#270 – Nouvelles Intéressantes de Montpellier

Lecteuses, lectrirs, si je ne passe pas souvent ici ces derniers temps, c’est principalement parce que je me suis lancé dans de grands travaux. Enfin, un grand travail, plutôt, qui donnera soit un livre, soit environ deux cents articles longs sur ce blog ou un autre dédié. Je vous informerai en temps voulu de la réalisation du machin.

(En parlant blogs, celui de Numéro 0 est désormais accessible. C’est celui d’une sorte de collectif de faisouilleuses et faisouilleurs auquel j’ai participé pendant près de quatre ans, bien que je n’en sois plus aujourd’hui. Photo, vidéo, musique, écriture, dessin, jeu, autre… vous y trouverez de tout. Alimenté de travaux originaux au minimum deux fois par semaine. C’est à cette adresse : https://numerozero.fr/, donc.)

En attendant, pour ce gros travail dans lequel je me suis lancé, je me farcis des pages et des pages de revues et autres ouvrages des XVIIe et XVIIIe siècles depuis des semaines. Et voilà-t-y pas qu’hier, au hasard de mes recherches, je tombe sur une publication Montpelliéraine !

ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS.

Elle est hebdomadaire et imprimée à Montpellier, bien sûr, mais plus précisément à l’Imprimerie d’Augustin-François Rochard, « seul imprimeur du Roi, Place du Petit-Scel. » à partir 1770, et chaque sortie tient sur quatre pages.

Voici donc quelques extraits des tout premiers numéros, et en particulier de la rubrique NOUVELLES INTÉRESSANTES. On se n’oubliera pas, à cette occasion, de se faire la réflexion que tous les journaux semblent promettre à leurs débuts d’être moins larmoyants que les autres, et finissent inévitablement par se vautrer comme il se doit dans les anecdotes morbides. Et encore je ne vous reporte pas ici les avis de décès des nobles, magistrats et membres du clergé pleurés à chaudes encres chaque semaine.

Premiere Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 19 Mars 1770.

On ne connoît les hommes que par le mauvais côté , notre malignité nous porte avec plus d’ardeur à relever les fautes de nos ſemblables qu’à publier leur vertu , nous ſommes tout de feu quand il faut médire , nous ſommes toujours froids quand il faut louer ; cependant que d’exemples perdus pour l’humanité , qui ſeroient d’excellentes leçons de morale ? Nous aurons le courage d’en expoſer un aux yeux de nos concitoyens qu’ils ignorent peut-être , parce qu’il eſt pris dans cette claſſe d’hommes qui ont dévoué leurs talens à nos amuſemens & à nos plaiſirs , & que nous payons du déshonneur & de l’opprobre.

Un Acteur de la Troupe qui repréſente en cette Ville , nommé V***. ému de compaſſion ſur le triſte état où ſe trouvoient réduits ſes amis & ſes confréres , que la déſertion des Directeurs avoit fruſtré de leur ſalaire , leur ſeule et unique reſſource , refuſa généreuſement la portion qui lui revenoit lors de la repartition qui ſe fit entre eux le Lundi 13 de ce mois, & voulut que cette portion rejaillit ſur ceux qui ſe trouvoient dans le beſoin ; il fit plus , il offrit de repréſenter gratis à leur profit juſques au Samedi veille des Rameaux.

Nous avons cru qu’il étoit de notre devoir de tirer de l’oubli ce trait de généroſité qui y auroit reſté peut-être enſéveli , & qui mérite d’être mis au grand jour.

(pp. 3-7)


Troiſieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 2 Avril 1770.

Samedi 24 du mois dernier , des filoux ayant enduit la Porte de la maiſon d’un aubergiſte de la Ville , logé au Fauxbourg Saint Denis , avec des matieres conbuſtibles , y mirent le feu à deſſein ſans doute de s’introduire dans cette maiſon à la faveur de l’ouverture ; mais le feu ayant fait des progrés trop rapides , jetta l’alarme dans le quartier & rompit leur meſures ; cette nouvelle invention de la cupidité humaine , eſt d’autant plus funeſte , qu’avec ſon ſecours on peut ouvrir nos portes ſans bruit & ſans fraction , & qu’elle nous expoſe également aux terribles effets d’un incendie & aux horreurs d’un aſſaſſinat.

(p. 3)


Cinquieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 18 Avril 1770.

On apprend tous les jours de nouveaux effets de la cupidité humaine & on voit avec douleur les funeſtes excès où elle porte quelques malheureux qui ont ſçu juſqu’ici ſe ſouſtraire au glaive de la Juſtice levé ſur leur tête ; ils mettent à exécution leurs affreux deſſeins en plein jour , à la vue du peuple , ſans égard à la ſainteté du jour , ils pénétrent juſques dans le ſéjour de l’innocence , & vont troubler la paix des habitans de nos campagnes. J’en vais citer deux exemples également triſtes , & également récents.

Samedi dernier 7 de ce mois , à Pignan, Village ſitué à une lieue & demie de la Ville, ſur les neufs à dix heures du ſoir , on a volé au ſieur Verdier Bourgeois dudit lieu cinquante louis d’or & pour cent écus de vaiſſelle d’argent.

Quatre jours après, le Jeudi ſaint douziéme du courant , des filous ont ſaisi l’heure où le monde étoit à l’Office , c’eſt-à-dire , entre deux & trois heures après midi , pour s’introduire dans la maiſon du ſieur Poujol Me. Cordonnier ; & étant parvenus à un entreſol ſitué au premier étage , ils ont faut ſauter la pierre où tenoit la ſerrure , ont enfoncé une vieille armoire ; & ont emporté neuf cens livres en argent pliés dans un bonnet d’enfant , ſans toucher à un gobelet , un ſervice & une paire de boucles d’argent qui s’y trouvoient en même-temps.

(p. 3)


Sixieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 23 Avril 1770.

