoin, une discussion eue hier avec Quackquack : Montpellier, c’est très sale. Il y a trop de tags partout sur les murs, il y a trop de poubelles non ramassées entassées dans les rues, et il y a des culs de cigarette que jonchent le moindre bout de trottoir. Et où est la verdure dans tout ça ? Il n’y en a pas. Bref, c’est pas un coin où élever ses enfants. C’était la rubrique Montpellier vu de l’étranger. Je suis assez d’accord pour le côté verdure, j’aimerai beaucoup plus de plantes et d’herbe au centre ville, pas forcément des fleurs ça me fait éternuer. Faudrait juste se démerder pour trouver des trucs adaptés au climat et qui ne demandent pas qu’on dépense de l’eau potable en masse pour de l’esthétique. Un jour je vous parlerai de comment je préférerai que vous laissiez les plantes à l’extérieur où elles se débrouillent très bien toutes seules plutôt que de gaspiller des litres d’eau potable juste pour vous faire plaisir aux yeux dans votre petit appartement, mais peut-être que la crise de l’eau potable dans les vingt ans à venir vous rappellera à ce sujet avant que je n’aie eu le temps d’y revenir moi-même. Qu’il est chiant avec son écologie ! Vous avez raison, passons à la suite.

On est allés à la Petite Scène, scène ouverte. Bon, on est pas restés. Franchement, je sais pas ce que c’est leur problème avec les lumières là-bas, l’ambiance, savent pas ce que c’est. Faut vraiment qu’on y voit comme en plein jour au mois d’août. Bon c’était scène ouverte, z’avez compris. On a fini au Beehive. C’est cher mais c’est pas moi qu’ai payé, c’est Quackquack. Merci ! Le jus de tomate est aussi bon qu’ailleurs. C’est la même marque partout.

Voilà, vous êtes bien contents·es d’avoir lu tout ça, hein ? Non ? Allez, allez, ne vous plaignez pas, je ne me suis pas plus régalé à l’écrire. Sur cette triste note, demain j’essaierai quand même de faire mieux, de toute façon on est partis·es pour se payer un temps pourri pareil pendant quinze jours, alors je ne pourrai pas utiliser cette excuse à chaque fois.

Des bisettes, et à demain !

Ah, je viens de passer la tête par la fenêtre. Il neige. C’est la première fois depuis presque dix ans que je vois la neige tenir aussi bien au sol. C’est joli. Si je l’avais vu plus tôt ça m’aurait peut-être inspiré un super article, qui sait. Tant pis.

#29 – Montpelliérien #029 – Dis-moi ce que tu prends au petit-déjeuner, et je te dirai chez moi on dit juste le déjeuner, à midi c’est le dîner et le soir le souper

Il est huit heures, je viens de faire le café après avoir pris une petite demi-heure pour lire mes e-mails. Si j’avais tenu un blog tendance bouffe saine, bouffe gourmande, bouffe qui passe bien en photo dans un salon meublé Ikéa, bouffe qui est une fois sur deux un macaron, bouffe qui est l’autre fois sur deux une verrine à la betterave ou bouffe végétalienne mais tout à fait bonne pour te faire crever de diabète et de cholestérol, bref, si j’avais eu un blog du genre, je vous aurais expliqué mon déjeuner en détail. Mais en fait là ce sera juste un café et une poire. Pourquoi une poire ? Vitamines ? Fibres ? Complémentarité avec le café au niveau des oligo-éléments ? Non. C’est parce que ces putains de poires une fois qu’elles sont mûres t’as deux jours pour les manger avant qu’elles ne prennent leur forme définitive de flaque de sucre sur ton étagère. Et je te parle pas des drosophiles qui tournicotent autour. Du coup pendant une semaine tu ronges ton frein en attendant qu’elles ne soient plus vertes pour ne pas te niquer le bide, et pendant deux jours tu dois t’en farcir cinq et tu choppes la chiasse.

Bon. Je suis désolé, je me suis un peu emporté, je vous avais promis de ne plus vous tutoyer. Je serai plus vigilant à l’avenir.

Photo par Gwlad (rue Parlier)

Pour en revenir aux apports nutritifs et à la ville de Montpellier (il est désormais impossible de nier que je suis un maître en matière de transition, je ne sais pas ce qu’on louera le plus chez moi dans les manuels scolaires à l’avenir, ça ou ma façon de digresser toutes les deux phrases), parlons un peu d’eau et de calcaire. Si vous êtes de la ville, vous le savez, l’eau en est bourrée. L’Hérault est avec les Hautes Alpes, la Savoie, la Moselle, l’Essonne, l’Oise et le Nord, le département où l’eau est la plus calcaire de France. On dit la plus dure, dans les milieux qui s’y connaissent et chez les gens qui aiment bien reprendre le vocabulaire des milieux qui s’y connaissent. Et donc, cette eau ? Faut-y la boire, faut-y pas la boire ? C’est comme vous voulez mais si vous achetez votre eau en bouteille sachez que je vous déteste. Non seulement le calcaire n’est absolument pas toxique pour l’humain, mais en plus l’eau qui en est farcie est une eau riche en calcium ! Et oui, c’est bon ça. Surtout quand comme moi on ne consomme pas de produits laitiers et qu’on a pas le budget pour s’acheter des laits végétaux enrichis en calcium tous les cinq jours. Disons que cette eau est un bon complément, elle n’est peut-être tout de même pas suffisante. Ça je ne sais pas. Je ne m’avance pas. Je ne suis ni scientifique, ni journaliste, je vous laisse faire votre enquête si ça vous intéresse. Le seul problème que le calcaire entraîne, c’est la dégradation rapide des canalisations. Mais comme vous n’êtes sans doute que locataire, vous vous en foutez un peu.

Bon, attendez deux secondes que je jette un coup d’œil à ma checklist. Hum, tentative pathétique de faire rire à base de caca et de digressions, fait. Parler de soi en des termes élogieux, fait. Parler de Montpellier, fait. Donner une information utile (optionnel), fait.

Et ben voilà ! Je crois que c’est bon pour aujourd’hui. Je n’ai plus qu’à vous souhaiter une bonne journée ensoleillée (la dernière avant une longue semaine pourrie, profitez-en, après vous viendrez pas râler que vous êtes déprimé·e), et vous supplier de revenir demain, donc si cette vidéo vous a plu abonnez-vous à ma chaîne, n’oubliez pas de cliquer sur la petite cloche pour être sûr·e d’être notifié·e des prochaines sorties, laissez un commentaire, n’hésitez pas à partager sur les réseaux sociaux, suivez-moi sur Vero, Mastodon, Minds et Google+, donnez-moi des sous via Tipeee ou Patreon, créez ma page Wikipédia, laissez-moi un bon avis sur Google, cinq étoiles sur Yelp si vous m’avez visité et que c’était plus spacieux dedans que ça ne le laissait présager de l’extérieur, adoptez-moi sur les-mecs-sont-une-marchandise-comme-les-autres.com, et achetez-moi plutôt sur Amazon que sur eBay où l’on trouve beaucoup de contrefaçons chinoises. Ciao !

#28 – Montpelliérien #028 – Le matin de tous les possibles

Si j’avais commencé à publier des articles le 1er février, celui-ci serait le dernier du mois. Mais il a fallu que je commence le 30 janvier, et donc, malgré le fait que ce soit le vingt-huitième, il m’en reste encore deux à écrire pour février. C’est le destin qui s’acharne, que voulez-vous.

