#285 – La police des cimetières : Rodina Nesselová

Alors aujourd’hui, non seulement je vous annonce l’ouverture de la section TYPOGRAPHOUILLEUR du site (qui comporte déjà plus de 400 photos de lettrages repérés à Prague, soit dans les rues soit dans les cimetières) mais je vous présente aussi la version démo de ma première police d’écriture informatique : Rodina Nesselová.

Il s’agit d’une reproduction/adaptation au format OpenType du style de lettrage qu’on trouve sur la tombe de la famille Nessel, au cimetière VII d’Olšany, à Prague.

Téléchargements / Downloads

Pour télécharger la police directement depuis le site c’est ici :

Rodina_Nesselova-Demo_version.otf

Depuis 1001 Fonts, c’est par là :

Rodina_Nesselova_Demo-version on 1001 Fonts

Le PDF démo :

typographouilleur-rodina_nesselova-demo_version-2019_09_19.pdf

Le modèle

Avant de balancer les images je précise que vous pouvez cliquer sur chacune d’entre elles pour l’afficher à sa taille originale.

Voici le tombeau mastoc de la famille Nessel :

« Rodina » ça veut dire « famille ». On ajoute -ová après le nom, parce que famille c’est féminin en tchèque, et qu’en tchèque même les noms se déclinent.

Sympa non ? Maintenant, voici ce qu’on peut y lire quand on s’approche un peu :

C’est qu’il y en a du monde là-dedans, hein ?

Bon, eh bien j’ai dû choisir certaines lettres pour les tracer façon vectorielle. Un choix effectué selon la qualité de la gravure, mais aussi selon la qualité de la photo. Parce qu’évidemment je ne suis pas aussi grand que le tombeau, une partie des inscriptions est donc prise en contre-plongée, ce qui déforme les lettres. Et puis vous remarquez que le granit noir poli, ça brille… Ajoutez à ça le fait qu’aucune lettre n’est absolument identique à l’autre car gravée à la main… Bref, autant de contraintes qui font que j’ai sélectionné les lettres qui me semblaient bien passer et qu’un meilleur choix aurait sans aucun doute été possible.

Voilà donc les caractères sur lesquels je me suis basé pour créer ma police numérique.

Lettres :

Vous remarquez qu’il y a plusieurs P et R ? Là aussi, j’ai du faire un choix. On y revient plus tard.

Accents et signes divers :

Et enfin, les chiffres :

Le procédé de fabrication

Qu’est-ce qui m’a poussé à choisir cette tombe plutôt qu’une autre ? C’est simple : le M.

M

Je n’en avais jamais vu de ce genre au moment où je l’ai pris en photo, et après avoir fait 10 fois le tour de ce cimetière énormissime, eh bien je ne l’ai pas retrouvé ailleurs. Puisque cette combinaison avait l’air rare, j’ai décidé de commencer par reproduire celle-ci.

Sélection du P et du R en fonction du B.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’avais plusieurs styles de P et de R à disposition. J’imagine que le style dépend du graveur et donc de l’époque. Le problème a été réglé grâce au B. Je n’en avais que d’un style sous la main, et il se trouve qu’il s’accordait avec un type de R. Il ne me restait plus qu’à dériver le P de tout ça.

Inventions : le Q et le X. Et les autres…

Eh oui, en République Tchèque il y a des P, des Z et des Y en-veux-tu-vas-y que-j’t’en-fous, mais les Q et X sont quasiment introuvables. Il me fallait donc les inventer. Les G et les W sont pas courants non plus.

Pour le X, j’ai gardé le fût du Z (si je fais une erreur dans le vocabulaire n’hésitez pas à me corriger) qui a cet ondulation reconnaissable, et puis j’y ai collé une grosse barre oblique bien droite dessus. Et paf.

X Z

Pour le Q, j’ai pris un O, j’ai repris ce fût du Z, je l’ai fait pivoter à 90° et re-paf, je l’ai collé dans le O.

Q

J’ai été bien soulagé quand j’ai eu tout mon alphabet, mais ce n’était pas fini. Il m’a fallu ré-inventer tous les symboles à partir d’éléments de lettres ou des quelques accents et symboles présents sur la tombe. Mais ça m’a plutôt amusé.

J’ai pas encore fait tous les symboles que je voulais dans la version démo, ce sera pour la version définitive.

