#379 – AIFRKL

J’ai enfin rattrapé mon manque de sommeil. Oui, je sais, le sommeil en retard ne se rattrape pas, disent les plus grands médecins de plateaux télés. Eh ben en attendant je me sens mieux après avoir dormi 20h en deux nuits plutôt que 10h cumulées sur les trois précédentes. Même pas eu la force de vous raconter le concert du groupe que j’ai vu au Strof samedi dernier. C’est tout juste si j’ai réussi à m’y rendre, au concert. Enfin, je prendrai le temps de faire ça dans les jours qui viennent.

Voyez, vous êtes un glandeur qui passez tout votre temps chez vous sans voir personne à vous enquiller des pétards dès que vous n’êtes pas au travail, et à la seconde où vous décidez de remettre un doigt dans la vraie vie, vous n’avez plus une minute pour vous poser.

Expo de rue du Fandax Collective

La vraie vie. Je sais que ça cause encore des débats, mais oui, pour moi tout personnellement, IRL, In Real Life, a bel et bien du sens par opposition à devant un écran. Ou même par opposition à la tête constamment dans les bouquins. J’ai d’ailleurs vu très récemment le documentaire de 2013 sur The Pirate Bay, TPB AFK, dans lequel on peut entendre l’un des protagonistes expliquer que, pour parler d’une rencontre en chair et en os, lui et ceux de la même mouvance utilisent AFK, Away From Keyboard. Puisqu’à leur sens, ce qui se passe dans l’ordinateur fait également partie de la vraie vie. Et qui pourrait argumenter que tout ce qui se passe dans le monde ne fait pas partie du monde, hein ?

Mais si les utilisateurs d’ordinateurs et d’internet en sont arrivés, sans une grande Académie Française directrice du langage en ligne, à utiliser le terme IRL pour parler des rencontres en personne, c’est que le sentiment de n’être pas dans la vraie vie sur internet était partagée. Tu te bats contre quoi, Capitaine Michou le pirate ? Le fait que quand les gens disent la vraie vie, ils expriment leur sentiment profond qu’il existe une différence entre envoyer « lol » sans esquisser un sourire et se taper un fou rire ensemble dans une même pièce entre deux amis ? Un peu couillon comme combat. On te dit pas que les relations qui passent par ton modem ne font pas partie de la vie ou n’ont aucune valeur, on te dit juste que c’est pas la vraie vie. Oui, c’est subjectif, la vraie vie. Le mieux serait donc de saisir l’occasion pour que chacun tente de définir, même grossièrement, ce qu’il entend par vraie vie. Ce serait fort enrichissant, et on y découvrirait sans doute des contradictions intimes fascinantes, plutôt que de se perdre en débats stériles sur des mots creux.

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De mon point de vue, ce qui passe par des câbles pour se retrouver affiché par des leds ne forme qu’une représentation, de plus en plus fidèle certes, mais une représentation et c’est tout, de quelque chose qui existe réellement en dehors de ces câbles. Parfois, on préfère passer plus de temps dans la représentation de ce monde, plus facile à distordre et à conformer à nos envies, pour souffrir moins, craindre moins, et remplir l’espace vacant par davantage de ce qu’on aime.

Et puis, de la même manière que je ne me voile pas la face quant aux conséquences, pour moi-même et mon entourage, de ma consommation d’alcool ou de cannabis, par exemple, je ne me la voile pas non plus concernant le temps que je passe devant un écran. Et pour ne pas me mentir, je dois analyser, et me rendre compte, des différences qu’il y a entre moi dehors qui gigote, et moi dedans, assis dans un fauteuil, qui regarde quelque chose qui gigote. Délaisser les gens qui nous entourent, s’enfermer dans ses propres délires et renforcer ses croyances, fuir la contradiction et les réalités désagréables, ne pas se rendre vraiment compte de l’appauvrissement de la diversité des sensations que peut enregistrer notre corps du seul fait d’un déplacement depuis un environnement vers un autre (les parfums, les sons, la température, la force du vent, les lumières et couleurs, l’équilibre, les tensions musculaires, les changements de rythme cardiaque etc.), tout ça peut faire partie du package qui vient avec le fait de passer trop de temps enfermé devant un écran. Pas à tout les coups, pas pour tout le monde, et à des degrés différents selon qui, quand et où. Mais ça peut, très clairement. Moi, pour supporter tout ça, je fume, car il me faut le supporter des fois, puisque je souffre également de l’exposition trop soutenue à une vraie vie quand je n’ai pas l’occasion de m’y soustraire du tout. Alors croyez-moi, je ne juge pas. Mais je ferme pas non plus les yeux sur les effets d’un tel comportement.