Ce n’eſt qu’avec douleur que nous ſommes obligés de rappeller ici à nos Concitoyens une de ces fatales cataſtrophes qui font gémir l’humanité ; que ne ſommes-nous aſſez heureux pour n’avoir à leur annoncer que des événements propres à exciter la joye au fond de leur cœur , et comme nous n’en avons que de triſtes & de fâcheux à leur apprendre !

Une Femme aſſez proprement miſe , a été arrêtée ſur le chemin qui conduit de Sauſſan à La Verune , la nuit du Vendredi au Samedi 21 du courant , par des aſſaſſins qui , après l’avoir percée de pluſieurs coups de couteau à la gorge , l’ont trainée aſſez loin de là dans un lieu écarté , pour dérober ſans doute aux paſſans la connoiſſance de leur crime.

(p. 4)


Septieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 30 Avril 1770.

Nous venons d’apprendre par une Lettre que nous écrit un de nos abonnés qui voyage actuellement hors de la Province , des nouvelles les plus triſtes concernant l’inondation , qui a déſolé pendant près de trois ſemaines une grande partie de la Gaſcogne, & tous les Pays ſitués près des bords de la Garonne. Nous n’avons pu nous refuſer aux inſtantes priéres qu’il nous fait d’inſérer le précis de ſa Lettre dans notre Feuille.

(…)

(p. 3)


Huitième Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 7 Mai 1770.

Les intempéries de l’air n’ont pas été moins nuiſibles à la ſanté du corps qu’aux biens de la terre : il régne dans les environs pluſieurs maladies épidémiques , une des plus cruelles s’eſt répanduë dans un Village aſſez voiſin de la Ville nommé St. Jean de Vedas ; aujourd’hui même 5 Mai nous venons d’apprendre qu’il y eſt mort dix perſonnes & que ſix ont été atteintes du mal contagieux ; une femme de l’endroit voyant que perſonne n’oſoit approcher de ſon mari , qui venoit d’expirer , eût le courage de l’enſévelir elle-même , mais elle fut attaquée le lendemain du même mal , & mourût deux jours après victime de la piété conjugale. Nous ne devons point oublier le triſte ſort du Curé du Lieu; ce digne Paſteur qui dans ces fâcheuſes circonſtances a oublié le ſoin de ſa conſervation , & ne s’eſt reſſouvenu que de ſon zéle , a été lui-même atteint de la maladie , il eſt à l’extrémité.

La mort qui dans ces temps de calamité ſemble s’attacher aux plus reſpectables têtes, vient encore de nous enlever un de ces hommes digne de vivre toujours. C’eſt M. l’Abée de la Prunarede Chanoine de la Cathédrale(…)

(p. 4)


Neuvieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 14 Mai 1770.

Nous venons d’apprendre avec plaiſir que la maladie épidémique qui a régné à Saint Jean de Vedas pendant quelques ſemaines , n’a pas eu de ſuites auſſi funeſtes qu’on le craignoit d’abord ; ſes effets ſont aujourd’hui peu ſenſibles ; la mort a rallenti ſes coups , les habitans voyent renaître leur premiere paix , & ils eſpérent que les ſoins des Médecins ſecondés des ſecours de la Providence , diſſiperont bientôt les derniers reſtes d’une cruelle maladie , & rendront à l’air qu’ils reſpirent toute ſa pureté ; heureux encore après leur détreſſe , s’ils n’avoient pas à pleurer la mort de pluſieurs de leurs plus chers compatriotes , & ſurtout celle de leur Paſteur qui a ſuccombé enfin aux maux dont Dieu l’avoit éprouvé (…).

Pour diſtraire un peu nos Lecteurs de ces idées funébres , nous leur ferons part d’un fait aſſez ſingulier qui , quoiqu’il ſe ſoit paſſé en public , n’eſt peut-être pas ſçu de tout le monde ; Mercredi dernier un homme et une femme s’aviſerent de diſtribuer quelques écus faux aſſez groſſierement imités , après avoir fait quelques dupes , ils le furent enfin eux-mêmes ; quelques-uns de ceux qui avoient été attrapés coururent après eux , & furent bientôt ſuivis de la populace ; voilà mes gens dans un grand embarras , ils ne ſçavoient de quel côté paſſer ; comme ils ſongeoient à s’évader , on les prit , & on les emmena au Palais.

(pp. 3-4)


Dixieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 21 Mai 1770.

De triſtes nouvelles nous apprennent que les mauvaiſes influences de l’air qui ſe sont faites reſſentir aux environs de Montpellier , ne ſont pas également diſſipées par-tout , l’alarme régne encore à Saint-Martin de Londres & à Viols , Villages ſitués à 4 ou 5 lieues de Montpellier ; nombre d’habitans y ont été attaqués ſucceſſivement d’une maladie cruelle qui portoit les ſymptomes de la pleuréſie & étoit accompagnée du délire , & violens maux de tête ; pluſieurs ont déjà payé le tribut à la mort , & elle y immole tous les jours de nouvelles victimes , mais on eſpére que les ſecours de la Médecine , l’air qui s’épure , la nature qui prend une nouvelle vie , tout enfin va contribuer à diſſiper la malignité des vapeurs contagieuſes qui menaçoient leurs jours , & le paiſible Laboureur pourra jouir ſans inquiétude du doux plaiſir de contempler dans les Campagnes , humectées & réjouies par les roſées ſalutaires du Ciel , les heureuſes apparences d’une récolte abondante.

(pp. 3-4)


Pas de NOUVELLES INTÉRESSANTES dans les éditions du 28 mai et du 6 juin.


Treizieme Feuille hebdomadaire de Montpellier.
Du 11 Juin 1770.

On n’avoit pas jugé à propos d’inſérer dans la dernière Feuille la triſte nouvelle de l’aſſaſſinat commis ſur la perſonne d’une femme qu’on a trouvée le Vendredi premier du courant hachée en morceaux au environs de Fabregues , parce qu’on attendoit la confirmation de ce fait , qui n’eſt que trop avéré.

