#281 – Du soleil au cimetière

Hier était un jour ensoleillé comme je n’en avais jamais vu à Prague. J’en ai profité pour aller visiter la ville à la recherche de polices d’écritures originales sur les enseignes de boutiques et autres (oui d’ailleurs, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je suis en train de bosser sur les polices présentes sur le site (qui va grossir, grossir… dans les mois à venir (plus d’info à ce sujet en fin d’article))), puis, en fin d’après-midi, je me suis rendu aux cimetières d’Olšany (Olšanské hřbitovy en version originale) qui forment aujourd’hui un seul immense cimetière. Non mais vraiment, immense. Pensez à un cimetière immense… voilà. Ben deux ou trois fois ça. D’ailleurs je n’en ai visité qu’un tout petit dixième durant les deux heures que j’y suis resté. J’y retournerai dès que possible.

Et dans ce cimetière, j’ai pris quelques photos (je rappelle d’ailleurs à tout le monde que je ne suis absolument pas photographe, la plupart sont donc floues ou moches ou les deux), que voici donc. Je vous les ai séparées en trois catégories, la première sur le cimetière au soleil, la deuxième sur les tombes délabrées, et la troisième sur les tombes dans la nature et la nature sur les tombes. Évidemment beaucoup de photos pourraient se trouver dans plusieurs catégories, mais comme j’ai fait ça vite fait mal fait faudra vous faire une raison.

Du soleil au cimetière

Des tombes délabrées

Des tombes qui poussent au milieu des herbes et des herbes qui poussent sur des tombes

Et voilà. Comme je vous l’ai dit, je ne sais ni prendre de photos correctes, ni les retoucher sur un logiciel, ni les compresser pour qu’elles ne prennent pas trop de place mais restent jolies, vous avez donc là ce que mon appareil a bien voulu faire en mode auto et des images mal compressées et toujours trop lourde. Va falloir que je bosse là-dessus.

Un petit plan pour que vous vous fassiez une idée de la taille du cimetière :

Carte OpenStreetMap (© les contributeurs d’OpenStreetMap). Police Linux Libertine par Philipp H. Poll.

Les quelques allées que vous pouvez voir représentées sur la carte sont loin d’êtres les seules et clairement je n’ai peut-être arpenté qu’un cinquième de la « zone de ma balade ». J’ai erré en zigzaguant et je serais bien incapable de me rappeler exactement par où je suis passé.

Sinon, en ce qui concerne les typographies, j’en ai recueillies pas mal ici aussi, mais ça ferait beaucoup de photos pour une seule note. Je ferai une page à part où je les mettrai toutes. Enseignes + pierres tombales.

D’ailleurs, pour ce qui est du site qui va grossir, grossir, comme je le disais un peu plus haut, ça va se faire doucement. Je suis en plein milieu de candidatures et d’entretiens d’embauche, et si jamais je suis pris quelque part je vais sans doute me taper un bon 40h/semaine, puisque c’est le plein temps tchèque. Donc, on va y aller surement mais doucement. Dans le planning il y a :

  • rapatrier ici (presque) tout ce que j’ai fait depuis 15 ans et qui est disséminé ici et là sur le net sous différents pseudos (pas d’impatience, tout ça est d’un bien piètre intérêt)
  • ouverture donc de parties dédiés aux textes, dessins, musiques, clips et fictions interactives et autres trucs que j’ai pu commettre et que je commettrai à l’avenir
  • ouverture d’une partie dédiée aux textes anciens
  • ouverture dédiée à divers domaines de recherche
  • remaniement du site du coup, où le blog ne sera qu’une toute petite partie de l’ensemble
  • trouver de vraies bonnes polices d’écriture pour le site, et même peut-être me mettre à la typographie moi-même et donc ouvrir une partie dédiée
  • d’autres trucs encore secrets
  • compléter la page source que j’ai créé il y a quelques jours et qui est pour l’instant bien maigre.

Je voulais encore dire un truc mais j’ai oublié. Bises.

#268 – À Prague (suite et fin)

Oui, alors, avant que je ne vous laisse lâchement tomber il y a deux mois, j’étais en train de vous montrer les jolies choses que j’avais vues à Prague. Je ne suis plus à Prague mais le téléphone dont je me suis séparé était quand même rempli de photos de la ville. Je vais donc partager quelques unes d’entre elles. Attention, je n’ai choisi que les meilleures.