Je dis donc IRL, dans la vraie vie, par opposition à sa représentation qu’on peut plus ou moins ajuster à notre convenance, certes, mais dans sa version 0% de matière grasse. La vraie vie comme un mur de béton dont on sent chaque picot du crépis quand on s’écrase la gueule dessus, mais au moins on sent quelque chose.

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Alors voilà. Des fois, lassé des habitudes et des gestes étriqués devant le clavier, et des pétards que je fume pour supporter la solitude et l’appauvrissement de toutes les sensations induites par cet enfermement « choisi », je veux vivre la vraie vie. Celle ou quand mon pote rigole, j’entends sa voix à lui, pas celle d’un autre, je vois ses dents à lui, un peu pourries mais pas pourries pareil que les miennes. Et cette autre amie, je veux voir ses sourcils se froncer comme elle les fronce, elle et pas une autre, quand elle trouve que j’ai dit une connerie, je veux voir ses blessures aux mains et que ça me rappelle qu’elle vit un quotidien difficile sans me le dire. Et lui, voir qu’il a des cernes aujourd’hui, mais c’est bizarre aussi, ce petit sourire en coin, il a dû se passer un truc cool qu’il dit pas ces derniers temps, peut-être qu’il dort pas parce qu’il passe ses nuits à faire des trucs sympa… bref je veux que tout ça, du monde et des autres, entre en moi et me provoque ces émotions plus ou moins gérables, ces joies et ces craintes profondes, sur lesquelles je manque de contrôle, et que je ne connais plus quand je lis simplement « ah ah » dans la même police d’écriture pour tout le monde, quand je dois imaginer les voix de mes amis dans les limites de ma mémoire, des voix qui ne sont pas réellement les leurs, simplement une reconstitution qu’en fabrique mon cerveau, ma propre voix qui imite la leur en réalité. Pfou, on est bien tout seul, hein, devant un écran. Il n’y a plus que le contenu du message qui est préservé. Tout le reste de l’autre est perdu, presque tout est généré par soi-même.

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Seulement quand tout s’enchaîne tellement dans la vraie vie, travail, tâches ménagères, visites médicales, réunions familiales, sorties en ville ou dans la nature, activités de loisir, secours aux amis en difficultés, slaloms entre les pièges tendus de quelques malveillants … quand tout s’enchaîne tellement, donc, qu’on n’a plus le temps d’apprécier ce qu’on fait, ni de lever la tête du guidon pour voir où on va, et qu’on finit par oublier dans quel but on fait tout ça (c’est-à-dire se donner une chance d’apprécier : ballades tranquilles un brin de fenouil au coin des lèvres, petits verres entre amis à l’ombre du parasol d’une terrasse calme, rires, bruits du vent dans les branches, copain qui joue trois accords, soleil qui se reflète sur les rides de l’eau en fin de journée, caresses et baisers…), quand on en oublie ça, je ne trouve pas que cela soit tellement vivre non plus. C’est être dans un TGV qui vous laisse à peine apercevoir comme le monde semble joli à l’extérieur, quoique rendu flou par la vitesse à laquelle on traverse le paysage, sans jamais avoir le temps de se poser le cul dans l’herbe pour apprécier le beau temps.