Quand je me suis réveillé ce matin, je me suis dit tiens, je vais leur parler du rêve que je viens juste de faire, ça sera intéressant. Maintenant je doute. Seriez-vous intéressées·s par le fait de savoir que je suis remonté dans le temps, jusqu’en 1993, dans un hôtel en montagne, des clients partout, avec des petits couloirs et des halls où tout le monde discutait et était accessible, que j’avais dans mes poches et dans mon sac à dos toutes les preuves pour convaincre que je venais du futur, que ça intéressait les gens et me valait quelque succès auprès des filles, mais qu’il y avait là mes parents car nous y avions passé des vacances quand j’étais petit et que, me voyant à l’âge de six ans, je découvrais qu’en vérité j’étais handicapé mental et que personne ne me l’avait dit jusque là ? Est-ce que ça vous intéresse vraiment ? Parce qu’on peut entrer dans les détails si vous voulez, hein. C’est bien ce que je pensais. On va essayer de trouver un autre sujet.

En ce moment, j’ai un peu l’envie de voyager. Pas dans le temps, non, même si aussi. Juste partir de Montpellier, ne serait-ce qu’une semaine. Ça fait bien un an que ça ne m’est pas arrivé. Quant à voyager hors du sud de la France, ça fait bien quatre ans. Je crois qu’un de ces jours je vais prendre un bus et aller me perdre quelque part en Bretagne. Enfin, une dizaine de bus probablement. En un an j’ai réussi à économiser cinq-cent euros sur un compte à part auquel je m’interdis de toucher pour les besoins de la vie quotidienne. Ça me met un peu la pression de devoir les dépenser correctement, faudrait pas que mon seul voyage depuis si longtemps et qui ne se reproduira pas de si tôt soit raté. Penser comme ça c’est le meilleur moyen de passer des vacances de merde. Déjà il ne faut pas que je parle de vacances, il faut que je me dise que je pars à l’aventure ! L’aventure en auberge de jeunesse ou en couchsurfing, on ne sait jamais sur quoi on va tomber, un·e co-chambreur·se qui pue des pieds ou des punaises de lit. Héroïque épopée en perspective.

Est-ce que vous sentez que c’est le matin et que je vous écris tout ça depuis cette espèce d’état où on profite d’être encore sous l’influence des rêves pour imaginer qu’on peut changer sa vie du tout au tout, partir au Guatemala sur un coup de tête cet après-midi même, et que ce sera plaisant, et qu’on fera plein de rencontres, et qu’on prendra des apéros jusqu’à pas d’heure dans des petites cours éclairées de lampions où il y aura des musiciens et des musiciennes, des chants d’oiseau et beaucoup de rires, le tout dans une éternelle atmosphère de soirée de printemps ?

Photo par Koinkoin (rue des Gagne Petit)

Mais non, je suis bel et bien à Montpellier. Cette sensation de nuit prolongée dans la matinée commence à s’estomper et je ne partirai pas au Guatemala.

Je ne vous ai pas vraiment parlé de ce qui se passait en ville aujourd’hui. Ben non. J’ai même pas regardé. J’ai envie de dire des banalités. J’aimerai bien vous y voir vous, à faire un article par jour quand on a une vie commune comme pas permis. Donc, banalités. Il fait super beau, ça durera pas. Aujourd’hui c’est le printemps, dès après-demain c’est l’hiver qui reprend. Si vous voulez aller travailler, faites comme bon vous semble, mais moi à votre place j’irais plutôt me promener. Oui, c’est sûr, c’est pas comme ça que vous vous paierez des vacances à Hokkaido. De toute façon y a toujours un truc qui va pas avec vous.

#27 – Montpelliérien #027 – Deux concerts, zéro coup de cœur

Hier, il y avait deux concerts. Je me doute bien que ça vous intéresse moins quand je vous parle des concerts d’hier plutôt que de ceux de ce soir ou de demain, mais c’est comme ça. Ce soir y a pas grand chose et demain non plus. Emballez, c’est pesé. Normalement, l’expression « emballé, c’est pesé » veut dire que ce qu’on attendait qu’il se passe va se passer comme prévu, ou qu’on fera bien ce qu’on s’était dit qu’on ferait, mais moi je préfère « emballez, c’est pesé », dans le sens je t’ai dit ce que je pensais, ou la valeur que je donnais à ce dont on parlait, si t’es pas content·e c’est pareil, maintenant tu prends ton petit paquet et tu te casses. Emballez, c’est pesé. Hier, donc, deux concerts. Évidemment, dans tout Montpellier il y en avait plus de deux mais on en a vus que deux. Pour une fois je dis on et c’est vraiment on troisième personne du singulier pluriel puisque nous étions trois, ce qui apportera du poids quand je vous dirai que ces concerts n’étaient pas très bons, vu que je n’étais pas seul à le penser. Pas extrêmement mauvais, mais vraiment rien qui vaille le coup qu’on se déplace pour. Emballez, c’est pesé trois fois.

C’était où, c’était quoi ces concerts ? Mmh… j’ai l’impression de dénoncer des juifs pendant la Deuxième. J’aime pas trop parler de ce que j’ai pas aimé. J’ai pas non plus envie de vomir sur des gens qui se sont cassés le cul à s’organiser, prendre des instruments, monter sur scène pour faire des concerts gratuits pour le public tout ça pour remplir mon blog parce qu’il faut bien trouver un truc à dire chaque jour. Ça tient quand même un peu de ça, si j’avais pas eu de blog j’y aurais même pas repensé ce matin. Je devrais peut-être trouver autre chose…

Photo par Gwlad (rue Rondelet) – Un exemple terrible de fushi-shinjū (voir billets #009 et #013)

En même temps, Seamróg, qui passait hier au Gazette Café, et pas pour la première fois, c’est vraiment un groupe qui fait pas honneur à la musique irlandaise. C’est mou d’une mollesse à faire chialer un gros dur du Sinn Féin. Bon j’étais beaucoup moins déçu que la première fois où on m’avait dit « éh, y a un concert de musique irlandaise ! » Ni une ni deux, je sautais dans un froc et je me pointais au Gazette. J’avais failli pleurer. De déception. Deception ça veut dire tromperie en anglais. Coïncidence ? Quatre musiciennes·s qui jouaient chacun·e dans leur coin sans s’écouter les uns·es les autres. Les airs connus tellement ralentis et sans rythme ni cohésion que pas reconnaissables. Quand on les reconnaissait finalement on aurait préféré ne pas. Non là, c’était la seconde fois, je m’étais préparé. Je vais vous dire, c’est pas vraiment les musiciens qui ne sont pas bons chacun de leur côté, c’est quand ils s’y mettent à plusieurs. La chanteuse est vraiment talentueuse, elle sauve le tout. Il y a des gens qui ont aimé le concert, s’il n’y avait pas eu la chanteuse, qui est également tin whistliste, ils se seraient fait royalement chier, gratuit ou pas, le concert. Heureusement, elle est là. Je lui souhaite pour l’avenir de trouver un bon groupe, afin de poursuivre une carrière de musicienne et non de cache-misère. Faudrait juste qu’elle arrête de fumer, après la pause clope elle avait du mal à reprendre sans tousser. Moi je m’en fous, c’est pour elle. Le bassiste est également pas mauvais, il apporte un peu de rythme, mais bon sang, il en faudrait quatre comme lui dans le groupe pour qu’on puisse vraiment parler de rythme dans leurs morceaux. Le violoniste, il fait pas trop mal aux oreilles son crin-crinnage, c’est déjà ça, il apporte un peu de couleur mais je l’ai senti absent. Le guitaro-bouzoukisto-bredouilleur… Je l’aime pas. Non seulement je le trouve moyen au jeu, médiocre en chant, mais si vous voulez en savoir plus sur pourquoi je peux plus le supporter allez donc lire la seconde partie de l’article #008 – Le bağlama, ça c’est makam. Que dire d’autre ? Rien. J’ai assez dit de mal comme ça, c’est pas mon truc, je me sens barbouillé. Y en aurait à rajouter, mais vous n’avez qu’à aller les voir quand ils repasseront, ils sont du coin, vous vous ferez votre propre avis.

