#275 – Des serpents, des pierres et des pierres dans des serpents

Ah ! et j’oubliais :

et comment guérir des morsures de serpents grâce aux pierres qu’on trouve dans ces mêmes serpents.

Voilà. Je crois que c’est tout.

Bon, si ce n’est pas déjà fait, allez lire #273 – Le Serpent extraordinaire de Montpellier et revenez. Si, s’il vous plaît, revenez.

(et que les Ophiophobes et autres Herpétophobes se rassurent, ils ne trouveront pas ici une seule image de serpent)

C’est lu ? On peut y aller. Je suis tombé sur un autre texte ancien concernant les serpents et les pierres, sans le chercher ! C’est foufou non ? Je vous laisse lire (oui, c’est en anglais, z’aviez qu’à mieux écouter en cours) :


Philosophical Transactions, Volume I, issue 6, 1667 (for Anno 1665, and 1666), pp. 102–103.

Of the nature of a certain Stone, found in the Indies, in the head of a Serpent.

There was, ſome while ago, ſent by Phileberto Vernatti from Java major, where he reſides, to Sir Robert Moray, for the Repoſitory of the Royal Society, a certain Stone, affirmed by the Preſenter to be found in the Head of a Snake, which laid upon any Wound, made by any venomous creature, is ſaid to ſtick to it, and ſo draws away all Poyſon : and then, being put in Milk, to void its Poyſon therein, and to make the Milk turn blew ; in which manner it muſt be uſed, till the Wound be cleanſed.

The like Relations having been made, by ſeveral others, of ſuch a Stone, and ſome alſo in this City affirming, to have made the Experiment with ſucceſs, it was thought worth while, to inquire further into the truth of this Matter : ſince which time, nothing hath been met with but an Information, delivered by that Ingenious Pariſian, Monſieur Thevenot, in his ſecond Tome, of the Relations of divers conſidirable Voyages, whereof he lately preſented ſome Exemplars to his Friends in England. The Book being in French, and not common, ’tis conceived it will not be amiſs to inſert here the ſaid Information, which is to this effect :

In the Eaſt Indies, and in the Kingdom of Quamſy in China, there is found a Stone in the Head of certain Serpents (which they call by a name ſignifying Hairy Serpents) which heals the bitings of the ſame Serpent, that elſe would kill in 24 hours. This Stone is round, white in the middle, and about the edges blew or greeniſh. Being applyed to the Wound, it adheres to it of it ſelf, and falls not off, but after it hath ſucked the Poyſon : Then they waſh it in Milk, wherein ’tis left awhile, till it return to its natural condition. It is a rare Stone, for if it be put the ſecond time upon the Wound, and ſtick to it, ’tis a ſign it had not ſuck’d all the Venome during its first application ; but if it ſtick not, ’tis a mark that all the Poyſon was drawn out at firſt. So far our French Author : wherein appears no conſiderable difference from the written Relation before mentioned.


MAIS !

comme je suis sympa, je vous mets ici la version du texte français dont il est question. Quelques précisions cela-dit : on la trouve bien dans RELATIONS DE DIVERS VOYAGES CVRIEUX, QUI N’ONT POINT ESTÉ PUBLIÉS ; OV QVI ONT ESTÉ TRADVITES D’HACLVYT ; de Purchas & d’autres Voyageurs Anglois, Hollandois, Portugais, Allemands, Eſpagnols ; ET DE QVELQVES PERSANS, ARABES, ET AVTRES Auteurs Orientaux. Enrichies de Figures, de Plantes non décrites, d’Animaux inconnus à l’Europe, & de Cartes Geographiques de Pays dont on n’a point encore donné de Cartes. SECONDE PARTIE (donc, en effet, presque « Relations of divers conſidirable Voyages », presque) de Melchisédech Thévenot, et publié à Paris en 1664, seulement cet ouvrage n’est qu’un recueil de textes et de traductions. Le texte auquel fait référence l’auteur de l’article du Philosophical Transactions est donc une traduction de Thévenot du texte en latin du père jésuite Michał Piotr Boym : FLORA SINENSIS, FRVCTVS FLORESQVE HVMILLIME PORRIGENS, SERENISSIMO ET POTENTISSIMO PRINCIPI, AC DOMINO, DOMINO LEOPOLDO IGNATIO, HUNGARIÆ REGI FLORENTISSIMO, &c. Fructus Saeculo promittenti Augustissimos (ouais, je mets les titres en entiers parce que je trouve ça trop classe, pas vous ?), publié à Vienne en 1656 et concernant la faune et la flore chinoise. Bon, mais voici la version française, donc. Je vous mets tout le mini chapitre qui traite de trois serpents différents :


LE SERPENT GEN-TO

C’eſt le plus grand ſerpent qui ſe trouue dans l’Iſle Hay-nan, & dans la prouince de Quam-tum, Quam-ſi & autres, il deuore des cerfs entiers, il n’eſt pas fort venimeux, eſt couleur de cendre, & quelquefois long de vingt-quatre pieds : Quand la faim le preſſe, il ſort des bois, & s’aidant de ſa queuë, il ſaute & attaque les hommes & les beſtes ; quelquefois de deſſus vn arbre il ſe jette ſur les hommes, & les tuë en les ſerrant de ſes plits : ſon fiel eſt vne choſe precieuſe aux Chinois, ils s’en ſeruent pour le mal des yeux. Aux Indes & dans le Royaume de Quam-ſy on trouue vne pierre dans la teſte de certains ſerpens qu’ils appellent ſerpens cheuelus, laquelle guerit les morſures, de ce meſme ſerpent, qui autrement tueroit dans vingt-quatre heures : cette pierre eſt ronde, blanche au milieu, & autour eſt bleuë ou verdaſtre : lors qu’on l’applique ſur la morſure, elle s’y attache d’elle-meſme, & elle ne tombe point qu’elle n’ait ſuccé le venin. On la laue apres dans du laict, & on l’y laiſſe quelque temps pour luy faire reprendre ſon eſtat naturel ; cette pierre eſt rare, ſi on la preſente vne ſeconde fois à la morſure, & qu’elle s’y attache, elle n’a pas ſuccé tout le venin dés la premiere ; ſi elle ne s’y attache point, c’eſt vne marque que tout le venin eſt hors, & on s’en reſiouït auec le malade : Ils ſe ſeruent contre le meſme venin d’vne racine que les Portugais appellent Rais de Cobra, qu’ils font macher à ceux qui ſont mordus, iuſques à ce qu’elle leur ait fait venir deux ou trois rapports à la bouche.

Les Chinois ont vn autre ſerpent qui eſt fort venimeux ; car ceux qui en ſont mordus meurent en peu de temps, mais ils ne laiſſent pas de l’eſtimer beaucoup à cauſe du grand remede qu’ils en tirent. Ils le mettent viuant dans vn vaiſſeau plain de bon vin, en ſorte que la teſte ſeule ſoit dehors pour faire euaporer tout le venin, & que le reſte du corps demeure enfermé dedans : On fait boüillir ce vin, ils en ſeparent apres la teſte, & la chair leur tient lieu d’vne tres-excellente theriaque.