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Bref, je crois que la morale de tout ça, c’est qu’entre taupe défoncée vivant en ermite et grand arpenteur hyperactif des rues et de âmes, ce que je préfère, c’est les périodes de transition pendant lesquelles je me rappelle encore de ce dont je ne veux plus et de ce dont je suis à la recherche. Un truc à fuir, un objectif à atteindre. Dès qu’un mode où l’autre devient une habitude, dès que je m’y attarde trop longtemps, je commence à en souffrir d’une manière ou d’une autre. Et je sais pas faire les deux en même temps.

Eh ben dites donc. Je pensais pas que cet article serait aussi long, chiant et confus. Vous avez bien mérité une pause. À la prochaine.

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#374 – Des dents jaunes au bluetooth il n’y a qu’un pas

Nous sommes le 10 mai. Je fais des bêtises. J’achète des claviers bluetooth pour pouvoir écrire sur ma tablette depuis n’importe quelle terrasse de café, n’importe quel banc de parc. C’est pas des bêtises vous dites ? Si que c’en est. Tout ça parce que j’ai arrêté de fumer. Je ne vous avais pas dit que j’avais repris ? Ben voilà. J’avais repris, j’ai rarrêté.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

Rarrêté, tout à fait. J’avais repris car, n’ayant plus de quoi calmer les angoisses par la fumée, j’avais repicolé. Une ou deux fois seulement, dont une contre mon gré pour faire plaisir à quelqu’un, mais ça ne m’avait pas fait du bien. Alors bon. Je m’étais dit qu’il valait mieux fumer, l’alcool est vraiment un poison trop puissant pour moi. Maintenant je vais tenter de ne retomber ni dans l’un ni dans l’autre de ces modes de fuite durant au moins un mois ou deux. Pfou, c’est long un mois. Déjà qu’une journée c’est long quand on ne boit ni ne fume pas… Une journée sobre, c’est sans fin. On se rend pas compte, essayez un jour vous verrez.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

Enfin bon. Il me faut trouver un nouveau travail au plus tôt. Je commence à en avoir vraiment ma claque de trier des bries par date de péremption dans des frigos trop froids, alors je dois une fois encore faire les efforts nécessaires pour récupérer tout mon cerveau, au moins momentanément.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

C’est mon jour de repos, et je fais n’importe quoi, donc. J’ai dépensé presque cent euros en une journée. Un clavier, une salade au resto, deux cafés, un thé glacé maison, un cookie, un bouquin dont j’ai parlé à un ami il y a deux jours et que j’ai trouvé par hasard dans une bouquinerie aujourd’hui, un ramune pêche à l’épicerie japonaise, boulevard Anspach je crois, ou rue du Midi je sais pas je me paume toujours dans ce coin. Cinq balles la limonade mais la bouteille est belle et puis merde faut que je me fasse plaisir un peu pour compenser l’arrêt d’afflux artificiel d’endorphines que je me tapais en continu depuis des mois dès que je sortais du taf par la magie des pétards. Toutes les factures sont payées et le loyer aussi, mais il doit me rester à peine deux cent euros pour vingt-et-un jours à tenir maintenant. Heureusement que je me nourris uniquement des produits périmés du supermarché dans lequel je bosse, je vous le dis. Ça va me faire drôle quand je vais quitter ce taf et que je devrais recommencer à faire mes courses comme tout le monde.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

J’aimerais donc vous prendre une photo de moi devant ma tablette, mon clavier bluetooth, mon café et mon cookie, à cette terrasse installée dans une cozy cour intérieure du quartier des boutiques semi-chics, au départ de Louise. J’aimerais, mais si je prends une photo en plus de tout ça, je crains un effondrement cosmique par un trop brutal bouleversement du ratio schlagions/hipsterions dans l’univers.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

Qui a l’œil affiné voit d’ailleurs très bien que je ne suis pas véritablement un hipster. Je suis rasé. Eh oui, ça arrive. Mes chaussures sont défoncées car je n’en ai que deux paires dont une réservée au travail, les lacets ne sont pas de la même couleur car je n’avais rien d’autre sous la main quand l’un d’eux a cassé. Mon sweat-shirt est bouffé aux manches, aux poches et à l’encolure, pas par les mites mais par les années, car je le porte depuis bientôt dix ans. Il était noir, il est maintenant de ce gris rougeâtre des trucs noirs qu’ont trop pris le soleil. Le pantalon que je porte est trop court car il a rétréci à la laverie, les deux autres sont sales… Bref. Ça ressemble à un hipster, ça va dans les lieux de hipster, mais c’est du Canada Dry. Les moins de trente ans auront pas la réf, tant pis.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