Le second groupe. Soal Ferdusson à la Pleine Lune. Pas mauvais concept, des ambiances bien sympathiques, mais ce soir là sans doute pas inspirés, ou fatigués, ou mal préparés. Un guitariste, un saxophoniste. Chacun des machins électroniques à tripatouiller devant lui. Jouent, samplent, bouclent, ajoutent, filtrent. Des sonorités un peu rugueuses et des rythmes chaotiques côtoient des lignes de sax suaves et reverbées à fond, la guitare est rythmique et destructurée plus que mélodique. Faut aimer les ambiances, souvent nébuleuses et brumeuses colorées, teintées de rythmes qui claudiquent sur des harmonies jazzizantes. Moi j’aime bien, mais j’ai senti comme un manque de maîtrise du côté electro-bidouille qui m’empêchait de me faire emporter totalement par le truc, des foirages quoi pour le dire clairement, même si au vu du genre, les foirages doivent faire partie intégrante du machin. Et puis c’était languissant. Pas assez de variations, le système des samples-boucles voulant que, sans doute. Après, j’avoue, j’étais sobre. C’est ma faute. J’imagine qu’un petit verre dans le nez ou quelques grammes de ganja dans le fond des poumons doivent aider à apprécier mieux. Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à Marc Ribot pendant le concert. Je sais pourquoi en vérité mais j’ai la flemme d’expliquer. Bref, c’était clairement pas nul, ça m’a simplement pas renversé. Mais ça m’a quand même donné envie d’en savoir un peu plus sur ce qu’ils font ces deux mecs, j’ai l’impression que c’était juste pas leur meilleur soir. Enfin, pareil, z’avez qu’à aller écouter par vous même la prochaine fois qu’ils passent, vous vous ferez votre propre avis et on en recausera ensuite.

Si vous avez lu jusque là bravo. Même moi je ne l’ai pas fait. Passez donc un bon dimanche, prenez le temps de faire les choses, ne vous pressez pas, on arrivera tous·tes à lundi en même temps.

Emballer ses pesées, ça fonctionne grammaticalement mais ça n’a aucun sens.

#26 – Montpelliérien #026 – C’est où déjà ?

C’est bien compliqué de vous écrire chaque jour une note de blog susceptible de vous intéresser. Est-ce que c’est aussi compliqué que de prendre chaque jour sa caisse pour aller bosser dans une boutique de souvenirs l’hiver à Palavas ? Non. Oui. Ça dépend de ce qu’on entend par compliqué. Si vous posez des questions bêtes aussi, attendez vous à. Je ne finis pas la phrase parce que tout le monde sait très bien comment elle va se terminer. Je nous économise les clichés langagiers.

Hier un ami me disait que pour prendre le contre-pied des blogs « tendance » à séries « lieux où il faut être » je devrais faire une série « lieux où il ne faut pas être », mais n’ayant pas plus que ça le goût du sacrifice je ne suis pas tellement chaud pour aller me faire chier dans des endroits qui ne me plaisent pas tout ça pour vous amuser.

Où me disait-il ça mon ami ? Au bar de la Panacée. La Panacée c’est dur à trouver. J’y suis souvent allé, je me trompe encore de rue un coup sur deux. Hier je me suis trompé, par exemple. La Panacée, c’est pas chaleureux, mais y a une petite cour sympa. La musique est vraiment nulle, mais au moins elle ne vous empêche pas de vous parler. Les boissons sont chères, mais les bouteilles d’eau et gobelets sont en libre service et bien en évidence pour ceux·elles qui ne veulent pas boire d’alcool. Il y a des œuvres d’art, d’art contemporain (je ne parle pas d’époque, je parle d’art marchand), c’est souvent très mauvais, mais c’est juste à côté, dans la galerie jouxtant le bar et y en a jusque dans les toilettes.

Photo par Koinkoin (toilettes de La Panacée)

Ouh la la, vous vous dites. Galerie, art, toilettes, urinoir… il va nous parler de Marcel Duchamp. Et bien non, je ne vais pas vous en parler. D’une parce que je n’ai aucune idée précise de ce dont je vais vous parler, et de deux parce que je n’y connais rien en arts plastiques. Je sais pas si cette expression est toujours d’usage en dehors des études. Mais attention, ce n’est pas quelque chose dont je suis fier, fier d’être ignorant ce serait quand même quelque chose, non, j’en aurais même plutôt honte si je ne m’étais pas rendu compte avec les années qu’on ne peut pas tout savoir sur tout. Je sais pas mal de choses en ce qui concerne les arts de la musique, de la littérature, de la B.D. et des magazines satiriques des années 60, mais pour ce qui est de la photo, de la peinture, de la sculpture ou des structures (c’est pas ça le mot, non ? des installations ? vous voyez, j’ai même pas le vocabulaire), ben j’y connais rien. Alors c’est pas moi qui vais vous parler de Marcel Duchamp, né à Blainville-Crevon (Seine-Maritime), le et mort à Neuilly-sur-Seine, le , qui est un peintre, plasticien, homme de lettres Français, naturalisé Américain en 1955. Depuis les années 1960, il est considéré par de nombreux historiens de l’art et de critiques comme l’artiste le plus important du XXe siècle. Déjà, André Breton le qualifiait d’« homme le plus intelligent du siècle ». Notamment grâce à son invention des ready-mades, son travail et son attitude artistique continuent d’exercer une influence majeure sur les différents courants de l’art contemporain. Il est vu comme le précurseur et l’annonciateur de certains aspects les plus radicaux de l’évolution de l’art depuis 1945. Les protagonistes de l’art minimal, de l’art conceptuel et de l’art corporel (body art), dans leur inspiration, leur démarche artistique et idéologique, témoignent de l’influence déterminante de l’œuvre de Duchamp. Il aurait également été, d’après les nombreux essais qui lui sont consacrés, l’inspirateur d’autres courants artistiques dont le pop art, le néodadaïsme, l’op art et le cinétisme.

Bon, je vais pas vous copier l’intégralité de l’article Wikipédia, les meilleures blagues sont les. (voir explication plus haut)

Mais il est déjà 08h45, l’heure d’aller faire un tour du côté du marché des Arceaux. Je vais y humer l’ambiance et mater les livres des bouquinistes que je pourrai pas acheter ce mois-ci. À l’esplanade Charles de Gaulle aussi y a des bouquins, mais y a pas de légumes bio de producteurs locaux et puis ils sont jamais installés avant 10h, je n’y passerai donc qu’une fois que j’aurais bien fait le tour des Arceaux.