Voilà donc qu’on nous rebassine avec des pierres à trouver dans des serpents. Je vous avoue que j’aime bien trouver des choses cachées, mais s’il faut aller ouvrir des serpents, venimeux de surcroit, au canif, je passe mon tour.

Bon. Alors alors. Quelle est la grande morale que l’on doit tirer de toutes ces histoires ? Eh bien c’est que, vraissemblablement, au XVIIe siècle, si l’on parlait de serpents, un·e couillon·ne venait immanquablement vous ramener les pierres dans la conversation. Voilà. Comme au XXe et XXIe siècles, dès qu’on causait Parkinson, fallait que quelqu’un évoque Alzheimer et inversement, pareil dans les années 90 avec cancer et SIDA. Hein ? Oui, j’en conviens, c’est peut-être pas l’interprétation la plus intéressante. Vous n’avez qu’à trouver la votre.

Avant de vous laisser partir, j’aimerais bien revenir sur cette Thériaque. Car j’ai bien lu tout Wikipédia, et je sais désormais qu’il s’agit d’un CONTREPOISON ! Eh oui, souvenez-vous des fameux jeux de notre enfance :  » – Poison ! – Contrepoison ! – Miroir empoisonné ! – Miroir contrempoisonné fois deux ! – Miroir empoisonné fois l’infini ! »… ouais, non, peut-être pas. Ce contrepoison, donc, qui semble avoir ses origines en Crète, est passé par Rome, puis dont la recette fut perfectionnée principalement dans les villes de Venise et de Montpellier, comportait plus de cinquante substances, dont presqu’aucune n’était active. Mais ça il a fallu longtemps avant de s’en apercevoir. Parmis ces cinquantes substances, l’opium, sacrément actif, et la chair de vipère, pas si active que ça puisqu’on l’abandonna de la recette au XIXe siècle.

– ENTRACTE VASE –

Grand vase à Thériaque du XVIIème siècle par les potiers J. Besson et A. Morand, collection des Hospices civils de Lyon. Alternativement on pouvait s’en servir pour y mettre les cendres des personnes sur qui la thériaque n’avait pas marché. (Photo sous licence CC BY-SA 4.0 par les Hospices Civils de Lyon. Source.)

– FIN DE L’ENTRACTE VASE –

Toujours sur Wikipédia à ce sujet on trouve un très bel échange entre un médecin de Saragosse (Laurent de Arias) et l’Université de Montpellier datant de 1724. Extrait :

Médecin de Saragosse : « Vaut-il mieux pour préparer la thériaque, faire cuire des vipères dans du sel et de l’aneth pour en faire des trochisques et les pétrir avec du pain, ou de les faire dessécher et pulvériser et quoi est le mode qui donne une thériaque plus énergique ? »

Médecins de Montpellier : « Pour répondre à cette question nous pensons d’abord devoir vous dire que, depuis longtemps, la coutume a prévalu parmi nous de se servir de vipères desséchées et réduites en poudre pour préparer la Thériaque (opération à laquelle assistent tous les professeurs de l’école). C’est l’avis unanime de nous et des pharmaciens de Montpellier.., est de toutes la préférable. Il faut se baser surtout sur ce que le sel de vipères (dont la vertu dans cette préparation est de première importance), s’en va tout à coup en vapeurs, lorsque la cuisson est sur le point d’être achevée il en est tout autrement. Les vipères desséchées sont réduites en poudre selon l’habitude…
Mais il est bien à remarquer qu’il faut se servir de vipères sèches fraichement séchées, de peur que, si on les « laisse trop vieillir, le sel volatile s’en aille entraîné peu à peu par l’humidité et perde aussi sa force. Cependant, avouons-le franchement, parce que c’est la vérité, dans l’une et l’autre méthode, il n’y a pas de différence pour donner matière à procès, car bien que la chair de vipères soit cuite un peu tardivement, elle conserve encore beaucoup de son volatile. Mais comme de juste, les vipères desséchées en ont beaucoup plus aussi préférons-nous les employer vives, cette méthode ayant été depuis longtemps reçue et approuvée. »

Et, par bonheur, il n’était aucunement question de cailloux. Comme quoi, quand on parle avec des experts, y a pas à dire, ça élève le débat.

Bon, j’en ai pas encore fini avec le XVIIe siècle, les serpents et les thériaques (et peut-être même les pierres), mais disons que c’est tout pour aujourd’hui. Il y aura suite très bientôt

Bon, voici des liens suivis de la version en langue latine du chapitre concernant les serpent du Flora Sinensis patati patata :

Extrait du Philosophical Transactions (The Royal Society Publishing)
Flora Sinensis en latin, édition originale de 1656 (Biodiversity Heritage Library)
Flora Sinensis traduit en français par Thévenot (Gallica)


De Gen-to Serpente

Gen-to ſerpentum omnium in Inſula Hay-nan & Provincijs Quam-tum, Quam-ſy, &c. reperitur facilè maximus, cervos inte gros exſugēdo & comminuendo devorat, non adeo venenoſus, colore cinerico variegatus, longus octodecim aut quatuor & viginti pedes : famelicus ex dumetis proſilit, caudæ innitens in ſaltum ſe erigit, & cum feris atque hominibus acriter luctatur : ſubinde ex arbore inſidioſe in viatorem deſilit, & complexione interimit ; fel illius contra oculos morbidos Sinis eſt precioſum. In India & regno Quam-ſy in quorundam certi generis Serpentum (quos Cobras de Cabelo ſeu capillatos Luſitani nominant) capitibus ſapis reperitur contra morſus ab ijſdem Serpentibus inflictos homini, ſpacio aliàs viginti quatuor horarum interituro. Lapis hic rotundus, coloris in medio albi, & circum circa glauci aut cœrulei, vulneri applicitus per ſeipſum hæret, veneno verò jam plenus decidit : pòſt lacti immerſus per aliquam moram, ad ſtatum naturalem ſe reducit. Lapis hic non omnibus communis, ſi literatò eidem vulneri adhæreat, virus omne exhauſtum non fuit ; ſi non adhæreat, moribundo Indigenæ de ſupecato mortis periculo aggratulantur. Reperta eſt item radix aliqua contra venenum hujus rnorſus vocata à Luſitanis Raiz de Cobra, ideſt, radis Serpentis, quam maſticare opus eſt, quoad uſque bis aut ter eructet homo.