(p. 4)


Voilà, voilà. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que la lecture des journaux donne envie de s’enfermer chez soi pour ne plus en sortir. Si vous voulez allez voir par vous-même ces quelques morceaux choisis dans leur contexte, c’est ici que ça se passe, sur le site des archives départementales de l’Hérault : http://archives-pierresvives.herault.fr/ark:/37279/vta53d7ab2ea66cf/daogrp/0/1 (C’est de là que vient l’image utilisée dans l’article, d’ailleurs.) J’aurais pu en copier d’avantage ici, mais j’en avais marre. Allez donc y jeter un œil, ça se lit très vite.

#130 – Montpelliérien #130 – Un Truc sur le Verdanson

Le Verdanson n’est pas à sec ! Fait assez rare pour le noter. Un écriveur écrit : « fait assez rare pour le noter », fait bien trop banal pour le noter dans quelque annale que ce soit. Mais voilà que ce dernier fait lui-même remarquer que cette tournure est par trop employée ! Fait assez rare pour le noter.

Le Verdanson n’est pas à sec, donc, j’ai pu le constater hier soir en passant par l’allée Hermantaire Truc. Je dis pas truc comme j’aurais dit chose, remarquez la majuscule. Truc c’était son nom, à Hermentaire (avec un e). Qui était-il ? Facile, pour le savoir, cherchons à Truc dans le dictionnaire des noms propres. On ne trouve rien. Mince. Et sur Wikipédia ? On ne retrouve re-rien. Re-mince. Ne vous inquiétez pas, je fais durer le suspense, mais vous saurez bientôt qui était ce Truc. En attendant, revenons-en au Verdanson.

Le Verdanson est un petit cours d’eau qui traverse Montpellier et va se jeter dans le Lez, un autre cours d’eau, moins petit, qui traverse Montpellier et va, lui, se jeter dans la Méditerranée au niveau de Palavas-les-Flots. Le Lez est donc un fleuve, et le Verdanson en est un affluent. Ça vous rappelle des notions de géographie ou vous dormiez trop bien près du radiateur au collège ? Bon, continuons. En quoi le Verdanson est-il remarquable ? Il l’est tout d’abord parce que, comme le bit, il ne connait que deux états : 0 – à sec ; 1 – en crue. Mince, je me contredis, j’ai dit qu’hier il n’était pas à sec ! Or il n’était pas en crue non plus… Oui, mais si vous lisiez mieux vous auriez remarqué que j’ai également dit que c’était un fait notable. Mauvaises langues. Hier, il était donc dans l’état 0.05.

Photo par Gwlad (galerie du Triangle)

Quoi d’autre concernant le Verdanson ? Et bien son lit est entièrement de béton. De sa source jusqu’à l’endroit où il se jette dans le Lez, au moulin de Salicate (quartier les Aubes). Une vraie chance pour les graffeurs·ses que la municipalité laissent s’y amuser autant qu’ils et elles le veulent. Après tout, autant recouvrir toute cette laide grisaille de jolis dessins, ça ne peut pas faire de mal. Pas faire de mal sauf précisément là où il se jette dans le Lez. Là c’est un dépotoir. Les bombes de peinture, presque vides mais pas totalement, et autres déchets sont abandonnés sur place et font crever les bestioles du coin. Message perso aux artistes : essayez de faire du beau jusqu’au bout, toute cette merde me gâche un peu le goût de vos œuvres. Bon, mais à part ça, le Verdanson se trouve du coup être la plus grande galerie d’art de la ville, gratuite, et à ciel ouvert.

En parlant de merde, et pour finir, on est bien obligé de le dire : le Verdanson ne s’est pas toujours appelé comme ça. Au départ, c’était le Merdançon. À cause de l’odeur. C’était là que toute la ville balançait ses eaux usées, même les artisans, genre tanneurs et autres. Les tanneurs ça pue. On le sait moins aujourd’hui que ce ne sont justement plus de petits artisans de centres-villes, mais je vous le dis, ça pue. Bon et puis un jour quelqu’un a dû se dire que ça n’était pas très glorieux une ville traversée par le Merdançon, et on l’a changé en Verdanson. Il est intéressant de constater que souvent les gens voulant faire de l’humour et ne connaissant pas l’histoire changent intuitivement le V en M et partent d’un bon rire gras. Alors je fais semblant de rire et je leur raconte l’origine de ce nom, car j’adore briller en société en étalant mes connaissances sur les noms liés à la matière fécale.

Et Hermentaire Truc dans tout ça ? Je ne sais toujours pas si je préfère le fait que son nom soit Truc ou son prénom Hermentaire en réalité. Je crois que si j’ai un fils un jour je l’appellerai Hermentaire. Hum, je ne m’en sors pas de ces digressions. Il faut que j’avance. Hermentaire a donc une allée à son nom, une allée toute minuscule, verte, avec des bancs, sinueuse, cachée entre deux immeubles anciens, et qui passe au dessus du Verdanson. L’allée rêvée. Elle se situe quelque part entre l’arrêt de tramway Albert 1er et l’arrêt Philippidès. Et, quelle chance nous avons ! il y a dans cette petite allée, en plus des arbres, des bancs et du Verdanson qui passe en dessous, une plaque nous expliquant qui est Hermentaire Truc ! Alors ? Elle est pas belle la vie ? Elle est presque belle. Comme je le faisais remarquer au début de l’article, on a orthographié Hermantaire avec un a sur sa plaque, or sur les livres publiés par lui, on trouve systématiquement Hermentaire avec un e. Pour une fois qu’on causait de lui, c’est bien dommage…

#51 – Montpelliérien #051 – Jamception

Hier, c’était soirée jam session, et scène ouverte, et re-jam session. Pas forcément dans cet ordre. Vous avez du temps devant vous ? Allez, tirez-vous une bûche, je vous explique.