Sur ce, bon samedi bien gris ! Et qui sait, j’aurai peut-être un truc intéressant dont vous causer demain. Même si rien n’est moins sûr.

Ah mince ! C’est maintenant que j’ai la bonne idée. J’aurais dû vous parler du marché de l’art et du marché des Arceaux ensemble dans une grande métaphore qui vous aurait scotché·e, mélangeant sérialisme et agriculture biologique sans vous laisser vous apercevoir que je n’y connaissais rien ni en l’un ni en l’autre. Dommage.

#25 – Montpelliérien #025 – La qualité avant tout

Je suis un peu embêté. Sur sa camionnette, le menuisier a deux autocollants. J’aurais pu dire stickers pour faire jeune, mais je dis autocollant. Ce qui peut faire vieux. Il n’y a pas de mot pour faire entre les deux. Je suis donc encore un peu plus embêté. « Mais qu’est-ce qui t’ennuie ? », allez-vous me demander. Allez-y, demandez-moi. J’attends.

Merci. Et bien je vais vous répondre. Ce n’est pas que les autocollants soient du type à message raciste, et ce ne sont pas des autocollants complotiens non plus. Non, pas ça. Ce sont des autocollants QUALIBAT. Mais si, vous connaissez QUALIBAT, le dessin c’est une sorte de pyramide bleue, avec inscrit QUALIBAT dessous. C’est celui d’un organisme de certification des métiers du bâtiment, qui donne une information sur la qualité, les compétences d’un artisan. Qu’est-ce qui me chagrine alors, si le menuisier est certifié QUALIBAT ? Et bien, il a un autocollant de certification pour 2014 et un pour 2016. Ah, ça y est ! Vous le voyez le problème ? Non ? Et bien, si on délivre une certification tous les ans, ça veut dire qu’il a été bon en 2014 et en 2016 mais que son travail était de qualité insuffisante au minimum en 2015 et en 2017 ! À moins qu’il ne soit menuisier que les années paires. Ce qui est possible. Mais 2018 ? Hein ? On ne sait pas, on ne peut pas savoir, on est tout juste en février 2018, et c’est bien ça le pire. Ce qui nous amène à la seconde partie du problème. Même dans le cas où le certificat serait délivré une fois toutes les deux années seulement, impossible de savoir s’il ne l’a pas encore eu pour 2018, ou s’il en a bien fait la demande mais qu’on a jugé son travail trop mauvais pour le lui accorder. Et oui ! Dans les deux cas c’est insoluble.

Voilà. C’est pour ça que je suis embêté. Avouez que c’est embêtant. De ne pas savoir si le menuisier qui vient chez vous connaît son métier ou si c’est un branquignole, et de n’avoir aucun moyen de le savoir sans le lui demander, ce qui serait gênant. Bon enfin, il faut relativiser, ce n’est pas moi qui l’ai appelé cet artisan, je n’ai pas besoin d’un menuisier en ce moment. Mais il a garé sa camionnette en bas de chez moi, alors ça me fait me poser des questions.

Photo par Gwlad (rue du Grand Saint Jean)

Quoi il faut que je vous parle de Montpellier ? Il faut, il faut… pas vraiment non. J’en parle si j’en ai envie. Mais puisque vous insistez, voilà le programme : ce soir, je n’ai absolument aucune idée de ce que vous pourriez bien faire à Montpellier. Surprenez-moi, surprenez-vous. C’est vendredi, les étudiants·es seront de sortie, tant mieux, ça va mettre un peu d’ambiance. À moins que pour les vacances ils et elles ne soient rentrés·es en masse chez maman-papa. Dans ce cas, tant mieux, vous serez au calme. Il y a des bars, des salles de concerts, des bars avec concerts. Y a des trucs gratuits, des trucs payants. C’est fou ce qu’il y a de choix. Si vous savez vraiment pas par où commencer vos recherches, choppez le premier Mama Sound qui vous tombe sous la main. Tout est dedans. Si vous trouvez un bon plan, vous pouvez toujours m’inviter à boire un jus de tomate, vu que j’ai rien prévu et que j’aurai pas le temps de prévoir quoi que ce soit avant que le soleil ne se couche. Non je ne suis pas un vampire, je suis juste occupé.

Je me relis pour les fautes et je me dis que c’est pas avec ce genre d’articles que j’obtiendrai l’autocollant QUALIBLOG cette année. Tant pis.

Allez, je vous fais des bises. Aujourd’hui vous n’aurez décidément ni qualité, ni quantité. Passez tout de même une bonne journée, une bonne soirée, et à demain !

De toute façon je m’en fiche, je sais pas ce que j’en aurais fait de cet autocollant, j’ai pas de camionnette.

#24 – Montpelliérien #024 – Vous vous êtes perdu·e ?

Lectrice·eur, j’ai une question à te poser : que viens-tu chercher ici ? Ça te dérange si je te tutoie ? Bon. Mais franchement, depuis le temps qu’on se connait maintenant… Enfin, du coup, qu’est-ce que vous venez chercher ici ? Chaque jour je mate les stats de la veille, et chaque jour je suis étonné par le nombre croissant de visiteurs·ses. Moi qui comptait faire ce blog plutôt pour moi et m’entrainer à écrire un peu tous les jours, je commence à ressentir comme l’ombre d’une pression. Rien de trop inquiétant mais quand même. Pourtant je n’ai même pas encore parlé de Delfeil de Ton ! Je veux dire, j’aurais rédigé une note sur l’écriture inclusive, la féminisation des noms de métiers et fonctions, genre un article susceptible de générer du clic et du trafic, comme le disent les plus fins webologues, je comprendrais, mais ce n’est pas le cas. Enfin, ça viendra quand même. Un ami m’a encore demandé hier quand est-ce que ça viendra, je lui ai répondu comme à vous que ça viendrait.

J’ai dit que je comptais le faire pour moi, d’accord, mais bien sûr que j’espérais avoir quelques personnes pour me lire. Donc je suis ravi. Au départ, moi qui me suis désabonné de Facebook et de Twitter il y a un bon moment, je refusais de passer par les réseaux sociaux. J’aime pas du tout l’influence que ces machins-là ont sur notre quotidien. J’aime encore moins qu’aujourd’hui ils soient un passage obligatoire pour diffuser quoi que ce soit. Je vais faire vieux con là, mais je suis nostalgique de l’époque où tout ça n’existait pas et où on voguait de lien en lien, de site en site, tels des tarzans dans la jungle de l’internet 1.0. Sur chaque blog, la personne nous proposait des liens vers d’autres blogs et sites qu’elle affectionnait, et ainsi chaque jour on en découvrait. Ces liens on les gardait en marque-pages ou en liste de flux RSS qu’on allait consulter chaque jour, sans attendre que le blogueur ou la blogueuse nous les envoie sous le nez via la plateforme commerciale de son choix. J’ai voulu faire ça les quinze premiers jours, mais ça ne marchait pas. Je vois par les stats du blog que personne ne va sur les pages liens et RSS. Prenant conscience de ceci et en en parlant avec des amis, je me suis résolu à relancer Twitter. Facebook c’est mort, n’y comptez pas, je chie dessus toute ma colique acide.