Alius præterea apud Sinas ſerpens invenitur veneni maximi, ſed precioſus, qui intra paucas horas hominum occidit. Ex eo medicina contra varios morbos ſic paratur : Cauda eum corpore immergitur amphoræ optimo repletæ vino, ut ſolum caput & os vidi ſerpentis, ne evadat, conſtrictum per medium operculi foramen exſtet, ut igne ſuppoſito, vinoq́ ; ferveſcente, omne virus aperto ore vaporet :

Caro reciſo capite infirmis datur, & unicum illud precioſum theriacæ ad inſtar aſſervatur.


(suite)

#273 – Le Serpent extraordinaire de Montpellier

Vous savez, moi et les infos, c’est l’amour-haine, alors j’ai consenti à bien vouloir m’informer de ce qui ce racontait dans la presse au mois de juillet, mais à l’unique condition que ce soit un mois de juillet éloigné de plus de trois cents ans de mon présent. Eh ben j’ai pas été déçu.

Lu dans le Mercure Galant de Juillet 1678, pp. 153–156 :


Je ne puis m’éloigner de Montpellier ſans vous apprendre une choſe auſſi ſinguliere que ſurprenante, qu’on a veuë à trois lieües de là, depuis quelques jours. Un Apoticaire herboriſant dans la Campagne, mit le pied ſur des brouſſailles qui cachoient un Serpent des plus monſtrueux. Ce Serpent ſe ſentant bleſſé, ſe dreſſa tout furieux, fit pluſieurs plis autour du Corps de l’Apoticaire, le mit par terre, & le tint tellement preſſé, que c’eſtoit fait de luy, ſi des Bergers qui n’en eſtoient pas fort loin, ne fuſſent accourus à ſes cris. Ils tuerent le Serpent, & délivrerent ce malheureux qui en avoit reçeu pluſieurs bleſſures. Il eſtoit extraordinairement enflé du venin qui s’eſtoit gliſſé par toutes les parties de ſon Corps ; mais deux ou trois priſes du Thériaque qui ſe fait à l’Université de Montpellier, le remirent dans ſon premier état. On fendit le Serpent. Il avoit trois œufs dans ſon ventre, & ce qui vous ſurprendra, c’est que ſur l’un de ces œufs on a trouvé ſix mots monoſyllabes, rangez en colomne, parfaitement diſtinguez les uns des autres, & ſi bien écrits, qu’un Peintre auroit eu peine à les mieux marquer. Ces mots ſont, ou, pa, re, ma, ne, pa. Vous ne doutez pas qu’on ne travaille à l’envy à les expliquer. Cet œuf a eſté donné à Mr le Cardinal de Bonzi, qui le conſerve comme une choſe fort curieuſe.


Comme quoi y a pas qu’à Marseille.

#270 – Nouvelles Intéressantes de Montpellier

Lecteuses, lectrirs, si je ne passe pas souvent ici ces derniers temps, c’est principalement parce que je me suis lancé dans de grands travaux. Enfin, un grand travail, plutôt, qui donnera soit un livre, soit environ deux cents articles longs sur ce blog ou un autre dédié. Je vous informerai en temps voulu de la réalisation du machin.

(En parlant blogs, celui de Numéro 0 est désormais accessible. C’est celui d’une sorte de collectif de faisouilleuses et faisouilleurs auquel j’ai participé pendant près de quatre ans, bien que je n’en sois plus aujourd’hui. Photo, vidéo, musique, écriture, dessin, jeu, autre… vous y trouverez de tout. Alimenté de travaux originaux au minimum deux fois par semaine. C’est à cette adresse : https://numerozero.fr/, donc.)

En attendant, pour ce gros travail dans lequel je me suis lancé, je me farcis des pages et des pages de revues et autres ouvrages des XVIIe et XVIIIe siècles depuis des semaines. Et voilà-t-y pas qu’hier, au hasard de mes recherches, je tombe sur une publication Montpelliéraine !

ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS.

Elle est hebdomadaire et imprimée à Montpellier, bien sûr, mais plus précisément à l’Imprimerie d’Augustin-François Rochard, « seul imprimeur du Roi, Place du Petit-Scel. » à partir 1770, et chaque sortie tient sur quatre pages.

Voici donc quelques extraits des tout premiers numéros, et en particulier de la rubrique NOUVELLES INTÉRESSANTES. On se n’oubliera pas, à cette occasion, de se faire la réflexion que tous les journaux semblent promettre à leurs débuts d’être moins larmoyants que les autres, et finissent inévitablement par se vautrer comme il se doit dans les anecdotes morbides. Et encore je ne vous reporte pas ici les avis de décès des nobles, magistrats et membres du clergé pleurés à chaudes encres chaque semaine.

Premiere Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 19 Mars 1770.

On ne connoît les hommes que par le mauvais côté , notre malignité nous porte avec plus d’ardeur à relever les fautes de nos ſemblables qu’à publier leur vertu , nous ſommes tout de feu quand il faut médire , nous ſommes toujours froids quand il faut louer ; cependant que d’exemples perdus pour l’humanité , qui ſeroient d’excellentes leçons de morale ? Nous aurons le courage d’en expoſer un aux yeux de nos concitoyens qu’ils ignorent peut-être , parce qu’il eſt pris dans cette claſſe d’hommes qui ont dévoué leurs talens à nos amuſemens & à nos plaiſirs , & que nous payons du déshonneur & de l’opprobre.

Un Acteur de la Troupe qui repréſente en cette Ville , nommé V***. ému de compaſſion ſur le triſte état où ſe trouvoient réduits ſes amis & ſes confréres , que la déſertion des Directeurs avoit fruſtré de leur ſalaire , leur ſeule et unique reſſource , refuſa généreuſement la portion qui lui revenoit lors de la repartition qui ſe fit entre eux le Lundi 13 de ce mois, & voulut que cette portion rejaillit ſur ceux qui ſe trouvoient dans le beſoin ; il fit plus , il offrit de repréſenter gratis à leur profit juſques au Samedi veille des Rameaux.

Nous avons cru qu’il étoit de notre devoir de tirer de l’oubli ce trait de généroſité qui y auroit reſté peut-être enſéveli , & qui mérite d’être mis au grand jour.

(pp. 3-7)


Troiſieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 2 Avril 1770.

Samedi 24 du mois dernier , des filoux ayant enduit la Porte de la maiſon d’un aubergiſte de la Ville , logé au Fauxbourg Saint Denis , avec des matieres conbuſtibles , y mirent le feu à deſſein ſans doute de s’introduire dans cette maiſon à la faveur de l’ouverture ; mais le feu ayant fait des progrés trop rapides , jetta l’alarme dans le quartier & rompit leur meſures ; cette nouvelle invention de la cupidité humaine , eſt d’autant plus funeſte , qu’avec ſon ſecours on peut ouvrir nos portes ſans bruit & ſans fraction , & qu’elle nous expoſe également aux terribles effets d’un incendie & aux horreurs d’un aſſaſſinat.

(p. 3)


Cinquieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 18 Avril 1770.