Je fais des bêtises, mais je n’ai pas trop le choix. Des deux vrais amis que je me suis fait ici, l’une a déménagé hors de Bruxelles, l’autre a onze ans de moins que moi et si on passe de bons moments à tchatcher on ne va pas non plus passer toutes nos journées ensemble, alors… je me fais chier. Je me promène dans de jolies rues, je pense à des trucs, mais personne avec qui partager tout ça. L’idée d’écrire, pour le blog, pour moi-même, en sirotant un café par jours de grand soleil, est la seule qui me donne un peu envie. Je n’aime plus écrire sur papier, mais je ne veux pas rester enfermé dans mon appart pourri pour taper à l’ordi.

Tiré de l’exposition de rue du Fandax Collective

Je veux des gens autour de moi, je ne veux pas avoir à picoler dans un bar pour me faire de nouveaux potes même si c’est une technique qui marche ici. Alors de toutes les bêtises que je peux faire, écrire en buvant des cafés, entouré de gens qui vivent leur vie, c’est sans doute pas pire. J’ai le cadre qui me fait plaisir, et je suis concentré sur ce que j’ai à raconter. Voilà qui m’occupe presque sainement.

Enfin, vu le fric que j’ai lâché aujourd’hui, faudra quand même penser à aller plus souvent au parc qu’au café.

#372 – Je suis dans la place

Voilà. Je suis dans la place. Je viens d’installer une image créée il y a quelque mois, imprimée et plastifiée, quelque part en ville. C’est une image de ce même endroit, stylisé, et dans laquelle j’ai rajouté un personnage tiré d’un photostock libre de droits.

Ça faisait un moment que j’avais envie de participer au paysage de la ville. De décorer un peu les lieux que je trouve très sympa. Sans colle ni trucs qui abîment, juste accrocher des trucs démontables facilement. Jusque là, j’en avais rien fait, mais ça y est. Je dois avoir retrouvé le niveau d’angoisse adéquat pour avoir besoin de recréer des trucs et des machins. Une musique ici, un dessin là…

Mon ami Feldo parle de ça dans sa dernière note de blog. En ce qui concerne ma personne, la réponse est claire. Oui, il me faut souffrir pour créer des machins. Plus précisément, il me faut avoir à fuir une souffrance, une angoisse. Il me faut avoir cette impression que fabriquer quoi que ce soit me permettra de me noyer dans cette activité avec assez d’intensité pour que j’oublie la vie qui m’effraie, me dépasse, m’écrase. C’est inconscient, en général je m’en rends compte qu’après coup.

C’est la même chose qui m’a un temps fait me tourner vers l’alcool, c’est la même chose qui me pousse à fumer plus de pétards que de raison. Sauf que là, il y a la notion supplémentaire de combat. Boire ou fumer, c’est fuir, fabriquer quelque chose, c’est fuir aussi, mais c’est mettre une petite gifle à la vie au passage, pour se faire croire à soi-même et aux copains qu’elle est pas si terrible, qu’on peut y ternir tête. Avec fantaisie et en se marrant si possible, pour bien bien oublier l’horreur de l’existence physique.

Quand j’étais en couple, j’étais tellement bien que je n’avais besoin de rien créer. Je n’avais besoin de rien tout court, sauf d’elle et de ses sourires. Je ne manquais de rien, pourquoi faire quoi que ce soit ? Les moments où j’ai fait des machins étaient toujours des périodes de stress intense. Déménagements, recherche de travail… Les moments où l’angoisse était si grande que même en couple, je me sentais tout seul à affronter ces épreuves.