Scène ouverte d’abord, à la Petite Scène. Je venais de me faire Manuel (Il Figglio) au Diagonal —très bon film. Un chouia déprimant. Je dis un chouia pour pas vous décourager d’y aller. Rythme lent, belle image, réaliste. Allez-y, allez-y pas, j’ai rien à vendre. Moi j’ai aimé. Toujours est-il qu’en sortant de là j’avais pas les yeux qui criaient l’amour de la vie (je sais bien que ça ne veut rien dire)—, j’avais besoin d’un petit remontant. Direction, donc, le bar dont je vous ai causé trois lignes plus haut. Relisez lentement en vous aidant du doigt si vous avez du mal à suivre. Arrivé là, je commande le sempiternel jus de tomate et je m’installe avec mon bloc note à la seule table de libre près de la scène. Ça commence.

Le premier des trois musiciens inscrits ce soir-là, c’est Ravi Johanis. Il vient d’Allemagne et m’expliquera plus tard qu’il a déjà fait un séjour à Montpellier dont il garde un bon souvenir, notamment grâce aux jam sessions sauvages alors spontanément organisées sur le parvis de l’église Saint Roch. C’était le bon temps.

Il saute en scène seul avec sa gratte électrique. Surprise. Le petit malin avait préparé une backing track pour l’accompagner. Très minimaliste mais pile ce qu’il fallait : basse et batterie légère : grosse caisse, caisse claire cross-stick, quelques cymbales. Premier morceau. Le son de gratte est superbe. Beau clean, avec du gain juste ce qu’il faut. Il a du feeling, de jolis licks. Y a de la rondeur et de la tension. Le morceau parle de you’re beautiful si je me souviens bien. Le second de need to see my love again, le troisième j’ai pas fait gaffe aux paroles, j’ai été beaucoup plus entraîné par la musique. Le style reste le même au cours des trois morceaux, mais c’est de plus en plus rythmé, ça gagne en complexité.

Quel style ? Hmm. Vous savez, quand je parle de musiciens, j’aime pas les comparer à d’autres, et j’aime pas les étiqueter genristiquement parlant. Je préfère décrire. Oui, mais voilà, je suis pas expert dans toutes les techniques et j’ai une culture musicale limitée, alors je vais dire ce que ça m’évoquait comme genre, car je n’ai pas peur de me contredire : blues moderne teinté de soul avec un arrière goût rootsy. Ou bien soul minimaliste saupoudrée d’un zeste de roots mais très bluesy. Ou encore quelques rythmiques un peu roots, un feeling général blues, mais pas oldscool , le tout un peu souly. Et démerdez-vous avec ça.

Quel ressenti général ? De très beaux morceaux, de jolies ambiances qui évoquent douceur et tranquillité, tout en faisant bien hocher la tête. Parfait pour un premier jour de printemps, et pour l’été qui suivra. On se demande pourquoi les morceaux durent pas plus longtemps, ils sont vraiment très courts, parce qu’une fois dedans on y est bien, on a envie d’y rester. J’ai pas parlé de la voix. Car Johanis chante également. C’est peut-être la partie qui mérite encore un peu de travail, les idées sont là, l’intention aussi, mais ça manquerait un tout petit peu de maîtrise. Après vous savez comment c’est, premier sur scène, à froid, un soir où personne ne vous attend vous particulièrement, il y a de quoi avoir les cordes vocales frileuses, d’autant qu’il faisait vraiment pas chaud, ça n’aide pas.

Vous n’avez pas le début du bout de la pointe de l’extrémité d’une idée de ce que tout ça peut bien donner en lisant mes baragouineries, pas vrai ? Alors, d’une, vous aviez qu’à y être, et de deux, vous pouvez allez l’écouter sur son soundcloud.

Johanis m’a dit qu’il comptait bien tourner plus souvent dans le coin, je n’ai pas eu la jugeote de lui demander s’il restait longtemps en ville, lui en tout cas a eu la gentillesse de m’offrir l’une de ses démo. Merci beaucoup, c’est super sympa. Sympa, d’ailleurs, le mec l’est très. Si, c’est français comme phrase. Il a pris le temps de saluer tout le monde, d’annoncer tous les musiciens qui allaient suivre, et de remercier encore une fois tout le monde. Donc, Ravi, Johanis, de t’avoir rencontré. Si je l’avais pas faite vous auriez été déçus·es, mentez pas, je le sais.

En parlant des musiciens suivants. En seconde partie, c’était Anthony. Ánthos. Flos Waldhari. Non ils sont pas trois, c’est juste pas facile de se décider sur un pseudo, et on le comprend. Z’avez qu’à relire mes premiers articles, vous comprendrez. Quels que soient ses noms, propres ou de collectif, son set m’a vraiment surpris.

Le mec se hisse sur la scène, guitare électro-acoustique cordes nylons en main. Devant lui une pédale à boucles et une pédale de reverb. Un micro aussi. Il commence, l’air de rien, par nous sortir une rangée de croches sur une seule note. Bon. La boucle part. Il entame une nouvelle série de notes identiques sur le même rythme qui ne paie pas de mine. Mais ça commence à harmoniser. Les boucles ne se remplacent pas les unes les autres, elles s’empilent. Une troisième. Une quatrième. Toujours l’harmonie s’enrichit. Toujours sur le même rythme quelques montées d’une gamme mineure harmonique maintenant. Bon, si ça s’arrêtait là, mais ça continue. Jusqu’à combien ? J’ai perdu le comte. Mieux encore, au milieu de tout ça il bidouille sa pédale, rajoute un delay qui décale toutes ces croches faites à un doigt sur une corde et jusque là synchronisées, ce qui, magie, crée un rythme flamenco hyper riche harmoniquement. La tension monte, l’ambiance gonfle et gonfle à mesure qu’il rajoute des couches jusqu’à ce que…

Patatras. Jusqu’à ce que tout foute le camp. Manque de bol, setup de scène ouverte plus accumulation de pistes avec delay oblige, son aigrelet de l’electro-nylonée aggrave, un larsen chopé à chaque passage, présent dans chaque boucle, commence à couvrir le morceau. C’était tolérable jusque ici, mais là, obligé de couper le son.