On apprend tous les jours de nouveaux effets de la cupidité humaine & on voit avec douleur les funeſtes excès où elle porte quelques malheureux qui ont ſçu juſqu’ici ſe ſouſtraire au glaive de la Juſtice levé ſur leur tête ; ils mettent à exécution leurs affreux deſſeins en plein jour , à la vue du peuple , ſans égard à la ſainteté du jour , ils pénétrent juſques dans le ſéjour de l’innocence , & vont troubler la paix des habitans de nos campagnes. J’en vais citer deux exemples également triſtes , & également récents.

Samedi dernier 7 de ce mois , à Pignan, Village ſitué à une lieue & demie de la Ville, ſur les neufs à dix heures du ſoir , on a volé au ſieur Verdier Bourgeois dudit lieu cinquante louis d’or & pour cent écus de vaiſſelle d’argent.

Quatre jours après, le Jeudi ſaint douziéme du courant , des filous ont ſaisi l’heure où le monde étoit à l’Office , c’eſt-à-dire , entre deux & trois heures après midi , pour s’introduire dans la maiſon du ſieur Poujol Me. Cordonnier ; & étant parvenus à un entreſol ſitué au premier étage , ils ont faut ſauter la pierre où tenoit la ſerrure , ont enfoncé une vieille armoire ; & ont emporté neuf cens livres en argent pliés dans un bonnet d’enfant , ſans toucher à un gobelet , un ſervice & une paire de boucles d’argent qui s’y trouvoient en même-temps.

(p. 3)


Sixieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 23 Avril 1770.

Ce n’eſt qu’avec douleur que nous ſommes obligés de rappeller ici à nos Concitoyens une de ces fatales cataſtrophes qui font gémir l’humanité ; que ne ſommes-nous aſſez heureux pour n’avoir à leur annoncer que des événements propres à exciter la joye au fond de leur cœur , et comme nous n’en avons que de triſtes & de fâcheux à leur apprendre !

Une Femme aſſez proprement miſe , a été arrêtée ſur le chemin qui conduit de Sauſſan à La Verune , la nuit du Vendredi au Samedi 21 du courant , par des aſſaſſins qui , après l’avoir percée de pluſieurs coups de couteau à la gorge , l’ont trainée aſſez loin de là dans un lieu écarté , pour dérober ſans doute aux paſſans la connoiſſance de leur crime.

(p. 4)


Septieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 30 Avril 1770.

Nous venons d’apprendre par une Lettre que nous écrit un de nos abonnés qui voyage actuellement hors de la Province , des nouvelles les plus triſtes concernant l’inondation , qui a déſolé pendant près de trois ſemaines une grande partie de la Gaſcogne, & tous les Pays ſitués près des bords de la Garonne. Nous n’avons pu nous refuſer aux inſtantes priéres qu’il nous fait d’inſérer le précis de ſa Lettre dans notre Feuille.

(…)

(p. 3)


Huitième Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 7 Mai 1770.

Les intempéries de l’air n’ont pas été moins nuiſibles à la ſanté du corps qu’aux biens de la terre : il régne dans les environs pluſieurs maladies épidémiques , une des plus cruelles s’eſt répanduë dans un Village aſſez voiſin de la Ville nommé St. Jean de Vedas ; aujourd’hui même 5 Mai nous venons d’apprendre qu’il y eſt mort dix perſonnes & que ſix ont été atteintes du mal contagieux ; une femme de l’endroit voyant que perſonne n’oſoit approcher de ſon mari , qui venoit d’expirer , eût le courage de l’enſévelir elle-même , mais elle fut attaquée le lendemain du même mal , & mourût deux jours après victime de la piété conjugale. Nous ne devons point oublier le triſte ſort du Curé du Lieu; ce digne Paſteur qui dans ces fâcheuſes circonſtances a oublié le ſoin de ſa conſervation , & ne s’eſt reſſouvenu que de ſon zéle , a été lui-même atteint de la maladie , il eſt à l’extrémité.

La mort qui dans ces temps de calamité ſemble s’attacher aux plus reſpectables têtes, vient encore de nous enlever un de ces hommes digne de vivre toujours. C’eſt M. l’Abée de la Prunarede Chanoine de la Cathédrale(…)

(p. 4)


Neuvieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 14 Mai 1770.

Nous venons d’apprendre avec plaiſir que la maladie épidémique qui a régné à Saint Jean de Vedas pendant quelques ſemaines , n’a pas eu de ſuites auſſi funeſtes qu’on le craignoit d’abord ; ſes effets ſont aujourd’hui peu ſenſibles ; la mort a rallenti ſes coups , les habitans voyent renaître leur premiere paix , & ils eſpérent que les ſoins des Médecins ſecondés des ſecours de la Providence , diſſiperont bientôt les derniers reſtes d’une cruelle maladie , & rendront à l’air qu’ils reſpirent toute ſa pureté ; heureux encore après leur détreſſe , s’ils n’avoient pas à pleurer la mort de pluſieurs de leurs plus chers compatriotes , & ſurtout celle de leur Paſteur qui a ſuccombé enfin aux maux dont Dieu l’avoit éprouvé (…).

Pour diſtraire un peu nos Lecteurs de ces idées funébres , nous leur ferons part d’un fait aſſez ſingulier qui , quoiqu’il ſe ſoit paſſé en public , n’eſt peut-être pas ſçu de tout le monde ; Mercredi dernier un homme et une femme s’aviſerent de diſtribuer quelques écus faux aſſez groſſierement imités , après avoir fait quelques dupes , ils le furent enfin eux-mêmes ; quelques-uns de ceux qui avoient été attrapés coururent après eux , & furent bientôt ſuivis de la populace ; voilà mes gens dans un grand embarras , ils ne ſçavoient de quel côté paſſer ; comme ils ſongeoient à s’évader , on les prit , & on les emmena au Palais.

(pp. 3-4)


Dixieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 21 Mai 1770.

De triſtes nouvelles nous apprennent que les mauvaiſes influences de l’air qui ſe sont faites reſſentir aux environs de Montpellier , ne ſont pas également diſſipées par-tout , l’alarme régne encore à Saint-Martin de Londres & à Viols , Villages ſitués à 4 ou 5 lieues de Montpellier ; nombre d’habitans y ont été attaqués ſucceſſivement d’une maladie cruelle qui portoit les ſymptomes de la pleuréſie & étoit accompagnée du délire , & violens maux de tête ; pluſieurs ont déjà payé le tribut à la mort , & elle y immole tous les jours de nouvelles victimes , mais on eſpére que les ſecours de la Médecine , l’air qui s’épure , la nature qui prend une nouvelle vie , tout enfin va contribuer à diſſiper la malignité des vapeurs contagieuſes qui menaçoient leurs jours , & le paiſible Laboureur pourra jouir ſans inquiétude du doux plaiſir de contempler dans les Campagnes , humectées & réjouies par les roſées ſalutaires du Ciel , les heureuſes apparences d’une récolte abondante.