Un nouveau compte Twitter, donc. Je ne tweete qu’une fois par jour, pour informer d’une nouvelle note de blog. Ça ne marche pas si bien, ça ne marche pas si mal. En tout cas, au final, vous ne venez clairement pas tous ici par ce biais-là. Le monde est plein de surprises. Tout ça me fait donc chaud au cœur. Mais par contre ça me fait mal aux seins d’avoir craqué, donc si ça continue à bien marcher sans, je le fermerai sans doute un jour. Car oui, dans mes rêves les plus fous, mes amies·s et lectrices·eurs passent le lien vers mon site à leurs amies·s Montpelliériennes·s et de bouche à oreille le blog se fait connaître sans passer par les réseaux sociaux du tout. Un truc un peu underground quoi. Mais hélas, il faut bien se rendre à l’évidence, le bouche à oreille pour les sites, ou le touche à e-mail, ça ne se fait plus beaucoup, c’est un chapitre presque clos de l’histoire des pratiques de l’internet. Je dis presque parce que je sais que certains·es d’entre vous l’ont fait et que d’autres sont venus·es par ce biais. Et ça, ça fait plaisir ! Vous, vous êtes de vrais vieux et vieilles comme moi. On chantera the Hamptser Dance ensemble à la prochaine IRL des blogueurs·ses (vérification faite, cette rencontre IRL a existé à Montpellier mais c’est fini, et je ne parle pas des deux rencontres IRL BlogBD que j’ai organisées en 2006 et 2007, ou 2007 et 2008, me souviens plus, non non, des IRL genre blog mode et tendance où j’aurais parfaitement eu ma place).

Photo par Gwlad (rue Meyrueis)

Montpellier, hein ? Ben hier on est allés à la Petite Scène au final, pour la Jazz Session suivie d’une Jam Session. Je vous avais bien mal orientés·ées, hier, en vous glissant deux lieux où les conso sont obligatoires. Je ne le referai plus. Bon. La Jazz Session était… sympa sans plus. En même temps y avait dégun, les musiciens avaient pas de quoi se chauffer la motivation. C’était un trio, piano, contrebasse, guitare. Le guitariste était sympa, le contrebassiste avait une mèche, le pianiste était discret. C’est mou ? Oui ben j’essaie de rendre honneur à leur style. Eux aussi c’était mou. Pas mauvais, y avait tous les éléments du jazz, mais mollement, pas motivément, puisque-on-est-là-autant-jouer-mais-ça-nous-emballe-pas-plus-que-çament. Enfin, comme je l’ai dit, ça se comprenait on devait être six dans la salle.

Plus tard deux autres musiciens sont montés sur scène pendant la Jam Session et là ça a commencé à envoyer de façon bien sympathique. En premier lieu un batteur qui a apporté l’énergie qui manquait, qui savait écouter, qui improvisait très bien, qui tapait peut-être un peu trop sec à mon goût, manquait de moelleux. Mais vraiment très bon. Puis un saxophoniste, est-ce que c’était vraiment un saxo ? Il commençait à se faire tard et on est partis pas longtemps après. Je dois vous avouer que la soirée au bar, sans alcool, je m’étais habitué, sans clopes, puisque j’ai re-arrêté, c’est beaucoup plus dur, je manque de repères, ça me frustre pas mal. Enfin, ce joueur de peut-être saxo à commencé à relever le tout de petites épices harmoniques, à apporter des solos qui prennent aux tripes et des couleurs variées sans laisser à entendre un seul instant d’hésitation. Je dis ça juste après vous avoir expliqué que j’étais pas assez attentif pour retenir l’instrument dont il jouait, c’est vraiment se foutre de votre gueule. Et vous vous ne dites rien ?

Sinon j’ai rêvé que Pomme de Reinette et Pomme d’Api était en liquidation, et qu’avec Koinkoin (qui nous fera bientôt des photos pour le blog) on entrait dans leur local complètement vide, c’était très étonnant, d’autant que je ne me souvenais pas de cette immense partie où ils vendaient des cuisinières qui pour le coup leur restaient sur les bras. Et oui, il faut être moi pour faire des rêves comme ça, ce n’est pas à la portée de n’importe qui.

Allez, assez de bêtises pour aujourd’hui.

Nostalgique du net pré-réseaux-sociaux

(non, je garde pas ce pseudo non plus, je suis pas nostalgique en vrai, parce que je sais que dans le futur, les réseaux sociaux on les aura foutus par les fenêtres, c’est un truc de vieux les réseaux sociaux)

#23 – Montpelliérien #023 – R.A.S. au R.S.A.

Je vous ai dit que j’avais plus une thune ? Ah, oui. Je vous l’ai dit hier même. Je sens que vous vous êtes inquiétées·s. Il ne fallait pas. Non, vraiment, tout ça est bien mérité. On ne m’a pas volé, on ne m’a pas viré. J’ai décidé de faire la mendicité à la société plutôt qu’à… Ah attendez, j’ai un tout petit texte écrit il y a plus de deux ans, je vais vous le mettre là, il est de circonstance.

La charité

Hier, je sors de chez moi, un mec barbu devant ma porte se précipite pour me demander du pognon. Arrivé au bout de la rue, un mec pieds nus se précipite pour me demander du pognon. Au distributeur, une femme âgée reste assise pour me demander du pognon. Devant les portes du supermarché, un gringalet titube vers moi et me demande du pognon. À la caisse, une fille fatiguée me demande du pognon. En sortant, le même gars qui titube me redemande du pognon. Je vais m’asseoir dans le parc pour manger mon sandwich, un type s’assied à côté de moi pour me demander des clopes. Ou du pognon. Je rentre à l’appartement, j’ouvre mes e-mails, un virement n’est pas passé, mon agent immobilier me demande du pognon. À peine ai-je le temps de répondre au message que mon téléphone sonne, c’est mon banquier, il me demande du pognon. Il faudrait vraiment que je cherche du travail, mais je n’ose pas aller trouver un patron, il va bien se douter que je viens lui demander du pognon.

Voilà, voilà. On peut pas dire que ce soit un grand texte à thèse sur la défense du sans-emploiïsme, mais c’est tout ce que j’avais en stock. En tout cas, on peut pas m’accuser de n’être pas la France qui se lève tôt, comme disait un certain Sarkozy aujourd’hui oublié de l’Histoire et c’est tant mieux. Puisque tous les matins je suis debout à 7h30. Avant c’était 7h45, maintenant c’est 7h30, j’aime être un poil en avance sur le soleil. Vous en connaissez beaucoup vous, des qui se lèvent si tôt alors qu’ils ne travaillent pas et qu’ils ne cherchent pas de travail ? Oui, en fait il y en a beaucoup. Ça s’appelle des « retraités », retenez bien ce mot, un jour vous en rêverez. Oh mais bien sûr, je vous vois venir, 7h30, c’est de la gnognotte. Combien se lèvent à 6h, pour se préparer, déjeuner, lever les enfants, les préparer, les faire déjeuner, les amener à l’école, faire quarante-cinq minutes de voiture jusqu’au boulot, travailler leurs sept heures, et rentrer chez eux, récupérer les enfants, leur faire faire les devoirs, leur faire à manger, manger soi-même, les mettre au lit, se mettre au lit, tomber dans un sommeil sans rêve et rebelote le lendemain ? Tout ça pour un SMIC ? Et ben, si vous croyez que c’est avec des descriptions d’un enfer pareil que vous me donnerez envie d’aller me faire employer… Je comprends que certaines·s aient fait des erreurs au cours de leur vie, ou que d’autres n’aient juste pas eu les moyens de voir le piège se refermer sur eux·elles, mais s’il vous plaît, ne me dites pas que pour vous c’est la seule manière correcte de vivre. Ça c’est pas possible.