Il y a aussi une notion d’orgueil dans tout ça. L’impression de n’avoir jamais rien apporté de bien, d’assez bien pour que… disons une œuvre, puisque c’est le mot, apporte ce soulagement à d’autres que moi seul, et si possible pour une durée plus longue que le temps de la découverte. Le genre de trucs qui vous crée un petit bouton quelque part dans le cerveau sur lequel vous pouvez appuyer quand vous avez besoin de votre shot d’endorphine tout au long de la vie.

Je culpabilise tellement d’exister, que je voudrais m’assurer de procurer plus de plaisir que de douleur aux autres êtres qui souffrent dans mes environs. Essayer de faire des trucs m’aide au moins à croire que je bosse dans ce sens, que j’ai pas tout à fait laissé tomber les autres en baissant définitivement les bras, tout en restant le gros égoïste que je suis au fond. Dans les moments de grosses crises existentielles, donc, pour ne pas me vivre comme un encombrant, je suis poussé à créer.

D’où que ça vienne, ce n’est pas un lieu très cool. Par contre, ça marche. Ça permet de se créer un petit horizon artificiel, de divertir deux trois personnes au passage. Pendant toute la durée d’un projet en cours, je me lève avec le sourire le matin, même si j’ai mal dormi. Je m’enthousiasme pour tel ou tel aspect du monde, j’imagine des rencontres, des avenirs possibles.

Bref. Je suis dans la place, j’ai fait mon petit truc par une matinée ensoleillée. Dans le coin près de chez moi que je préfère. J’imagine les gens qui vont se demander ce que c’est, qui c’est ce mec sur l’image, qui a fait ça, pourquoi. Et j’en suis tout content. Faudra voir combien de temps ça reste accroché. Pas mal de vent aujourd’hui, et mon installation n’est pas très solide.

Me reste plus donc qu’à trouver un truc qui me tienne l’après-midi pour ne pas avoir le temps de penser que demain je retourne bosser au supermarché.

#364 – Brûler tout

Il y a des matins où on se réveille et on ne peut que contempler les ruines de ce qu’on avait cru bâtir jusque là. On cherche le responsable de l’incendie. C’est nous-même. On aimerait se recoucher au milieu des gravats, mais il faut aller travailler. Sa place dans les ruines se mérite et se paie en sueur. Mieux vaut les ruines que le trottoir. On y trouve encore quelques recoins pour se cacher du monde.

Mardi matin, fut un de ces matins pour moi. Sous le coup de la honte de moi-même, du désespoir, et bien sûr sous l’influence de l’alcool, j’avais supprimé dans la nuit mon compte Discord. Celui qui me permettait de discuter avec mes seuls amis. Une douzaine de personnes, en deux groupes qui ne se connaissent pas l’un l’autre. Tous en France, loin de ma Belgique. Je ne suis sur aucun réseau social vous savez. J’ai bien installé whatsapp, mais simplement pour le travail, je ne tolère pas de tout y mélanger.

J’ai également supprimé la plupart de mes comptes sur divers sites internet. Mon soundcloud par exemple, que j’avais depuis 2012 ou 2013, je ne me souviens pas. J’ai patiemment supprimé chaque chanson, comme j’ai patiemment supprimé chaque conversation et chaque ami sur Discord, avant de supprimer mon compte, comme pour disparaître encore mieux. Je n’ai pas supprimé mon site. Je ne me souviens plus de tous les détails de cette nuit. Je me souviens juste y avoir pensé et m’être dit non. Peut-être que j’ai voulu me laisser quelque chose à supprimer plus tard, sinon je serai bien embêté la prochaine fois.

Fort de mon succès dans l’arrêt de la cigarette et du cannabis, je décide donc d’arrêter de picoler. Je voudrais bien arrêter les amis aussi. Mais je sens que ça me prendra plus de temps. Pour l’instant ils peuvent toujours me joindre par e-mail, et ils le font les cochons. On ne peut pas tout arrêter d’un coup.

#363 – Gris doux

Que dire au monde ? Bonjour, pour commencer. J’imagine que c’est ce qui se fait. Plus de deux mois sans moi, j’espère que vous ne l’avez pas top mal vécu. Vous ne m’avez pas manqué en tout cas, si ça peut vous rassurer. Ne nous manquons pas mutuellement, et personne n’en voudra à qui que ce soit. C’est le secret du bonheur.