Première image. Où l’on voit que les Tchèques ne respectent absolument pas la langue française :

Si vous trouviez que l’allemand était compliqué à cause des déclinaisons, essayez un peu le tchèque pour voir

Si vous trouvez de quel bar ces têtes en fer forgé ornent la façade, vous avez gagné :


Comme dans toute ville ancienne, on retrouve sur les plus vieilles pierres d’antiques graffiti qui nous donnent le vertige quand on pense aux années qui nous séparent du moment où ils furent inscrits :


Un Nazgûl :

Oui, je sais. Mozart, tout ça…

Un distributeur qui prend la poussière :


Un immeuble dont la façade ferait sans doute grincer des dents aujourd’hui. Mais là c’est patrimonial, pas pareil :


Là j’ai juste appuyé sur le bouton au mauvais moment, mais je vous la mets quand même :

N’empêche que d’entre toutes les merdouilles que j’ai pu prendre en photo, ces petites pierres cubiques qui servent de pavés sont sans doute la chose la plus typiquement praguoise que vous verrez ici.

Si vous sortez un peu de Prague, à 45 minutes en train, allez visiter Sedlec et Kutná Hora. À Sedlec il y a le fameux magnifique ossuaire et son énorme chandelier en ossements humains. Chaque os du corps y est présent au moins une fois. À Kutná Hora on peut visiter l’église Sainte-Barbe qui est honnêtement l’église la plus belle que j’ai jamais visitée, du dedans comme du dehors. Mais ce n’est pas ça que je vais vous montrer ici. Non. Ici, je vais vous montrer que dans cette commune de Sedlec-Kutná Hora, vaut mieux payer en couronne tchèque bien que les euros soient acceptés partout :

Pour référence, à ce jour 1 euro = 25,7 couronnes tchèques

Cela dit, maintenant que j’ai parlé de l’église Sainte-Barbe, je vais quand même vous montrer un tableau qu’on peut y trouver :

Oui.
Ce mec-là mate un homard qui passe devant le soleil.

Ça, me demandez pas, je ne sais pas ce que c’est, je suis tombé dessus en pénétrant par erreur dans une cour intérieure :

C’était la nuit, du coup on voit pas bien mais c’est le crépi qui est soulevé par le crochet, c’est pas un drap.

Alors là, par contre, je vais vous donner plus d’explications, parce que ça le mérite :

Sur ce sac plastique est dépeinte une scène traditionnelle qui se joue à Pâque. Notez bien la baguette de bois dans la main du jeune homme et la jeune fille qui court devant lui.

Le lundi de Pâques, il est de tradition que, le matin, les garçons se munissent de cette sorte de baguettes-fouets (pomlázka) faites de branches de saule tressées et décorées de rubans, et aillent fouetter les fesses des filles du quartier. Pour se sortir de cette situation, les filles peuvent donner des œufs décorés aux garçons. Elles ont aussi le droit de leur balancer un seau d’eau à la figure.

Je vous laisse en tirer les conclusions que vous voudrez.


Un ordinateur analogique made in Tchécoslovaquie dans les années 70, le MEDA 41TC, exposé au Musée Technique National de Prague :

Parce que les calculateurs numériques c’est pour les noobs.

À l’Académie des Arts, de l’Architecture et du Design de Prague (UMPRUM), on trouve les chiottes les moins gender-ability neutral de la ville :

On notera que pour ne pas passer totalement pour des conservateurs, les architectes ont décidé que les enfants se feront changer dans les toilettes pour hommes handicapés. Si vous êtes une mère sans handicap et que vous souhaitez changer votre enfant, vous pourrez à loisir vous demander si on va vous laisser entrer dans ces toilettes-là, et si on vous y laisse entrer est-ce que ça valait bien le coup de faire autant de pièces différentes pour au final laisser n’importe qui entrer n’importe où.


Enfin, sur le chemin du retour, j’ai pu constater que sur la tablette intégrée à chaque siège du bus, il y avait de la littérature pour les enfants, de la littérature pour les femmes, mais aucune littérature pour les hommes ! Un scandale.

C’est peut-être la section AutoMotoRevue, si on suit la logique de ces dernières décennies.

Voilà. J’ai vidé ma pellicule « République Tchèque », j’espère encore une fois vous avoir fait rêver et que votre tête est maintenant remplie paysages paradisiaques. Je vous laisse sur cette image de bébés sans visage escaladant une tour de 216 mètres :

Il s’agit des « Miminka » de David Černý. On peut également les voir de (trop) près dans le parc Kampa.