En fait, c’est même pas de bosser qui me gène, je crois. C’est de faire ça parce que tout le monde le fait dans des conditions à peu près similaires, dans l’urgence, sans trop se poser de question. Comme si leur survie en dépendait, prennent le premier job qui leur tombe sous la main sans se soucier de ce que ça implique pour eux et pour les autres, d’aller bosser chez McDo par exemple… Ce qui m’ennuie surtout, c’est de faire les choses pour le pognon. Je fais un blocage sur ça. Faire les choses pour de l’argent me paraît sale. Se pourrir la vie, et celle des autres parfois, pour de l’argent… C’est immonde. Travailler à atteindre des objectifs qui nous sont chers, à faire le monde un peu moins moche, à faire que les gens soient un peu moins malheureux, je le conçois et j’admire. Il y a de beaux métiers qui incidemment rapportent à ceux et celles qui les exercent un petit paquet de fric. Ça ne me pose pas plus de problème. Mais il y en a peu dans le genre, et peu de gens qui envisagent le travail de cette façon. Du coup je préfère en rester à mon bénévolat dans les diverses associations qui me tiennent à cœur.

Photo par Gwlad (rue Albert Leenhardt)

Je viens de calculer, là, comme ça pour voir, ces textes que je ponds tous les matins, d’une moyenne de 900 mots par texte, et bien si j’étais payé pour, à 75€ les 1000 mots, ça me ferait un peu plus de 1800€ par mois. Ouais, je sais, faudrait que quelqu’un ose me payer pour ça, sans doute que les autres patrons de presse se moqueraient de lui·elle. Je vais lui économiser ça, je n’irai pas le ou la trouver pour lui demander du travail. Vous voyez, je suis un chômeur altruiste.

Blague à part, ce que je cherche bien maladroitement à vous dire c’est que de ne pas bosser, ce n’est pas simplement le choix du fainéant. Du feignant. Non, définitivement du fainéant. Connaissez la différence ? Oui ? Ben tant pis, je vais la dire quand même, j’ai envie d’étaler ma science. Le fainéant, ou la fainéante, c’est celui ou celle qui fait néant, qui ne fait rien. Au contraire, le feignant ou la feignante, c’est celui ou celle qui feint de faire, qui fait semblant de travailler. Donc soit fait mal la tâche qu’on lui a assignée, soit ne fait rien, seulement il faut démasquer son petit stratagème avant de s’en rendre compte. Le fainéant et la fainéante assument, alors que le feignant et la feignante jouent la comédie. Choisissez votre camp.

Donc, ne pas vouloir gagner de thune, ça va plus loin que de ne pas vouloir bosser. Par exemple je vais bientôt sortir un petit recueil de mes textes écrits pour un magazine gratuit, il y aura d’ailleurs dedans le texte sur la charité que vous avez lu plus haut, ce recueil fera 100 pages, il me coûtera 250€ les cinquante exemplaires. Et il sera gratuit. C’est du suicide me dites vous ? Disons pas du suicide, mais la promesse de ne pas manger équilibré pendant un bon mois pour quelqu’un au RSA. Mais c’est un choix que je fais, un choix motivé par autre chose que l’envie de ne rien glander, vous vous en rendez bien compte ? Enfin, on en rediscutera un jour, si j’ai au moins réussi à vous faire ne serait-ce que pressentir que parfois les gens qui ne travaillent pas, ce n’est pas juste pour profiter des autres, c’est parce que l’argent ne les attire pas ou que l’organisation du travail les repousse, ce sera déjà ça.

Bon. Ce soir il faut bien sortir quand même, on est pas des bêtes. Mauvaise expression. On est des bêtes, mais on n’est pas des bêtes du genre qui vivent au fond des grottes. Bon, z’avez pigé. Et où qu’on va quand on a pas de thunes ? On va là où les concerts sont gratuits et où les patrons·nes nous font pas trop chier quand on consomme pas, j’ai donc repéré pour ce soir cinq [quatre ?] trois concerts gratuits dans le Mama Sound. Ben oui, vous voulez que je les repère où ?

On nous dit que c’est du jazz : Gramophone Stomp à 20h30 à L’Angélus (rue de l’ancien courrier) apparemment c’est un resto, oubliez si vous avez pas la thune, Little Guinguette à 21h au Gazette Café (à deux pas de la gare), et la classique Jazz Session à 21h30 à la Petite Scène (quartier Saint Roch). [On nous dit que c’est du blues : Siryel  à 21h au Willie Carter Sharpe (3 rue Collot, juste à côté de la place Jean Jaurès) Mais paraît qu’ils font chier pour laisser rentrer le gens si y a pas de places assises donc ça voudrait dire qu’il faut absolument consommer, j’irai vérifier ça par moi-même un de ces jours. En attendant, allez-y, allez-y pas, ce sera la surprise]. On nous dit que c’est risqué : soirée Open Mic à 20h30 au Black Out (derière les Halles Castellane).

Voilà. Dites-donc, ils sont de plus en plus longs ces articles. Alors que je n’ai pas de plus en plus de choses à dire. C’est mauvais signe. À demain si je n’ai pas fait un burn-out.

#22 – Montpelliérien #022 – Du Satin Blanc

Alors ça va mieux vous ? C’était pas la forme hier. Comment ça moi ? Moi, ça allait très bien, seulement je ne voulais pas vous laisser seul·e à votre déprime alors, par solidarité, vous voyez quoi… Enfin, aujourd’hui vous avez repris des couleurs, on va en profiter pour causer un peu d’autre chose. On va causer cinéma.

Hier, donc, j’étais au pub. Et oui. Pas pour boire, pour voir un film, faites un effort s’il vous plaît. J’avais lu le matin même dans le e-metropolitain (comme l’article parlait d’autre chose que de gendarmes, de flics, d’affaires scabreuses et de faits divers morbides je n’avais pas reconnu le site au départ) qu’un film Montpelliérien, Du Satin Blanc, devait être diffusé le soir même au pub tendance irlandisante O’Sullivans. Donc, moi quoi faire ? Petite journée petit moral, soirée film : c’est idéal. Je me dis allons-y. S’il est pas bien ça me donnera l’occasion de le critiquer sur mon blog (voyez si je suis vilain quand j’ai pas toutes mes vitamines), s’il est bien je pourrai en parler aussi. Je vous spoile la fin de l’article, au cas où vous n’ayez pas le temps de le lire en entier parce qu’il est long : j’ai passé un très bon moment.

Est-ce que je vous raconte comment je n’avais pas vérifié l’heure avant de partir et que j’étais en avance, et comment je suis allé marcher une heure après avoir pris ma place parce que je n’ai plus une thune et que c’était soit la place pour le film, soit un jus de tomate ? Non, je ne vous le raconte pas, vous n’aurez qu’à l’imaginer. On va passer au film.