La galère du vectoriel

Quand je dis ça comme ça, ça à l’air simple, sauf que c’était la première fois de ma vie que je touchais au dessin vectoriel. Enfin, je veux dire c’était la première fois que j’y touchais plus de cinq minutes sans coller une grande claque dans la gueule de mon ordinateur et me casser ruminer ma rage ailleurs.

Le dessin vectoriel C’EST DE LA MERDE. Voilà.

Pourtant dans FontForge 2.0 (c’est le logiciel Open Source et gratuit que j’ai utilisé) on a le choix entre deux modes de dessin vectoriel : le mode ce-que-tu-touches-d’un-côté-tu-le-détruits-de-l’autre et le mode ça-fait-des-jolis-ziguiguis-mais-moi-je-voulais-une-ligne-droite.

On peut donc penser que le plus dur c’est la partie invention et le plus simple la partie traçage de la police par dessus la photo façon papier calque. On peut le penser, oui, mais en vérité le plus dur c’est les deux. Vachement plus dur même.

Bref, je suis pas content du résultat. Je vais essayer de retravailler le dessin pour la version définitive.

Des erreurs de débutant

Si vous testez la police, selon le logiciel que vous utiliserez pour taper votre texte, vous risquez d’avoir des problèmes avec les accents. Pourquoi ? Parce que je suis un gros nul de débutant.

Il fallait tout dessiner dans un carré qu’on appelle le cadratin (ou em square en anglais). Tout, ça voulait aussi dire les accents. Ben quand j’ai eu fini de bien remplir complètement la hauteur du cadratin avec mes majuscules, j’avais plus de place pour les signes diacritiques (nom savant et générique des accents, trémas, cédilles… ). Et voilà.

Ce sera corrigé dans la version finale, mais ça ne devrait pas poser trop de souci cela dit. La plupart des logiciels les afficheront normalement. De toute façon c’est pas une police faite pour être utilisée dans un traitement de texte mais plutôt pour créer des titres, sur des couvertures, affiches… pierres tombales…

Le crénage

AH. Pardon, le plus chiant, c’est ça. Le crénage, voyez-vous, c’est l’ajustement de l’espace entre les lettres. Ben ouais, vous pensiez que c’était automatique ? Non, c’est manuel. Vous pensiez qu’entre le A et le H il y avait le même espace qu’entre le A et le Y ? Re-non ! Décidément, vous êtes mauvais·e en typographie. Regardez bien :

AHA

AYA

Vous voyez ? Non. Ben les A rentrent dans l’espace vide sous les bras du Y. Ça, par exemple, ça doit être réglé manuellement.

Pareil ici, on vient rapprocher le O du creux du R et du K pour que ce soit joli :

RO – KO

Voilà, ben amusez-vous à ajuster chaque paire de lettres comme ça. Ah oui, et y a pas forcément le même espacement entre HN et NH, par exemple. Histoire d’illusion optique, paraît. Je vous expliquerai quand moi-même j’aurai fini de comprendre…

La suite

La suite, donc, c’est la version finale de cette police d’écriture informatique qui comprendra la majorité des caractères latins utilisés en Europe, en Afrique et ailleurs. Malheureusement pas de cyrillique, trop éloigné du lettrage original. Je ne saurais pas inventer ces caractères à partir des l’alphabet latin. Peut-être dans quelques années, mais ne comptez pas trop là-dessus.

Le version finale comprendra également les corrections concernant les signes diacritiques qui dépassent du cadratin.

Ensuite, la suite, c’est aussi toute la ponctuation et tous les symboles qu’il me sera possible de dériver des formes et motifs déjà présents. J’essaierai d’en faire un max. C’est aussi quelques ligatures originales découlant logiquement de la forme des caractères originaux.

La suite, enfin, c’est un gros dilemme. J’ai, à ce jour, passé plus de 80 heures à bosser sur cette police d’écriture. Alors, est-ce que je la vends, la version complète qui m’en prendra 80 de plus, ou est-ce que je la distribue gratuitement ? Est-ce que je la distribue toute seule ou est-ce que j’attends d’en avoir adaptées d’autres pour les distribuer en pack ?

J’en sais rien. Je vais prendre le temps d’y réfléchir. En tout cas la version démo est gratuite et le restera, vous n’avez pas de souci à vous faire en l’utilisant.

C’est qu’en ce moment je suis bien en galère de thunes et je trouve pas de travail, alors c’est tentant de me faire marchand…

Bref.

R.I.P.

Enfin à bientôt quoi.