(pp. 3-4)


Pas de NOUVELLES INTÉRESSANTES dans les éditions du 28 mai et du 6 juin.


Treizieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 11 Juin 1770.

On n’avoit pas jugé à propos d’inſérer dans la dernière Feuille la triſte nouvelle de l’aſſaſſinat commis ſur la perſonne d’une femme qu’on a trouvée le Vendredi premier du courant hachée en morceaux au environs de Fabregues , parce qu’on attendoit la confirmation de ce fait , qui n’eſt que trop avéré.

(p. 4)


Voilà, voilà. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que la lecture des journaux donne envie de s’enfermer chez soi pour ne plus en sortir. Si vous voulez allez voir par vous-même ces quelques morceaux choisis dans leur contexte, c’est ici que ça se passe, sur le site des archives départementales de l’Hérault : http://archives-pierresvives.herault.fr/ark:/37279/vta53d7ab2ea66cf/daogrp/0/1 (C’est de là que vient l’image utilisée dans l’article, d’ailleurs.) J’aurais pu en copier d’avantage ici, mais j’en avais marre. Allez donc y jeter un œil, ça se lit très vite.

#261 – Je vous ai manqué ? Z’êtes pas obligé·e de répondre tout de suite…

Bienvenue, lisouilleur·lisouilleuse, sur ecrivouilleur.fr !

« C’est-y pas possible d’avoir la bougeotte comme ça, » se disent celles et ceux qui m’ont suivi de Montpelliérien à Lyonniais et qui constatent avec effarement que j’ai, une troisième fois, changé de blog et de nom de domaine. « Il a une hélice dans le cul celui-là ! » ajoutent les qui connaissent cette délicieuse expression Tchèque. Ben ouais. Mais cette fois, c’est pour de bon. On va se poser ici quelques années, si ce n’est pas ad vitam æternam. Alors, oubliez les deux anciens blogs, mettez celui-ci dans vos favoris ou ajoutez-le à vote longue liste de flux RSS si vous voulez être tenu·e au courant des dernières publications, et bouclez-la deux secondes le temps que je vous explique le comment du pourquoi, le où du quand.

Hein ? Le qui ? Ben c’est moi, patate.

Avant de se lancer dans de laborieuses explications, sachez que tous les articles, toutes les images, tous les commentaires des deux anciens blogs ont bien été transférés sur celui-ci. Rien n’es perdu, pouvez aller fureter dans les archives à loisir. Pour l’instant les liens sont encore à refaire bien au propre et pas mal d’images sont toujours hébergées sur les anciens blogs (mais bien visibles quoi qu’il en soit). Dans quelques jours je devrais avoir réglé tout ça et tout ce que vous pourrez voir-lire-écouter sera à 100% hébergé sur Écrivouilleur. (mise-à-jour 01-04-19 : fait !)

Photo par Koinkoin (Montpellier, rue Coste-Frège) – Montpellier il y a un an et un mois. NERVER FORGET

Pourquoi ce changement ? – PARTIE 1 –

Je fais pas mon beurre sur vos épinards

Parce que si vous aviez lu cet article, vous savez que je cherchais une solution d’hébergement la moins nocive pour notre petite planète déjà bien amochée. L’idéal pour ne pas saloper une peu plus la planète aurait été, comme le dit si bien mon ami Feldo, d’aller vivre tout nu dans la forêt, mais je n’ai pu m’y résoudre, flippé des araignées que je suis. Donc, j’ai choisi un hébergeur situé en région parisienne qui tente par plusieurs moyens, que je ne développerai pas j’ai pas le temps, de réduire l’impact négatif de leurs serveurs sur nos vies futures. Le logiciel qui fait tourner le blog est toujours wordpress, un logiciel open source gratuit, mais, suivez, il n’est plus hébergé sur les serveurs d’Automattic maison mère éditrice du logiciel. Double économie donc : d’argent pour moi (ça devenait cher), d’énergie pour tous.

Tout cela me permet de vous garantir 1) que vous ne serez jamais soumis·e à une quelconque publicité sur ce site, 2) que vos données ne seront jamais utilisées à une quelconque fin commerciale. Comment ça se fait ? Tout simplement car je n’ai installé, et n’installerai jamais, aucun outil de statistiques, de pistage ou d’anti-spam sur ce site, puisque cela impliquerait (étant moi-même absolument incapable de développer de tels outils) qu’un tiers ait accès à votre adresse IP, votre localisation et peut-être même, en recoupant les traces laissées par vous sur d’autres sites, vos habitudes en ligne.

Cependant :

  • Sachez que si vous laissez un commentaire, j’aurais accès à votre adresse e-mail et votre adresse IP (dont je ne saurais quoi foutre, ne sachant déjà pas exactement ce que c’est). Mais je serai bien le seul à y avoir accès, d’une, et de deux, encore une fois, je n’en ferai rien. Promis, juré, craché. Ptui. Je mets les mains bien en évidence, constatez, croise pas les doigts. Je vous encourage donc tout de même à me laisser des petits commentaires de temps en temps, puisque c’est la seule façon pour moi de savoir que vous êtes passé·e. Ça me fera vraiment plaisir et j’aurais moins l’impression de blablater dans le vide. Vous pouvez allez lire en détail ma page de politique de confidentialité si vous le souhaitez.

Ah oui, par contre si vous me suiviez par le lecteur wordpress (les abonnements de blog à blog wordpress) et voulez continuer à le faire, c’est possible. Cherchez ecrivouilleur.fr et abonnez-vous au nouveau site, mais souvenez-vous que si vous passez par là Automattic (éditeur de wordpress, je répète, suivez un peu) saura évidemment que vous êtes abonné·e et quels articles vous avez consulté. Ça ne tient pas de ma responsabilité car ça ne change rien à ce qui est conservé de vos données sur ecrivouilleur.fr.

  • En ce qui concerne la « publicité, » soyons quand même d’accord sur le terme, je ne m’interdirai pas de parler dans les articles de divers projets chouettos qui me barbouillent le cœur de pommade apaisante et dans lesquels je n’ai aucun intérêt financier. Mais je ne gagnerai pas un centime sur votre dos. Soyez bien sûr·e que je ne suis pas du genre à vous dire achetez ceci, louez cela, ni à faire la promotion d’une quelconque entreprise-machine-à-fric-broyeuse-de-vie. Je déteste profondément les machines à fric et la publicité, qu’on devrait renommer plus justement lavage-de-cerveau-à-des-fins-mercantiles.
Lyon la semaine dernière (je sais plus trop où, à l’une des intersections de la montée de Choulans et de la montée des Génovéfains)

Pourquoi ce changement ? – PARTIE 2 –

Quand on a une hélice dans le cul, on s’abstient d’ouvrir un blog par ville habitée

Ben oui. Mon amie et moi allons sans doute devoir déménager encore pas mal de fois dans les années qui viennent, et je ne suis pas si doué que ça en jeux de mots. Montpelliérien, c’était une bonne idée car je n’avais pas encore rencontré mon amie à l’époque et que je pensais y rester quelques paires d’années de plus. Lyonniais, c’était pour faire suite à Montpelliérien, mais j’avais mal calculé mon coup, puisque même pas un an plus tard, on va sans doute devoir rebouger. Et la suite ? Dans quelques mois, ç’aurait été quoi, hein ? Londoniet ? Praguouaille ? Francfortoilette ? Non, vraiment, il valait mieux trouver un nom plus générique. Écrivouilleur, c’est bien. Ça me permet d’annoncer que j’écris, d’accord, mais sans prendre tout ça trop au sérieux. Me permet également, en déclinant le machin, de dire que j’écrivouille, dessinouille et que je musicouille. Et vous savez, je crois sincèrement que plus plus on a l’occasion d’écrire couille dans sa vie, plus on est heureux·se.