#266 – Vyšehrad

Vyšehrad est une forteresse médiévale encore peu visitée du public à Prague. Je vous en conterai peut-être un jour l’histoire dans les détails mais aujourd’hui, comme promis, place aux images prises et sélectionnées avec soin.

Comme toute forteresse de cette taille, c’est-à-dire immense, de la taille d’une petite ville, celle-ci comporte plusieurs portes, la Porte Tabor, la Porte de Briques, la Porte de Leopold… Mais en voici une que vous ne trouverez sur aucun guide :

Détail :

Car, face aux assaillants, que vaut une porte qu’on aurait oublié de fermer, hein ?


Les basiliques me poursuivent. Non, franchement, à chaque fois que je tombe sur une église, c’est une basilique. Pouvez vérifier ici et . Celle-ci semble avoir bénéficié d’une aide venue du ciel pour son édification, et par aide venue du ciel, je parle pas de Dieu, si vous voyez ce que je veux dire :

On ne pourra pas ici accuser les religieux de faire un tabou de la question sexuelle. Les attributs génitaux mâles et femelles fièrement représentés à la porte de l’édifice, dans un feu d’artifice de couleurs n’ayant rien à envier au drapeau LGBT+ :

Mâle
Femelle

Enfin, les fondations de l’impressionnante acropole :

Ouais, c’est le petit rectangle de pierres là.

C’est d’ailleurs aussi ancien qu’impressionnant. Peut-être même plus.

Voilà pour aujourd’hui ! Il est 23h59, je vais me coucher. J’espère qu’après avoir vu ces magnifiques images, vous aussi irez vous coucher des paysages de rêve plein la tête.

#115 – Montpelliérien #115 – Images Singulières à Sète

Allez, on y va. Cette fois-ci c’est la bonne. Attention, ça va être long.

Hier, donc, on était à Sète pour le festival Images Singulières. Dixième édition de ce festival international consacré cette année à la photo documentaire.

Partis à trois dans le camion aménagé de Maurice, mon colocataire, avec l’ami Feldo, nous avons traversé Sète d’est en ouest avant de nous garer au parking (gratuit) du Théâtre de la Mer Jean Villard, ce vieux reste de fortification avec vue sur la Méditerranée où j’avais eu la chance de voir jouer Marcus Miller en 2015. Cette fois-ci, point de musique, mais des photos, et une amie, Léa, pour nous accueillir et nous présenter les photos. Qui exposait ? Justyna Mielnikiewicz. Cette photographe de quarante-cinq ans documente, dans cette sélection de ses œuvres nommée The Meaning of a Nation, la vie des gens des pays du Caucase ou d’Ukraine. Des civils, des soldats. Des femmes et des hommes vivant dans des régions dont l’équilibre politique est précaire. Du noir et blanc, de la couleur, et un fil rouge : les rapports d’amour-haine entre ces peuples et l’empire gigantesque qu’est la Russie. Les tirages sont très beaux, et vous pouvez compter sur la médiatrice pour une contextualisation en profondeur de ces travaux.

Après avoir fumé notre clope avec la médiatrice (c’est comme ça, on connait des gens hauts placés, ne soyez pas jaloux·ses), nous nous sommes dirigés à pieds vers la MID. La Maison de l’Image Documentaire. Qu’a t-on vu là ? L’expo d’Arlene Gottfried, L’Insouciance d’une époque. Qu’en dire ? Les années 60 à 70, les plages américaines naturistes ou non, les quartiers populaires de New York City, par les portraits noir et blanc d’individus en apparence insouciants. De vraies gueules, de vraies dégaines. N’y allez pas pour voir des paysages. C’est cadré serré. Seul l’humain compte ici. Les regards, les actions, les accoutrements parfois farfelus, parfois la nudité, physique ou sentimentale, sont notre navette. On voyage en des régions et des époques loin loin loin de notre ici et maintenant à travers l’image des humains qui peuplaient ce recoin de l’espace-temps. Les tirages sont petits et leur qualité moyenne. C’est dommage, mais ce n’est pas la catastrophe non plus. Ne vous inquiétez pas, vous en aurez pour votre… ah ben non, c’est gratuit, alors vous plaignez pas.