Pourquoi cette note de blog ? Je m’ennuie. Je n’ai absolument rien à vous raconter. Hormis mon petit tour de Belgique, rien de neuf sous les nuages. Boulot-dodo, et même pas métro. J’habite trop près du travail.

Bruxelles

Quand je dis dodo, évidemment que je ne dors pas seize heures par jour, mais c’est tout comme. Il ne se passe pas davantage de choses lorsque je suis éveillé que quand je dors. En vérité, il se passe même encore moins de choses qu’avant, puisque j’ai, une fois de plus, arrêté de fumer. Chaque cigarette était jusque là un petit évènement qui venait rompre la monotonie de ce grand rien, eh bien je n’ai même plus ça. C’est vous dire si les journées sont longues.

Liège

J’ai racheté tout le strict minimum pour faire de la musique. Et même un micro pour enregistrer ma voix ainsi que tout autre instrument qui ne se branche nulle part. Ça fait une semaine que je le regarde, ce micro. Non seulement il me faudrait décider de quatre accords à mettre les uns après les autres pour avoir une musique sur laquelle chanter, mais en plus il me faudrait écrire des paroles. Enfin je crois. Quoi qu’il en soit c’est l’excuse que je me trouve pour ne rien faire.

Anvers

Côté sentiments, je ne suis clairement pas remis. Qui le serait au bout de cinq mois après trois ans de vie à deux ? Vais-je attendre encore quatre ans pour accepter de m’ouvrir à nouveau un peu aux autres ? Je n’en sais rien. C’est compliqué. Vous savez bien. C’est pareil pour tout le monde. D’une je ne suis pas pressé de rencontrer quelqu’un pour rencontrer quelqu’un. Ça ne m’intéresse pas. Ma précédente histoire à deux s’est bien passée, je ne suis pas en mille morceaux, je n’ai rien à me prouver ni à prouver à qui que ce soit en me dépêchant de ne plus être seul. J’ai aimé, j’ai été aimé, tout était sincère et beau. J’ai été guéri de ma peur que ce sentiment de sérénité et de bien être doux n’existe pas. Il existe. Si je ne le vis plus jamais, tant pis. Je l’ai vécu, c’est déjà ça. De deux je conserve l’idée que les gens se débrouillent très bien sans moi. Que tout ce que je pourrais apporter à la vie d’une autre serait un désordre supplémentaire à celui qui y règne déjà. Pas vraiment envie de jouer ce rôle.

Trouvé posé sur un distributeur. Tombé d’un portefeuille, il est maintenant dans le mien. Un joli mot comme ça, ce serait gâché qu’il finisse au caniveau.

Il y a bien quelqu’un avec qui je communique un peu plus qu’avant et qui me fait me demander si au fond de moi je n’aurais pas envie de déverser ma tendresse et mon attention sur elle, mais je ne suis absolument pas certain qu’elle en ait envie, elle, ni que ce soit une très bonne idée au fond. Ne forçons pas les choses. Si les sentiments doivent naître, ils naîtront, sinon nous continuerons d’avoir nos agréables conversations, et ce sera déjà quelque chose. L’amitié, ce n’est pas rien. Les gens qui parlent de friend zone me font de la peine. N’ont rien compris. Se gâchent la vie au lieu d’apprécier ce qu’ils ont. Font un caprice parce qu’on leur a donné un bonbon vert au lieu d’une sucette jaune. Ma foi, tant pis pour leur gueule.

Doel

Bien sûr, quand je dis que je ne fais rien de mes journées, je ne fais pas strictement rien. Je joue une petite heure à un jeu, j’écoute un album de musique, je regarde un reportage, je discute avec quelques amis, justement. Mais c’est bien tout. Voilà comment je mène ma vie ces derniers mois. Mener est un terme un peu fort, vous remarquerez. Je baigne plutôt dans une sorte de monotonie cotonneuse, sereine dans l’ensemble, même si dénuée d’envie forte, et ponctuée de quelques accès de tristesse. Les joies et les peines ne sont pas très intenses. On verra bien si je sors du brouillard dans les mois qui viennent.