Comment ça va se passer maintenant ?

Non, non, rien n’a changé. Tout, tout a continué…

…comme le chantait les Poppys sur une instru bien typée seventys.

Je vais continuer à causer de tout et surtout n’importe quoi. Ma vie, la votre, la leur, l’art, la science, la technique, l’absurde, le concret, l’entre-deux qu’est la réalité, l’important, le dérisoire, le sérieux et le déconnant, le beau et le laid, la tristesse et la joie, la France, le Japon, la Magnaquie et la Dépressie, bref, le Monde (Diplomatique de préférence).

Le décret du 25 mars 2019 disait en somme que ce blog ne serait plus tenu quotidiennement. Je vais tout de même tâcher d’écrire le plus régulièrement possible. Ces quelques jours à ne pas rédiger ma petite note de blog quotidienne m’ont bien laissé le temps de ressentir le manque de. Si c’est une pression, c’est peut-être également le seul repère fixe dans ma vie à ce jour, le blog. Un peu triste, hein ? Ben oui, mais voilà : les déménagements futurs presque inévitables et, donc, la difficulté à m’investir dans une activité sur le long terme m’incitent à conserver ce rendez-vous régulier avec vous, lectrice et lecteur anonyme. C’est une sorte de mini-objectif à chaque journée, bien pratique les jours où je ne trouve pas les ressources de m’en inventer un. Alors (quand je vous annonçait au tout début que je ne cesserai sans doute pas de me contredire, hein…) je vais essayer de continuer dans le quotidien. Mais si vous débarqué un jour sans rien trouver de neuf, c’est simplement que j’ai eu autre chose à faire, ou que j’étais déprimé, ou parti en vacances, ou que j’ai pas vu l’heure. Bref, comme j’avais établi une sorte de pacte de livraison quotidienne, je le défais, simplement histoire qu’on ne me reproche pas de ne l’avoir pas respecté. Oui, je sais, je fais des histoires pour pas grand chose, c’est simplement pour essayer d’être le plus réglo possible, envers vous, envers moi-même.

Quoi d’autre ? Rien. Je pense que c’est assez pour aujourd’hui.

À bientôt !

Ah si ! Pardonnez. Pour la numérotation, on fait comme si Montpelliérien, Lyonniais et Écrivouilleur n’avaient été qu’un seul et même blog. Vous vous en foutez ? Parfois je me demande si vous ne venez pas ici seulement pour me percer les flancs de vos petites remarques pointues et me regarder saigner. Vous êtes cruel·le, lectrice, lecteur…

#130 – Montpelliérien #130 – Un Truc sur le Verdanson

Le Verdanson n’est pas à sec ! Fait assez rare pour le noter. Un écriveur écrit : « fait assez rare pour le noter », fait bien trop banal pour le noter dans quelque annale que ce soit. Mais voilà que ce dernier fait lui-même remarquer que cette tournure est par trop employée ! Fait assez rare pour le noter.

Le Verdanson n’est pas à sec, donc, j’ai pu le constater hier soir en passant par l’allée Hermantaire Truc. Je dis pas truc comme j’aurais dit chose, remarquez la majuscule. Truc c’était son nom, à Hermentaire (avec un e). Qui était-il ? Facile, pour le savoir, cherchons à Truc dans le dictionnaire des noms propres. On ne trouve rien. Mince. Et sur Wikipédia ? On ne retrouve re-rien. Re-mince. Ne vous inquiétez pas, je fais durer le suspense, mais vous saurez bientôt qui était ce Truc. En attendant, revenons-en au Verdanson.

Le Verdanson est un petit cours d’eau qui traverse Montpellier et va se jeter dans le Lez, un autre cours d’eau, moins petit, qui traverse Montpellier et va, lui, se jeter dans la Méditerranée au niveau de Palavas-les-Flots. Le Lez est donc un fleuve, et le Verdanson en est un affluent. Ça vous rappelle des notions de géographie ou vous dormiez trop bien près du radiateur au collège ? Bon, continuons. En quoi le Verdanson est-il remarquable ? Il l’est tout d’abord parce que, comme le bit, il ne connait que deux états : 0 – à sec ; 1 – en crue. Mince, je me contredis, j’ai dit qu’hier il n’était pas à sec ! Or il n’était pas en crue non plus… Oui, mais si vous lisiez mieux vous auriez remarqué que j’ai également dit que c’était un fait notable. Mauvaises langues. Hier, il était donc dans l’état 0.05.

Photo par Gwlad (galerie du Triangle)

Quoi d’autre concernant le Verdanson ? Et bien son lit est entièrement de béton. De sa source jusqu’à l’endroit où il se jette dans le Lez, au moulin de Salicate (quartier les Aubes). Une vraie chance pour les graffeurs·ses que la municipalité laissent s’y amuser autant qu’ils et elles le veulent. Après tout, autant recouvrir toute cette laide grisaille de jolis dessins, ça ne peut pas faire de mal. Pas faire de mal sauf précisément là où il se jette dans le Lez. Là c’est un dépotoir. Les bombes de peinture, presque vides mais pas totalement, et autres déchets sont abandonnés sur place et font crever les bestioles du coin. Message perso aux artistes : essayez de faire du beau jusqu’au bout, toute cette merde me gâche un peu le goût de vos œuvres. Bon, mais à part ça, le Verdanson se trouve du coup être la plus grande galerie d’art de la ville, gratuite, et à ciel ouvert.

En parlant de merde, et pour finir, on est bien obligé de le dire : le Verdanson ne s’est pas toujours appelé comme ça. Au départ, c’était le Merdançon. À cause de l’odeur. C’était là que toute la ville balançait ses eaux usées, même les artisans, genre tanneurs et autres. Les tanneurs ça pue. On le sait moins aujourd’hui que ce ne sont justement plus de petits artisans de centres-villes, mais je vous le dis, ça pue. Bon et puis un jour quelqu’un a dû se dire que ça n’était pas très glorieux une ville traversée par le Merdançon, et on l’a changé en Verdanson. Il est intéressant de constater que souvent les gens voulant faire de l’humour et ne connaissant pas l’histoire changent intuitivement le V en M et partent d’un bon rire gras. Alors je fais semblant de rire et je leur raconte l’origine de ce nom, car j’adore briller en société en étalant mes connaissances sur les noms liés à la matière fécale.