#281 – Du soleil au cimetière

Hier était un jour ensoleillé comme je n’en avais jamais vu à Prague. J’en ai profité pour aller visiter la ville à la recherche de polices d’écritures originales sur les enseignes de boutiques et autres (oui d’ailleurs, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je suis en train de bosser sur les polices présentes sur le site (qui va grossir, grossir… dans les mois à venir (plus d’info à ce sujet en fin d’article))), puis, en fin d’après-midi, je me suis rendu aux cimetières d’Olšany (Olšanské hřbitovy en version originale) qui forment aujourd’hui un seul immense cimetière. Non mais vraiment, immense. Pensez à un cimetière immense… voilà. Ben deux ou trois fois ça. D’ailleurs je n’en ai visité qu’un tout petit dixième durant les deux heures que j’y suis resté. J’y retournerai dès que possible.

Et dans ce cimetière, j’ai pris quelques photos (je rappelle d’ailleurs à tout le monde que je ne suis absolument pas photographe, la plupart sont donc floues ou moches ou les deux), que voici donc. Je vous les ai séparées en trois catégories, la première sur le cimetière au soleil, la deuxième sur les tombes délabrées, et la troisième sur les tombes dans la nature et la nature sur les tombes. Évidemment beaucoup de photos pourraient se trouver dans plusieurs catégories, mais comme j’ai fait ça vite fait mal fait faudra vous faire une raison.

Du soleil au cimetière

Des tombes délabrées

Des tombes qui poussent au milieu des herbes et des herbes qui poussent sur des tombes

Et voilà. Comme je vous l’ai dit, je ne sais ni prendre de photos correctes, ni les retoucher sur un logiciel, ni les compresser pour qu’elles ne prennent pas trop de place mais restent jolies, vous avez donc là ce que mon appareil a bien voulu faire en mode auto et des images mal compressées et toujours trop lourde. Va falloir que je bosse là-dessus.

Un petit plan pour que vous vous fassiez une idée de la taille du cimetière :

Carte OpenStreetMap (© les contributeurs d’OpenStreetMap). Police Linux Libertine par Philipp H. Poll.

Les quelques allées que vous pouvez voir représentées sur la carte sont loin d’êtres les seules et clairement je n’ai peut-être arpenté qu’un cinquième de la « zone de ma balade ». J’ai erré en zigzaguant et je serais bien incapable de me rappeler exactement par où je suis passé.

Sinon, en ce qui concerne les typographies, j’en ai recueillies pas mal ici aussi, mais ça ferait beaucoup de photos pour une seule note. Je ferai une page à part où je les mettrai toutes. Enseignes + pierres tombales.

D’ailleurs, pour ce qui est du site qui va grossir, grossir, comme je le disais un peu plus haut, ça va se faire doucement. Je suis en plein milieu de candidatures et d’entretiens d’embauche, et si jamais je suis pris quelque part je vais sans doute me taper un bon 40h/semaine, puisque c’est le plein temps tchèque. Donc, on va y aller surement mais doucement. Dans le planning il y a :

  • rapatrier ici (presque) tout ce que j’ai fait depuis 15 ans et qui est disséminé ici et là sur le net sous différents pseudos (pas d’impatience, tout ça est d’un bien piètre intérêt)
  • ouverture donc de parties dédiés aux textes, dessins, musiques, clips et fictions interactives et autres trucs que j’ai pu commettre et que je commettrai à l’avenir
  • ouverture d’une partie dédiée aux textes anciens
  • ouverture dédiée à divers domaines de recherche
  • remaniement du site du coup, où le blog ne sera qu’une toute petite partie de l’ensemble
  • trouver de vraies bonnes polices d’écriture pour le site, et même peut-être me mettre à la typographie moi-même et donc ouvrir une partie dédiée
  • d’autres trucs encore secrets
  • compléter la page source que j’ai créé il y a quelques jours et qui est pour l’instant bien maigre.

Je voulais encore dire un truc mais j’ai oublié. Bises.

#268 – À Prague (suite et fin)

Oui, alors, avant que je ne vous laisse lâchement tomber il y a deux mois, j’étais en train de vous montrer les jolies choses que j’avais vues à Prague. Je ne suis plus à Prague mais le téléphone dont je me suis séparé était quand même rempli de photos de la ville. Je vais donc partager quelques unes d’entre elles. Attention, je n’ai choisi que les meilleures.