Juste avant, je tiens à dire que les spectateurs étaient accueillis par Gloria Rodenas et Camille Amilhat. Gloria Rodenas, c’est la réalisatrice du film, elle est également co-scénariste et actrice. Camille Amilhat est elle aussi co-scénariste et actrice. Si j’ai bien fait mes devoirs, je ne dirai pas de bêtise en racontant qu’elles sont toutes les deux à la base du projet, et donc qu’apparemment elles l’accompagnent attentivement dans les lieux où il est projeté. C’est une preuve que leur film leur tient à cœur. Je ne leur ai pas demandé si elles étaient présentes à chaque fois, mais si c’est le cas elles ont dû voir du pays puisque le film a été sélectionné pour des festivals à Moscou, Calcutta et Aoste, et a même remporté deux fois le prix du meilleur long-métrage indépendant à Londres et à Berlin. Indépendant, il l’est, car le financement s’est fait en bonne partie sur KissKissBankBank (8500€). Le reste du financement ce sont deux aides : une par la ville de Montpellier via la Bourse Initiative Jeune, l’autre par le Crédit Mutuel via le prix Jeunes Qui Osent. Je crois que Gloria a annoncé les chiffres exacts de ces subventions-là, mais j’ai pas été assez rapide pour noter, dommage. Ça, ça aurait pu vous intéresser si vous étiez jeune réalisatrice·teur. Heureusement que je ne suis pas payé pour écrire, ce serait un scandale.

Photo par Gwlad (rue du Grand Saint Jean)

Vous en voulez du Montpellier ? Du Satin Blanc vous en donne. Des rues, des places, des références, ça foisonne. Dès la séquence d’introduction. C’est plaisant. En tant qu’habitant de la ville on s’identifie pas mal. Regardez, les verres dans lesquels les personnages boivent le pinard, c’est ceux des Estivales, comme chez tout le monde ici. On ne les voit pas se briser à peine posés dans l’évier, mais on l’imagine très bien. Ce n’est pas l’essentiel du film, ce Montpelliéranisme exacerbé, mais c’est quand même agréable de voir sa ville comme un décors de cinéma pour une fois, plaisir d’ordinaire réservé aux Parisiens. La dernière fois que j’ai vu Montpellier dans un long-métrage, c’était dans Didier, la comédie d’Alain Chabat dans laquelle il joue un labrador transformé en homme. Hum.

L’histoire… Mais ai-je envie de vous raconter l’histoire ? Non j’en ai pas envie, j’aimerai plutôt vous parler de ce qu’a provoqué le film chez moi. Le synopsis vous pouvez le trouver n’importe où. Enfin on a quand même besoin de parler des personnages avant, ne serait-ce que pour nommer les acteurs principaux. Les personnages, donc : quatre jeunes entre vingt et trente ans, chacun leur genre, chacun leurs soucis. Gloria RODENAS joue Rose, employée d’un salon de coiffure, sur le point de se marier. Camille AMILHAT joue Lily, jeune fille qui semble enchaîner les relations extra-courtes et qui aimerait bien trouver le bon mec. Lise-Dehlia CHEMSSEDDOHA joue Sarah, jeune mère au chômage qui élève seule sa fille de six ans, Amina (jouée par Léna TASSEL). Enfin, David GUERCHON joue Simon, jeune mec qui cherche son homme parfait, en attendant lui est l’ami parfait de Sarah.

Voilà. Qu’est-ce que je voulais en dire de ces personnages ? On écrit, on écrit, et puis on fini par se perdre. Laissez-moi me relire. Ah oui. Les personnages sont tout le film. C’est un film réaliste, il n’y a pas plus d’intrigue qu’il n’y en a dans nos vies. Il y a des évènements, il y a des attentes, de la part des personnages et donc des spectateurs, mais il n’y a pas de dénouement d’une situation attendue depuis le départ dans un grand feu d’artifice. Et ça, ça ! C’est vraiment bon. Ça fait du bien. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de progression visible au cours du film. Il y en a. Chaque histoire avance de son côté et notre relation aux personnages se développe, donc on se laisse être de plus en plus touchés·ées par eux. Autrement dit, les évènements prennent de l’importance à mesure que la bande en prend pour nous, mais on ne nous impose simplement pas une histoire principale. Choisissez celle qui vous plaît le plus, et au final laissez-vous séduire par toutes.

Ce qui m’a le plus touché chez ces personnages, c’est, outre le fait qu’ils soient tous extrêmement sympatiques et qu’on aimerait faire partie de leur groupe d’amis, la manière dont chacun·e semble être dans une situation parfaite à un moment donné, mais comme en vérité chacun·e peut se mettre à souffrir une fois seul·e dans son coin. Et de quoi chacun·e souffre-t-il ou t-elle ? De peines de cœur. Évidemment. Pas très original vous allez me dire. Non. Mais c’est bien fait. C’est doucement traité. Oui, c’est ça. D’une, je trouve que c’est un thème important de notre époque. Aujourd’hui, chacun·e se montre sous son meilleur jour, publie son meilleur profil, raconte ses meilleures anecdotes, passe sous silence ses doutes et chagrins. Mais même la nana super mignonne qu’a l’air d’avoir tous les mecs qu’elle désire à ses pieds connaît ses moments de solitude, même la fille qui va se marier avec l’amour de sa vie a ses petites faiblesses dans son rapport aux autres qui finissent par lui nuire, même la bonne pote qu’a toujours la patate et le sourire au bec, qui fait marrer tout le monde, des fois elle chiale le soir quand elle est seule. Et de deux, c’est traité sobrement, c’est très naturel. Rien de plus rien de moins que ce par quoi nos amies·s et nous sommes tous passées·s. Pas de grand drame. Pas de violons en renfort des situations désespérées, de grands cris, de vaisselle qui se brise. Quand les personnages pleurent, ils pleurent en se cachant, avec toute la pudeur qu’on met dans ces instants-là. Quand ils souffrent dans une scène, rien ne vient nous forcer à trouver plus d’intensité à celle-ci qu’à la précédente, celle où le petit groupe passait du bon temps ensemble, où l’on se réjouissait justement des liens forts qui peuvent se tisser entre des personnes qui s’aiment, qui se choisissent comme famille. Il y a pourtant des passages assez poignants, moi en tout cas j’en menais pas large quand j’ai compris ce qu’impliquait la scène tournée à la place de la Canourgue (c’est ma façon de spoiler le moins possible, tant pis si vous comprenez rien à ce que je raconte), mais ce n’est pas parce qu’on m’y a incité en me piquant les côtes avec du piano triste, ni en me découpant des oignons en rondelles de ralentis dramatiques sous le nez (cherchez pas, ça veut rien dire). Non, c’est parce que je m’étais lié au personnage et que je me sentais concerné. J’avais envie de faire quelque chose pour elle, mais en tant que spectateur, hélas, j’étais impuissant.