Oui, je n’avais pas précisé, mais toutes les expositions du festival sont gratuites.

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Un autre lieu d’exposition était la chapelle. Bon. On n’y a pas été. Enfin, on est bien allés voir une expo photo dans une chapelle, mais on s’est rendus compte à la fin de la journée que ce n’était pas la bonne. Rien à voir avec le festival. Un artiste avait loué le lieu pour exposer ses propres photos d’un élagueur grimpeur. C’était sympa quand même, mais du coup on a pas vu les travaux de Stéphane Couturier. Tant pis.

PAUSE REPAS – On a mangé des tielles.

Ma chère Natha, j’ai bien reçu ton commentaire de ce matin dans lequel tu me demandais ce qu’était une tielle. La tielle, c’est une spécialité Sètoise. Comme Georges Brassens (mais à la différence des tielles, les Georges Brassens ne se mangent pas, attention donc à ne pas les confondre). C’est une tourte dont la pâte est fine, souple, grasse et orange. À l’intérieur, une sauce tomate épicée et du poulpe. Beaucoup de tomate, un peu de poulpe. On la mange froide ou chaude. Tu en trouveras ici la recette exacte. Mais je t’en supplie, soit gentille avec les poulpes. Ces petites bêtes-là sont sensibles, intelligentes, possèdent sans doute une conscience d’elles-mêmes, et n’aiment pas particulièrement qu’on leur découpe les tentacules, d’autant que l’ail sur les plaies, ça pique.

PAUSE REPAS – J’ai bu un jus de litchi. J’avais demandé poire.

Ensuite, direction l’ancien collège Victor Hugo. Attention, ne pas confondre avec le nouveau collège Victor Hugo. On a confondu. On a marché un petit quart d’heure avant de trouver le lieu, mais on n’a pas été déçus. Les travaux de trois artistes y étaient exposés. Enfin, un et deux. Ceux de Gabriele Basilico, et ceux de Andrea et Magda.

Basilico prenait des bords de mer en photo. Prenait parce qu’il est mort. Des bords de mers parce qu’il était payé pour. Pas n’importe lesquels, les bords de mer, ceux du nord. Les photos sont grandes et belles, elles occupent le rez de chaussé et une partie de l’étage, il y a de quoi s’en prendre plein les mirettes. C’est du noir et blanc. C’est souvent du noir et blanc, vous allez me dire. C’est vrai. On a remarqué ça aussi.

Andrea et Magda présentaient plusieurs séries sous le titre d’Horizons Occupés. Clichés de Palestine, Jordanie, du Liban ou d’Égypte. Vous voulez voir des villes de pierres blanches au design futuriste montées par un investisseur américano-palestinien et que personne n’habite ? Allez-y. Vous voulez constater le effets du tourisme sur les régions, elles, plus si désertiques que ça mais marketées comme telles ? Allez-y. Vous aimeriez voir l’envers du décors d’une série qui retranscrit aussi fidèlement la vie au Moyen-Orient que plus belle la vie le way of life marseillais ? Allez-y. C’est très beau, tout ce gâchis. Très esthétique. Il vaut mieux le voir en photo que de vivre à proximité. Il vaut mieux en rire que de s’en foutre, comme disait l’autre chanteur dégagé.

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Après tout ça, direction les Entrepôts Larosa, où ma colocataire en stage pour le mois nous attendait de pied ferme pour nous offrir un petit café et une belle visite des huit expositions (si je n’en oublie pas) présentes en ce lieu.

C’est là que j’ai trouvé ma came. J’y ai découvert les travaux de Mauricio Toro Goya. Et quel travaux ! Des photos très particulières, des ambrotypes néo-baroques, de la mise en scène, du flou et de la surcharge, du symbolisme à portée critique et politique. Toro Goya retrace l’histoire violente de l’Amérique Latine. La mort est là, partout présente, esthétisée pour raconter les horreurs de l’ère Pinochet et de toutes les maltraitances qu’ont subies les peuples de cette région du monde des années 80 à nos jours. Si vous le pouvez, demandez une visite guidée. D’ici, on ne peut pas comprendre cette sur-accumulation de symboles qui nous sont étrangers, pourtant aucun élément n’est là par hasard. Bref, allez voir ce que fait ce garçon, moi je n’en reviens toujours pas.