Première image. Où l’on voit que les Tchèques ne respectent absolument pas la langue française :

Si vous trouviez que l’allemand était compliqué à cause des déclinaisons, essayez un peu le tchèque pour voir

Si vous trouvez de quel bar ces têtes en fer forgé ornent la façade, vous avez gagné :


Comme dans toute ville ancienne, on retrouve sur les plus vieilles pierres d’antiques graffiti qui nous donnent le vertige quand on pense aux années qui nous séparent du moment où ils furent inscrits :


Un Nazgûl :

Oui, je sais. Mozart, tout ça…

Un distributeur qui prend la poussière :


Un immeuble dont la façade ferait sans doute grincer des dents aujourd’hui. Mais là c’est patrimonial, pas pareil :


Là j’ai juste appuyé sur le bouton au mauvais moment, mais je vous la mets quand même :

N’empêche que d’entre toutes les merdouilles que j’ai pu prendre en photo, ces petites pierres cubiques qui servent de pavés sont sans doute la chose la plus typiquement praguoise que vous verrez ici.

Si vous sortez un peu de Prague, à 45 minutes en train, allez visiter Sedlec et Kutná Hora. À Sedlec il y a le fameux magnifique ossuaire et son énorme chandelier en ossements humains. Chaque os du corps y est présent au moins une fois. À Kutná Hora on peut visiter l’église Sainte-Barbe qui est honnêtement l’église la plus belle que j’ai jamais visitée, du dedans comme du dehors. Mais ce n’est pas ça que je vais vous montrer ici. Non. Ici, je vais vous montrer que dans cette commune de Sedlec-Kutná Hora, vaut mieux payer en couronne tchèque bien que les euros soient acceptés partout :

Pour référence, à ce jour 1 euro = 25,7 couronnes tchèques

Cela dit, maintenant que j’ai parlé de l’église Sainte-Barbe, je vais quand même vous montrer un tableau qu’on peut y trouver :

Oui.
Ce mec-là mate un homard qui passe devant le soleil.

Ça, me demandez pas, je ne sais pas ce que c’est, je suis tombé dessus en pénétrant par erreur dans une cour intérieure :

C’était la nuit, du coup on voit pas bien mais c’est le crépi qui est soulevé par le crochet, c’est pas un drap.

Alors là, par contre, je vais vous donner plus d’explications, parce que ça le mérite :

Sur ce sac plastique est dépeinte une scène traditionnelle qui se joue à Pâque. Notez bien la baguette de bois dans la main du jeune homme et la jeune fille qui court devant lui.

Le lundi de Pâques, il est de tradition que, le matin, les garçons se munissent de cette sorte de baguettes-fouets (pomlázka) faites de branches de saule tressées et décorées de rubans, et aillent fouetter les fesses des filles du quartier. Pour se sortir de cette situation, les filles peuvent donner des œufs décorés aux garçons. Elles ont aussi le droit de leur balancer un seau d’eau à la figure.

Je vous laisse en tirer les conclusions que vous voudrez.


Un ordinateur analogique made in Tchécoslovaquie dans les années 70, le MEDA 41TC, exposé au Musée Technique National de Prague :

Parce que les calculateurs numériques c’est pour les noobs.

À l’Académie des Arts, de l’Architecture et du Design de Prague (UMPRUM), on trouve les chiottes les moins gender-ability neutral de la ville :

On notera que pour ne pas passer totalement pour des conservateurs, les architectes ont décidé que les enfants se feront changer dans les toilettes pour hommes handicapés. Si vous êtes une mère sans handicap et que vous souhaitez changer votre enfant, vous pourrez à loisir vous demander si on va vous laisser entrer dans ces toilettes-là, et si on vous y laisse entrer est-ce que ça valait bien le coup de faire autant de pièces différentes pour au final laisser n’importe qui entrer n’importe où.


Enfin, sur le chemin du retour, j’ai pu constater que sur la tablette intégrée à chaque siège du bus, il y avait de la littérature pour les enfants, de la littérature pour les femmes, mais aucune littérature pour les hommes ! Un scandale.

C’est peut-être la section AutoMotoRevue, si on suit la logique de ces dernières décennies.

Voilà. J’ai vidé ma pellicule « République Tchèque », j’espère encore une fois vous avoir fait rêver et que votre tête est maintenant remplie paysages paradisiaques. Je vous laisse sur cette image de bébés sans visage escaladant une tour de 216 mètres :

Il s’agit des « Miminka » de David Černý. On peut également les voir de (trop) près dans le parc Kampa.