#362 – Réparations

L’ordinateur est réparé. Depuis un peu plus d’une semaine. Je n’ai tout de même pas posté. Je ne suis pas dans ma meilleure forme ces derniers jours. Depuis qu’elle est venue récupérer ses dernières affaires, c’est un peu dur.

Deux jours après que mon disque dur m’ait lâché, la carte SD de mon téléphone a grillé. Les machines se parlent dans notre dos, que je vous dis. Contrairement à mon disque dur, je n’avais rien sauvegardé de ma carte SD depuis longtemps. J’ai dû perdre 6 mois de photos, dont environ 500 stickers que j’avais pris au gré de mes balades. Coup dur.

Je me remets très doucement à la musique. Il y aura sans doute quelques sons qui sortiront dans les prochains mois. Je vais essayer de faire un peu plus quali que d’habitude.

J’ai encore retourné dans tous les sens cette question de poster quotidiennement ou pas sur le blog, vous savez, cette question qui ne turlupine que moi. Je crois que je vais arrêter momentanément au moins. Déjà parce que je vais finalement avoir droit à mes vacances du 5 au 19 octobre. Je vais en profiter pour faire un petit tour de Belgique à défaut de rentrer voir les amis et la famille en France. Pas l’énergie pour ça. Je ne suis pas sûr de pouvoir tenir le blog, ni d’avoir envie d’organiser mes activités en fonction de quand je dois écrire une note.

Ça fait maintenant un an que je suis arrivé ici, et je ne suis sorti qu’une fois de Bruxelles pour aller signer un contrat à Waterloo. La porte à côté quoi. J’ai envie de voir les régions flamandes et wallonnes, l’Ardenne… Enfin, j’ai envie… En ce moment je n’ai envie de rien, mais je me force. Avant de n’avoir envie de rien j’en avais envie en tout cas. Je ne veux pas regretter de ne pas le faire quand j’en ai l’occasion.

Après donc avoir réparé mon ordi, mon téléphone, c’est moi que je vais tenter de réparer dans les mois à venir. Quel rôle jouera le blog dans tout ça, je n’en sais rien. On verra bien.

#360 – La pause est finie

Hier mon ordinateur marchait mal, je n’ai pas forcé. Aujourd’hui apparemment il veut bien marcher, mais je n’ai pas le temps. J’ai encore été contacté par le boulot, je dois y retourner. Commencer à 7h du mat, terminer à 20h30, ça se passe comme ça au supermarché. Au moins je n’ai pas à me gratter la tête pour savoir ce que je vais faire de cette belle journée ensoleillée. Le positif on a dit.

#359 – Plus ou moins

J’ai un problème de disque dur. Un vrai problème. Son utilisation monte à 100% plusieurs fois par heure alors qu’aucune tâche spécifique ne semble motiver ça. Résultat ? Je dois attendre environ 5 minutes avant de pouvoir écrire une phrase car tout freeze. Parfois l’ordinateur plante totalement et redémarre tout seul après un manifique blue screen of death, un peu moins brutal dans son design actuel que l’ancien. Puis il y a eu cette impossibilité de redémarrage faute de disque dur trouvable il y a quelques jours.

Tout ça n’annonce rien de bon. Si jamais je ne poste pas dans les prochains jours, vous pourrez ajouter la triste fin de mon disque dur à la liste des raisons probables de cette absence. Liste qui pour l’instant contient les éléments : flemme, hospitalisation, mort. Quelque part, ça ramène à 50% les chances que ce ne soit rien de grave. Ce qui est positif. Voyons le positif. Ça fait presque un mois que je n’essaie de voir que le positif. Ça ne me ressemble pas. Ça ne ressemble à rien. Qui a inventé cette connerie de ne voir que le positif ? Un scénariste de comédie romantique sans doute.