Photo par Gwlad (rue du Grand Saint Jean)

Sur ce film souffle un petit vent frais, donc. L’histoire n’est pas ultra originale, c’est vrai. Comment le serait-elle puisqu’il s’agit du quotidien de personnages qui pourraient être vous, qui pourraient être moi ? Mais je suis resté dans le film du début à la fin, je n’ai pas décroché un seul instant quand bien même, à l’exception des acteurs principaux, le jeu était parfois approximatif. J’aurais vraiment aimé les connaître ces personnages, ils me semblaient exister pas loin, à deux rues de chez moi. Ils m’ont rappelé ma vie de jeune adulte, la vie en groupe d’amis, des choses qui me manquent un peu aujourd’hui. Parle-t-on du fait que dans les cinq personnages principaux il y a trois jeunes femmes, une petite fille et un seul mec, et qu’il est homo ? Non. On n’en parle pas, l’article est déjà bien trop long pour une simple note de blog comme ça en passant, mais ça fait également du bien cette originalité de plus. Je le déplore bien, que ce soit une originalité, le fait de ne pas avoir un mec hétéro qui finira par séduire une nana en tant que personnage principal, mais dans le monde dans lequel on vit, c’en est une. Message aux producteurs bornés : en tant que mec hétéro moi-même, ça ne m’a pas empêché de m’identifier aux personnages. Osez sortir des modèles habituels, ça fait du bien à tout le monde.

Il y a beaucoup de choses à dire, et j’écris trop mal pour les dire bien. Si je devais résumer mes sentiments là, vite fait : je suis allé voir le film le moral dans les chaussettes et j’en suis sorti apaisé, un petit sourire aux lèvres. Je me suis dit que j’avais pas perdu mon temps. Je me suis dit aussi qu’il y avait des gens qui avaient dû soulever des montagnes pour faire un film qui parle de la simplicité en même temps que de la complexité du quotidien, des joies de la bande de potes et des petites souffrances solitaires, et que ça, ça faisait plaisir. Qu’elles et qu’ils avaient dû faire tout ça avec très peu de moyens et avec une volonté énorme, et c’était émouvant. Je me suis laissé dire par Gloria et Camille, en discutant deux minutes avec elles avant de partir, qu’un nouveau projet était en cours d’étude, on suivra ça de près. J’ai aussi entendu dire que le film existait en DVD, si vous n’avez pas l’occasion d’aller le voir diffusé en salle ou dans un pub, c’est une option. Moi j’avais même pas les cinq euros pour me le payer, tant pis. J’aurais bien aimé les encourager plus, d’autant que les sous récoltés par les entrées et les DVD servent semble-t-il à inscrire le film dans divers festivals autour du monde. C’est comme ça qu’un film indépendant vit. Doit-on le rappeler ? Je le rappelle.

Bon c’est trop long et c’est confus. J’arrête là. Bonne journée à tous et toutes et à demain.

#21 – Montpelliérien #021 – Ça ira mieux demain

Alors, ils vous ont plu les petits films d’hier ? C’était rigolo ? Bien. J’espère que vous en avez profité. Aujourd’hui c’est un lundi. Aujourd’hui c’est pas drôle. Les personnes qui travaillent retournent au travail, les étudiants retournent en vacances, et moi je ne retourne à rien. Si vous voulez de la bonne humeur, il est toujours temps d’arrêter là ou de retourner lire un article plus ancien. Z’êtes prévenus·es.

Hier, je vous disais en passant que j’étais fatigué, comme souvent mais plus encore. Que quelqu’un avait du mettre quelque chose dans mes cigarettes samedi soir. Évidemment c’était faux, j’ai juste tiré sur quelques joints qui passaient devant moi. J’aurais pas dû. J’ai passé la soirée flippé, à pas pouvoir dire un mot, j’ai passé le lendemain au lit et déprimé comme ça faisait très longtemps que ça m’était pas arrivé, submergé par la honte d’avoir cédé alors que je savais que ça se passerait exactement comme ça. C’est toujours le cas maintenant quand je fume. Même une ou deux taffes. Le problème c’est que je n’arrive pas à refuser un joint. J’arrive à ne plus en acheter, à ne plus y penser au cours des journées, mais si on m’en propose je prends. Dans ces soirées-là, toujours avec les mêmes personnes, le résultat est toujours le même. Ça fait des années que ces gens-là ne me voient que dans cet état, puisqu’il y a toujours des joints à ces soirées. J’en éprouve une honte terrible. Parmi eux, que des amis que j’apprécie vraiment mais avec qui on ne se voit jamais qu’à l’occasion de soirées apéro dans lesquelles invariablement on me tend un joint que je prends et boom. D’ailleurs l’une de ces personnes qui sait très bien que ça fait quatre mois que je ne bois plus m’a même proposé de la bière en cours de soirée. Incroyable. Je veux bien avoir une volonté assez solide pour arrêter l’alcool et la fumette, voire la clope en même temps, en tout cas l’alcool sûr et la fumette quand on ne me propose pas de tirer sur un joint en soirée, ce qui n’était pas arrivé en plus d’un mois, mais si même vos amis·es les plus proches ne font pas gaffe, vous êtes mort·e.

Photo par Gwlad (rue du Grand Saint Jean)

Le pire de tout, c’est qu’hier soir, dimanche, je devais voir des amis, dont une personne que je n’avais pas vue depuis un moment et qui n’avait qu’un soir de libre avant de repartir en sa Tchéquie natale. Et ben j’étais encore cramé de la veille, impossible de rester concentré trente minutes d’affilée, impossible de trouver un intérêt au fait d’être là. L’envie de rien. L’envie que ça passe au plus vite pour pouvoir me retrouver chez moi et déprimer sans faire chier personne, sans personne pour me voir dans cet état. Un seul sentiment présent à ce moment-là, la culpabilité d’être dans cet état. Ça y a pas de souci, pas besoin d’en avoir envie, elle est là sur le moment, elle est là le lendemain, elle est même encore là le surlendemain puisque je me sens le besoin de vous en causer.

Y a un rapport avec Montpellier ? Sans doute y en a-t-il un. De mauvaises habitudes prises en venant faire mes études ici. Des habitudes liées aux soirées vraiment marrantes entre amis·es étudiants·es. Les amis·es sont partis·es, les soirées se font rares, les mauvaises habitudes sont tout ce qui reste de cette période. Il faut du temps pour comprendre que pour quelques gorgées d’alcool qui soulagent un peu la nostalgie et la solitude, les quelques litres qui vont suivre seront eux complètement contreproductifs. Ça on y échappe pas, le temps, une bonne volonté, et des amis·es présents·es quand le fond de tout ça c’est le sentiment d’être seul (si ça ne pouvait être qu’un sentiment ce serait génial). Moi ça m’a pris dix ans, et la bonne volonté je l’ai maintenant, même si je me doutais bien qu’il y aurait quelques faux pas sur le chemin de la sobriété totale. Quant aux amis·es, je ne peux rien faire pour moi à leur place. Faut savoir s’aider soi-même, les autres n’y peuvent rien. S’il y a bien une chose à comprendre c’est que les amis·es, faut prendre ce qu’ils veulent bien vous donner, mais ne rien attendre d’eux. Quand on se sent mal et seul c’est ce qu’on a le plus de difficulté à accepter aussi. C’est con comme marchent les choses.

Bon, aujourd’hui encore les effets des spliffs de samedi soir ne se sont pas totalement dissipés. Je suis plus à l’ouest que d’habitude. J’ai pas retrouvé toute ma bonne humeur. Tout ce texte est donc à prendre pour ce qu’il est, une écriture presque automatique, sans correction, un truc motivé par un petit coup de déprime. J’avais envie d’en parler, mais personne pour me tenir le crachoir. Promis demain j’essaie de vous faire marrer à nouveau. Ou de vous parler d’un truc chouette du coin. C’est fou comme on s’observe le nombril quand ça ne va pas bien alors que c’est bien la dernière des choses à faire pour aller mieux.