J’ai également découvert les photos intemporelles de Martin Bogren. Une espèce de petite révélation. Je prends beaucoup plus de plaisir devant le flou, quand mon imagination doit remplir le vide, que devant une image moderne ultra nette. Une exposition parfaite pour projeter ses sentiments sur des images qui ne disent rien par elles-mêmes, ni d’où elles viennent, ni de quelle époque elles sont tirées, ni qui est la personne photographiée. Je sur-kiffe pour parler jeune vieux.

Et João Pina, on en parle de João Pina ? Pardi qu’on en parle. Des images magnifiques du Brésil. Magnifiques ? Les photos le sont, oui. Mais il ne faut pas être choqué·e par les flaques de sang sur les trottoirs des favelas et les larmes de mères en deuil. Sinon c’est trop dur. Des gangs et des enfants. Des enfants dans les gangs. Et les jeux olympiques, et la coupe du monde de foot, à quelques kilomètres de là. Les mitraillettes dans le dos des adolescents et dans les mains des brigades policières. Des morts des deux côtés. Dix-huit par jour, on estime. Tout est là. Dans les photos. Faut pas fermer les yeux. C’est pas facile.

Et Alexander Chekmenev ? Mais bien sûr qu’on va en parler aussi. Chute de l’URSS. Du jour au lendemain, en Ukraine, il faut refaire tous les passeports. La population est appelée à venir se faire tirer le portrait d’identité. Toute la population ? Oui, toute, mais voilà, pour ceux et celles qui ne peuvent plus se déplacer, comment fait-on ? On envoie Chekmenev les photographier. Il va donc aller rendre visite à toutes ces personnes en incapacité de se déplacer, sur leur lieu de vie. Des personnes trop âgées, des personnes handicapées. La misère qu’il constate le frappe trop fort. Il lui faut élargir le cadre. Il lui faut montrer le dénuement sordide dans lequel le stalinisme a plongé une grande partie de la population des zones rurales. Alors, par ses propres moyens, il arrive à se financer une pellicule couleur. Une seule. Trente-six photos. La série s’appelle Passport. La plus poignante sans doute : une octogénaire, à la louche, vivant dans une seule et minuscule pièce. Elle est assise sur son lit, sur lequel repose toutes ses possessions : ses habits, sa cuisine (une bassine et quelques ustensiles), et au dessus de sa tête, comme l’étage d’un lit superposé, son cercueil, acheté à l’avance. Pourquoi faire refaire leur passeport à des gens incapables de se déplacer ? Ceux et celles qui l’ont reçu ont dû se poser la question. Une bonne partie ne les ont jamais reçus, ces passeports. Ils étaient morts avant. Ah la la, de nos jours les gens veulent tout tout de suite, savent plus patienter.

Il y a aussi le travail de Chloé Jafé, photographe française en immersion dans les vies des maîtresses de Yakuzas. De très belles images qui vous font penser aux structures sociales à la fois si particulières au Japon et si communes aux mafias et autres systèmes d’organisation rigides et patriarcaux.

Et puis, et puis, il y avait aussi l’expo collective sur mai 68. Le gros de l’exposition, ce sont des photos prises par les journalistes de France-Soir. On peut également voir des affiches d’époque, entendre un enregistrement de reportage radio en direct des affrontements. C’est beau. Ça donne envie de lutter contre. De lutter pour. C’est très léger, malgré l’état actuel du pays, à côté de toutes les autres expo. Cohn-Bendit a une maison de vacances à Sète. Il a été invité pour l’occasion. L’a pas voulu venir. Tant mieux. Qu’il reste chez lui. L’expo est assez dure comme ça pour des enfants, on n’a pas envie d’être obligé·e de passer sa visite à se retourner toutes les cinq minutes pour vérifier si notre petite-fille n’est pas en train d’ouvrir la braguette du vieux Cohn soi-disant de son plein gré.

Enfin, on est allés voir les moineaux. Quatre minuscules bébés moineaux lovés au creux d’une petite niche dans un mur au fond de l’entrepôt. Ils se cachaient bien, on n’a vu qu’un peu du duvet du dessus de leur crâne qui dépassait du nid. Ça c’est pas dans l’expo, mais je vous conseille tout de même de finir par ça. Un peu de douceur, ça ne fait pas de mal.

Bon. Pas de conclusion générale ? Non. Vous n’avez qu’à aller voir par vous-même. Le festival se termine ce dimanche 27 mai. Dépêchez-vous.