Et Hermentaire Truc dans tout ça ? Je ne sais toujours pas si je préfère le fait que son nom soit Truc ou son prénom Hermentaire en réalité. Je crois que si j’ai un fils un jour je l’appellerai Hermentaire. Hum, je ne m’en sors pas de ces digressions. Il faut que j’avance. Hermentaire a donc une allée à son nom, une allée toute minuscule, verte, avec des bancs, sinueuse, cachée entre deux immeubles anciens, et qui passe au dessus du Verdanson. L’allée rêvée. Elle se situe quelque part entre l’arrêt de tramway Albert 1er et l’arrêt Philippidès. Et, quelle chance nous avons ! il y a dans cette petite allée, en plus des arbres, des bancs et du Verdanson qui passe en dessous, une plaque nous expliquant qui est Hermentaire Truc ! Alors ? Elle est pas belle la vie ? Elle est presque belle. Comme je le faisais remarquer au début de l’article, on a orthographié Hermantaire avec un a sur sa plaque, or sur les livres publiés par lui, on trouve systématiquement Hermentaire avec un e. Pour une fois qu’on causait de lui, c’est bien dommage…

#10 – Montpelliérien #010 – Mariage d’enfer au Kawa

Hier, c’était théâtre. Le Kawa Théâtre, comme je vous l’avais annoncé dans le billet #003. La pièce, c’était Mariage d’enfer. Et c’était bien sympa. Elle et il, la comédienne scénariste Céline Cara et le comédien Kevin Bourges, la rejouent ce soir et puis c’est fini. Enfin pas vraiment, y a une date spéciale le 14 février, mais demain c’est leur dernière officielle, et je suis sûr que ça leur ferait plaisir de jouer devant une salle remplie. Clin d’œil à toi, lecteur·rice.

Que dire maintenant ? C’est l’histoire classique : un mec, une meuf. La meuf veut se marier depuis qu’elle est petite, c’est son rêve, le mec s’en fout complètement, mais il ne doit surtout pas le dire, non, il doit céder surtout, sans quoi ça sent méchamment la séparation. Alors, petit insert. Je dis classique. On risque de me dire, comment ça classique ? Tu renforces les clichés, les lieux communs. Je vous répondrai que deux de mes amis se sont mariés exactement comme ça, poussés par leurs copines qui voulaient seulement se marier. Elles, l’autre, elles s’en foutaient, c’était le mariage, la robe et toutes ces conneries qu’elles désiraient. Leurs histoires, bien qu’elles furent longues jusque là, n’ont duré qu’un an (pas tout à fait) après le mariage, dans les deux cas. Ensuite divorce. Trois de mes amis en tout se sont mariés, ça fait donc deux mariages sur trois qui tombent dans ce cas-là, et que j’ai pu observer de très près. Je serai bien d’accord avec vous pour dire que c’est une question de société et du « rôle » qui échoit aux nanas. Comme vous serez d’accord avec moi pour dire que les mecs qui sortis du boulot ne pensent que foot et bagnoles sont formés dès la petite enfance par un procédé analogue. Ouf, on est bien d’accord alors. On peut continuer.

La pièce joue donc autour de cette situation, et on pourrait craindre de s’ennuyer si ça ne sentait pas autant le vécu, si la scénariste ne visait pas aussi juste à tous les coups. Ce n’est pas vraiment une critique de ce genre de mariages, ce n’est pas non plus un hymne à cette situation, c’est une mise à plat. Tout y est exposé, tout. La pièce n’est pas bien longue (ou il n’y paraît pas, j’ai pas taïmé), et pourtant tout est dedans. Je parle un peu général, je veux pas vous donner de détails. Ça fait partie des plaisirs de ce spectacle de découvrir petit à petit que tout ce qu’on a déjà aperçu de l’extérieur ou vécu de près se retrouve dans la pièce.

Il y a donc ça d’une part. D’autre part il y a les dialogues. Naturels, drôles, réalistes. Lui c’est un beauf’, elle une belles’, au sens de madame et monsieur tout le monde, pas des alcolo-rastos de PMU. Justement, les personnages ne sont pas des neuneus, pas des caricatures. Ni d’horribles connards·sses, ni des angelots. Ils existent, ils ont un passé, une raison de faire ce qu’ils font, de dire ce qu’ils disent. On les sent être des personnes comme vous et moi. Sans doute un peu plus comme vous que comme moi, tout de même, mais enfin à pas beaucoup. Tout ça pour dire que dans l’écriture ici, il n’y a rien de gratuit, de juste pour faire rire pouèt-pouèt pirouette. Et ça, c’est bon, ça fait plaisir.

ENTRACTE

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

FIN DE L’ENTRACTE

Au niveau du jeu, alors là ! Céline Cara est à fond du début à la fin, elle y met vraiment de l’énergie ! Je l’ai déjà rencontrée deux fois en civil à diverses occasions, elle a l’air tranquille comme femme, mais quand elle se met à jouer la fille survoltée, boudi, elle s’économise pas. Son personnage a beau être agaçant, bruyant, brusque, on ne s’en lasse pas pour autant, le mérite en revient à la comédienne. Et Kevin Bourges. Kevin Bourges ! Un vrai comédien, un bon ! On était trois à être venus voir la pièce, en sortant on était tous bluffés par son jeu. Timing parfait. Il contrôle son corps et ses mimiques impeccablement. Aussi impeccablement qu’il dit son texte. Il est d’une drôlerie et en même temps d’un naturel impressionnants. Bref. Je lui promets une longue carrière. Genre je m’y connais. Mais j’aime bien faire des pronostics du haut de mon ignorance. Pour finir, les deux font la paire. Comme je le pensais déjà à la suite du tournage du court-métrage d’un ami, et après avoir fait la bande son d’une web-série dans laquelle on les retrouve, les voir jouer tous les deux, ensemble ou séparément, c’est un régal.

Qu’est-ce que ça donne tout ça mis ensemble ? Et bien, si le thème n’est pas franchement original, la justesse de l’écriture et le jeu ne m’ont pas laissé sentir le temps filer. Quand je n’étais pas occupé à rire, j’essayais de faire passer cette boule au ventre d’avoir vécu de trop près ce genre d’évènements qui dans la réalité ne sont pas franchement des parties de rigolade. Que demander de plus à un spectacle vivant que de provoquer chez nous des émotions variées en évitant l’ennui ? Rien. Un peu plus de chauffage dans la salle peut-être.