Pas grave on recommence. L’ambiance flamenco-western, donnant un tout assez baroque au final, reprend. Sans larsen cette fois. Là c’est le coup de grâce. Anthony-Ánthos-Flos-Waldhari-De-La-Vega-Morricone ajoute les voix. Encore des loops, une voix, deux, trois, quatre, je sais plus combien, du grave au super aigu. La vache, un vrai chœur à lui tout seul. Ça claque. Je vous ai dit que j’aimais le baroque ? Ben voilà, on est en plein dedans. Y a du Cant de la Sibil·la là-dedans, un air de tempête avant la fin du monde. Le morceau s’appelle La Tormenta, d’ailleurs. Tout à fait adéquat.

Bon ça finit un peu brouillon pour la même raison que précédemment, voix sur voix se superposant, un peu du boucan ambiant est repiqué par le micro et s’amplifie à chaque boucle. Ça oblige à baisser le son encore une fois, dommage parce qu’on sent bien que c’est supposé enfler et enfler encore sans jamais s’arrêter jusqu’à devenir une énorme masse d’harmonies et de rythmes apocalyptiques. Bref J’ai hâte de revoir ça avec une meilleure sonorisation.

Le second morceau, une valse, dix minutes. On sent que c’est de la chanson à texte, mais en anglais, j’entends pas bien les paroles. Dommage. L’ambiance est toujours super cool. On découvre encore mieux la voix d’Ánthos, et c’est bon ! Je dirais que ce qui fait l’originalité de sa musique ce soir-là, c’est sa façon de se servir des boucles et du delay pour créer des rythmes complexes —des trilles au delay !—, créer des textures riches, parfois à la limite des nappes de synthèse granulaire, et sa voix. Ses voix. Quand il s’y met. Heureusement il s’y met plus souvent qu’il ne s’y met pas. Et puis rappelez-vous, scène ouverte, à froid, enfin z’avez pigé. Le mec à la sono lui dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Anthony, encore un gars sympa, accepte.

Vous ne voyez toujours pas ce que je veux peindre comme tableau avec mes tournures alambiquées qui font pas honneur à ? Voilà son soundcloud. Je sais pas s’il y a ce que j’ai entendu hier, j’ai pas encore eu le temps d’écouter. En tout cas si vous entendez dire qu’il passe dans le coin, allez-y voir, je suis sûr que ce sera intéressant.

Normalement, c’est à peu près à ce nombre de mots que vous arrêtez de lire les articles. Ne niez pas, j’ai mes sources. Mais aujourd’hui, vous allez me faire le plaisir de faire un effort. On doit en être à un peu plus de la moitié, et il me reste encore de beaux moments musicaux et humains à raconter. Allez, entracte photo du jour, comme d’habitude, c’est Gwlad qui régale.

Photo par Gwlad (avenue des États du Languedoc)

Vous êtes délassées·s ? On reprend.

Le troisième musicien à monter sur scène, c’est deux musiciens. L’un dont j’ignore totalement le nom, et le deuxième, je vous dis pas tout de suite, je fais durer le suspense. Le premier a une guitare electro-acoustique dans les mains, il en joue, chantonne, rapotte. Je ne sais pas s’il reprend des paroles de chansons existantes sur des accords à lui, ou si c’est écrit de son stylo bic. Toujours est-il que je préfère quand il chantonne, quand il rapotte ça fait laïus égotique virilo-macho_montre-muscle et fier de ses défauts. Encore une fois, c’est peut-être des reprises, mais si tu viens me chanter des discours de Sarkozy dans les oreilles, t’attends pas à ce que je vienne te dire que t’as une jolie voix. Bref, je préfère quand il chantonne en anglais. Je fais un effort quand même, purement musicalement, on voit que le mec est à l’aise avec sa gratte, y a de la nuance dans son jeu malgré les accords joués en boucle, et la scansion est bonne.

Le deuxième du duo, dont je garde le nom secret pour l’instant, essaie de trouver sa place au départ, il tente des hum hum discrets, et puis d’un coup d’un seul, dès que l’espace est enfin disponible, putain, ce qu’il envoie ! Voix profonde, sculptée, qui fait des pirouettes avec une aisance assez dingue, voix expérimentée qui joue sur les timbres et les textures. Ça dure pas longtemps, mais j’y entends du Nina Simone, du jazz lyrique. J’avais dit pas de comparaison à des genres ou des artistes hein ? Me renier, c’est ma passion. Enfin, tout ça ne dure que quelques secondes. Mais voilà les secondes…

Deuxième morceau, cette fois ce qu’il envoie c’est une impro proche du scat aux accents reggae, toujours avec cette voix, profonde et chaude, non je parle pas du vagin de maman, je sais que vous avez la nostalgie de mais restez concentrés·es s’il vous plaît. Bref, en quelques secondes à chaque fois, on a le temps de sentir que le mec cache une musicalité énorme.