Sticker vu à Ixelles

Voyons le négatif. Regardons autour de nous. C’est fait ? Voilà. Faudrait être un sacré charlatant pour voir le positif. Avoir un bouquin sur la guérison par les pierres ou la pleine conscience quantique à vendre, ou un truc du genre.

Non, non, non. Le positif. Je suis en pleine santé, j’ai une rentrée d’argent mensuelle qui me prémuni du sans-abrisme, et pour l’instant aucune guerre ne fait rage à Bruxelles. Voyez. C’était pas si compliqué.

L’employé absolument incompétent a été viré du supermarché où je travaille après deux mois. Pas foutu d’accomplir une seule tâche correctement. Racontait sa vie aux clients gênés toute la journée. Ne retenait pas une seule consigne. Pas une. Plus personne ne le supportait car désagréable avec tout le monde. N’a jamais su garder un taf plus de trois mois depuis dix ans, car manquant des facultés intellectuelles nécessaires à entreprendre quoi que ce soit. Le jour où il s’est fait viré, la première chose qu’il m’a dite était : « Ça fait rien, c’est que du positif ».

#356 – Backing Up

Hier, avant de partir au travail, j’éteins mon ordinateur. Geste écologique. Sauf que je me plante de bouton et le voilà qui redémarre. Pas le temps d’attendre, j’enfile mon uniforme de super vendeur en supermarché et je file. Quand je rentre chez moi, m’attend sur l’écran une magnifique icône de disque dur sur fond noir, accompagné de ces quelques mots seulement : NO BOOTABLE DEVICE.

Ça fait ding ding ding dans ma tête. Depuis toutes ces années, tu as bien fait des backups, hein ? Sur des disques durs externes, des clés USB, des microSD, des CD-ROM, des disquettes, hein ? Non, évidemment que non. Je relance l’ordinateur en serrant les dents. Il est lent à redémarrer, mais il redémarre. Ça fait t’es vraiment un con dans ma tête.

Aujourd’hui j’ai donc acheté un espace de stockage cloud avec système bien sécurisé de fichiers cryptés. Quand je dis acheté… Oui, on peut dire acheté. C’est un abonnement cloud à vie, payé en une seule fois. C’est un peu cher, mais c’est un investissement. Il y a des documents qu’il ne vaut mieux pas perdre et qui peuvent vous amener à dépenser largement plus de 300€ dans un futur lointain si jamais vous les égariez.

Je paye également car je ne fais pas confiance aux clouds gratuits de ces chers GAFAM pour y stocker mes données personnelles sensibles. Je vous donne l’adresse de la boîte pour laquelle j’ai opté. Au cas où ça vous intéresse : pCloud. Si on ne lit pas les petites lignes c’est une entreprise Suisse. Si on lit les petites lignes parce qu’on a de bonnes lunettes, on voit que le développement se fait en Bulgarie, et que si certains serveurs où sont stockées vos données sont au Luxembourg, d’autres sont aux États-Unis. Évidemment ça ne m’enchante pas. J’aime bien que les serveurs sur lesquels sont hébergées mes données importantes soient du même côté de l’Atlantique que moi, mais que voulez-vous que j’y fasse. N’avez qu’à monter la même boîte à Namur, avec une équipe de développement à Liège et des serveurs à Charleroi, je serai votre premier client.

Sticker vu à Ixelles

Et quoi alors ? Rien, je passe une matinée très amusante à sauvegarder tous mes documents importants de ces cinq dernières années. Bulletins de salaires, déclarations d’impôts, attestations d’assurance, tout ça tout ça voyez. La seconde étape sera de faire un backup total du blog, chose que j’aurais dû faire avant la migration du serveur, mais que voulez-vous, jusque là j’aimais vivre dangereusement. Enfin, il me faudra numériser tous mes papiers datant d’avant ces cinq dernières années. On ne sait jamais, un dégât des eaux, un incendie… c’est fragile le papier. Peut-être davantage que les ordinateurs.

Allez, laissez-vous tenter. Vous aussi, faites la sauvegarde, aujourd’hui, des fichiers qui vous sont chers. Aujourd’hui. Maintenant. Allez allez.