J’ajoute, pour ceux qui sont un peu chauvins, que Mme Cara et M Bourges, sont Montpelliérienne et Montpelliérien (quelques expressions du coin qu’il fait bon entendre se glissent d’ailleurs dans le spectacle), qu’ils jouent depuis longtemps maintenant dans les théâtres de notre ville, et qu’ils semblent vraiment vouloir promouvoir la scène locale.

Donc ? Ben allez-y, patates. Faut tout vous expliquer ?

Allez, à demain. Bisettes.

#6 – Montpelliérien #006 – Le dimanche à Montpellier, c’est le jour de balayage

Le dimanche matin à Montpellier, on peut dire : soit que les rues sont vides, soit qu’elles sont pleines de merde. Ça dépend de comment on voit le verre, et selon que c’est un verre d’eau ou de mojito.

Si vous vous baladez à l’extérieur de l’Écusson avant 13h, alors la ville est à vous. Les chances de rencontrer un·e flâneur·se sont quasi nulles, et si vous en rencontrez un·e, c’est sans doute votre reflet dans la vitrine d’une boulangerie fermée. Même au centre ville, si vous évitez la place de la Comédie et la rue de la Loge, vous pourriez rester le nez collé sur votre portable sans trop risquer vous emboutir dans un·e autre lève-tôt. Mais ce serait quand même dommage de ne pas lever les yeux. Ces petits matins calmes sont idéals pour lancer son regard au loin et voir la ville comme elle est, sans le mouvement parasitaire des foules. On redécouvre vraiment les lieux quand ils baignent dans le silence, si rare en semaine.

Ce que vous ne manquerez pas de voir non plus, se sont les trottoirs dégueulasses où s’étalent vomis et coulures de pisse, contenus de conteneurs à l’air libre qui volettent, tessons verts et taches rouge coagulé. Demain est un jour nouveau, à condition qu’on n’ait pas à emprunter les rues de la veille qui, ayant bien tout consigné, au cas où vous auriez un trou de mémoire, vous rappellent vos instants les plus honteux et vos gloires les plus vaines. Enfin, on est presque tous·tes passés·ées par là. Ne vous flagellez pas pour si peu. Dès lundi, tout aura été emporté par Nicollin. Véritable père Noël inversé qui, du plus haut des cieux, envoie ses petits elfes vert et jaune emporter par milliers les cadeaux qu’on s’était offerts la nuit précédente. Le père Dimanche en quelque sorte.

Photo par Gwlad (avenue du Pirée)

Par contre, si vous voulez voir du beau linge ces matins-là, vous pouvez toujours aller faire un tour à la brocante du Peyrou. C’est là que vous pourrez observer les antiquaires et brocanteurs des abords de la rue Foch vendre leurs vieilleries aux divers avocats, notaires, commerçants et nobles des abords de la rue Foch. Après tout c’est une place royale, une place royale en bas de chez eux, ils n’ont pas à marcher très loin. C’est pratique en revenant de la messe, ou quand le Krug reste encore un peu sur l’estomac. C’est un peu comme un vide-grenier dans leur jardin. On peut les voir s’acheter pierres et jouets les lendemains de Perrier-Jouët. Attention, on chine avec les yeux, pas avec les doigts. Cassé c’est payé, et clairement ce n’est pas dans votre budget.

Non je suis pas jaloux.

Louis Frêche

Georges Nicollin

Et puis merde. On verra plus tard pour le pseudo.

#5 – Montpelliérien #005 – Expo Pakito Bolino

Dans les expo, je me fais vite chier. Même si c’est très bien. Enfin, je dis ça comme si c’était toujours le cas. Comme un élève qui dit moi j’aime pas lire. Qui veut faire genre. Évidemment que c’est pas vrai 100% du temps. Disons plutôt que, même lorsque j’aime le travail des artistes exposés·ées, j’ai tendance à m’emmerder assez rapidement. Et bien, voyez-vous, je viens d’aller voir une expo dans laquelle je ne me suis pas fait chier. Reportage.

Ah, attendez. Juste une précision avant de commencer. C’est dommage j’ai cassé mon effet. Si vous suivez pas bien ce que je raconte, c’est que j’ai pas dormi longtemps et que je suis pressé. C’est pas vous, c’est moi. Hi hi hi, vous y croyez toujours à celle-là, c’est pas vous, c’est moi…

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Bon. Reportage on disait. L’expo Sadobaka de Pakito Bolino à La Jetée, galerie et atelier dans le quartier Figuerolles, 80 rue du Faubourg Figuerolles, pour être précis.

Comme je vous le disais, je ne me suis pas fait chier. Mais à quoi est-ce que cela ça tient-il donc ? Et ben au fait que l’expo soit petite et que le lieux fermait vingt minutes après qu’on y soit rentré. Je n’ai pas eu le temps de me faire chier. Si ça avait duré vingt minutes de plus parce que les potes avec qui j’étais avaient voulu rester, je pense que je me serais barré sans claquer la porte, on est civilisé.

Ce que fait Pakito Bolino, c’est très bien, je connaissais pas du tout, j’ai découvert. J’ai pas été émerveillé, mais j’ai souri plusieurs fois. Dans un style surchargé et destroy (on dit plus destroy mais c’est le terme qui convient et je vous embrasse, j’emploie les termes que je veux, à la mode ou plus) en noir et blanc ou en couleurs dans tous les sens, en encre, en peinture ou en collages, vas-y qu’y nous colle des cranes, des yeux, des bouches à dents, des bites, des chattes, des bites dans des chattes, des figures asiatiques bondagées ou pas. L’expo s’appelle Sadobaka. Sado tout le monde pige, baka c’est crétin en jap. Jap, c’est japonais en fainéant. Sadobaka, c’est ce qui est annoncé, c’est ce qu’on a. Bon mais voilà, c’est ça, c’est esthétique, c’est toujours ça, c’est toujours esthétique et c’est ça. On appréciera ou pas le style obsessif du trait à l’encre de chine et de ces thèmes qui reviennent en boucle partout, tout le temps. Y a des B.D. aussi, pas eu le temps de les lire. Me suis pas renseigné sur la démarche, et j’ai tort. À mon avis c’est un des points les plus intéressants avec le procédé et les moyens de fabrication, mais j’en ai pas pris connaissance. Décidément vous perdez pas votre temps ici.

Je crois que toutes les B.D. et autres productions du Dernier Cri (—?— pas certain de bien me rappeler du nom, j’irai pas vérifier) éditions de Bolino, étaient à vendre sur place. Ce qui m’aurait bien plu, c’est un espace coussins, pour bouquiner tout ça et les fanzines, pendant des heures. Ça ouais. J’y serai retourné pour. Ces produits-là ont quand même l’air vraiment très bien branlés. Même si, à première vue, comme tout ce que j’ai pu apercevoir de la production du bonhomme, c’est esthétique à fond, mais de fond, j’en ai pas trouvé masse.

Voilà. J’ai rien de plus à dire. Ça valait bien le coup.

Allez voir par vous-même.

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