Le mec à la sono leur dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Qui ça d’autres ? Ils étaient trois musiciens inscrits pour la scène ouverte, enfin quatre, puisqu’il y avait un duo. Le mec leur dit que les musiciens pour la jam session sont impatients de monter sur scène. Ah, c’est eux. Et oui, jam session dans une soirée scène ouverte. Daitman —voilà, c’est lâché, c’est son nom au super chanteur, Daitman Paweto. Connaissez pas ? Ben vous feriez mieux de le retenir et d’aller voir ce qu’il fait dès que vous en avez l’occasion, ce mec va devenir célèbre, et ce sera mérité—, demande s’il peut quand même faire une chanson avec une guitare avant de descendre, il a quasiment pas eu le temps de chanter en fait. Le mec-anguille lui répond pas franchement, d’un air de descends maintenant mais je te le dis pas les yeux dans les yeux, d’un air de les amateurs ont assez joué place aux pros, d’un air de la scène ouverte c’est terminé les minus, z’avez assez joué, maintenant c’est les jazzmen de cinquante balais qui jouent, les musicos respectables, faites place, comprenez, la clientèle tout ça, vont pas s’alcooliser longtemps si on leur met pas du jazz à papa dans les pattes. Franchement à ce moment-là j’étais sur le cul. Daitman résiste, même quand le pianiste sosie d’Alain Chamfort, orgueilleux au possible, monte sur scène en lui lançant « je suis pas payé pour accompagner les mecs qui viennent chanter leurs chansons ». Rien à foutre, Daitman le regarde du genre je t’ai rien demandé. Il est malmené, mais pas grave. Il leur dit que cette scène est faite pour être partagée, ouverte, jam session, non ? On aurait compris de travers ? Il demande un capodastre, les mecs l’envoient bouler du genre démerde-toi on veut pas de toi ici avec ta chanson, ta putain de seule petite chanson que tu veux chanter que ça prendra trois minutes mais c’est trois de trop pour nous. Heureusement, Ánthos est là, près de la scène, il en a un de capodastre, il le lui prête. Johanis remonte aussi sur l’estrade et prend la basse. Merci !! Le groupe improvisé joue, et il envoie, le Daitman. C’était bon. Au bout de deux chansons à accompagner les autres, il redescend de scène.

Je lui touche deux mots de ce qui vient de se passer, il trouve ça bête, mais il en fait pas une affaire, il a pu jouer, c’est tout ce qui a l’air de compter. Il me dit qu’il se tire à la Pleine Lune, en fait il est censé y être depuis une heure et demie, il était juste parti en ville pour acheter des clopes et s’est retrouvé embringué là. Je décide de le suivre. À la Pleine Lune, c’est aussi jam session, mais on verra que c’est un autre genre. Allez, c’est l’article le plus long que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui, mais je suis sûr que vous avez encore le courage d’en lire un peu plus, on y va.

Sur le chemin, Daitman m’explique qu’il a trente ans, qu’il a commencé à monter sur scène à treize, qu’il a fait du rap, du reggae, du jazz, que maintenant il a trouvé son truc, son mélange, son effet à produire sur le public. Il m’explique sa vision de la musique, du groupe. Le mec a dix-sept ans d’artisanat zikal dans les jambes, il commence à savoir ce qu’il veut. Il avait ouvert un bar musical, mais des histoires familiales ont fait que. Aujourd’hui, il repart sur un nouveau projet. Il a remonté un groupe autour de lui. D’ailleurs, avant la Petite Scène, ils ont fait leur première répet en vue d’une série de concerts pour jouer l’album enregistré au Studio Vox et en cours de mixage. Ce que j’avais pressenti se confirme, il fait pas semblant Paweto Daitman.

On arrive à la Pleine Lune, c’est soirée Jam Session World Music, j’aime pas ce terme, World Music, ça sent la FNAC et le rayon CD du Super U. Sur scène, c’est aussi bondé que sur la piste de danse quand on déboule. Je saurais plus dire avec précision combien de musiciennes·s étaient présentes·s, mais comme ça je revois à notre arrivée : une clarinette, un sax, une trompette, un batteur, un violon, une basse, deux guitares, un clavier, une voix qui chante dans une langue arabe que je serais bien incapable de reconnaître. Y a une pêche d’enfer, les gens sont excités, ça danse, ça picole, ça se marre, ça dragouille, ça saute sur place. Et tous ceux qui veulent monter sur scène le peuvent. Même les gros relous bourrés. Ça, ça plaît pas trop à Ella.

Car oui, j’oubliais, sur place Daitman me présente des amies·s musiciennes·s à lui, Édouard que je n’ai pas vu jouer et dont j’ignore l’instrument de prédilection, Timothée le guitariste, et Ella la chanteuse. Tout ce petit monde est fort sympathique. Sont venus·es là pour la musique, pas se la coller. Chacun·e montera sur scène à un moment ou un autre. La musique, d’ailleurs, est un mélange hallucinant de toutes les sonorités possibles et pas imaginables, dans des combinaisons riches, surprenantes, et éphémères. La zik est improvisée à jusque douze musiciens·nes et chanteurs·ses, des morceaux qu’il fallait entendre sur le moment, car c’était la première et la dernière fois qu’on les jouerait dans l’histoire de l’univers.

Au niveau des voix : on a eu Ella qui à envoyé ses good vibes, d’une voix posée, calme, légèrement voilée, qui peut s’emballer d’un coup et partir dans les astres avec une apparente facilité. Apparente seulement, elle me le confirmera plus tard. On a eu Daitman, évidemment, toujours aussi bon. On a eu deux filles, toutes les deux dans une style soul-jazz, et dont j’ignore les noms. On a eu un rappeur, apparemment très souvent à l’ODB, grand, cheveux mi-longs attachés, le genre qui met l’ambiance, avec des textes qui appellent à l’empathie, comme son t-shirt, et une gueule qui appelle à être son pote. On a eu aussi un mec qui envoyait le salsifis, rap-reggae, textes humanistes, engagés.

Vous savez quoi ? Je vais arrêter là. Je suis sûr que vous n’en avez même pas lu la moitié, et je suis claqué. En tout cas, mon programme des mardis quand j’aurais rien prévu de particulier me semble maintenant tout trouvé. Petite Scène jusqu’à la fin de la partie scène ouverte pour voir les artistes de près et pouvoir échanger un peu ensuite, puis Pleine Lune pour finir dans une ambiance ouf.

Allez, la bise. Promis demain ce sera plus court.

#10 – Montpelliérien #010 – Mariage d’enfer au Kawa

Hier, c’était théâtre. Le Kawa Théâtre, comme je vous l’avais annoncé dans le billet #003. La pièce, c’était Mariage d’enfer. Et c’était bien sympa. Elle et il, la comédienne scénariste Céline Cara et le comédien Kevin Bourges, la rejouent ce soir et puis c’est fini. Enfin pas vraiment, y a une date spéciale le 14 février, mais demain c’est leur dernière officielle, et je suis sûr que ça leur ferait plaisir de jouer devant une salle remplie. Clin d’œil à toi, lecteur·rice.

Que dire maintenant ? C’est l’histoire classique : un mec, une meuf. La meuf veut se marier depuis qu’elle est petite, c’est son rêve, le mec s’en fout complètement, mais il ne doit surtout pas le dire, non, il doit céder surtout, sans quoi ça sent méchamment la séparation. Alors, petit insert. Je dis classique. On risque de me dire, comment ça classique ? Tu renforces les clichés, les lieux communs. Je vous répondrai que deux de mes amis se sont mariés exactement comme ça, poussés par leurs copines qui voulaient seulement se marier. Elles, l’autre, elles s’en foutaient, c’était le mariage, la robe et toutes ces conneries qu’elles désiraient. Leurs histoires, bien qu’elles furent longues jusque là, n’ont duré qu’un an (pas tout à fait) après le mariage, dans les deux cas. Ensuite divorce. Trois de mes amis en tout se sont mariés, ça fait donc deux mariages sur trois qui tombent dans ce cas-là, et que j’ai pu observer de très près. Je serai bien d’accord avec vous pour dire que c’est une question de société et du « rôle » qui échoit aux nanas. Comme vous serez d’accord avec moi pour dire que les mecs qui sortis du boulot ne pensent que foot et bagnoles sont formés dès la petite enfance par un procédé analogue. Ouf, on est bien d’accord alors. On peut continuer.

La pièce joue donc autour de cette situation, et on pourrait craindre de s’ennuyer si ça ne sentait pas autant le vécu, si la scénariste ne visait pas aussi juste à tous les coups. Ce n’est pas vraiment une critique de ce genre de mariages, ce n’est pas non plus un hymne à cette situation, c’est une mise à plat. Tout y est exposé, tout. La pièce n’est pas bien longue (ou il n’y paraît pas, j’ai pas taïmé), et pourtant tout est dedans. Je parle un peu général, je veux pas vous donner de détails. Ça fait partie des plaisirs de ce spectacle de découvrir petit à petit que tout ce qu’on a déjà aperçu de l’extérieur ou vécu de près se retrouve dans la pièce.

Il y a donc ça d’une part. D’autre part il y a les dialogues. Naturels, drôles, réalistes. Lui c’est un beauf’, elle une belles’, au sens de madame et monsieur tout le monde, pas des alcolo-rastos de PMU. Justement, les personnages ne sont pas des neuneus, pas des caricatures. Ni d’horribles connards·sses, ni des angelots. Ils existent, ils ont un passé, une raison de faire ce qu’ils font, de dire ce qu’ils disent. On les sent être des personnes comme vous et moi. Sans doute un peu plus comme vous que comme moi, tout de même, mais enfin à pas beaucoup. Tout ça pour dire que dans l’écriture ici, il n’y a rien de gratuit, de juste pour faire rire pouèt-pouèt pirouette. Et ça, c’est bon, ça fait plaisir.

ENTRACTE

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

FIN DE L’ENTRACTE

Au niveau du jeu, alors là ! Céline Cara est à fond du début à la fin, elle y met vraiment de l’énergie ! Je l’ai déjà rencontrée deux fois en civil à diverses occasions, elle a l’air tranquille comme femme, mais quand elle se met à jouer la fille survoltée, boudi, elle s’économise pas. Son personnage a beau être agaçant, bruyant, brusque, on ne s’en lasse pas pour autant, le mérite en revient à la comédienne. Et Kevin Bourges. Kevin Bourges ! Un vrai comédien, un bon ! On était trois à être venus voir la pièce, en sortant on était tous bluffés par son jeu. Timing parfait. Il contrôle son corps et ses mimiques impeccablement. Aussi impeccablement qu’il dit son texte. Il est d’une drôlerie et en même temps d’un naturel impressionnants. Bref. Je lui promets une longue carrière. Genre je m’y connais. Mais j’aime bien faire des pronostics du haut de mon ignorance. Pour finir, les deux font la paire. Comme je le pensais déjà à la suite du tournage du court-métrage d’un ami, et après avoir fait la bande son d’une web-série dans laquelle on les retrouve, les voir jouer tous les deux, ensemble ou séparément, c’est un régal.

Qu’est-ce que ça donne tout ça mis ensemble ? Et bien, si le thème n’est pas franchement original, la justesse de l’écriture et le jeu ne m’ont pas laissé sentir le temps filer. Quand je n’étais pas occupé à rire, j’essayais de faire passer cette boule au ventre d’avoir vécu de trop près ce genre d’évènements qui dans la réalité ne sont pas franchement des parties de rigolade. Que demander de plus à un spectacle vivant que de provoquer chez nous des émotions variées en évitant l’ennui ? Rien. Un peu plus de chauffage dans la salle peut-être.

J’ajoute, pour ceux qui sont un peu chauvins, que Mme Cara et M Bourges, sont Montpelliérienne et Montpelliérien (quelques expressions du coin qu’il fait bon entendre se glissent d’ailleurs dans le spectacle), qu’ils jouent depuis longtemps maintenant dans les théâtres de notre ville, et qu’ils semblent vraiment vouloir promouvoir la scène locale.

Donc ? Ben allez-y, patates. Faut tout vous expliquer ?

Allez, à demain. Bisettes.

#6 – Montpelliérien #006 – Le dimanche à Montpellier, c’est le jour de balayage

Le dimanche matin à Montpellier, on peut dire : soit que les rues sont vides, soit qu’elles sont pleines de merde. Ça dépend de comment on voit le verre, et selon que c’est un verre d’eau ou de mojito.

Si vous vous baladez à l’extérieur de l’Écusson avant 13h, alors la ville est à vous. Les chances de rencontrer un·e flâneur·se sont quasi nulles, et si vous en rencontrez un·e, c’est sans doute votre reflet dans la vitrine d’une boulangerie fermée. Même au centre ville, si vous évitez la place de la Comédie et la rue de la Loge, vous pourriez rester le nez collé sur votre portable sans trop risquer vous emboutir dans un·e autre lève-tôt. Mais ce serait quand même dommage de ne pas lever les yeux. Ces petits matins calmes sont idéals pour lancer son regard au loin et voir la ville comme elle est, sans le mouvement parasitaire des foules. On redécouvre vraiment les lieux quand ils baignent dans le silence, si rare en semaine.

Ce que vous ne manquerez pas de voir non plus, se sont les trottoirs dégueulasses où s’étalent vomis et coulures de pisse, contenus de conteneurs à l’air libre qui volettent, tessons verts et taches rouge coagulé. Demain est un jour nouveau, à condition qu’on n’ait pas à emprunter les rues de la veille qui, ayant bien tout consigné, au cas où vous auriez un trou de mémoire, vous rappellent vos instants les plus honteux et vos gloires les plus vaines. Enfin, on est presque tous·tes passés·ées par là. Ne vous flagellez pas pour si peu. Dès lundi, tout aura été emporté par Nicollin. Véritable père Noël inversé qui, du plus haut des cieux, envoie ses petits elfes vert et jaune emporter par milliers les cadeaux qu’on s’était offerts la nuit précédente. Le père Dimanche en quelque sorte.

Photo par Gwlad (avenue du Pirée)

Par contre, si vous voulez voir du beau linge ces matins-là, vous pouvez toujours aller faire un tour à la brocante du Peyrou. C’est là que vous pourrez observer les antiquaires et brocanteurs des abords de la rue Foch vendre leurs vieilleries aux divers avocats, notaires, commerçants et nobles des abords de la rue Foch. Après tout c’est une place royale, une place royale en bas de chez eux, ils n’ont pas à marcher très loin. C’est pratique en revenant de la messe, ou quand le Krug reste encore un peu sur l’estomac. C’est un peu comme un vide-grenier dans leur jardin. On peut les voir s’acheter pierres et jouets les lendemains de Perrier-Jouët. Attention, on chine avec les yeux, pas avec les doigts. Cassé c’est payé, et clairement ce n’est pas dans votre budget.

Non je suis pas jaloux.

Louis Frêche

Georges Nicollin

Et puis merde. On verra plus tard pour le pseudo.

#5 – Montpelliérien #005 – Expo Pakito Bolino

Dans les expo, je me fais vite chier. Même si c’est très bien. Enfin, je dis ça comme si c’était toujours le cas. Comme un élève qui dit moi j’aime pas lire. Qui veut faire genre. Évidemment que c’est pas vrai 100% du temps. Disons plutôt que, même lorsque j’aime le travail des artistes exposés·ées, j’ai tendance à m’emmerder assez rapidement. Et bien, voyez-vous, je viens d’aller voir une expo dans laquelle je ne me suis pas fait chier. Reportage.

Ah, attendez. Juste une précision avant de commencer. C’est dommage j’ai cassé mon effet. Si vous suivez pas bien ce que je raconte, c’est que j’ai pas dormi longtemps et que je suis pressé. C’est pas vous, c’est moi. Hi hi hi, vous y croyez toujours à celle-là, c’est pas vous, c’est moi…

Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Bon. Reportage on disait. L’expo Sadobaka de Pakito Bolino à La Jetée, galerie et atelier dans le quartier Figuerolles, 80 rue du Faubourg Figuerolles, pour être précis.

Comme je vous le disais, je ne me suis pas fait chier. Mais à quoi est-ce que cela ça tient-il donc ? Et ben au fait que l’expo soit petite et que le lieux fermait vingt minutes après qu’on y soit rentré. Je n’ai pas eu le temps de me faire chier. Si ça avait duré vingt minutes de plus parce que les potes avec qui j’étais avaient voulu rester, je pense que je me serais barré sans claquer la porte, on est civilisé.

Ce que fait Pakito Bolino, c’est très bien, je connaissais pas du tout, j’ai découvert. J’ai pas été émerveillé, mais j’ai souri plusieurs fois. Dans un style surchargé et destroy (on dit plus destroy mais c’est le terme qui convient et je vous embrasse, j’emploie les termes que je veux, à la mode ou plus) en noir et blanc ou en couleurs dans tous les sens, en encre, en peinture ou en collages, vas-y qu’y nous colle des cranes, des yeux, des bouches à dents, des bites, des chattes, des bites dans des chattes, des figures asiatiques bondagées ou pas. L’expo s’appelle Sadobaka. Sado tout le monde pige, baka c’est crétin en jap. Jap, c’est japonais en fainéant. Sadobaka, c’est ce qui est annoncé, c’est ce qu’on a. Bon mais voilà, c’est ça, c’est esthétique, c’est toujours ça, c’est toujours esthétique et c’est ça. On appréciera ou pas le style obsessif du trait à l’encre de chine et de ces thèmes qui reviennent en boucle partout, tout le temps. Y a des B.D. aussi, pas eu le temps de les lire. Me suis pas renseigné sur la démarche, et j’ai tort. À mon avis c’est un des points les plus intéressants avec le procédé et les moyens de fabrication, mais j’en ai pas pris connaissance. Décidément vous perdez pas votre temps ici.

Je crois que toutes les B.D. et autres productions du Dernier Cri (—?— pas certain de bien me rappeler du nom, j’irai pas vérifier) éditions de Bolino, étaient à vendre sur place. Ce qui m’aurait bien plu, c’est un espace coussins, pour bouquiner tout ça et les fanzines, pendant des heures. Ça ouais. J’y serai retourné pour. Ces produits-là ont quand même l’air vraiment très bien branlés. Même si, à première vue, comme tout ce que j’ai pu apercevoir de la production du bonhomme, c’est esthétique à fond, mais de fond, j’en ai pas trouvé masse.

Voilà. J’ai rien de plus à dire. Ça valait bien le coup.

Allez voir par vous-même.

https://www.la-jetee.fr/